SLR LA CHARITÉ FRATERNELLE
de lliomme, que riniquîté se déchire de ses propres mains, comme elle se ment à felle^même (ps. xxvr, 12.); qu'il n'y a plus d'union dès qu'il n'y a plus de principes, et plus de cordialité dès qu'il n'y a plus de charité ? Ces vérités , devenues plus frappantes par le spectacle de nos mœurs, se tourneroient plutôt en témoignages défavorables à la religion , si son histoire ne nousf montroit ce long cortège de vertus et de bienfaits qui marquèrent avec tant d'éclat son origine , et qui se sont perpétués Jusqu'à nous, de siècle en siècle.
Rappelons-nous en effet, mes Frères, le grand triomphe que l'Évangile remporta dans ces beaux jours qui illustrèrent son berceau. Quelle fut la surprise de l'univers , quand tout à coup parut sur la terre cette société naissante des premiers fidèles! Il vit des hommes extraordinaires qui n'avoient qu'un cœur et qu'une ame, qui ne connoissoient d'autre gloire que celle d'être utiles, d'autre honte que l'insensibilité , d'autre intérêt que l'intérêt de tous ; des hommes pour qui se dépouiller étoît une jouissance, et s'aimer un besoin. A ce spectacle, tous les esprits se réveillèrent. Quelle étonnante fraternité, s'écrioient Içs païens ! quelle concorde plus qu'humaine! voyez donc comme ils s'aiment, wdete ut in^ficem sediligant (tert. Apol. c. xxxix.)/ C'étoit la grande preuve qui dessilloit leurs yeux, le grand miracle qui subjuguoit leur obstination ; ceux mêmes qui ayoient résisté à la voix éloquente d'un saint Paul , et à la voix plus éloquente encore de cette foule de martyrs , de cette nuée
SUR LA CHARITÉ FRATERNELLE. 3q
de témoiDS , se seDtoient entraînes par l'asceDdant d'iine union jusqu'alors inouie. O jours de notre grandeur! ô jours de notre vertu! ils se sont évanouis comme un vain songe. Religion sainte, dépose donc tes ornemens de joie, et que ton deuil devienne , s'il se peut , aussi grand que tes disgrâces. Dis-nous comment cet or si pur s'est obscurci: tu domines , il est vrai , d un bout du monde à l'autre , et les plus savantes plumes te défendent, comme les plus grands rois te protègent: jamais ton culte ne fut plus éclatant , ni tes soleanités plus imposantes , jamais tes saints autels ne furent chargés de plus riches présens , ornés de plus belles guirlandes : éclat trompeur, triste parure, vain supplément d'une grandeur qui n'est plus!
O charité divine, sainte paix, aimable concorde, qui surpasses tout sentiment ! Oui , tu es mille fois plus précieuse que For, plus désirable que les honneurs, plus attrayante que les épanchemens de la joie mondaine. Mais que fais-je? hélas! est-ce à nous de te peindre? nous ne t'avons jamais connue, tu n'as jamais embelli nos tristes jours. Ah ! si nous avions fait Theureux essai de tes délices , si nous avions pu goûter un seul jour , un seul instant ta beauté ravissante ! Du moins , il nous est permis de te désirer, si nous ne pouvons pas te peindre. Viens, descends de l'auguste séjour où tu règnes: y seroistu reléguée pour toujours ? Non , tû nous appartiens , puisque tu nous es promise; tu es notre premier bien comme notre premier devoir. Viens , et qu'à ton aspect et la haine et lenvie , ces pâles et lugu-
,- rr
4o SUR Ï-A CHARITÉ FRATERNELLE.
bres fantômes, disparoîssent soudain, ainsi que des vapeurs impures s'évanouissent devant le soleil. Ahl quand jouirons-npus du spectacle enchanteur que nous dépeignent les prophètes , où Ephraïm ne sera plus envieux de Juda (isaÏ. xi, i3.), où les agneaux et les lions habiteront ensemble (ibid. 6.) , où la justice et là paix se donneront un saint baiser (ps. Lxxxiv, ii.)> ^ù ^^s étrangers viendront çux-mêmes faire paître leurs propres troupeaux (isAÏ. Lxi ,5,)? Quand verrons-nous tomber ce mur de division, ces antiques barrières qui séparent le Scythe du Romain , et le Grec du Barbare? Quand ïie serons-nous donc qu'un peuple d'amis , un peuple dç frères , comme il n'y a qu'un soleil qui nous éclaire, un même Dieu qui nous aime tous? Divine charité , vie de l'ame, Viens mettre le comble à nos vœux : tous les cœurs te réclament j seule tu peiix eécher nos pleurs j seule tu peux adoucir nos peines : viens , et avec toi le ciel descendra sur la terre ; nous coDuoitrons de nouveau le bonheur d'e^^ister j toute la vie , qui jusqu'ici n'a été qu'un spectacle, ne sera plus que sentiment 3 nous parcourrons notre carrièiie dans les douceurs de la même espérance; et quand la mort apparoîtra, quand nous toucherons à notre heure dernière , alors partagés par la charité, entre les tendres frères qu'il nous faudra quitter , et les tendres frères que nous iroas rejoindt*e , sans crainte comme sans remords , nouis remettrons notre ame entre les mainfi de l'Arbitre suprême , en lui disant avec confiance : 0 WQi? \^%^} o moo père! pardonnez-moi, comme