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maux înëyitables ne n^ous suffisent-ils pas? ne sommes-nous donc pas. assez fragiles par nous-mêmes • sans nous heurter encore les uns contre les autres? n'est-ce donc pas un assez grand malheur d^avoir à combattre tout à la fois et les élémens si souvent déchaînés contre nous, et ces penchans toujoiirs indociles , et. ces regrets sur le passé , et ces perplexités sur l'avenir, et ce cœur toujours inquiet, sans cesse tourmenté , tantôt par sa grandeur, tantôt par son néant? faut-il encore que nous aggravions le fardeau de notre existence par les sombres fureurs de la discorde et de la haine? Infortunés , que faire ici-bas sans s'aimer ? Sortons de ce triste désert , de ce vaste tombeau d'où la charité est exilée , ou plutôt rappelons parmi nous cette fille du ciel; vivons, puisque Dieu nous l'ordonne , mais que ce soit pour nous aider, pour nous consoler, pour essuyer nos larmes des mains de la fraternité» Nos larmes , en est-il donc pour des hommes qui se consolent et qui s'aiment? O que les tentes de Jacob seroient belles! Sainte union des cœurs , qui pourroit peindre tes délices? C'est une huile suave, dit le prophète (ps. cxxxiii, i , 2.); c'est un baume précieux qui soulage nos maux et guérit nos blessures. Les rigueurs des élémens , les rigueurs naêmes de la fortune, n'auroient plus alors aucune prise sur nous. Les âmes ainsi ouvertes par la confiance, tous les bras unis par l'amitié , combien nous serions forts contre le malheur, et qu'elle seroit douce la pente qui nous conduit vers la tombe! Ah! ne nous plaignons plus des amertumes ni des dégoûts qui
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empoisonnent notre malheureuse carrière : c'est la punition attachée à la dureté de nos cœurs ; c'est l'accomplissement de cette parole de Jésus-Christ , que tout royaume divisé sera désolé (matth, xu, aS.). Donnez-nous la paix , la charité divine , et tous les hiens nous viendront avec elle , et tous nos jours seront sereins. O qu'il est bon., dit le prophète , que les frères habitent ensemble ! c'est là que l'Éternel a ordonné la bénédiction et la vie (ps. cxxxiii, i.). Malheur à celui qui est seul, dit l'Écriture (eccle3.
IV, 10.)! s'il tombe, personne ne le relève j s'il chancelle, personne ne le soutient: mais deux frères, ajoute l'Esprit saint, qui s'entr'aideat et s'unissent ensemble , qui partagent leurs joies ainsi que leurs chagrins, et font à frais communs le triste pèlerinage de la vie , ne sont pas moins inébranlables que les plus forts remparts : Frater qui adjuvatur àjratre, quasi cwitas firma (prov. xviii, ig.). Bienheureux donc les hommes doux; bieuheureux les pacifiques y car ils posséderont la terre (matth.
V, 4> 90' Hsl^i posséderont; le riche n'a que. des domaines, le grand n'y trouve que des eiïnuis, le voluptueux que des dégoûts , le méchant que des remords, le conquérant n'y amoncelé que des ruines; mais l'homme doux et pacifique, l'homme consolateur l'occupe cette terre, et la possède véritablement: il en hérite, dit le prophète (psal. xxxti, II.) 5 parce que lui seul y trouve les vrais biens, leis seuls plaisirs dignes^ du sage. C'en est donc fait , nous le sentons maintenant ; et dans tous ces înstans d'une vague tristesse, où l'ame, rassasiée
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d'elle-même , demande à tous les objets qui l'énvîronnent un remède à sa langueur, nous irons nous réfugier dans la maison de deuil, dans Tasile sacré de l'infortune; nous pleurerons avec celui qui pleure , pour nous réjouir avec lui lorsqu'il sera dans la joie; et ces pleurs, et cette joie, et ces tendres dilatations , et ces effusions réciproques vaudront bien sans doute les froides jouissances que nous offrent de vains théâtres , et ces cercles encore plus vains , où de tristes oisifs amusent leur loisir par des plaisirs frivoles , et charment leurs ennuis par la malignité.
Nous sommes misérables , il faut nous consoler ; nous sommes foibles , il faut nous supporter.
