‹ Sermons et morceaux choisis de MassillonChapitre 145 sur 145 · ESPRIT DU MONDE · texte numérisé non relu

ESPRIT DU MONDE

Notre vie est une vie pleine de l'esprit du monde, et vide de l'esprit de Dieu ; non-seulement parce que notre vie n'est pas intérieure et recueillie , mais encore parce que c'est l'esprit du monde qui en forme les désirs , qui en conduit les affections , qui en règle les jugements , qui en produit les vues , qui en anime toutes les démarches. Sur toutes les choses qui nous environnent , sur tous les événements qui nous frappent , sur tous les objets qui nous in-

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téressent, nous pensons comme le monde, nous jugeons oonmie le monde , nous sentons comnie le monde , nous agissons comme le monde. Les afflictions nous rebutent , les prospérités nous élèvent, les mépris nous révoltent, les honneurs nous flattent. Ceux qui réussissent dans le monde, nous les appelons heureux ; ceux qui échouent nous paraissent dignes d*étre plaints. Nous envions la fortune ou la faveur de nos supérieurs ; nous souffrons impatiemment celle de nos égaux ; nous regardons avec mépris la condition de ceux que la nature nous assujettit. Les talents que le inonde admire , nous les admirons dans les autres ; nous nous les souhaitons à nous-mêmes : la valeur, la réputation , la naissance, les agréments du corps et de Fesprit , nous les envions , s*ils nous manquent ; nous nous en applaudissons , si nous les avons : en6n nos vues , nos jugements , nos maximes , nos désirs , nos espérances, sont toutes mondaines. Il se peut faire que nous parlions du monde avec mépris ; mais dans le détail de la conduite , nos vues , nos jugements, nos affections sont toujours mondaines. Il se peut faire même que nous y mêlions quelques sentiments chrétiens ; qu'en certaines occasions nous ayons des vues conformes à celles de la foi ; que sur certains événements nos dispositions soient chrétiennes et spirituelles : mais ce ne sont là que des étincelles de foi , pour ainsi dire , qui nous échappent ; que des intervalles de grâce qui n'interrom{>ent que pour un instant le cours de nos dispositions mondaines. Ce qui domine dans la conduite , ce qui fait comme le corps de toute notre vie , ce que nous sommes , même indépendamment de nos réflexions , et lorsque nous agissons naturellement ; en un mot , le principe constant et comme universel de tous nos sentiments intérieurs et de toutes nos démarches extérieures , c'est l'esprit du monde ; nous n'avons qu'à sonder notre cœur pour en convenir. Or l'esprit de Dieu n'est point où règne l'esprit du monde : il nous pousse peut-être, il nous excite , il nous inspire de saints désirs , il réveille notre peu de foi ; mais il ne règne pas dans notre cœur : il heurte à la porte , mais nous ne l'avons pas encore reçu : il laisse tomber sur notre âme quelques étincelles de son feu divin ; mais il n'y est pas encore venu lui-même.

L'esprit du monde est un esprit de souplesse et de ménagement. Comme l'amour-propre en est Je principe, il ne cherche la vérité qu'autant que la vérité lui peut plaire ; il ne se déclare pour la piété

qu'autant que la piété trouve des partisans favorables; il ne se fait honneur de la vertu que dans les lieux où la vertu l'honore. Et voilà Tesprit qui nous régit et qui nous gouverne ; un esprit de timidité et de complaisance : on craint d'être à Dieu, et, dans toutes les occasions où il s*agit de se déclarer pour lui , on mollit et on se ménage; et dès qu'il faut s'exposer pour sa gloire à la dérision et à la censure des hommes, on recule, et on se fait de sa lâcheté une fausse prudence ; et dès qu'il est question de déplaire pour ne pas manquer au devoir , on en croit la transgression légitime; et la première chose qu'on examine dans les démarches que Dieu de mande de nous , c'est si le monde y donnera sou suffrage ; et pour ne pas perdre l'estime du monde , ou parait encore mondain , on parle son langage , on applaudit à ses maximes, on s'assujettit à ses usages ; et pour éviter même d'être ennuyeux , on entre dans ses plaisirs : on est do ses dissipations , on participe peut-être à ses crimes. ( Mystères, )

ORAISON l^UNÈBRB DR LOUIS LE GRAND.

