‹ Sermons et morceaux choisis de MassillonChapitre 113 sur 145 · FRANCHISE · texte numérisé non relu

FRANCHISE

Une noble franchise , si ignorée dans les cours , et qui sied si bien aux grands, la rendit toujours respectable au roi : il trouvait en elle ce que les rois ne trouvent guère ailleurs , la vérité. Plus éloignée encore , par l'élévation de son caractère que par celle de sa naissance, d'une basse adulation , elle n'employa jamais pour plaire que sa droiture et sa candeur. Les souplesses et les artifices de la dissimulation, qui font toute la science et tout le mérite des cours, lui parurent toujours le sort des âmes vulgaires. C'est se mépriser soi-même, que de n'oser paraître ce qu'on est. L'art de se contrefaire et de se cacher n'est souvent que l'aveu tacite de nos vices; et elle crut qu'on n'était grand qu'autant qu'on était vrai.

(Oraison fun. de Madame.) &o

HUMILITÉ CHIUBTIENNE.

Le même que vous venez de voir monter jusqu'aux cieux , vous l'allez voir descendre jusqu'aux entrailles de la terre ; devenu un spectacle digne des anges et des hommes, il se regarde comme le rebut de tous , et Tanathème du monde : il n'est point d'office si vil où il ne s'abaisse; point d'action si humiliante qui lui échappe; point de nom si méprisable qu'il ne se donne. Les pontifes du Seigneur et les rois de la terre s'empressent à lui offrir des établissements dignes de lui : les honneurs de la pourpre et de Tépiscopat lui sout présentés : rnHis, comme le prophète, il craint la hauteur du jour, et sa chère vertu ne lui parait être en sûreté que sous les dehors obscurs d'une vie privée. Ordre pieux et austère dont il enrichit l'Église, nouveau bouclier dont il orna la tour de David, asile illustre qu'il ajouta aux villes de refuge déjà établies dans l8« raël , le nom seul que vous portez annonce d'abord l'humilité de votre saint patriarche. Il n'en trouvait pas à son gré d'assez rampant à se donner : et nous nous donnons si s>ouvent de plein droit des titres que le public nous refuse , et que nos ancêtres n'ont jamais eus ; et l'on voit parmi nous tant de gens parer une roture encore toute fraîche d'un nom illustre , et recueillir avec affectation les débris de ces familles antiques et éteintes, pour les enter sur un nom obscur, et à peine échappé de parmi le peuple ! Quel siècle fut plus gâté là-dessus que le nôtre ? Hélas ! nos pères ne voulaient être que ce qu'ils avaient été en naissant : contents chacun de ce que la nature les avait faits, ils ne rougissaient pas de leurs ancêtres; et, en héritant de leurs biens, ils n'avaient garde de désavouer leur nom. On n'y voyait pas ceux qui naissent avec un rang se parer éternellement de leur naissance ; être sur les formalités d'une, délicatesse de mauvais goût, et selon l'Évangile, et selon le siècle; étudier avec soin ce qui leur est dû ; faire des parallèles étemels; mesurer avec scrupule le plus ou le moins qui se trouve dans les personnes qu'on aborde, pour concerter là-dessus son maintien et ses pas , et ne paraître nulle part sans se faire précéder de son nom et de sa qualité.

(Panég, de S, François de Paule.)

SIMPUaTÉ.

"Jamais prince ne fut plus éloigné de l'ostentation et de la fausse gloire. Simple, modeste, ennemi des louanges, attentif à les mériter ; Tadmiration de tous , toujours le même à ses propres yeux ; ignorant presque seul, comme Moïse, la gloire et la lumière qui brille autour de lui : nous Tairons vu donner à peine à son rang l'éclat extérieur que Tusage y attache ; vivant parmi nous comme un citoyen ; accompagné de cette dignité toute seule qui suit partout les grands hommes; n'empruntant rien de l'appareil et du dehors ; devant tout à lui-même ; plus grand , lorsqu'il parait tout seul , que tant d'autres ne le sont , enflés de tout le faste et de toute la pompe qui les environne.

{Orais, funéb. du prince de Conlt.)

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