‹ Sermons et morceaux choisis de MassillonChapitre 101 sur 145 · SUR LES CAUSES ORDINAIRES DE NOS RECHUTES · texte numérisé non relu

SUR LES CAUSES ORDINAIRES DE NOS RECHUTES

le- C'est un si grand bonheur d'avoir enfin trouvé Dieu; de vivre

le ^ enfin pour l'éternité , après avoir vécu si longtemps pour la vanité ;

i^^ de nous assurer enfin une meilleure condition dans une autre vie,

ij* après nous être convaincus, en essayant de tout, qu'on ne pouvait

^ être heureux en celle-ci ; et de sauver enfin notre âme , après avoir

ieDtl^ vécu jusqu'ici comme si nous n'en avions point : c'est un si grand

fs^ bonheur, que quand vous auriez tous les sceptres, toutes les

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couronnes» Feoipire de l'univers ; si vous n'avez pas Dieu, vous n*avez rien ; et quand vous seriez sur le fumier comme Job , si vous avez Dieu , vous avez tout ; puisque vous avez la paix de la vie présente , et l'espérance de la future.

Grand Dieu ! c'est aujourd'hui le jour de votre gloire et de vos tri6nipkes : jetez sur ce royaume » où la foi est montée sur le trône en même temps que nos rois , des regards de miséiicorde » en sanctifiant les grands et les puissants , qui doivent être eux-mêmes les protecteurs de la vertu et les exemples des peuples ! Que votre parole, ô mon Dieu , ne retourne pas à vous vide 1 que l'indignité du ministre dont vous vous êtes servi pour l'annoncer n'ôte rien de sa vertu, n'affaiblisse pas son onction et sa force I qu'elle ne sorte pas aujourd'hui de ce lieu auguste , sans emmener avec elle ^1 triomphe , comme vous , les principautés et les puissances ! Grand Dieu, consolez mon ministère, récompensez mes peines : ' je ne vous demande , Seigneur, que ce que vous demandiez vousmême à votre Père. J'ai annoncé votre nom et vos vérités à ceux vers qui vous m'aviez vous-même envoyé; je ne leur ai donné que les paroles que vous m'aviez vous-même données : sanctifkz-les maintenant dans la vérité ; consommez en eux votre ouvrage, et faites qu'aucun d'eux ne périsse.

Grand Dieu, sauvez le roi ' ! faites régner dans le ciel, un prince qui vous fait régner sur la terre ; un si boa maître , un cœur si religieux; une âme si grande devant les hommes, si humble et si simple devant vous ; un si grand spectacle sur le théâtre de l'univers , et à vos pieds un adorateur si anéanti et si sincère : le OHHide ne parle que de sa gloire , mais je ne vous parle id que pour son salut; et vous savez , ô mon Dieu, que toute^a gloire l'occupe et le touche moins que vos miséricordes éternelles.

Grand Dieu , sauvez Monseigneur ' ! formez de ce prince selon le cœur des hommes , un prince selon votre cœur : sanctifiez ses augustes enfants ' ; que votre crainte passe en eux avec la gloire de leurs ancêtre»; que le sang de saint Louis soit toujours fécond en saints , comme il l'est en héros ; que leurs noms soient écrits dans

' Louis XIV.

'^ Louis, dauphin, fits unique de Louis XIV.

^ Lea ducs de Bourgogne, d'Anjou (depuis roi d'Espagne), et de Berry.

le li vre de vie » en caractères encore plus éclatante et plus immor» tels que dans nos histoires.