Héla3! grand Dieu , qu'est-ce que l'homme? Jouet infortuné de ses passions comme de ses erreurs ; victime de son ignorance ou. abusé par ses propres lumières, ne s'instruisant presque jamais que par des fautes, inconstant dans ses goûts, incertain dans ses résolutions , sans cesse emporté vers les extrêmes, ne connoissant jamais le vrai point où il faut s'arrêter, faisant le mal qu'il déteste et fuyant le bien qu'il approuve, impétueux dans sa jeunesse, enfant dans sa caducité , inconséquent dans tous les âges , ne trouvant dans son corps qu'une chair indomptable , dans son esprit qu'un vain sophiste , ou tout au plus qu'un censeur inutile, dans son cœur 'que des combats renaissans, que des désirs contraires ; presque toujours aussi malheureux que coupable , plus digne de compassion que de haine : c'est une feuille que le vent emporte , dit l'Écriture
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(job. xui, aS.), c'est un vase d'argile qui se brise à la rencontre du moindre obstacle. Dieu puissant ^ avec quelle bonté vous rappelez-vous chaque jour que l'homme est foible : Et recordatus est quia caro sunt (psal* lxxviii, Sg.). Vous connoissez vous-même son néant , vous savez quelle est l'argile dont vous l'avez formé : qui pourra donc le condamner? qui osera poursuivre cette paille légère? Sans doute quelque ange mortel, quelque intelligence céleste? non , c'est la foiblesse même qui veut accabler la foiblesse, c'est le vice qui poursuit le vice , c'est Terreur qui condamne l'erreur. O délire ! qui pourra te comprendre? qui nous expliquera comment ces hommes qui ont tant besoin de support et d'indulgence, qui tomberoient à chaque instant s'ils ne se soutenoient mutuellement, qui ne peuvent se relever s'ils ne prêtent une main secourable ; comment ces mêmes hommes s'épient sans cesse pour se surprendre, ne s'unissent que pour voir de plus près leurs mutuelles foiblesses , et pour les censurer plus*amèremefit? Malheureux que nous sommes! malgré ce grand cri de toute la nature , qui nous dit que nous sommes tous enfans du péché , tous engendrés dans la corruption, tous misérables enfans d'Adam, nous nous jugeons impitoyablement 3 toujours aveuglés sur nos vices, nous exagérons ceux d'autrui avec une complaisance cruelle; nous cherchons à les deviner si nous ne les vojons pas, ou à les présumer quand ils n'existent pas; et jamais plus heureux que lorsque nous pouvons montrer ce triste et dur besoin d'invectiver et
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de reprehdre , il faut encore que nous flétrissions les moti& , si les actions sont hors de nos atteintes» Insensés^ dit l'apôtre (rom. n, i.)! vous ne voyez donc pas qu'en jugeant ainsi vos frères, vous vous jugez vous-mêmes, et prononcez par là votre condamnation ? Eh ! qui êtes vous pour jeter la première pierre? voudr iez-vous donc être plus justes et plus sévères que Dieu même? Dieu dissimule, et nous ne voudrions rien pardonner j Dieu justifie , et nous condamnons 3 Dieu supporte le méchant , et nous voudrions le perdre! Quoi! la justice essentielle est indulgente , et la perversité même seroit inexorable! quoi ! le juge est patient , et le criminel même veut être rigoureux! Âh! blâjnons sans doute- ce que condamne la raison , mais tremblons toujours d'ajouter au jugement suprême de la souveraine équité 3 craignons d'exercer sur nos frères cette censure rigoureuse , qui ne seroit qu'une entreprise sacrilège sur les droits de Dieu même, en nous faisant trop oublier qu'il répand sa rosée sur les pécheurs comme sur les justes, qu'il fait luire pour tous son éclatant soleil , et qu'à lui seul est réservé le jugement, comme à lui seul est réservée la vengeance.
C'est ici qu'il faut encore le répéter : nous sommes foibles, et nousle sommes tous, et nous le serons é ter-* nellement en dépit de nous-mêmes 3 c'est la grande misère de tout ce qui n'est pas Dieu. Le juste pèche chaque jour , et le plus ferme dans ses voies est celui qui pèche le moins. Ah! que celui qui est debout prenne donc garde de tomber à son tour 3 demaia
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nous aurons besoin du pardon que Ton nous demande aujourd'hui : aurions-nous donc oublié ceâ exemples fameux de. la .fragilité humaine, et ces écarts trop mémorables des plus vertueux personnages? Mais si ces soleils j allumés pour luire au milieu de la génération perverse , ont souffert des éclipses ; si les cèdres du Liban ont été ébranlés , comment , avec une foiblesse qui a tant lieu de craindre, oserionsnous tout condamner?
