‹ Sermons et morceaux choisis de MassillonChapitre 114 sur 145 · VERTUS PRIVÉES · texte numérisé non relu

VERTUS PRIVÉES

Rien n'est plus rare pour les grands que les vertus domestiques : la vie privée est presque toujours le point de vue le moins favorable à leur gloire. Au dehors , le rang, les hommages , les regards publics qui les environnent , les gardent , pour ainsi dire, contre eux-mêmes : toujours en spectacle , ils représentent ; ils ne se montrent pas tels qu'ils sont. Dans l'enceinte de leurs palais, renfermés avec leurs humeurs et leurs caprices , au milieu d'un petit nombre de témoins domestiques et accoutumés , le personnage cesse , ei l'homme prend sa place et se développe.

Ici nous pouvons tirer le voile , et entrer sans crainte dans ce secret domestique , où la plupart des grands cessent d'être ce qu'ils paraissent. Ce qu'il y a eu de privé et d'intérieur dans la vie de Madame, est aussi grand et aussi respectable que ce qui en a paru aux yeux du public.

Dites-le ici à ma place , témoins affligés et fidèles de l'humanité , de la douceur et de l'égalité d'une si bonne maîtresse ! Aviezvous à souffrir de son rang ou de ses caprices? votre zèle u'étailil compté pour rien ? vous croyait-elle trop honorés de lui sacritier vos soins et vos peines? vous regardait-elle comme des victimes vouées à la bizarrerie et à l'humeur d'un maître? sentiez-vous ' votre dépendance que par ses égards et ses attentions à vous l'a-

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doucir ? en satisfaisant à vos services , pouviez-vous satisfaire à toute votre tendresse pour elle? votre oœur n*allait-il pas toujouT? plus loiu que votre devoir? et quel chagrin avez-vous jamais senti en la servant, que la crainte de la perdre et la douleur de Tavoir perdue? L'abondance de vos larmes répond pour vous; et, plus vi- . vementque mes faibles expressions , elle fait son éloge et le vôtre.

(Orais. funèb, de Madame.)

ZÈLE mCONSIDÉRÉ.

On voit tous les jours des ministres qu*un zèle inconsidéré jette dans des inconvénients capables d'anéantir tout le fruit de leurs fonctions , et où l'honneur même de leur caractère est avili. Ils entreprennent tout ; tout ce qui a l'apparence du bien les anime et les met en mouvement; rien ne leur parait impossible, et rien ne leur semble à la place où il doit être : ils voudraient tout changer, tout déplacer : ils commencent par mettre une confusion universelle à tout ce qu'ils touchent , sous prétexte d'y rétablir l'ordre. Espnts inquiets, bornés, téméraires , entreprenants, pourvu qu'ils s'agitent, ils sont contents d'eux-mêmes , et croient remplir toute justice : ils vont hardiment heurter de front à tous les incx)nvénients les plus délicats , les plus dignes d'être ménagés , les plus exposés à des suites^ grandes et fâcheuses, les plus capables d arrêter la prudence et l'habileté la plus consommée : et au sortir de cet écueil, où ils viennent de se briser, et de donner au public une scène toujours désagréable au ministère, ils vont avec la même sécurité tenter une autre entreprise qui ne leur offre pas moins de péril , et ne leur promet pas moins de confusion. {Conférences.)

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