MORT DE LOUIS LE GRAND
Rappe1Ierai-je ici ces jours de deuil tant de fois déjà rappelés , où toute la famille royale presque éteinte , où le trône environné de tant d'appuis , demeuré seul en un instant ; où tant de tètes que la couronne attendait , abattues , il ne nous restait de toutes nos espérances que la caducité d'un grand roi que nous allions perdre, et l'enfance d'un successeur que nous craignions de ne pouvoir conserver. Louis , inébranlable au milieu des débris de sa maison , ne vit dans ces lugubres funérailles que l'appareil et le préparatif des siennes : il avait assez vécu pour sâ gloire , mais il n'avait pas encore vécu assez pour nous. Cependant ce règne long et glorieux devait avoir le destin des choses humaines; ses jours, comme les nôtres, étaient comptés ; le terme fatal arriva; les desseins du ciel sur sa grande âme étaient accomplis ; et la France perdit un roi qui sera toujours encore plus grand dans nos cœurs que dans nos annales.
( Orais. funèb. de Madame. )
M4RIAGE DE LA PRINCESSE CHARLOTTE PALATINE AVEC PHILIPPE, DUC d'ORLÉANS , PÈRE DU RÉGENT.
Les mêmes liens qui l'attachèrent au prince son époux l'attachèrent à la France : elle parut avoir épousé la nation. Le sang germanique qui coulait dans ses veines retrouva pour le sang français les penchants et les affections de la même origine; et, descendue de ces anciens conquérants qui, des bords du Rhin, vinrent fonder dans les Gaules une monarchie qui a vu depuis commencer
JS12 MOBCEÂUX CHOISIS
toutes ceUes de l'Europe » elie parut , en arrivant parmi nous , s'être rendue à sa patrie, plutôt qu'en être sortie. Notre culte était devenu son culte , et notre peuple fut le sien ; nos dieux furenc bes dieux; nos usages, ses usages; notre gloire ou nos malheurs , ses malheurs ou sa gloire; et, oubliant ses premières destinées, die n'en connut plus d'autres que celles de la monarchie. Liée par le sang, ou par des commerces d'amitié et de bienséance, à la plupart des souverains de l'Europe, elle ne le fut jamais par le cœur qu'à la nation; et, au milieu des guerres qui les avaient armés contre nous , ses liaisons avec les cours étrangères ne furent jamais que des témoignages éclatants de son amour pour la France. Nos histoires lui en feront honneur; et, parmi les princesses étrangères que les liens du mariage unirent au sang de nos rois, et qui vécurent au milieu de nous , elles lui opposeront des exemples qui l'honoreront encore davantage. (Orais. funèb, de Madame,)
TABLEAU d'un ÉTAT FLORISSÀN^.
La France , sortie des troubles inséparables d'une longue minorité , voyait croître avec le roi ses espérances et sa gloire. Nos troupes aguerries par nos propres dissensions ; de grands généraux formés, et, en combattant même contre la patrie, devenus des chefs consommés pour la défendre ; les finances rétablies par les soins d'un ministre habile ; la licence changée en règle , les anciennes maximes, presque oubliées, rappelées à leur premier esprit; les arts , déchus dans la faiblesse du gouvernement, reprenant avec lai leur éclat et leur vigueur ; les lettres , que nos troubles et nos malheurs avaient comme bannies , rétablies en honneur pour publier nos victoires ; ces hommes uniques , dont les ouvrages seront de tous les temps , et qui jusque-là n'avaient paru que successivement de siède en Siècle , ou de règne en règne parmi nous , devenus communs, et se pressant, pour ainsi dire, de naître tous à la fois sous un règne déjà si glorieux; l'État, comme le roi, dans une jeunesse vive et florissante.
Au milieu de tant de prospérités, le Dauphin est donné à la France; l'objet des vœux publics, le gage du bonheur des peuples , l'espérance de la monarchie , le lien de la succession royale , l'enfant delà gloire et de la magnificence.
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Nos succc^ croissent avec lui ; ses joars ne sont plus comptés que par les victoires d'un père triomphant; chaque saison vient mettre au pied de son berceau royal des trophées et des dépouilles; les merveilles se multiplient ; Tabondance embellit le dedans* dtt-royaume , tandis que la valeur en recule les frontières ; la pompe des maisons royales répond à la grandeur du roi ; de superbes édifices sortent en un instant, comme par enchantement, du sein de la terre; Touvrage de plusieurs siècles devient Touvrage de quelques mois ; la stérilité des Ueux se tourne en ornement; et le roi , de retour de ses campagnes , après avoir vaincu ses ennemis , vient se délasser chez lui à vaincre encore la nature.
(Or, /im. du Dauphin.)