SUR LA. CHARITE FRATEI^NELLE
Mais je me sens entraîné par le charme de mon sujet. Il faut que je rappelle un autre trait , d'autant plus fait pour mon discours, qu'il est plus touchant et plus simple : c'est celui de ce pécheur fameux, converti par saint Jean. Suivons ici la conduite du grand apôtre. Il instruisit pendant plusieurs années un jeune homme dont les heureu* ses dispositions secondoient ses soins j il le formoît doucement à la religion et à la vertu. Déjà il s'applaudissoit de son ouvrage. Forcé de s'absenter , et de se séparer dun disciple si cher, il le remet à son évêque i et lui confie cette tendre fleur cultivée par ses mains. L'homme de Dieu revient après une longue absence ; il va redemander ce dépôt précieux toujours présent à sa mémoire, encore plus à soa cœur. Il croit le retrouver dans son innocence première , il croit que ses vertus auront augmenté avec ses années: ô surprise! ô douleur! ce cher disciple a quitté Tévêque , et s'est Ué avec des jeunes gens déréglés. Séduit par l'exemple et entraîné par Vpccasion, il s'est précipité dans un affreux abîme; hélas! et tant de soins n'ont donc servi qu'à former un chef de brigands. A cette accablante nouvelle, un long soupir sort du cœur de l'apôtre ; il frappe
sa poitrine comme s'il eût été coupable Il s est
perdu ce cher objet de ma solicitude! mon fils, mon tendre fils, il s'est perdu! mais le seroit-il sans ressource? non, il est temps encore; allons chercher un infortuné qui s'égare : il dit , et aussitôt il ramasse ses forces, et court vers le lieu qu'on lui indique. C'est un apôtre, c'est un pontife vénérable