PREMIÈRE PARTIE
Qu'est-ce que communier? C'est accomplir le vœu le plus ardent du cœur de Jésus-Christ; c'est se nourrir du pain des anges; c'est s'appliquer d'une manière particulière le fruit et le mérite de la mort
de Jësus-Christ. Naissent de là trois dispositions essentielles , qui sont comme la source et le garant de toutes les autres : c est se rendre au vœu le plus ardent du cœur de Jésus-Christ , il faut donc s'y porter avec un saint empressement ; c'iest se nourrir du pain des anges, il faut donc être exempt de toute souillure; c'est s'appliquer d'une manière particulière le fruit et le mérite de la mort du Sauveur , nous devons donc y apporter un esprit de sacrifice et de martyre.
i.o Communier, c'est accomplir , le vœu le plus ardent du cœur de Jésus-Christ. C'est ce que le Sauveur témoigne d'une manière hien frappante dans la dernière cène qu'il célèhre avec ses apôtres, /'ai désiré d'un grand désir j leur dit-il (luc. xxu , i5.), de manger cette pdque avec vous. Il ne sera satisfait /que quand arrivera ce moment fortuné. Une sainte impatience l'entraîne; rien ne sauroit le distraire d'un projet si cher à son cœur , ni les opprobres qui l'attendent , ni les souffrances qu'on lui prépare ) ni l'arrivée de ses ennemis qu'il voit prêts à fondre sur lui : la mort lui sera douce , pourvu qu'il puisse auparavant donner aux hommes ce gage de son amour. Tout est prêt pour le divin repas. // prend du pain , il le bénit y le rompt, et le distribue : JPrenez^ mangez-en tous».. Toutes les /bis que ^ous ferez ceci, faites- le en mémoire de moi (I Cor. XI , a4* )• Quelle étonnante simplicité dans une action si grande! quel admirable oubli de sa majesté et de sa gloire ! N'en soyons pas surpris , Chrétiens : c'est ici le banquet des confidéns et des
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amis j l'éclat et la magnificence y seroient étrangers; trop d'appareil alarmeroit leur timidité , on repous^ seroit leur foiblesse. Il n offre à nos regards que des apparences communes , afin que nous osions nous présenter à sa table , nous j asseoir avec confiance j et son amour ne semble ici tromper nos sens que pour tromper en quelque sorte notre cœur , et l'attirer plus sûrement à lui.
C'est du pain , c'est du vin : aliment et breuvage ordinaires, qu'on trouve toujours sous la main, que produisent toutes les régions , dont on se nourrit chaque Jour , et qu'on sert dkns tous les repas. Pre^ nez, mangez, buvez-en tous : ici point de prédilection, tous sont admis, et le pauvre et le ricbe, et le maître et l'esclave , et le fort et le foible , et le sain et le malade , pourvu toutefois que la maladie n'aille pas jusqu'à la mort; omnes. Mais queLsera ce grand jour , cette grande solennité , où l'on célébrera ce festin? Toutes les fois que vous ferez ceci: point de jour privilégié , point de solennité déterminée. Les pains sacrés ne s'épuiseront jamais, la table sera toujours dressée , la salle du festin toujours ouverte , et les ministres seront toujours prêts , quo-tiescumque.
Que conclure de tout ceci , Chrétiens ? Que Jésus- Christ ne pouvoit rien faire de plus pour exprimer les désirs de son cœurj qu'il n'a ôté tous les obstacles qui auroient pu se rencontrer dans la nouvelle pâque que pour ôter tous les prétextes; que cette sainte avidité qui nous la fait désirer est là première disposition qu'il demande; que plus nous
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courons avec ardeur vers cette fontaine d'eau vive , plus il se plaît à répandre sur nous ses eaux vivifiantes; qu'en général les communions sont d'autant moins suspectes qu'elles sont moins rares j que Jésus-Christ est presque aussi insensible au refus que l'on fait de s*asseoir à sa table qu'à l'audace insensée de ceux qui la profanent ; qu'il est bien plus jaloux d'augmenter^ dans rEucharistie , le nombre de ses convives que celui de ses adorateurs ; qu'il cherche plus à s'y donner en nourriture qu'en spectacle } qu'il y est à sa table bien plus que sur son trône , et qu'ici le plus affamé est presque toujours le plu» digne.
