‹ Sermons et morceaux choisis de MassillonChapitre 136 sur 145 · MORT DE SAINT LOUIS · texte numérisé non relu

MORT DE SAINT LOUIS

Une terre infidèle reçut ses derniers soupirs. Les malheurs de sa première expédition dans la Palestine n'avaient pu ralentir son zèle : déjà cassé : moins par les infirmités d'un âge avancé , par les fatigues de ses voyages et de ses guerres, que par les austérités d'une vie dure et pénitente , il part et marche encore contre les in fidèles , suivi de ses princes et de ses troupes: il aborde en Afrique, persuadé que, s'il peut chasser de ces contrées les ennemis de Jésus-Christ , cette conquête lui facilitera celle des lieux saints^ et de cette terre dont la délivrance avait toujours fait le pieux ob-> jet de tous ses désirs. Mais il meurt , comme Moïse , avant d'avoir , pu passer le Jourdain : il salue de loin , comme lui , cette terre heureuse promise à sa postérité ; et se consolant , à l'exemple de Moïse, dans l'espérance que ses successeurs établiraient enfin an jour le peuple de Dieu dans son héritage , et en chasseraient les ennemis du Seigneur : Je meurs dans cette terre étrangère , dit-il

a ses enfants et aox pnucipaux diefs de son armée , comine autres fois Moïse sur le point de sa^mort. Eece morior in kac humo. Le Seigneur refuse sans doute à mes inûdétités la consolation ({ue j'avais tant souhaitée de délivrer son héritage : mais vous , ou vos successeurs , le délivrerez ; et cette terre promise au peuple lie Dieu deviendra enfin la conquête des héritiers de mon sang et de mon trône. ( Panèg, de saint ljoui$. )

ETAT DE LA FRANCE SOCS SAllfT LOUIS.

Sous les règnes précédents, et durant les troubles inséparables d'une longue minorité , la France , presque épuisée, avait éprouvé ces temps difficiles où le salut des peuples rend la dureté des charges publiques nécessaire , et où, pour les défendre , il faut presque les accabler. Le saint roi leur rendit , avec la tranquillité, la joie et l'abondance ; les familles virent ren^dtre ces siècles heureux qu'elles avaient tant regrettés ; les villes reprirent leur premier éclat ; les arts , facilités par les largesses du prince , attirèrent chez nous les richesses des étrangers ; le royaume, déjà si abondant de son propre fonds, se vit encore enrichi de l'abondance de nos voisins. Les Français vivaient heureux; et, sous un si bon roi, tont ce qu'ils pouvaient souhaiter à leurs enfants , c'était un successeur qui lui fût semblable.

Mais, peu content d'être attentif aux besoins des particuliers , Louis redoubla son attention pour remédier aux misères publiques, et même pour les prévenir. C'est le privilège et en même temps le devoir des grands, de préparer non^eulement à leur siècle, mais aux siècles à venir, des secours publics aux misères puUiques : nptre saint roi connut ce devoir , et jamais prince ne fit plus d'usage d'un si heureux privilège. Que de maisons saintes dotées ! que de lieux de miséricordeélevésparseslibéraUtés! qiied'établissements utiles entrepris par ses soins ! il n*est point de genre de misère à laquelle ce pieux roi n'ait laissé pour tous les âges suivants une ressource publique. Ville heureuse, qui le vîtes autrefois régner, au milieu de vos murs s'élèvent encore , et subsisteront toujours des édifices sacrés, les fruits immortels de sa charité et de son amour pour son peuple. Mais l'enceinte de cette capitale ne renferma pas tous les soins bienfaisants de sa magnificence et de

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sa piété. Obligé sourent de visiter ses provinces, et de se montrer à ses sujets les plus éloignés , il laissa partout des monuments durables de sa miséricorde et de sa bonté ; et encore aujourd'hui on ne marque ses voyages dans les divers endroits du royaume , que comme autrefois les Joife marquaient ceux des patriarches dans la Palestine , c*e8t*à^re , par les lieux de religion qu'il éleva à la gloire du Dieu de ses pères.

(Panèg» de saint Louis.)

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