‹ Sermons et discours inéditsChapitre 60 sur 63 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

L'homme , mes Frères , quoique avili par le péché , n'a point perdu le sentiment de sa grandeur première. Sans cesse notre cœur nous dit que nous sommes déchus et hors de notre place naturelle; et , à le bien prendre , toutes nos affections , nos désirs, nos inquiétudes, nos vices mêmes, ne sont que l'impression d'une ame qui, tombée d'une hauteur prodigieuse, se prend où elle peut pour se relever et courir après une gloire qui lui est échappée. Mais hélas! notre corruption est si grande et notre avilissement si profond , que pres« que toujours l'homme s'égare dans les moyens qu'il prend pour recouvrer ses anciennes prérogatives. Sa liberté , il croit s'en ressaisir en secouant toute espèce de joug 3 son repos, il le demande à des créatures frivoles et inconstantes; ses véritables richesses , il les cherche dans des biens périssables. Presque toujours il prend l'enflure pour la grandeur, des titres vains pour la vraie gloire 3 de sorte qu'il n^embrasse jamais que le fantôme de sa propre excellence , et que tous ses efforts pour revenir à sa première place ne servent qu'à l'avilir de plus en plus, et à le faire descendre plus bas encore que lui-même.

^ Il étoit réservé, mes Frères, au renoncement religieux et à la sainte alliance qui se fait entre Dieu et l'ame, qui se dévoue à ses autels ; de le rétablir

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dans Tordre et la beauté de son institution primitive. Il est vrai, .et saint Paul (1 cor, xv, 4^.) nous l'apprend , que , par la vocation au christianisme , lliomme est régénéré selon le premier esprit de son Créateur; mais cette régénération n'est point encore si parfaite qu elle efface jusqu'à la moindre trace de l'ancien Adam. Ce n'est proprement que dans la vocation religieuse que commence la création de cet homme nouveau , de cet homme spirituel et parfait dont parle le même apôtre. Sublimé vocation! qui, séparant une vierge clirétienne du commun des fidèles , la dévoue à de plus grands devoirs , à des sacrifices plus héroïques , à des vertus plus rares , à une liberté plus sainte et plus glorieuse ; et c'est sur ces fondemens que je vais étsîblir Yiacomparable dignité de l'ame religieuse , sur la générosité de ses sacrifices, sur la. noblesse de ses attachemens , sur la plénitude de son indépen*dance.

Qu'il est beau , qu*il est grand ce spectacle que nous présente l'immolation d'une vierge chrétienne, qui, docile aux inspirations de la grâce, conçoit le généreux dessein de renoncer au monde , lors même que le monde doit lui paroître si séduisant; aux plaisirs, dans un âge où l'ame toute neuvâ s'ouvre si aisément aux impressions fatales de la volupté; à Tamitié, dans un temps où le cœur cherche et demande impérieusement à s'épancher sur d'autres cœurs; aux douceurs de la maison paternelle , quand les plus tendres liens de la nature

commencent à se faire sentir; à toute la terre enfin ^

POCK UNE PROFESSION RELIGIEUSE. ^gS

dans cette saison brillante , ce printemps enchanteur ou tous les sentiers de la vie paroissent semés de roses ! Qu'il est frappant cet héroïsme d'une fille de Sien , qui brave tout à la fois et les combats qu'on lui livre , et les obstacles qu'on lui oppose , et rattendrissement , les soupirs et les larmes des personnes les plus chères j qui brise d'une main courageuse ces superbes idoles qu adore le siècle; qui s'anëaqtit, se dépouille de tout elle-même ;. et | qui , ramassant tout ce qu'elle à de force et de santé , de liberté et de jeunesse , d'-agrémens et de charmes, de prétentions et d'espérances , en forme comme autant de guirlandes qu'elle suspend dans le sanctuaire, et s'avance vers l'autel avec une majesté tranquille, entre les applaudissemens du ciel et l'admiration ^e la terre!

Je sais , mes Frères , que les filles de Jérusalem ne sont pas toutes, comme celles de Tyr , &vorisées des dons de la fortune ; qu'il en est par conséquent qui ont moins de chaînes à rompre , moins d'obstacles à vaincre, moins de biens à perdre 3 mais la grandeur du sacrifice ne se prend pas précisément dans la grandeur des dépouilles qu'on laisse : le IHeu jaloux ne regarde pas tant les mains que le cœur. Ici toute la gloire de la fille du roi est au dedans,' tout son héroïsme est dans l'ame. Que les circonstances extérieures de sa consécration soient plus ou moins brillantes , qu'elle ofire des agneaux ou simplement des tourterelles , que la victime soit plus ou moins parée , l'objet essentiel de l'holocauste n^en est pas moins grand, moins agréable aux yeux

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