Que voyons-nous cependant? Hélas! il faut qu on nous entraîne avec violence au grand banquet du père de famille , et nous résistons sans cesse aux serviteurs qu'il envoie dans les places publiques pour nous forcer d'entrer , et la moindre affaire est pour nous une excuse, le moindre embarras un obstacle. Le plus dur et le plus importun de tous les préceptes est celui qui nous ordonne la manducation de l'Agneau , et nous l'éludons par mille prétextes , et nous l'attaquons par mille sophismes, et toutes les voies de Sion pleurent , parce que personne ne "vient à ses solennités. Gran4 Dieu! auriez-^vous dÀ l'attendre? tant d'invitations d'une part, et tant de répugnance de Tautre ; un père qui prévient , et des enfans qui s'éloignent j un roi qui vient à nous plein de douceur , et des sujets qui le dédaignent ; un maître qui invite, et des esclaves qui refusent. Ah! sans doute, c'est cerefus, c'est ce mépris que vous aviea
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en yue quand vous disiez autrefois par la bouche de votre prophète : J'ai nourri des enfans ; je les ai élevés y et ils m'ont méconnu , et ils m'ont méprisé. Voilà ce que vous déplorez encore chaque jour dans votre sanctuaire : J'ai nourri des enfans , je leur ai donné mon corps pour nourriture, et mon sang pour breuvage 3 je les ai élevés au plus haut point de distinction et de grandeur; je leur ai fait part de la gloire que m'a donnée mon père ; tous mes trésors, le les ai répandus ; toutes mes grâces , je les ai épuisées ; ^lios ènutrwi et exaltoi^i : et les ingrats sur qui j'ai prodigué tant de bienfaits; eux pour qui chaque jour je m'anéantis et je m'immole, euxmêmes.... ah! du moins si c'étoit l'étranger , si c'étoit l'infidèle ; mais des convives , mais des favoris, mais des enfans! eux-mêmes! ipsi autem^ih ont repoussé mes caresses ; et bien loin de se faire une |oie des délices de mon banquet, bien loin de discerner ma chair vivifiante d'une viande commune , ils ne répondent à l'excès de mon amour que par l'excès dé leur indifierence j ipsi autem spreverunt me (isAi. 1 , 2.). Tels sont , ô mon Dieu, les gémissemens ineffables que vous formez sur vos autels. Voilà le trait le plus douloureux qui perce votre cœur , et la grande amertume de votre sacrifice.
Ce n'est pas , mes Frères , que j'ose ici blâmer cette défiance respectueuse, cette sainte timidité qui nous fait craindre d'approcher ou trop souvent ou trop indiscrètement de l'autel. A Dieu ne plaise que je vinsse ici élargir les portes du sanctuaire , et .qu'en voulant enflammer votre zèle , je pusse laisser
quelque prétexte à la témérité ! Mais qui de nous seroit assez aveugle pour coufondre ici l'empressément arec l'audace , et la sainte ardeur de la foi avec une hardiesse coupable? Ah! nous serions trop heureux d'être obligés de vous rassurer contre votre propre frayeur , de vous voir approcher de Tautel comme Moïse du buisson enflammé, comme le peuple hébreu de la montagne foudroyante* Nous ' serions trop heureux de vous entendre dire comme saint Pierre : Retirez- vous , Seigneur , car je suis un pécheur ; ou de vous voir , comme le publicain à la porte du temple , anéantis , confondus devant Dieu. Si quelque chose nous afflige, c'est de ne point re<connottre en vous cette sainte frayeur que doivent BOUS inspirer les mystères redoutables , cette crainte respectueuse du centenier, qui ne demandoit à Jésus qu'une seule parole ; ce trouble , cette confusion salutaire de la femme de l'Évangile , qui , pour être guérie , ne vouloit que toucher le bord de sa robe. Non , mes Frères , nous ne demandons point ce désir qui fait les indiscrets , mais cette sainte fa^ millarité, vrai caractère des enfans. Ah! le désir, l'empressement que nous sollicitons , c'est cette vigilance continuelle sur vous-mêmes, pour fuir toutes les occasions , pour éviter tous les écueils , pour prévenir tous les obstacles qui pourroient empêcher ou retarder votre union à Jésus-Christ ; c'est cette disposition d'une ame tendre qui la met toujours en état de faire du pain des anges son pain quotidien. Le grand scandale que noua déplorons n'est pas sans doute cette terreur si bien fondée qui vient de la
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grâce , mais cette tristesse qui vient du péché ; ce n'est pas ce respect qpi retient , mais ce dé^ût qui éloigne; ce n'est point enfin ce trouble précieux d'une conscience délicate et timide , mais cette frayeur , ces sombres inquiétudes d'un cœur qui craint les sacrifices : car , ne nous j trompons point , ce n'est pas la profanation , c'est la conversion qu'on redoute; ce n'est pas la foi qui frémit à la vue des saints mystères , ce sont les passions qui se troublent. L'amour^ propre, ingénieux à se séduire | confond ici Téloignement avec le respect. L'on croit simplement s'abstenir et Ion fuit; on croit être timide, et on n'est que lâcbe. Ainsi peu à peu le goût des choses é'affoiblit , la foi se perd par degrés , le cœur périt et se dessèche, parce que, comme le prophète (ps. CI, 5.), on oublie de manger son pain; si on le mange quelquefois , c'est toujours sans plaisir , parce que c'est toujours sans lEsiim ; comme on n'y trouve aucun goût , on n'en retire aucun fruit» On ne soupire plus qu'après les mets insipides de TÉgypte , le cœur en vient même jusqu'à se soulever à la vue d'une manne toute céleste; FEsprit saint contristé retire ses dons , la grâce , les rosées salutaires ; et , dans la crainte de devenir profaq^teur ^ oa reste constamment infidèle ^
2.^ Communier, c'est se nourrir du pain des anges^ Nous devons donc auparavant être purifiés de toute espèce de souillure. Insisterai-je là-dessus , Chrétiens? vous prouverai-je ici que le saint doit être pour les saints ; que les avares , les impudiques et les homicides doivent sortir d'ici ^ que ceux qui oot