Sanctifiez cette illustre princesse, qui porte dans son sein l'espérance de l'État, et qui en fait elle-même l'amour et les plus chères délices : répandez l'abondance de yos bénédictions sur toute la race royale : faites-la croître et multiplier de génération en gé* nération; donnez aux peuples des maîtres d'un sang si généreux et si chrétien : étendez les bornes de la foi , en étendant celles de leur domination et de leur empire ; et si les vœux d'un pécheur et d'un ministre indigne pouvaient être écoutés, recevez, grand Dieu , ces dernières effusions de mon cœur, et que les souillures secrètes que vous y découvrez n'ôtent rien devant vous à la vertu et au mérite de ma prière. Aiwisoit-il^

( Sermon pour le jour de Pâques, )

SDR LA FAUSSB CONFIANCE.

Maisdois-je finir ici mon ministère , mes frères , par les paroles dont se servit autrefois Jésus-Christ en finissant sa mission vers un peuple ingrat? Vous n'avez pas voulu croire à mes discours, leur disait-il peu de jours avant sa mort; vous avez fermé les yeux à la lumière; vous avez eu des oreilles , et vous n'avez pas entendu : je m'en vas, et vous mourrez dans votre aveuglement. Si vous étiez encore des aveugles , et que vous n'eussiez jamais connu la vérité , votre péché serait plus excusable ; mais maintenant vous voyez, je vous ai annoncé les vérités que j'avais apprises de mon Père ; et voilà pourquoi votre péché n'a plus d'excuse : votre'endurcissement est consommé , vous avez rejeté le salut qui ne s'offrira plus à vous, et le crime de la vérité méprisée va demeurer jusqu'à la fin sur votre tète.

Grand Dieul serait-ce donc là le prix de mes peines et tout le fruit de mon ministère ? l'indignité de l'instrument dont vous vous êtes servi pour annoncer votre parole , en aurait-elle anéanti la vertu, et mis un obstacle fatal au progrès de l'Évangile? Non, mes chers frères , la vertu de la parole de la croix n'est pas atta-

^ Adélaïde de Savoie, duchesse de Bourgogne, alors enceinte de son pranier enfant.

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chéeà celle da ministre qui raoDonce. La boue, entre les mains du Seigneur , peut éclairer les aveugles ; et les murs de Jéricho tombent , quand il lui plaît , au bruit des plus fragiles trompettes. Je me confie donc dans le Seigneur pour vous » mes frères ; qu^ayant reçu sa parole avec joie , conune le disait autrefois saint Paul aux fidèles de Gorinthe ; que l'ayant reçue non pas comme la parole d'un homme faible , pécheur , environné de misères , tout propre à anéantir Fouvrage de TÉ vangile , et indigne d*un si grand ministère , mais comme la parole de Dieu même , elle fructifiera en vous, et qu'au jour terrible des vengeances, où Ton demandera compte à moi de mon ministère , à vous du fruit que vous en avez retiré, je serai votre défense et votre justification , et vous ma gloire et ma couronne. G'eàt ce que je vous souhaite. Ainsi soit-U.

(SerrMfipour le lundi de Pâques.)

GRANDEUR DK DIEU.

Grand Dieu , souverain maître de Tunivers , quel lieu de la terre pourrais-je parcourir, où je ne trouve partout sur mes pas les marques sensibles de votre présence , et de quoi admirer la grandeur et la magnificence de votre saint nom ? St des peuples sauvages ont pu laisser effacer Tidée que vous en aviez gravée dans leur àme , toutes les créatures qu'ils ont sous les yeux le portent écrit en caractères si ineffaçables et si éclatants , qu'ils sont inexcusables de ne pas vous y reconnaître. L'impie lui-même a beau se vanter qu'il ne vous connaît pas , et qu'il ne retrouve en lui-même aucune notion de votre essence infinie ; c'est qu'il vous cherche dans soq cœur dépravé et dans ses passions. Dieu très-saint , plutôt quo dans sa raison. Mais qu'il regarde du moins autour de lui, il vous retrouvera partout ; toute la terre lui annoncera son Dieu; il verra les traces de votre grandeur, de votre puissance et de votre sagesse, imprimées sur toutes les créatures ; et son cœur corrompu se trouvera le seul dans l'univers qui n'annonce et ne reconnaisse pas l'auteur de son être.

