‹ Sermons et discours inéditsChapitre 12 sur 63 · SUR LA CHARITÉ FRATERNELLE · texte numérisé non relu

SUR LA CHARITÉ FRATERNELLE

réclame un objet assez grand pour ne rîen perdre ea se sacrifiant lui-même , assez riche pour le dédommager de l'indigence de la créature; voix éloquente qui nous prouve enfin qu'e n cessa nt d'aimer l'homme pour Dieu , on finit nécessairement par n aimer que soi-même.

Une fatale expérience n'a que trop confirmé cette vérité. Hélas ! depuis long-temps , et à la honte dun siècle philosophe, on s'efforce de nous unir avec les liens de l'humanité, après avoir brisé ceux de la religion ; on croit nous rendre à la société en nous enlevant au christianisme; à la place de Dieu on a substitué la nature. Qu'ont produit ces étranges systèmes? On a perdu tout sentiment à force de raison ; on n'a plus rien aimé parce qu'on a tout discuté; de froids calculs ont remplacé les plus douces affections de l'ame. On a parlé de politesse , et on a cessé d'être affable ; on a parlé de sensibilité , de tolérance, et on n'a été sensible que pour les plaisirs , et tolérant que pour les vices; on a parlé de pacte social, et tous les liens de la société se sont rompus , et on a vu ces citoyens de l'univers devenus étrangers à leur propre famille. Il a paru ce triste code, qui nous apprend que le plaisir est notre premier maître, l'intérêt notre premier devoir j que la vertu n'est autre chose que l'amour raisonné de soi-même, et qu'enfin il n'y a de sacrifices raisonnables , que ceux qui sont offerts à l'idole du moi humain: basse et rampante morale, qui dégrade les âmes en les endurcissant, qui les dessèche en les isolant, et nous rend assez malheureux pour

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