Nous sommes foibles: soyons donc sages avec sobriété 3 couvrons du manteau de Sem les nudités de Noé. L'infortuné , à son réveil , sera assez puni par ses remords , assez tourmenté par sa propre honte; c'est un malade, il faut le traiter avec ménagement ; c'est un aveugle, il faut le ramener avec bonté j c'est un ignorant , il faut l'instruire avec douceur. Ah! plaignons plutôt la condition humaine ; reconnoissons que l'indulgence est notre premier devoir, puisqu'elle est notre premier besoin; qu'il faut tâcher de relever notre malheureux frère qui a fait une chute , et non pas le haïr , le changer , et non pas le perdre ; que nous devons toujours nous peindre J'homme tel qu'il est , capable de fautes et de repentir , de foiblesses et de retour , et que , si on ne lui pardonne rien , on lui ôte tout à la fois le courage , le désir et l'espoir de se corriger.
Que ne puis-je ici retracer à vos yeux toutes ces déplorables victimes d'une indiscrète sévérité, tous ces infortunés qu'entraîna dans l'abîme une rigueur désespérante! Que de brebis çrrantes seroient rentrées dans le bercail, si le pasteur avoit daigné
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courir an devant d'elles! que de prodigues auroient détesté leurs erreurs et pleuré leur ingratitude , s'ils avoient eu l'espoir de se jeter dans les bras du pardon! que de Gham seroient peut-être devenus lliouneur de leur famille, s'ils n'eussent point été maudits par leur père! que de libertins sont parvenus à vivre sans remords, parce qu'ils ont été sans espoir! Eh quoi! Chrétiens, toujours employer le fer et le feu quand il ne faudroit qu'un baume salutaire ; toujours tonner , quand il ne faut qu'attendrir. Hélas! nous ne les verrions doue plus ces charitables Samaritains qui savoîent si bien mêler ensemble l'huile et le vin ; il ne seroit donc plus connu ce sage tempérament de fermeté et de clémence, de justice et de charité! Et qu'est-ce donc que la justice sans la charité? qu'opère-t-elle , avec son inflexible rigueur? Elle irrite, elle contriste, elle resserre le cœur , elle tarit la source de la sensibilité : à sa vue , l'imaginatioD se noircit , l'ame se trouble : vaine terreur , stérile tristesse , qui ne rendit jamais l'homme meilleur, et qui, tandis qu'elle arrache peut-être quelque impuissant aveu , va dessécher jusqu'au fond de l'ame toute la sève de la vertu! Mais, par une raison contraire, quels nouveaux changemens, queUes humiliations salutaires n'opère pas l'indulgente vertu avec sa tendre compassion et ses facilités aimables! Ainsi qu'une douce rosée , elle pénètre et s'insinue jusqu'aux derniers replis d'une conscience criminelle: sans commander, elle obtient tout; sans armes, elle subjugue tout, et sa douceur toute-puissante ac-
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complit chaque jour cet oracle de Jésus-Christ : Faites que votre frère yous écoute , et bientôt tous Taurez gagné, et il sera d'autant plus disposé à reutrer en lui-même, qu'il sentira plus vivement sa propre indignité j si te audierit, lucratus eris fratrem tuum (matth. xviii, i5,).