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leurs vêtemens souillés ne sont pas digues des nçce^f de l'Agneau; qu'on ne doit pas mettre le vin mystique, ce vin nouveau , dans des vases vieux et usés par le péché , ni mêler le diviii froment , cet aliment pur , avec le levain de nos crimes; qu'on ne doit pas jeter le corps de Jésus-Christ, cette perle précieuse de l'Évangile , devant les animaux immondes 3 et qu'enfin lui donner entrée dans un cœur que les passions dominent, c'est le recevoir comme son juge et non comme $on sauveur, comme notre ruine et non comme notre résurrection? Ah! ces grandes vérités sont connues, elles sont même senties universellement dans le christianisme ; et qui de nous oseroit en douter , si les lumières de sa foi n'étoient pas entièrement éteintes? Mais comment les applique-t-on? jusqu'où les ^tend-on? jusqu'à quel point sont^elles la règle de nos changemens , de nos efforts, de nos épreuves? C'est ici où presque tous s'abusent. Quel discernement en effet faisoDS-nous du corps de Jésus-Christ? quelle distance mettons-nous entre le saint et le profane ? quel est ici le degré de notre vertu et la mesure de notre innocence? Nous condamnons, nous détestons, il est vrai (ah! j'aime du moins à le supposer et à le croire), nous détestons et ce lépreux qui ose manger la chair de la victime pacifique; et cet intrus, cet étranger qui, contre l'ordonnance de la loi, ne craint pas de se nourrir des pains sacrés de proposition ; et ce téméraire qui entre dans la salle du festin sans être revêtu de la robe nuptiale ; et ce perfide qui vient s'asseoir audacieusement à. la table des amis : mais cette liaine de la profanation , cette hor-
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reur du sacrilège nous donne-t-elle cette puretë , cette sainteté suffisante pour recevoir la justice incarnée? Notre infirmité, il est vrai, n'est pas jusqu'à la mort , mais nous permet-^elle de jouir entièrement de la vie de la grâce ? Nous ne sommes pas couverts de lèpre , mais les anciennes plaies sont-elles entier rement fermées? Nous ne sommes point étrangers , mais sommes-nous au nombre des voisins et des amis , vicinos et amicos ? Nous rougirions d'assister au festin sans être revêtus de la robe des noces, mais nous ressemblons à ces boiteux . à ces aveugles que l'on força d'entrer: c'est-à-dire, Chrétiens, que nous apportons toujours à Tautel quelques suites de nos foiblesses ; qu'en abhorrant les crimes , nous nous dissimulons la plupart de nos vices ; que nous ne craignons pas de nous nourrir du pain des forts , n'étant encore que convalescens j que , contens d'avoir fiiit l'aveu de nos crimes , nous n'examinons point s'ils sont entièrement expiés ; qu'aux approches des saints mystères nous nous lavons, il est vrai, dans le sang de l'Agneau, mais que nous 'ne venons pas d'une grande tribulation, c'est-à-dire que nous ne passons point par les angoisses salutai^ res et les saintes rigueurs de la pénitence j qu'irréprochables devant les hommes^ nous nous soucions peu d'être saints devant Dieu , et qu'à le bien prendre , toute notre vertu n'est ici que la cessation de nos crimes.
Mais que demandons-nous, mes Frères? est-ce une pureté angélique , est-ce la plénitude de l'homma parfait? Ahî sans doutç nous désirerions, qu'U
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nous fut donné d'y atteindre , et que prenant ici non-seulement les ailes de la colombe , mais les ailes de Taigle , nous pussions nous élever au-dessus des foiblesses et des misères de notre mortalité. Hélas! l'eussions-nous même cette pureté des esprits célestes, nos* mains fussent-elles aussi pures que le soleil , la lumière de Dieu , dit l'Écriture , y trouveroit encore des taches. Et quel homme vivant , grand Dieu! pourra jamais être justifié devant vous? vous , aux yeux de qui les anges sont sans pureté , vous qui jugez les justices mêmes! Mais la sainteté , mais la pureté que nous exigeons pour la participation au corps du Seigneur, c'est cette pureté éprouvée par la pénitence , exercée dans les larmes; c'est cette guérison réelle et durable qui a non-seulement nettoyé le corps, mais encore renouvelé la masse du sang. Nous demandons ici une ame généreuse qui travaille non-seulement à endormir ses passions , mais encore à déraciner ses penchansj non-seulement à éloigner les obstacles qui se rencontrent dans les voies du salut, mais à prendre les moyens les plus prochains et les plus efficaces pour y parvenir ; non-seulement à fuir les occasions , mais à renouveler la volonté. Nous disons qu^il ne suffit pas d'assoupir pour un temps le feu de la concupiscence , mais qu'il faut encore allumer dans son cœur le feu sacré de la charité; que ce cœur, pour être digne de recevoir Jésus-Christ, doit être nonseulement orné comme la salle du festin, mais encore grand et vaste comme elle, cœnaculum grandes ^^e la possession de quelques vertus est
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insuffisante pour lui procurer cet honneur, maû qu'il est nécessaire qu'il soit encore dilaté par lamour , agrandi par l'espérance , par la sublimité des sentimens ; cœnaculum grande. Nous deman-^ dons ici non-seulement une trêve, mais une guerre continuelle avec le péché ; non-seulement une simple suspension , mais une souveraine détestation de nos crimes. Nous exigeons enfin que la communion soit le prix et non pas le commencement de notre conversion , la couronne et non l'épreuve de notre changemeht, et que, peu satisfaits d'être fidèles à la lettre qui tue, nous le soyons encore à l'esprit qui vivifie.