L'homme , devenu tout charnel , ne sait plus admirer que les beautés qui frappent ses sens ; mais s'il voulait faire taire ces pensées de chair et de sang qui offusquent sa raison ; s'il savait s'élever au-dessus de Jui-méme et do tous les objets sensibles : ah ! 4

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reconnaîtrait bientôt que tout ce qu'il y a de plus grand et de plus magnifique dans l'univers n*est, ô mon Dieu, qu'un trait grossier , une ombre légère de la grandeur et de la gloir#qui vous environne. Les deux eux-mêmes, dont la hauteur et la magnifi* cence nous parait si digne d'admiration , disparaissent, comme un atome, sous les yeux de votre immensité. Ces globes immen* ses , et si infiniment élevés au-dessus de nous , sont encore plus loin des pieds 'de votre trône adorable qu'ils ne le sont de la terre. Tout nous annonce votre grandeur, et rien ne peut nous en tracer même une faible et légère image. Élevez donc mon &me , grand Dieur au-dessus de toutes les choses visibles. Que je vous voie et vous aime tout seul, au milieu de tous les objets que vous avez créés : qu'ils ne sortent jamais à mon égard de leur destination et de leur usage. Ils ne sont faits que pour manifester jusqu'à la fin aux hommes la puissance de celui qui les a créés , et lui former des adorateurs , et non pas pour s'attirer eux-mêmes notre amoui.* et nos hommages. v.

Et qu'est-il besoin en effet , mon Dieu, de vaines, recherches et de spéculations pénibles pour connaître ce que vous êtes? Je n'ai qu'à lever les yeux en haut , je vois l'immensité d^s cieux, qui sont l'ouvrage de vos mains , ces grands corps de>iumière> qui roulent si régulièrement et si majestueusement sur nos têtes , et. auprès desquels la terre n'est qu'un atome imperceptible. Quelle. magniOr cen6e, grand Dieu ! Qui a dit au soleil : Sortez du néant, et présidez au jour ; et à la hine : Paraisses , et soyez le flambeau de 1^ nuit? Qui a donné l'être et le nom à. cette multitude d'é|oiles qui décorent avec tant de splendeur le firmament , et qui sont autant de soleils immenses attachés chacun à une. espèce de monde uour veau qu'ils éclairent? Quel est l'ouvrier dont la toutenpuissance a pu opérer ces merveilles, où toutFoGgueii de.la raison éblouie se |)erd et se confond ? Eh ! quel autre que vous , souverain créateur de l'univers , pourrait les ^voir opéréesi Seraient-elles sorties d'elles-mêmes du sein du hasard «et du néant? et Timpie sera-t-il assez désespéré pour attribuer à ce qui n'est pas une toute-puissance qu'il' ose refuser à celui qui est essentiellement , et par qui tout a été fait?

Pour moi, grand-Dieu , abîmé à la vue de tant de gloire et de mjiguificcttce , je m'écrie : Est-il possible qu'un Dieu si grandi, ci^

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si paissant veiiUle s'abaisser josqu^à penser à rhomme , et en faire robjetde ses soins? Mais ce n*est encore rien, grand Dieu, que je ne sois devant vous que cendre et poussière ; j'offre encore à vos yeux les prévarications d'un cœur infidèle , et les souillures dont j'ai tant de loi» sali mon néant et ma boue. Cependant un ver ; de terre révolté^ tel que je le suis, s'est attiré vos regards; et il ne vous a pas para indigne de votre gloire de vous souvenir de lui, et de le visiter dans votre grande miséricorde.