Dieu seul est grand ', mes frères , et dans ces derniers moments surtout, où il préside à la mort des rois do la terre: plus leur gloire et leur puissance ont éclaté, plus, en s'évanouissant alors, elles rendent hommage à sa grandeur suprême : Dieu parait tou^ ce qu'il est, et Thommo n'est plus rien de tout ce qu'il croyait être.

Heureux le prince dont le cœur ne s'est point élevé au milieu de ses prospérités et de sa gloire; qui , semblable à Salomon, n'a pas attendu que toute sa grandeur expirât avec lui au lit de la mort, pour avouer qu'elle n'était que vanité et affliction d'fes-

' Repr&eptons-noas MassiUon dans la clraire, prêt k faire roralson funèbre de Louis XIV, jetant d'abord les yeux autour de lui, les fixant quelque temps sur cette pompe lugubre et imposante qui suit les rois jusque dans ces asiles de mort, où il n'y a que des cercueils et des cendres, les baissant ensuite un moment avec Tair de la méditation, puis les relevant vers le ciel, et prononçant ces mots d'une voix ferme et grave : Dieu seul est grand, mes frères ! Quel exorde renfermé dans une seule parole accompagnée de cette action ! Comme elle devient snilime par le spectacle qui entoure l'orateur î Comme ce seul mot anéantit tout ce qui n'est pas Dieu î (Là Habpe. )

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prit , et qui s'est humilié , sous la main de Dieu , dans le temps même que Tadulâtibn semblait le mettre au-dessus de l'homme !

Oui , mes frères , la grandeur et les victoires du roi que nous pleurons ont été autrefois assez publiées : la magnificence des éloges a égalé celle des événements : les hommes (Mit tout dit, il y a longtemps, en parlant de sa gloire» Que nous reste*t41 ici, que d*ea parler pour notre instruction P

Ce roi, la terreur de ses voisins , Tétonnement de Tunivers , le père des rois ; plus grand que tous ses ancêtres , plus magnifique que Salomon dans toute sa gloire , a reconnu comme lui que tout était vanité. Le monde a été ébloui de l'éclat qui Tenvironnait ; ses ennemis ont envié sa puissance ; les étrangers sont venus dos îles les plus éloignées baisser les yeux devant la gloire de sa majesté ; ses sujets lui ont presque dressé des autels; et le prestige qui se formait autour de lui n'a pu le séduire lui-même.

Vous l'aviez rempli, ô mon Dieu ! de la crainte de votre nom; vous l'aviez écrit sur le livre élerncl , dans la succession des saints rois qui devaient gouverner vos peuples ; vous l'aviez revêtu de grandeur et de magnificence. Mais ce n'était pas assez ; il fallait encore qu'il fût marqué du caractère propre de vos élus : vous avez récompensé sa foi par des tribulations et par des disgrâces. L'usage chrétien des prospérités peut nous donner droit au royaume des cieux ; mais il n'y a que l'affliction et la violence qui nous l'assurent.

Voyons-nous des mêmes yeux , mes frères , la vicissitude de» choses humaines? Sans remonter aux siècles de nos pères , quelles leçons Dieu n'a-til pas données au nôtre? Nous avons vu toute la race royale presque éteinte ; les princes , l'espérance et l'appui du trône, moissonnés à la fleur de leur âge; l'époux et l'épouse auguste, au milieu de leurs plus beaux jours, enfermés dans le même cercueil, et les cendres de l'enfant suivre tristement et augmenter l'appareil lugubre de leurs funérailles ; le roi, qui avait passé d'une minorité orageuse au règne le plus glorieux dont il soit parlé dans nos histoires, retomber de cette gloire dans des malheurs presque supérieurs à ses anciennes prospérités , se relever encore plus grand de toutes ces pertes, et survivre à tant d'événements divers pour rendre gloire à Dieu, et s'affermir dans la foi des biens immuables.

Ces grands objets passent devant nos yeux comme des scènes fabuleuses : le cœur se prête pour un moment au spectacle ; l'attendrissement finit avec la représentation , et il semble que Dieu n'opère ici-bas tant de révolutions que pour se jouer dans l'univers» et nous amuser plutôt que nous in^ruire.