Et que devons-nous donc penser , ô mon Dieu ! de toutes ces communions que la circonstance décide, qu'une solennité engage, que des motifs purement humains déterminent, qu'on fait bien plus pour obéir à la loi qu'au désir de son cœur , plus pour sauver les apparences que pour sauver son ame, où Ton s'occupe davantage de son propre honneur que de llionneur du sacrement 3 auxquelles on ne pense jamais qu'au moment où l'on s'en approche, où nous osons donner le baiser de paix à Jésus avec une bouche toute souillée encore du récit de nos crimes? Que penser de toutes ces communions que Ton ménage avec ses sensibilités, ses humeurs, ses caprices; qui nous laissent nos projets frivoles, notre goût pour le siècle , nos dissipations éternelles? qu'en penser, Chrétiens? Ah! c'est qu'elles ne répondent ni à la grandeur ni à la sainteté de la victime auguste j c'est qu'elles ne sont point d'une
agréable odeur deyant le Dieu trois fois saint; c'est que ce n'est point ici la pâque que Jésus-Christ veut feire avec ses disciples; c'est que, bien loin de nous sanctifier, elles préparent notre réprobation , et précipitent elles-mêmes notre chute.
En troisième lieu , communier , c est participer au renouvellement de la mort du Sauveur : nous devons donc apporter à l'autel un esprit de sacrifice et de martyre; grande conséquence qu'il nous importe declaircir. En communiant, nous annonçons la mort de Jésus-Christ , et nous en retraçons la mémoire. Or, comment renouveler dignement un si grand sacrifice , comment nous souvenir utilement de Jésus-Christ crucifié? N'est-ce pas, Chrétiens, en entrant dans les dispositions où nous serions, si nous assistions au sacrifice du Calvaire? Je suppose que l'immolation de l'Agneau sans tache s'exécutât visiblement sur l'autel comme autrefois sur la montagne, et que non - seulement nous fussions ici les témoins , mais encore les ministres et les coopérateurs de sa mort; ouï, Chrétiens, si Jésus-Christ vous demandoit encore d'être attaché à la croix par vos mains, de le clouer sur le gibet infâme, d'enfoncer sur sa tête la couronne meurtrière, de percer son côté avec une lance, de lui présenter le breuvage d'amertume, et d'exercer enfin sur lui tous les tourmens que ses propres bourreaux inventèrent : quels seroient alors vos «entiroenset vos pensées? comment rempliriez- vous ce triste ministère? avec quelle douleur metlriezypus cette cpuronue^ perceriez-ypus cçs mains, ces
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pieds, ce côté? avec quel saisissement verrîez-vous couler et son sang et ses larmes? avec quelle tristesse recueîUeriez-vous ses derniers soupirs? comme ses cris puissans retentiroient jusqu'au fond de votre ame! comme cette a me seroit alors transpercée d'un glaive! et, ne nous restât-il qu'une étincelle d'amour et de foi, quel martyrevpourroit égaler le vôtre?
Mais quoique ce grand spectacle ne soit renouvelé sur nos autels que d'une manière invisible , il n'en est pas moins réel, et l'immolation de l'Agneau, pour n'être pas sanglante, n'y est pas moins entière. Nous y coopérons dans un sens très-parfait, nous y assistons, nous l'annonçons hautement. Jésus-Christ est vivant dans l'Eucharistie , ainsi nous Veilseigne la foi; mais il y demeure dans un état de mort. Il n'y souffre plus, mais il y rappelle la mémoire de toutes ses souffrances; il y est glorieux , mais il n'y est pas moins exposé aux outrages de ses ennemis ; il s'y immole librement, mais c'est toujours par notre intervention qu'il y consomme son sacrifice. Nous ne pouvons donc plus nous approcher de l'autel que comme nous eussions approché du Calvaire. Nous devons donc y apporter cette abondance de componction, cette vivapité de douleur, ce deuil, cette sainte désolation , enfin cet esprit de sacrifice et de martyre qui nous eut animés sur la sainte montagne.
Esprit de sacrifice et de martyre qui nous fait désirer de nous offrir en holocauste , de nous mettre, à l'exemple de Jésus -Christ, dans un état d'aaéantissement et de mort. Allons et mourons
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avec lui, se dit une'ame sainte , en approchant de la table sacrée; portons la même croix 3 soyons ainsi que lui étrangers sur la terre, crucifiés au monde ; mourons avec lui à la gloire et aux richesses, aux plaisirs et à la vanité; eamus, et moriamur cum illo. Mourons dans notre esprit en l'immolant sous le joug d'une foi humble , en détruisant toute hauteur qui s'éleveroit contre la science de Dieuj en captivant cette raison présomptueuse qui veut sonder quand il ne faut qu'admirer, comprendre quand il ne faut que sentir , et discuter quand il ne faut qu'aimer. Mourons dans notre corps, en lui faisant porter la mortification de Jésus-Christ; mourons dans tous nos sens par la retraite et le silence, par l'ardeur des opprobres et des humi^ liations, par le dédain suprême de tout ce qui les flatte; allons et mourons avec lui, eamus , et moriamur cum illo*
Esprit de sacrifice et de martyre qui nous &it partager et sentir les outrages que soufire Jésus- Christ dans le sacrement de son amour , qui nous porte à gémir en secret de ce que cet amour , plus fort non-seulement que la mort , mais encore plus fort que la vie et l'immortalité , l'expose chaque jour à là contradiction des incrédules et à l'audace des profanateurs, et qui nous excite à nous confondre en présence de ce pontife plus élevé que les cieux , séparé des péclieurs , et qui oublie , en quelque sorte , sa sainteté et sa gloire pour compatir à leurs infirmités.