Mais je cesse, ô mon Dieu, d'en être surpris, quand je rappelle ce premier état de gloire et d'innocence où vous aviez créé l'homme. Vous aviez imprimé en lui l'image glorieuse de votre divinité. Vous aviez soufQé <kn8 sa boue un esprit de vie , une âme spirituelle et immortelle , capable de vous connaître et de vous aimer. Vous l'aviez orné des dons lumineux de la science , de la sainteté et de la justice. Seul de toutes les créatures visibles , il avait le droit de s'élever jusqu'à vous , de parler à son Seigneur, de lui rendre grâces , et d'entretenir un commerce familier avec lui. Les anges eui-mèmes, ces intelligences si pures et si sublimes , n'avaient presque rien au-dessus de lui ; et ce qu'il avait par-dessus elles , c'est que vous vous étiez comme démis entre ses mains de votre domaine sur toutes Tes créatures. Vous l'aviez établi le maître et le semeur sur tous les ouvrages sortis de vos mains ; vous aviez soumis à son empire les animaux qui rampent sur la terre , les oiseaux qui volent dans les airs , et les poissons qui se font un sentier sous la profondeur des eaux de la mer. De combien d'honneur et de gloire , grand Dieu , aviez-vous revêtu cet homme au sortir de vos mains! vous aviez comme couronné en le créant , et mis le dernier degré de perfection à tous vos autres ouvraj^es, dont il était le chef«d'oravre.

Mais il ne sut pas jouir longtemps de vos divins bienfaits. Il succomba bientôt sous ce poïàA de gloire et de bonheur où vous l'aviez élevé. Il se rendit l'esclave des créatures dont il était auparavant le maître. La mort et le péché prirent en lui la place de l'innocence et de l'immortilité; et dans cet état affreux de misère où il était tombé , votre miséricorde , grand Dieu, lui prépara une ressource encore plus-glorieuse pour lui que tous les avantages dont il était déchu. Votre Verbe éternel descendit du sein de votre gloiro pour s'unira sa nature. lien prit sur lui les infirmilcs et les crimes.

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pour en devenir l'expiation et la viclîme. La nature humaine avçc lui monta à la droite de votre immense majesté ; elle se vit élevée au-dessus de toutes les principautés et de toutes les puissances célestes. Votre Fils adorable Ht entrer tous les hommes dans les . droits de sa filiation éternelle. Nous reçûmes tous le titre glorieux de ses frères , et il ne fut que notre premier-né. Vous étiez notre Dieu ; vous voulûtes être notre père. Nous n'étions que votre ouvrage, et nous devînmes vos enfants. Grand Dieu ! souverain maître de l'univers, oe n^t pas en tirant du néant toutes les créatures, que votre puissance et la grandeur de» votre nom a paru le plus admirable sur la terre : c'est en y (usant descendre votre propre Fils , la splendeur de votre gloire , revêtu de la bassesse et des infirmités de notre nature : c'est en nous manifestant le grand mystère de piété que vous prépariez depuis le commencement des siècles, et qui doit faire la consolation et l'étonnement de tous les sièdes à venir. Votre nom, grand Dieu, était autrefois ce nom terrible (fue la bouche de l'homme n'osait prononcer : mais depuis que vous êtes devenu notre père', e'est>à-dire , le père commun de tous les frères de votre Christ , ce n'est plus qu'un nom de tendresse , que l'amour filial nous donne droit de prononcer, et que nous mettons avec confiance à la tête de toutes les supplications qui montent vers vous de tous les endroits de l'univers. Seigneur, notre souverain m^tre , que la gloire de votre nom parait admirable dans toute la terre ! /domine, Dwniwusnoiter, quam admirabiU est nomen tuum in universa terra t

Que les impies, qui se piquent de supériorité d'esprit et de raison, sont méprisables , ô mon Dieu , de ne pas reconnaître votre gloire , votre grandeur et votre sagesse dans la structure magnifique des cieux et des astres suspendus sur nos têtes I Ils sont frappés de la gloire des princes et des conquérants, qui subjuguent les peuples et fondent des empires; et ils ne sentent pas la toutepuissance de votre main , qui seule a pu jeter les fondements de l'univers. Ils admirent l'industrie et l'excellence d'un ouvrier qui a élevé des palais superbes que le vent va dégrader et détruire ; et ils font honneur au hasard de la magnificence des cieux ; et ils ne veulent pas vous reconnaître dans l'harmonie si constante et si régulière de cet ouvrage immense cl superbe que la révolution des temps et des années a toujours respecté, et respectera jusqu'à la