Ajoutons donc les paroles de la foi à cette triste cérémonie , qui sans cela nous prêcherait en vain : racontons, non les merveilles d'un règne que les hommes ont déjà tant exalté, mais les merveilles de Dieu sur le roi qui nous est ôté. Rappelons ici ses vertus plutôt que ses victoire» ; montrons-le plus grand encore au lit d€ la mort qu'il ne Tétait autrefois sur son trône , dans les jours di sa gloire. N'ôtons les louanges à la vanité que pour les rendre à la grâce. Et quoiqu'il ait été grand et par l'éclat inouï de son règne, et par les sentiments héroïques de sa piété , deux réflexions sur lesquelles va rouler ce devoir d^ religion que nous rendons à la mémoire de très-haut , très-puissant , et très-excellent prince Louis XIY du nom, roi de France et de Navarre, ne parlons de la gloire et de la grandeur de son règne que pour en montrer les écueils et le néant qu'il a connus ; et de^sa piété, que pour en proposer et immortaliser les ^emples.

Louis se trouva seul , jeune , paisible , absolu , puissant , à la tète d'une nation belliqueuse , maître du cœur de ses sujets et du plus florissant royaame du monde , avide de gloire , environné des vieux chefs , dont les exploits passés semblaient lui reprocher le repos où il les laissait eneore.

Qu'il est difflcile , quand on peut tout, de se défler qu'on peut aussi trop entreprendre !

Les succès justifient bientôt nos entreprises. La Flandre est d'abord revendiquée comme le patrimoine de Thérèse ; et tandis que les manifestes éclaircissent notre droit , nos victoires le décident.

La Hollande , ce boulevard que nous avions élevé nous-mêmes contre l'Espagne , tombe sous nos coups : ces villes , devant lesquelles l'intrépidité espagnole avait tant de fois échoué, n'ont plus de murs à l'épreuve de la bravoure française , et Louis est sur le point de renverser en une campagne l'ouvrage lent et pénible de la valeur et de la politique d'un siècle entier.

Déjà le feu de la guerre s'allume dans toute l'Europe : le nom-

bre de nos victoires augmente celui de nos ennemis ; et plus nos ennemis augmentent , plus nos victoires se mulûpUent. L'Escaut , le Rhin , le Pô, le Ther, n'opposent qu'une faible digue à la rapidité de nos conquêtes. Toute l'Europe se ligue, et ses forces réunies ne servent qu'à montrer la supériorité des nôtres ; les mauvais succès irritent nos ennemis sans les désarmer ; leurs défaites , qui doivent finir la guerre , Féternisent; tant de sang déjà répandu nourrit les haines , loin de les éteindre ; les traités de paix ne sont que comme ^appareil d'une nouvelle guerre. Munster, Nimègue , Ryswick , où toute la sagesse de l'Europe assemblée promettait de si beaux jours, ne forment que des éclairs qui annoncent de nouveaux orages : les situations changent , et nos prospérités continuent. La monarchie n'avait pas encore vu des jours si brillants : elle s'était relevée autrefois de ses malheurs; elle a pensé périr et écrouler sous le poids de sa propre gloire.

La terre toute seule ne semblait pas même suffire à nos triomphes : la mer encore gémissait sous le nombre et sous la grandeur énorme de nos navires. Nos flottes , qui suffisaient à peine , sous les derniers règnes , pour mettre nos côtes à couvert de l'insulte des pirates, portaient partout au loin la terreur et la victoire. Les ennemis, attaqués jusque dans leurs ports , avaient paru céder à Tétendard de la France l'empire des deux mers. La Sicile, la Manche, les îles du nouveau monde, avaient vu leurs ondes rougies par les défaites les plus sanglantes. Et l'Afrique même , encore fière d'avoir yu autrefois échouer sur ses côtes la valeur de saint Louia et toute la puissance de Charles-Quint , ne trouvant plus d'asile sous ses remparts foudroyés, avait été obligée de venir sliumilier, et d'en chercher un au pied du trône de Louis.

Nous nous élevions de tant de prospérités , et nous ne savions pas que l'orgueil des empires est toujours le premier signal de leur décadence.

Telle fut la grandeur de Louis dans la guerre. Jamais la France n'avait mis sur pied des armées si formidables ; jamais l'art mili> taire , c'est-à-dire l'art funeste d'apprendre aux hommes à s'exterminer les uns les autres , n'avait été poussé si loin ; jamais tant de généraux fameux ; et , pour ne parler que de ces premiers temps, un Condé , dont le premier coup d'œil décidait toujours de la victoire; un Turenne, qui, plus tardif en apparence, n'en était que

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plus sûr du succès ; un Créqui , plus grand le jour de sa défaite que dans les jours de ses triomphes ; un Luxembourg, qui semblait se jouer de la victoire ; et tant d'autres venus depuis , que nos annales mettront un jour parmi les Guesclins et les Dunois de notre siècle.