Esprit de sacrifice et de martyre sans lequel
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toutes nos communions ne sont que de nouveaux outrages faits à la chaîr crucifiée de Jésus-Christ , de nouvelles insultes à ses opprobres, et comme de nouveaux bourreaux qui rattachent à la croix. Se nourrir de son corps percé de plaies, et rejeter ses souffrances; boire son sang précieux, et le laisser tout seul fouler le pressoir ; tremper sa langue dans le vin de la ^oie , et repousser le calice amer qu'il a bu lui-même , c'est une dérision cruelle , c'est le trahir comme Judas, c'est le renier comme Pierre, c'est annoncer non la mort du Sauveur, mais lat mort de notre ame,*mais notre jugement, mais notre ruine éternelle.
Dispositions qu'exige de' nous la communion , je n'ai fait qu'ébaucher les plus essentielles 3 voyons maintenant les avantages qu'elle nous procure : c est mon second point.
SECONDE PARTIE
Qu'il est beau , qu'il est grand de voir comment la grâce élève et transforme les âmes, commeut elle console et fortifie le juste, comment elle lui fait changer les habitudes du vieil homme , et le dépouille de toutes les affections terrestres! Quel spectacle aux yeux de la foi que la révolution prodigieuse qui se fait dans celui qui a connu le don de Dieu, qui a senti les impressions du Père des lumières et les salutaires influences de l'Esprit qui souffle où il veut ! Mais si la grâce seule opère
dans les cœurs "un sî merveilleux changement, si l'esprît du Seigneur fait reposer sur le fidèle , pour parler avec saint Pierre, l'honneur, la gloire et la puissance de Dieu même, quels eiFets, quels miracles ne doit-on pas attendre du sacrement auguste, où l'on reçoit, non plus simplement les impressions de la grâce, mais l'auteur lui-même de la grâce j non plus un rayon émané d'en haut , mais toute la splendeur du soleil de justice} non plus seulement l'esprit du Seigneur j mais la substance entière, mais la plénitude de la Divinité qui réside en nous corporellement! Non, Chrétiens, nous ne saurions vous peindre ici toute la grandeur du bienfait eucharistique; mais dans l'impuissance où nous sommes de creuser dans cette mine féconde, et d'en extraire tous les trésors, bornons-^nous en ce Jour aux avantages les plus immédiats, et disons que la communion est le principe de notre force, la source de notre consolation , et le lien indissoluble qui nous attache à la justice.
Qu'est-ce que notre vie. Chrétiens? Hélas! l'Esprit saint nous l'apprend , un combat sans fin , une milice continuelle j guerre au dedans, guerre au dehors; périls dans le monde, et périls dans la solitude; périls dans ceux qui nous attaquent à force ouverte pour nous ravir notre vertu . et périls dans les faux frères qui nuisent d'autant plus qu'ails cachent leurs desseins; périls enfin dans tous les temps, dans tous les âges et dans tous les états. Chaque jour voit naître un nouvel orage , chaque instant nous offre un nouvel écueil, chaque objet
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une tentation, chaque pas une chute. Si nous jetons un regard sur nous-mêmes , qu'y trouvonsnous? des penchans rebelles, des passions tyran^ niques, un cœur volage, une volonté chancelante, un esprit que tout aveugle, une imagination que tout séduit. Que faire seul , grand Dieu ! dans un pareil état? où fuir pour échapper à tant d ennemis? où prendre assez de force pour les combattre? Dans le sanctuaire , à la sainte table , mes Frères. Cest elle que voyoit David , lorsque , dans un esprit prophétique, il rendoit grâces à Dieu de ce que la table qu'il lui avoit préparée étoit comme un asile et un retranchement contre ses ennemis 3 parasti in conspectu meo mensam, adversùs eos qui tribulant me (ps. ïxu, 5.). C'est elle qui nous offre ce sel mystique qui prévient la corruption , cette huile précieuse qui s'insinue , qui pénètre et porte la vigueur jusque dans les parties les plus intimes de Tame} cette manne savoureuse qui donne d'autant plus de force, qu'on s'en nourrit davantage 3 ce pur froment qui engraisse sans appesantir; cette liqueur vivifiante qui échauffe , qui ranime le cœur: parlons plus clairement , cette viande divine , cette nourriture céleste qui nous fortifie contre les dangers , les écueils , les occasions , contre nous-mêmes , qui nous soutient dans les tentations , nous anime dans les combats que nous livrent tour à tour l'enfer et le monde , nos passions et notre propre cœur. Eh! qu(B pourroit craindre en effet le fidèle qui s'approche dignement de l'autel? Marqué du sang
de TAgneau, qu'a-t-il à redouter de l'ange ejLter-
SCR LÀ COMMUNION. J^8t
minateur? possédant dans son cœur celui qui a vaincu le monde , que pourroit contre lui le monde? Si, par la seule foi en Jésus-Christ, les anciens justes entreprirent de si grandes choses et firent de si grands sacrifices } s'ils arrêtèrent par ce moyen , dit saint Paul (hebr. xi, 34») > ^^ violence du feu, s'ils évitèrent le tranchant des épées, mirent ea fuite les armes étrangères, accomplirent tous les devoirs de la justice et de la vertu , et reçurent l'effet des promesses 3 si cette foi peut seule trans^ porter les montagnes, quelle vigueur, quelle force admirable ne lui donnera pas, non plus l'espérance, mais la possession entière du Dieu des vertus; non plus une union par l'esprit , mais une union substantielle avec la force et la puissance même do Jésus-Christ! Et quelle force, quelle puissancej vous le savez , Chrétiens : celle qui a donné des chaînes à toutes les puissances de ^l'enfer, qui a pris leurs dépouilles , a mené en triomphe la captivité captive j force et puissance de celui qui comxnandoit,^et les flots s'apaisoient; qui touchoit, et les infirmités étoient guéries f qui parloit, et les démons prenoient la fuite; qui vouloit, et les péchés étoient remis. Ah! que l'enfer et le monde se liguent, qu'on dresse des camps autour du fidèle convive , que des armées entières viennent fondre sur lui, nous le verrons , à l'exemple du prophète, (ps. XXVI, 3.), défier généreusement tous ses ennemis et se rire de leurs efforts. Revêtu, par la communion, de la vertu de Dieu, participant à sa puissance , ne faisant avec lui qu'un seul corps i
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i(8a SUR LA COMMCNIOW.