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00. N'est-ce pas assez vous manifester à eai, que de leur mooirer tous les jours ces ouvrages admirables de vos mains? Les hommes de tous les siècles et de toutes les nations , instruits par la seule nature , y ont reconnu votre divinité et votre puissance ; et rimpie aime mieux démentir tout le genre humain, taxer de crédulité le sentiment universel , et ses premières lumières nées avec lui , de préjugés de l'enfance, que de se départir d'une o|Hnion monstrueuse et incompréhensible , à laquelle ses crimes seuls^ ces «nfants de ténèbres, ont forcé sa raison d'acquiescer, et que ses crimes seuls ont pu rendre vraisemblable.

SiJe Seigneur n'avait montcé qu'une fois aux hommes le speetade magnifique des astres et des cieux , l'impie pourrait y soupçonner du prestige ; il pourrait peut-être se persuader que ce sont là de ces jeux du hasard et de la nature , de ces phénomènes passagers qui doivent leur naissance à un concours (ortuit delà matière , et qui, formés d'eux-mêmes et sans le secours d'aucun être intelligent , nous dispensent de chercher les raisons et les motifs de leur formation et de leUr usage. Mais, ô mon Dieu » ce grand spectacle s'offre à nos yeux depuis l'origine des siècles : la succession des jours et des nuits n'a jamais été interrompue, et a toujours eu un cours égal et majestueux depuis que vous l'avez établie pour la décoration de l'univers et l'utilité des hommes. Le premier jour qui éclaira le monde publia votre grandeur par la magnificence de ce corps immense de lumière qui commença à y présider ; et il transmit avec son éclat, à tous les jours qui devaient suivre, ce langage muet, mais si frappant, qui annonce aux hommes la puissance de yoire nom et de votre gloire. Les astres qui présidèrent à la première nuit ont reparu, et présidé depuis à tou^ tes les autres , et font passer sans cesse avec eux , par la régularité perpétuelle de leurs mouvements , la connaissance de la sagesse et de la majesté de l'ouvrier souverain qui les a tirés du néant. Oui , Seigneur, les peuples les plus grossiers et les plus barbares entehdent le langage des cieux, dont la magnificence publie votre gloire. Vous les avez établis sur nos têtes comme des hérauts célestes, qui ne cessent d'annoncer à tout l'univers la grandeur du roi immortel des siècles : leur silence majestueux parle la langue de tous les hommes et de toutes les nations ; c'est une voix entendue partout où la terre nourrit des habitants ; l'impie

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seul se bouche les oreilles » et il aime mieux éeouter le coassement impur de ses passions , qui blasphèment en secret contre la souveraineté de votre être , que la voix éclatante de ces chefs-d'œuvre sortant de vos mains, qui la publient depuis la naissance du mqpde.