Mais, hélas ! triste souvenir de nos victoires, que ndus rappelezvous? Monuments superbes, élevés au milieu de nos places publiques pour en immortaliser la mémoire , que rappellerez-vous à nos neveux, lorsqu'ils vous demanderont, comme autrefois les Israélites, ce que signifient vos masses pompeuses et énormes ? QtMmdo interrogaverint vos filii vestri , dicentes : Quid sibi volunt isH lapides ' ? Vous leur rappellerez un siècle entier d'horreur et de carnage ; l'élite de la noblesse française précipitée dans le tombeau ; tant de maisons anciennes éteintes ; tant de mères point consolées, qui pleurent encore sur leurs enfants; nos campagnes désertes , et , au lieu des trésors qu'elles renferment dans leur sein, n'offrant plus que des ronces au petit nombre des laboureurs forcés de les négliger ; nos villes désolées ; nos peuples épuisés ; les arts à la lin sans émulation; le commerce languissant : vous leur rappellerez nos pertes plutôt que nos conquêtes, Quando ifUerrogaverint vos fUii vestri , dicentes : Quid sibi volunt isti lapidés ? Vous leur rappellerez tant de lieux saints profanés ; tant de dissolutions capables d'attirer la colère du ciel sur les plus justes entreprises ; le feu , le sang , le blasphème , l'abomination , et toutes les horreurs qu'enfante la guerre : vous leur rappellerez nos crimes plutôt que nos victoires : Quando interrogaverint vos fiUi vestri ; dicentes : Quid sïbi volunt isti lapides?

O fléau de Dieu 1 ô guerre ! cesserez-vous enfin de ravager l'héritage de Jésus-Christ ? 0 glaive du Seigneur l levé depuis longtemps sur les peuples et sur les nations , ne vous reposerez-vous pas encore ? 0 mucro Domitii / usquequo non quiesces ? Vos vengeances , ô mon Dieu I ne sont-elles pas encore accomplies? N'auriez-vous encore donné qu'une fausse paix à la terre? L'innocence de rauguste enfant que vous venez d'établir sur la nation , ne désarme-t-elle pas votre bras plus que nos iniquités ne l'irritent ? Regardez-le du haut du ciel, et n'exercez plus sur nous des châtiments qui n'ont servi jusqu'ici qu'à multiplier nos crimes : 0

' Jos. c. 4 , V. 6.

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mucro Dotnini ! usquequo non quiesces ? Ingredere in vaginank tuam , refrigerare , et sUe.

Un si long cours de prospérités inouïes , qui devait un jour nous coûter si ctier, éleva bientôt le royaume à un point de gloire et de magniQcënce où les siècles passés ne l'avaient pas encore vu. La France devint comme le spectacle pompeux de toute l'Europe. Que de maisons royales s'élevèrent , demeure superbe de Louis , où toutes les merveilles de TAsie et de l'Italie rassemblées, semblaient venir rendre hommage à sa grandeur! Paris, comme Rome triomphante , s'embellissait des dépouilles des nations. La cour, à l'exemple du souverain , plus brilknte et plus magnifique que jamais , se piqua d'effacer l^éclat des cours étrangères. La ville , l'imitatrice éternelle de la cour, en copia le faste. Les provinces à l'envi marchèrent de loin sur les traces de la ville. La simplicité des anciennes mœurs changea : il ne resta plus de vestiges de la modestie de nos pères que dans leurs vieax et respectables portraits, qui , en ornant les murs de nos palais, nous en reprochaient tout bas la magnificence. Le luxe, toujours le précurseur de l'indigence, en corrompant les mœurs, tarit la source de nos biens ; la misère même qu'il avait eqfantée ne put le modérer : la perpétuelle inconstance des ornements fut un des attributs de la nation ; la bizarrerie devint un goût ; nos voisins même , à qui notre faste nous rendait si odieux , ne laissèrent pas d'en venir chercher chez nous le modèle ; et , après les avoir épuisés par nos victoires , nous sûmes encore les corrompre par nos exemples.