qu'un seul Christ , il peut taut dans celui qui le fortifie : Dieu habite au milieu de lui , il ne sera point ébranlé 3 Deus in medio ejuSy non commwe-bitur (ps. XLV, 6.),
Se plaindre maintenant, mes Frères, que la chair est foible,.que les chutes sont presque iné- Titables, que la voie des commandemens est étroite, que le Joug de la loi est pénible, qu'il est presque impossible de ne pas se lasser , et de se soutehir au milieu de la contagion du siècle, ah! c'est nous dire que vous êtes malades , et que tous n'appelez pas le médecin \ que vous êtes foibles , et que vous refusez un appui; que vous êtes fatigués de la longueur du chemin, et que vous ne songez pas à marcher , comme Élie , dans la force d'un paia céleste; c'est dire qu'un feu profane vous dévore, et que vous dédaignez la fontaine d'eau vive qui se présente à vous : ah! c'est nous demander comment on vit sans se nourrir , comment on peut cone^battre sans bQuclier et sans armes, comment on peut remporter des couronnes en s'éloignant de celui qui les distribue : c'est nous apprendre ce que nous ne savons que trop, que la plupart de ceux qui périssent dans la langueur, qui gémissent sous le poids de leurs chaînes , qui déplorent leur propre fragilité, qui dorment dans la mort, ne mangent que rarement ou qu'imparfaitement le pain des forts et le fruit de vie : ideo muUi injlrmi et imbecilleSj et dormiunt multi (I cor. xi, 3o.).
Ne l'oubliez donc jamais; vous trouvez dans le salut des obstacles insurmontables: allez à l'autel,
sua LA COMMUNIOK. ^83
et les voies s'aplaniront. Une malhôureme babitude vous tyrannise j vous êtes sur le point de succomber à une tentation violente: allez à l'autel, et vous serez victorieux. Vous ne sentez en vous que tiédeur, qulmpuissance pour le bien : allez à l'autel, et les maximes les plus austères deviendront alors vos plus doux penchans. En quelque état, en quelque extrémité que vous soyez réduits , je n'aurai jamais que cette parole à vous dire : Allez à Fautel ; et je voudrois pouvoir vous le répéter si souvent, que cette idée ne pût jamais sortir de votre esprit , Qu'elle se gravât profondément dans votre cœur^ que vous vous en occupassiez sans cesse , dans vos projets, dans vos travaux, vos perplexités, vos inquiétudes, vos douleurs et vos souffrances; car non-seulement la communion est le principe de notre force , mais encore la source de notre con^ solation.