Eh! comment en effet, Chrétiens, voudriez-vous que votre frère revînt à la vertu, s'il la voit si effrayante dans votre barbare justice? comment peutil l'aimer jamais , si vous la dépouillez du plus beau de ses charmes , si vous n'offrez plus en elle qu^un menaçant fantôme , qui , bien loin dé l'encourager, le repousse et l'indigne? 0 vertu! divinité des âmes belles et sensibles , si jamais tu daignois te rendre visible , et révéler aux hommes tout le secret de tes attraits augustes , sous quelle forme et dans quel appareil te montrerois-tu à la terre? Ah! il me semble te voir paroître entre la tendre compe^ssioQ et la candeur aimable^ brillant de ta seule beauté , le front calme et serein comme le ciel où est ton origine 5 le pardon sur tes lèvres , qui , comme ceUea de répouse (cant. iv, i i .)> distillent le lait et le miel j portant tous les humains dans l'immensité de tou cœur; toujours prête à sourire à l'innocence de leur^ plaisirs; d'une main releva nt la foiblesse qui s'applaudit de pouvoir te suivre, de l'autre désarmant l'envie qui te pardonne ta victoire. O transport! ô charmo irrésistible ! tout obéit , tout cède : tu parles , et on se rend ; tu te montres , et on t'aime ; ô vertu ! tendre et indulgente vertu ! qui pourroit encore ae défendre de ta douce séduction? quel barbare résisteroit à tom
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heureux empire? qui pourroit maintenant s'empé^ cher de t'aimer , si trop souvent ceux qui se font gloire de te suivre ne te présentoient pas sous ces traits farouches, qui profanent ta majesté et défigu* rent ton image ? Oui , Chrétiens , donnons à la vertu cette douceur aimahle , cette tendre condescendance qui forme son vrai caractère j et son empire est assuré 9 et tous les cœurs voleront après elle , et \ïoua pourrons alors nous écrier avec un poète célèbre : Grand Dieu , s'il est encore des pervers , des tyrans sur la terre , montrez-leur la vertu pour toute punition, et qu'en la contemplant, ils sèchent de douleur et de honte de Ta voir abandonnée» •••
Ce pouvoir suprême de la vertu qui compatit et de la vertu qui pardonne, neparoît nulle part plus admirable que dansThistoire si touchante de Joseph. Il est donc parvenu ce vertueux Israélite , du comble des humiliations et des outrages , au faite des grandeurs. Ses frères arrivent en Egypte; d'abord il se présente à eux avec un front sévère ; mais bientôt ne retenant plus Témotion de son cœur : Je suis Joseph , votre frère , que vous avez ven-^ du (gènes, xlv , 4* )* -^ ^^^ V[io\s , ils sont frappés comme d'un coup de foudre ; la honte , le remords et l'effroi s'emparent tour à tour de leur ame ; ils voudroient se cacher, ils voudroient fuir, ils ne voient plus que la juste punition de leur crime: ils commencent à se sentir hommes , ils ne sont point encore frères. Mais lorsqu'enfin donnant un libre cours àsa tendresse, Joseph s'efforce, non-seulement de les rassurer, mais de les excuser, lorsqu'il leur dit:
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Ne vous affligez point, ce n^est pas vous qui tavez fait; la Providence l'a permis (gènes, xl v. 5 , 8.), elle a tiré le bien du mal : mais lorsqu'il presse sur son cœur le jeune Benjamin , lorsqu'il les prend ensuite les uns après les autres , qu'il les embrasse , et qu'il pleure sur chacun d'eux , plorant super singulos (iBiD. i5.)^ ah! c'est alors que leur cœur se dilate, et qu'il demande à s'épancher. A l'effroi succède l'attendrissement, à la honte l'amour, à la crainte la confiance : ce n'est plus le ministre , le favori de Pharaon, c'est leur frère, c'estleurbon frère, c'est leur tendre Joseph qu'ils ont cruellement trahi. La nature a repris tous ses droits, c'est le moment, le grand moment de son triomphe. Mon père vit-il encore (ibid. 3. ) ? A ce saint nom , les pleurs augmentent et les embrassemens redoublent , toutes les larmes se confondent comme toutes les âmes. O Jacob! ô vieillard vénérable! et vous n'êtes point ici! eonsolez-vous , vos cheveux blancs ne descendront' point avec tristesse dans le tombeau (gènes, xlu, 38.). Ce que n'auroientpu faire les reproches sanglans et les invectives amères^ Joseph l'a fait par sa bonté et par son indulgence. Non-seulement Jo^ph vous est rendu , mais tous vos fils sont rendus à Joseph , à l'amitié , à la vertu , à la nature.
La voilà, mes Frères, cette vertu touchante, telle que les hommes Tadmireront toujours , et telle que Dieu la commande. Voilà cette vertu toutepuissante et vraiment souveraine j puisqu'elle attire sans commander , quelle règne sans armes , et n'a d'autre ascendant que sa dpuceur ,et sa bonté.