Cependant , chaque jour embellissait le règne de Louis. La navigation , plus florissante que sous les règnes précédents , étendit notre commerce dans toutes les parties du monde connu. Des hommes habiles furent envoyés vers les côtes les plus éloignées de l'un et de l'autre hémisphère , pour prendre des points fixes et en perfectionner les connaissances. Un édifice célèbre * s'élcv .i hors de nos murs, où, en observant le cours des astres et toute la magnificence des cieux , on marque au pilote des routes certaines sur la vaste étendue de l'Océan , et on apprend au philosophe à s'humilier sous la majesté immense de l'Auteur de lunivers. Nos flottes , aidées de ces secours, nous apportaient tous les ans, comme celles de Salomon , les richesses du nouveau monde. Hé- ' f^'Observatoire.

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las ! ces nations iosolaires et simples nous envoyaient leur or et leur argent , et nous leur portions peat«tre en échange , au lieu de la foi, nos dérèglements et nos vices.

Le commerce , si étendu au dehors , fut facilité au dedans par des ouvrages dignes de la grandeur des Romains. Des rivières , malgré les terres et les collines qui les séparaient, virent réunir leurs eaux , et porter au pied des murs de la capitale le tribut et les richesses diverses de chaque province. Les deux mers qui entourent et qui enrichissent ce vaste royaume se donnèrent, pour ainsi dire la main ; et un canal miraculeux , par la hardiesse et les travaux incompréhensibles de Tentreprise, rapprocha ce. que la nature avait séparé par des espaces immenses.

Il était réservé à Louis d'achever ce que les siècles précédents de la monarchie n'auraient même osé souhaiter; c'était le règne des prodiges : nos pères ne les avaient pas même imaginés , et nos neveux n'en verront jamais de semblables; mais, plus heureux que nous, ils verront peut-être le règne de la paix, de la frugalité, et de l'innocence. Qu'ils n'arrivent jamais au comble frivole de notre gloire , plutôt que de l'acheter au prix des vices et des malheura où elle nous a précipités !

Il est vrai que les soins de Louis, pour ai]^mcnter l'éclat et le bon ordre du royaunoe , ne se proposaient point de bornes. La ville régnante, l'abord de toutes les nations, et qui rassemble le choix comme le rebut de nos provinces , vit ce nombre prodigieux d'hal>itants si différents de mœurs, d'intérêts, de pays, vivre comme un seul homme. La police y ôta au crime la sûreté que la confusion et la mullltude lui avaient jusque-là donnée. Au milieu de ce chaos régnèrent l'ordre et la paix , et , dans ce concours innombrable d'hommes si inconnus^ les uns aux autres , nul presque ne fut inconnu à la vigilance du magistrat.

Le royaume entier changea de face comme la capitale : la justice eut des lois fixes; et le bon droit ne dépendit plus ou du caprice du juge , ou du crédit de la partie ; des règlements utiles , et qui deviendront la jurisprudence de tous les règnes à venir, furent publiés ; l'étude du droit français et du droit public se ranima ; des sénateurs célèbres, et dont les noms formeront un jour la tradition des grands hommes qui embelliront I histoire de la magistrature, ornèrent nos tribunaux ; l'éloquence et la science

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des lois et des maximes brillèrent dans le barreau , et la tribune du sénat principal devint aussi célèbre par la majesté des plaidoyers publics, que l'avait été, sous les Hortense et souè les Gieéron, celle de Rome.

A quel point de perfection les sciences et les arts ne furent-ils pas portés? Vous en serez les monuments étemels, écoles fameuses rassemblées autour du trône , et qui en assurez plus l'éclat et la majesté que les soixante vaillants qui environnaient le trône de Salomon ' ! l'émulation y forma le goût ; les récompenses augmentèrent l'émulation ; le mérite , qui se multipliait , multiplia les récompenses.