Éloignez- vous d'ici, profanes; 6 vous tous qui n'avez pas connu le don de Dieu, vous ne m'en* tendriez pas. Je cherche à m'adresser ici à ces âmes fidèles qui sont initiées dans les mystères de 1!É« poux^ qui ont reçu ses chastes embrassemens ^ et ont enfin goûté la sainte ivresse des noces da l'Âgneau. Il n'appartient qu'à elles seules de nous rendre les douceurs ineffables de la manne cachée, de nous expliquer, avec le prophète, comment les justes célèbrent le festin, et se réjouissent en présence de Dieu (ps. lxvii, i^*)* Elles seules peuvent nous raconter quels sont les communfca^ tions et les ravissemens , les effusions et les délices
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que Jësus^Christ réserve à ses convives. Dites-^le nous donc, âmes saintes, dites-nous ce qui se passe dans le sanctuaire de votre cœur, lorsque Dieu le remplit de sa. gloire , qu'il le sanctifie et le consacre par l'aspersion de son sang précieux , qu'il y allume le feu sacré , qu'il y reçoit la ferveur de vos prières et l'agréable odeur de vos sacrifices j lorsque vous lui parlez comme un ami à son ami , lorsqu'il devient le confident et le plus cher dépositaire de vos plaisirs et de vos peines Vos peines! en est-il donc
pour vous? et que peuvent être les afilictions et les misères^ les disgrâces et tous les revers de la terre pour celui qui mange le pain du ciel? Avec quelle confiance il souffre', avec quelle joie il pardonne , avec quel plaisir il se mortifie , avec quel goût il fuit le monde , avec quelle tranquillité et quelle indifférence il voit passer sous sea yeux ces révolutions journalières , ces vicissitudes perpétuelles, ce mélange bizarre de craintes et d'espérances, ce clioc de tous les intérêts , de toutes les passions, de toutes les intrigues , et cette éternelle mobilité des siècles et des empires, des lois et des mœurs, des modes et des usages qui se renouvellent et se remplacent, qui s éteignent et revivent et s'effacent tour à tour! Comme Dieu, ce juste est indépendant de l'univers j comme Dieu, il ne désire rien de plus que ce dont il jouit. Le monde ne peut plus ni lui rien donner ni rien lui ôter : la fortune peut le dépouiller de ses biens , la calomnie lui enlever sa réputation , la maladie sa santé , la mort ses enfans et seis amis 3 mais rien ne peut lui enlever
son Dieu , ce Dieu puissant , ce Dieu aimable qui lui tient lieu de tout, qu'aucun trésor, qu'aucun plaisir ne sauroit remplacer. J'entends ses soupirs , je vois ses transports. Que vos tabernacles sont beaux ^ qu'ils sont aimables, Dieu des vertus! Mon cœur et ma cliair tressaillent d'allégresse, sont consumés d'ardeur, et succombent sous la poids de leur félicité. Qu'heureux sont ceux qui habitent dans votre maison! un seul jour passé à l'ombre du sanctuaire*vaut mieux que mille sous les tentes de^ pécheurs. Vos autels , ô mon Dieu ! vos autels ! ah! que ne puis-je vivre sans cesse auprès d'eux! que ne puis-je y mourir! Hélas! pourquoi faut-il m'en arracher à chaque instant? pourquoi faut-il me rengager si vite dans les ennuis et les désagrémens du siècle? Qui me délivrera des tristes îesoins, dfîs distractions inévitables de la vie? vos autels, ô mon Roi! Loin d'eux le monde n'est qu'un triste désert, loin d'eux tout n'est que vanité et affliction d'esprit. O enfans d'Adam, venez, je vous raconterai les merveilles que Dieu opère dans mon ame. O vous tous qui gémissez dans cette •vallée de larmes , goûtez et voyez combien le Seigneur est doux.
Seroit-il vrai , mes Frères , que ces divins entretiens, que ces célestes épanchemens vous fussent inconnus? Nous vous le répétons sans cesse, nous vous invitons à goûter les délices de la nouvelle cène, sans cesse nous vous disons que la participa^ lion aux maints mystères est la seule douceur de noire exi]; notre seule consolation dans cet éloi*-
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gnemént de la patrie , le seul asile qui nous reste contre Tinjustice des hommes et la contradiction des méchans ; que Jésus ne se donne à nous que pour essuyer nos larmes, guérir les cœurs bridés, et rompre les chaînes de tous les capti&; qu'ici coule avec abondance ce fleuve de paix dont parle Isaïe (isAÏ. Lx,vi, 12.) î qu'ici se répand cette onction salutaire qui met un baume sur toutes les blessures ; qu'ici se forme cet homme spirituel qui juge de tout (I cor. n, i5.)^ du monde pour en sentir l'imposture , des plaisirs de la terre pour en découvrir l'impuissance, des honneurs pour en dédaigner le faux éclat, des richesses pour en voir le néant : nous le disons , mais les mondains ne nous entendent pas , ou s'ils nous entendent , ils ne nous croient pas; ou s'ils nous croient, c'est d'une foi qui tient presque de 1^ défiance, d'une foi qui n'opère rien; ou s'ils essaient quelquefois de s'as^ seoir au divin banquet, c'est moins pour goûter Dieu que pour le tenter, moins pour être plus saints que pour être plus tranquilles , moins pour sacrifier la vraie source de leurs chagrins , je veux dire leurs injustes passions, que pour calmer un instant des remords importuns; ^t voilà, pourquoi. Chrétiens, toutes nos communions nous laissent avec nos afflictions, notre tristesse, nos amertumes. Au sortir du festin délicieux, nous retrouvons partout ce pain d'absinthe dpnf parle l'Écriture ; nous attendons la paix , et la paix n^ vient point. Mêmes gémissemens dans les contra-
dictip&s de la vie, mèm^ sensibilité dans la moindre
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perte , même désespoir dalis la plus légère disgrâce ; et c'est ainsi, grand Dieu, que s'accampÛt cel; oràde du prophète (ps. lxviii, 23.): Que votre table leur devienne un piège, et un scandale. Un piège , mes Frères , puisque nous n'y trouvons pas les consolations quelle donne, et un scandale ^ puisque nous n'en sortons que pour faire une chute nouvelle , bien loin qu'elle soit pour nous ce lien indissoluble qui nous attache à la justice.
