‹ Sermons et morceaux choisis de MassillonChapitre 102 sur 145 · BONTÉ DE DIED · texte numérisé non relu

BONTÉ DE DIED

Qu'uQ hotnme ait été offensé par un autre houame , hélas ! souvent les regrets les plus sindîres , les humiliations les plus profondes, les satisfactions les plus pleines et les plus abondantes ne peuvent rien pour adoucir son coeur irrité. Il est inexorable ; il n'écoute rieu ; il veut se venger. Cependant, ô mon Dieu/quel outrage si grand peut-il recevoir de la part de son semblable? Ils ont été pétris l'un et Tautre de la même boue. Ce vindicatif d'ailleurs ne devrait-il pas faire réflexion qu'il peut à son tour avoir besoin d'indulgence, et qu'il s'expose à éprouver la même rigueur dont il use envers les autres ? De plus , peut-être s'est-il attiré l'offense dont il se l^aint, et qu'il voudrait laver dans le sang de son ennemi , par ses hauteurs , par sa dureté , par son peu de ménagement, par ses injustices. Mais le Dieu que j'ai eu l'audace d'offenser est autant élevé au-dessus de moi que l'être l'est du néant : souverainement juste, toutes ses œuvres sont l'équité et la justice même ; infiniment bon , hélas 1 il n'a jamais répondu à mes outrages que par de nouveaux bienfaits, et mon ingratitude n'a jamais suspendu les effets de sa bonté pour moi. Néanmoins , dès que j'ai voulu retourner à lui , m'a-t il fait acheter le pardon que je lui demandais par des délais étemels , par des rebuts si pénibles à l'amour-propre , et qui anéantissent presque tout le pjix d'une grâce , plutôt arrachée par rimportuaité qu'elle n'est accordée ? Non ; comme un père tendre, à qui la joie de revoir son fils fait oublier tous ses égarements et tous ses torts, il a couru au-devant de moi, il m'a embrassé, il m'a pardonné avant même que je l'eusse demandé; il m'a rétabli dans tous mes anciens droits; et la seule chose qu'il a exigée de moi , c'est que mon retour fût sincère ; que, comme il avait toujours eu pour moi le cœur d'un père , je reprisse pour lui le cœur d'un fils, sans conserver de liaison secrète avec le monde son ennemi. 0 bonté , que nous ne saurions ni imiter ni comprendre ! ô dureté des hommes , qu'une telle bonté ne touche et n'amollit point! (Paraphr).

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