Quels bommes et quels ouvrages vois-je sortir à la fois de ces assemblées savantes? des Phidias, des Apelles, des Platons,de8 Sophocles, des Plantes, des Démosthènes, des Horaces; des bommes et des ouvrages, au goût desquels le goût des âges futurs de la monarchie se rappellera toujours? Je vois revivre le siècle d'Auguste, et les temps les plus polis et les plus cultivés de la Grèce. Il fallait que to»t fût marqué au coin de l'immortalité sous le règne de Louis, et que les époques des lettres y fussent aussi célèbres que celles des victoires. ' . La France a retenti longtemps de ces pompeuk éloges, et nous nous sommes comme rassasiés là-dessus de nos propres louanges. Mais , le dirai-je ici? en ajoutant à la science , nous avons ajouté au travail et à la malice ; les arts , en flattant la curiosité , ont enfanté la mollesse ; le théâtre plus florissant , mais toujours le triste fruit de l'abondance , de l'oisiveté , et de la corruption , on a donné du ridicule au vice sans corriger les mœurs , ou a corrompu les mœurs en rendant le vice plus aimable ; la poésie , en nous rappelant tout le sel et tous (jes agréments des anciens, nous en a rappelé les séductions et la licence : la philosophie a paru perdre du côté de la simplicité de la foi ce qu'elle acquérait de plus sur les connaissances de la nature : l'éloquence , toujours flatteuse dans les monarchies, s'est affadie par des adulations dangc< reuses aux meilleurs princes ; enfin , la science même de la religion , plus exacte et plus approfondie, et d'où devaient naître la paix et la vérité, a dégénéré en vaines subtilités, et éternisé les disputes. 0 siècle si vanté ! votre ignominie s'est donc multipUce

' Cant. c. 5 , V. 7.

avec votre ghire ' ! mais la gloire appartenait à Louis , et Tabus qu'on en a fait a été notre seul ouvrage. Ainsi éclatait au loin la grandeur et la réputation de la France, tandis qu'au dedans elle s'affaiblissait par ses propres avantages.

Je ne rappelle ici qu'une partie des merveilles dont vous avez été témoins. Tout ce qui fait la grandeur des empires se trouvait réuni autour*de Louis. Des ministres sages et habiles, ressource des peuples et des rois ; nos frontières reculées , et qui semblaient éloigner de nous la guerre pour toujours; des forteresses inaccessibles élevées de toutes parts, et qui paraissaient plus destinées à menacer les États voisins qu'à mettre nos États à couvert ; l'Espagne , forcée de nous céder, par un acte solennel , la préséance qu'elle nous avait jusque-là disputée ; Rome même désavouer, par un monument public , le droit des gens violé , et l'outrage fait à une couronne de qui elle tient sa splendeur et la vaste étendue de son patrimoine : enfin , le souverain lui-même d'une république florissante , descendre de son trône d'où ses prédécesseurs n'étaient pas encore descendus , quitter ses citoyens et sa patrie , et venir mettre les marques fastueu^s de sa dignité aux pieds de Louis , pour fléchir sa clémence.

Grands événements qui nous attiraient la jalousie bien plus que l'admiration de l'Europe ! Et des événements qui font tant de jaloux peuvent bien embellir l'histoire d'un règne, mais ils n'assurent jamais le bonheur d'un État.

Que manquait-il , dans ces temps heureux , à la gloire de Louis? Arbitre de la paix et de la guerre ; maître de l'Europe ; formant presque avec la même autorité les décisions des cours étrangères que celles de ses propres conseils; trouvant dans l'amour de ses sujets des ressources qui, en tarissant leurs biens, ne pouvaient épuiser leur zèle ; conservant sur les princes issus de son sang, signalés par mille victoires , un pouvoir aussi absolu que sur le reste de ses sujets ; voyant autour de son trône les enfants de ses enfants , le père d'une nombreuse postérité, le patriarche , pour ainsi dire, de la famiUe royale , et élevant tout à la fois sous ses yeux les successeurs des trois règnes suivants. Jamais la succession royale n'avait paru plus affermie. Nous voyions croître au pied du trône les rois de nos enfants et de nos neveux. Hélas ! à

' Osée, c. 4, V. 7.

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peine en reste-t-il un pour nousHnémes , et il n'est demeuré qu'une étincelle dans Israël. Mais ne hâtons pas ces tristes images , que la constance de Louis doit nous ramener dans la suite de ce discours.

Que ces jours de deuil paraissaient loin de nous en ce jour brillant où nous donnions des rois à nos voisins, et où FEspagne même , qui depuis si longtemps usurpait une de nos couronnes « vint mettre toutes les siennes sur la tète d*un des petits-fils de Louis I

Ce fut ce grand jour qu*il parut , comme un nouveau Chariemagne » établissant ses enfants souverains dans l'Europe ; voyant son trône environné de rois sortis de son sang, réunissant encore une fois, sous la race auguste des Francs, les peuples et les na* tiens; faisant mouvoir du fond de son palais les ressorts de tant de royaumes; et devenu le centre et le lien de deux vastes monarchies , dont les intérêts avaient semblé jusque-là aussi incompatibles que les humeurs.