Et c'est ici le troisième et dernier avantage que nous procure la communion ; car la grâce eucharistique n'est point une grâce détermiaée pournous faire pratiquer telle ou telle vertu , pour nous faire -éviter tel ou tel vice ; ce n'est point la grâce d'un état , d'une occasion particuhère : c'est la grâce de tous les états , de tous les momens et de toutes le$ circonstances 3 c'est une grâce durable et universelle qui s'étend à tout 3 disons mieux, c^est.le çpuir plément et la fin de toutes les grâces. Or quelle peut donc être cette fin , sinon de nous att^çheir fermement à la justice, de nous unir teUement avec l'auteur de toute vertu que rien ne puisse nous le faire oublier, de le. faire régner sur nous par une impression si domLnante et si souveraine , que nous puissions nous écrier avec l'apôtre (rom. VIII, 35.): Qui nous séparera de l'amour de Jésus- Clirist? ou avec l'épouse des Cantiques (cant. m, 4*) : Je le tiens , je le possède , et je ne le laisserai point échapper; tenui eum, nec dimittam.
De là , mes Frères , cette^ parole du Sauveur : Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang
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demeure en moi, et je demeure en lui. Expression mémorable! Ce n'est donc point une union mo* mentanée que Jésus-Christ fait alors avec nous , mais une union vraiment durable; ce n'est plus ici un passage , c'est une alliance ferme et constante , c est un lien indissoluble 3 in me manet , et ego in illo (jOÀN. VI, 57.) ; non sans doute, en ce sens, que l'Eucharistie nous établisse dans un état im«-» muable de justice, qu'elle nous assujettisse tellement nos ennemis que nous soyons pour toujours hors de leurs atteintes, et qu'enfin elle nous marque du dernier sceau du salut: mais indissoluble en ce que son effet direct et immédiat e^t de nous confirmer en grâce } indissoluble , parce que la cène du Seigneur^ nous le rend nécessaire, et en fait notre bien unique; indissoluble, parce que plus on se nourrit de Jésus-Christ, et plus on désire de vivre pour lui , comme il nous en assure lui-même j que plus on mange de cette viande qui demeure éternellement, plus on sent réveiller son goût; que cette nourriture céleste e&cite nos désirs en les remplissant, aiguise notre faim en la satisfaisant} qu'une communion sainte sert d'engagement et d'attrait à une autre communion; qui edunt me, adhuc esurient (eccli. xxiv, 29.). Je dis enfin que ce lien est indissoluble , parce que le sacrement adorable forme en nous un homme nouveau, et que l'homme nouveau ne vieillit point. Oui , ce renou» Tellement est intime et parfait; tout ce qui n'est qu'ébauché le sacrement ï'acliève , tout ce qui n'est
Que tiède il l'enflsunme ; opération vraimeot pro*.
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digîéuse, qui va jusqu'à la racine de Tarbre, le dépouille non-seulement des branches inutiles, mais pénètre fusqu au germe , mais purifie toute la sève ) et fait ainsi produire ces fruits permanena dont parle l'Évangile j fructus a^ester maneat (joan, xv, 16.).
Et voilà pourquoi le prophète compare le juste à cet arbre toujours vert, placé sur le courant des eapx, et dont les feuilles ne tombent point (jEREM. xvii, 8.)î voilà pourquoi Jésus-Christ nous assure que , quand une ame est à lui , personne ne peut plus l'arracher de ses mains (joan. x, 28.). Or quelle ame est plus à lui que celle qu'il s'ac-^ quiert , qu'il s'unit par la communion? et revenir à son vomissement', reprendre ses anciennes voies, après avoir reçu le Saint des saints, n'est-ce pas annoncer hautement que nous n'avons jamais été sa véritable conquête?
C'est ce que nous dirons de tous ceux qui se traînent sans cesse autour des mêmes sacremens et des mêmes chutesj qui recommencent, au sortir de la pâque, leur commerce avec les incîrconcis j à qui une communion ne coûte qu'une journée de piété et de privations, dont le recueillement finit avec la solennité , dont la ferveur ne va guère plus loin que la cérémonie, qu'on voit rentrer le lendemain dans leurs premiers désordres j que dis-je? qu'une même journée voit sur le Thabor et dans les plaines de Samarie. Oui, nous dirons de tous ceux-là que le remède leur a été mal appliqué,
faute de préparation 3. que ces éternelles alternatives
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de maladie et de santé, de réconciliation et de rupture , de sacremens et de rechutes , sont des fiignes elFrayans^ et, quoique nous n'osions avancel: que toute chute après la sainte cène annonce une profanation, nous assurons en général que celui qui se contente de recevoir Jésus-Christ sans le conserver, sans demeurer en lui, ne l'a reçu qu'im*^ parfaitement , et que , bien loin d^avoir mangé ce pain du ciel qui fait qu'on ne meurt point, il est à craindre qu'il n'ait mangé son propre jugement. Grand Dieu! détournez ce funeste malheur de dessus nos têtes; venez dans nos âmes, mais que ce soit pour y fixer votre demeure, pour leur donner et ces remèdes qui les conservent , et ceis secours qui les purifient : venez-y comme la voie^ pour redresser nos sentiers ; comme la vérité , pour augmenter nos lumières et dissiper nos erreurs; comme la vie , afin qli'après avoir allumé dans nos âmes la vie de la foi , la vie du juste sur la terre , fruit précieux de ce céleste aliment, vous nou9 J&ssiez goûter à jamais la douce récompense du bon usage que nous en aurons fait, en nous réu« nissant et nous consommant tous en vous-même, 6 Dieu vivant et véritable , pendant l'éternité. Ainsi soit-il.