Qu'on parcoure jusqu'aux extrémités les plus reculées de la terre et les plus désertes : la ma^ificence descieux y annonce votr^ gloire ; comme dans les régions les plus habitées et les plus connues. Nul lieu dans l'univers, quelque caché qu'il soit au reste des hommes, ne peut se dérober à l'éclat de votre puissance, qui brille au-dessus de nos tètes dans ces globes lumineux qui décorent le firmament. Voilà , grand Dieu , le premier livre que vous avez montré aux hommes, pour leur apprendre ce que vous étiez : c'est là où les enfants d'Adam étudièrent d'abord ce que vous vouliez leur manifester de vos perfections infinies ; c'est à la vue de ces grands objets que , frappés d'admiration et d'une crainte respectueuse , ils se prosternaient pour en adorer l'auteur tout-puissant. Il ne leur fallait pas des prophètes pour les instruire sur ce qu'ils devaient à votre majesté suprême : la structure admirable des cieux et de l'univers le leur apprenait assez. Us laissèrent cette religion simple et pure à leurs enfants : mais ce précieux dépôt se corrompit entre leurs mains; à force d'admirer la beauté et l'éclat de vos ouvrages , ils les prirent pounrous-méme : les astres , qui ne paraissaient que pour annoncer votre gloire aux hommes, devinrent eux-mêmes leur divinité. Insensés ! ils offrirent des vœux et des hommages au soleil et à la lune, à toute la milice du ciel , qui ne pouvait ni les entendre ni les recevoir; ils ne vous connurent plus , grand Dieu , vous qui n'avez posé ces masses éclatantes au-dessus de nous que pour être les signes et les témoins perpétuels de votre puissance , et conduire les hommes par ces objets visibles à la connaissance et au culte de vos perfections suprêmes et invisibles. Telle fut la naissance dun culte impie et superstitieux qui infecta tout l'univers ; la beauté de vos ouvrages fit oublier aux hommes ce qu'ils devaient à leur auteur. Ce sont toujours vos dons eux-mêmes , grand Dieu , répandus dans la nature , qui nous éloignent de vous ; nous y fixons notre cœur, et nous le refusons à celui dont la main bienfaisante répand sur nous ses largesses : voà ouvrages et vos bienfaits , les

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biens, ks talents dit corps et de f esprit, sont nos dieax ; c'est à eux seuls que se bornent tous nos hommages. Us n'étaient desti> nés qu'à élever nos cœurs jusqu'à vous par îes sentiments conti. noels de l'amour et de la reconnaissance ; et l'unique usage que nous en faisons , est de les mettre à TOtre place , ô mon Dieu, et de les employer contre yous-mème.

La grande leçon , ô mon Dieu , que le ciel , et le soleil surtout , devait donner aux hommes , c'est sa régularité dans la course que vous lui avez marquée. Fidèle à suivre la voie que vous lui avez tracée dès le commencement^ ce bel astre ne s'en est jamais départi : son éclat , on il semble que vous avez manifesté principalement votre gloire et votre puissance, lui a attiré autrefois des hommages impies et insensés : on a adoré cette tente superhe où il semble que vous avez établi votre demeure et caché votre majesté ; et on n'a pas compris qu'en obéissant à vos ordres par l'uniformité constante de sa carrière , il criait aux hommes que toute leur grandeur consiste à remplir leur destination» et à ne jamais s'écarter de la voie que vous leur avez tracée en les tirant du néant. Les créatures insensibles vous obéissent , grand Dieu <c c'est dans le cœur de l'homme seul que vos ordres étemels trouvent de l'opposition et de la révolte. Le soleil, comme un époux éclatant qiy sort de sa chambre nuptiale, se lève, et parcourt régulièrement tout ce vaste'univers : il répand partout sa chaleur et sa lumière, et recouMoenee chaque jour sa course majestueuse; et l'homme inconstant , et ne ressemblant jamais d'un moment à l'autre à luimême , n'a point de route R-Ke et a86tM*ée : il se dément sans cesse dans ses voies; tous ses jours ne sont marqués que par des diangements et des inégalités qui le font per^e de vue. Sa course ressemble à celle d'un insensé qui va et revient , et retourne sans savoir où ses pas doivent le guider : il se fatigue , il s'épuise , et n'arrive jamais au but. Son inconstance lui est elle-mémeà diarge, et il ne peut la fixer : elle devient un poids qui l'accable, et dont il ne saurait se débarrasser ; elle fait tous ses crimes , et elle fait aussi tout son malheur et son phis. cruel supplice. (Pamphr,)

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