CR LA RESSEMBLANCE
s'élever jusqu'à l'Être suprême par ses vertus et par ses hommages. Le seul dogme de la corruption originelle, ignoré pendant tant de siècles, à peine soupçonné par le plus grand de tous les philosophes de l'antiquité , répand sur. l'étrange problème de sa nature la plus vive clarté. A la lueur de cette vérité, dont tout lui garantit l'existence, il perce les abîmer, il sonde tous les replis de son cœur ; l'homme n'est plus pour lui une énigme. Le chrétien vous expliquera pourquoi il est tout à. la fois rampant et sublime. Ces nobles sentimens qui Télèvent, il les voit dans sa dignité première, ces penchons honteux qui le flétrissent, dans sa dégradation et son crime; il né l'abaisse point comme un insecte , il ne Félève pas comme und.ieu; il n'est à ses yeux ni l'ornement ni l'opprobre du monde , mais un édifice renversé dont les débris respirent encore un air de dignité et de magnificence. De ce dénouement lumineux , le chrétien passe à de nouvelles vérités ; une fois convaincu de l'excellence de son origine , il découvre aisément quel est le véritable objet de sa félicité ; il laisse aux. frivoles disciples d'une sagesse mondaine le triste soin de disserter éloquemment sur le bon^ heur, et de faire ainsi de ce qui n'est qu'un sentiment un pénible système j docebit vos omnem veritaienim Est-ce tout? Non , mes Frères : le sentier du juste , dit le Sage (prov. iv, i8.) , est resplendissant comme le soleil, qui croît toujours en lumière jusqu'à ce qu'il arrive au point de sa plus haute perfection ; il suit, pour ain$i dire, de l'œil cet ordre invisible et caché qui règne dans l'univers ; il le suit daos
DU CHRÉTIEN AVEC DIEU. i:23
les fléaux qui désolent la terre comme dans les bien- &its qui la consolent, dans les larmes de la vertu comme dans la prospérité du vice; il voit toujours une main infiniment sage qui conduit tout à une fin également juste et sublime; docebit vos omnem veritatem. Si du spectacle de l'univers il passe à celui de son ame , il y découvre une substance auguste , une dignité supérieure à toute la nature visible, un souffle immortel, un rayon que rien ne sera capable d'éteindre ; alors il se voit libre , maître de ses actions, l'artisan de ses vertus; il connoit sa grandeur véritable , il s'élance au-delà du temps, il tend les bras à l'éternité qui lui ouvre son sein ; docebit vos omnem veritatem.
Ainsi le chrétien connoît toutes les vérités utiles, toutes les vérités nécessaires, toutes celles qui honorent l'homme ou qui le dirigent ; ses lumières embrassent tout ce qui peut intéresser et l'esprit et le coeur , elles ont donc une espèce d'inimensité. Comme Dieu est le père des lumières , le chrétien est enfant de la lumière; comme à Dieu, aucun siècle n'est étranger au chrétien , aucun temps n'a-* joute à ses connoissances ; comme Dieu, il est exempt des anxiétés du doute et des dangers de l'ignorance ; comme Dieu enfin il réunit à des lumières immenses des lumières immuables dans leur durée. Faciamus hominem ad imaginem et similitudinem nostram.
Que j'aime, pour l'honneur de ma foi, à me dépeindre la variété et l'inconstance des, opinions humaines, à me représenter ce choc perpétuel de sentimens contraires , ce flux et ce reflux de