‹ Sermons et morceaux choisis de MassillonChapitre 124 sur 145 · MALHEUR ATTACHÉ A LA VIE DU MÉCHANT · texte numérisé non relu

MALHEUR ATTACHÉ A LA VIE DU MÉCHANT

Vous aimez le monde ; vous suivez vos passions; vous cherchez à les contenter en tout; étes-vous heureux ? et, dans ces moments passagers où , rendus à vous-mêmes , vous êtes en état de voir les choses telles qu^elles sont, n'étes-vous pas forcés d'avouer, et ne Tavez-vous pas avoué mille fois, que rien n'est plus trompeur que les promesses du monde , plus faux que ses biens , plus frivole que ses plaisirs ; et qu'au lieu de ce chemin jonché de fleurs et de roses qu'il nous annonce pour nous attirer, nous ne trouvons , hélas ! après nous y être engagés imprudemment, qu'un chemin âpre et difficile , tout hérissé de ronces et d'épines qui nous percent et nous déchirent ? Voilà la vie des gens du monde , de ceux même qui y passent pour les plus heureux , de ceux dont le sort fait tant d'envieux et de jaloux : voilà la vie que vous menez vous-même depuis si longtemps ; vie triste , vie misérable , vie indigne d'une créature raisonnable , destinée à jouir éternellement de Dieu , et qui n'est sur la terre que pour se rendre digne d'un si grand bien par la pratique de toutes les vertus. C'est à une telle vie cependant que vous sacriOez votre Dieu , votre conscience , vos devoirs, et votre saïuc éternel : vous abandonnez Dieu et la piété , pour être heureux; et c'est pour les avoir abandonnés que vous êtes malheureux. Car te) est , ô mon Dieu , dès ce monde même, l'ordre immuable de votre justice : le pécheur a beau courir après la joie et les plaisirs , il n'y a ni paix , ni vrai bonheur pour l'impie : vous lui faites presque toujours trouver sa peine et son supplice dans son péché même; ou bien, en le livrant aux remords de sa conscience , ce bourreau intérieur, d'autant plus redoutable qu'il est toujours présent, et qu'on ne peut s'en garantir; ou si, par un usage long et invétéré du crime , il est parvenu à les étouffer, et à avaler l'iniquité comme l'eau , votre sagesse se jouant de tous ses projets, vous faites servir ce qu'il aura ambitionné et poursuivi avec vivacité et avec passion , comme devant le plus contribuer à son bonheur, pour lui susciter mille embarras , mille affaires désagréables et fâcheuses , d'où nait une longue suite de malheurs

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et de chagrins, qui répandent une triste amertume sur tout le cours de sa vie; et quand même vous ne vous mêleriez pas, ô mon Dieu , de la punition du pécheur en cette vie , le vide et le néant qu'il est forcé de reconnaître dans les choses qui ont fait l'objet de tous ses désirs , et qui lui ont coûté tant de soins , tant de peines y tant d'inquiétudes , suffiraient pour le rendre infiniment malheureux.

(Paraphrases,)

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