Jour mémorable ! il est vrai , vous ne serez écrit sur nos fastes qu'avec le sang de tant de Français que vous avez fait verser : les malheurs que vous prépariez nous ont rendu cette gloire triste et amère : vos dons éclatants , en flattant notre vanité , ont humilié et pensé renverser notre puissance. L'Espagne ennemie n'avait pu nous nuire : l'Espagne alliée nous a accablés : nos disgrâces seront éternellement gravées autour de la couronne qu'elle a mise sur la tête d'un de nos princes. Mais si la Castille a vu notre joie modérée par nos pertes, elle ne verra jamais notre estime pour sa valeur et sa fidélité , et notre reconnaissance pour son choix , affaiblie.

J'avoue , mes frères, que la gloire des événements qui embellit un règne est souvent étrangère au souverain : les rois ne sont grands que par les vertus qui leur sont propres : leurs succès les plus éclatants peuvent ne couvrir que des qualité fort obscures, et prouver qu'ils sont bien servis, plutôt que dignes de commander.

Mais ici nous ne craignons pas de dépouiller Louis de tout cet éclat qui l'environnait, et de vous le montrer lui-même. Quelle sagesse et quel usage des affaires! L'Europe redoutait la supériorité de ses conseils autant que celle de ses armes : ses ministres étudiaient sous lui l'art de gouverner ; sa longue expérience mûrissait leur jeunesse , et assurait leurs lumières; les négociations , conduites par l'habileté , réussissaient toujours par le secret. Quel

bonheur la réputation seule du gouvernemeat ne promettait-elle pas à la France, si nous eussions su nous contenter de la gloire et de la sagesse ? Tous les rois voisins qui, en naissant, avaient trouvé Louis déjà vieilli sur le trône , se fussent regardés comme les enfants et les pupilles d'un si grand roi : il n*eùt pas été leur vainqueur ; mais il était assez grand pùur mépriser les triomphes ' ; et il eût été leur tuteur et leur père.

De ce fonds de sagesse sorlait la majesté répandue sur sa personne ; la vie la plus privée ne le vit jamais un moment oublier la gravité et les bienséances de la dignité royale ; jamais roi ne sut mieux que lui soutenir le caractère majestueux de la souveraineté. Quelle grandeur, quand les ministres des rois venaient au pied de son trône! quelle précision dans ses paroles! quelle majesté dans ses réponses ! nous les recueillions comme les maximes de la sagesse; jaloux que son silence nous dérobât trop souvent des trésors qui étaient à nous; et, s'il m'est permis de le dire, qu'il ménageât trop ses paroles à des 'sujets qui lui prodiguaient leur sang et leur tendresse.

Cependant , vous le savez , cette majesté n'avait rien de farouche : un abord charmant , quand il voulait se laisser approcher ; un art d'assaisonner les grâces , qui touchait plus que les grâces mêmes ; une politesse de discours qui trouvait toujours à placer ce qu'on aimait le plus à entendre. Nous en sortions transportés , et nous regrettions des moments que sa solitude et ses occupations rendaient tous les jours plus rares. Nation fidèle , nous aimons de tout temps à voir nos rois , et les rois gagnent toujours à se montrer à une nation qui les aime.

Et quel roi y auretit plus gagné que Louis ? Vous pouvez le dire ici à ma place , anciens et illustres sujets occupés autour de sa personne. Au milieu de vous ce n'était plus ce grand roi, la terreur de l'Europe , et dont nos yeux pouvaient à peine soutenir la majesté ; c'était un msdtre humain, facile, bienfaisant, affable : l'éclat qui l'environnait le dérobait à nos regards ; nous ne voyions que sa gloire , et vous voyiez toutes ses vertus.

Un fonds d'honneur , de droiture , de probité , de vérités, qualités si essentielles aux rois , et si rares pourtant même parmi les

' Jam Caesar tantns erat, ut posset triumphos contemocre. Flob.*

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autres hommes : un ami fidèle; un époux , malgré les faiblesses qui partagèrent son cœur, toujours respectueux pour la vertu de Thérèse ; condamnant , pour ainsi dire , par ses égards pour elle , l'injustice de ses engagements , et renouant par Testime un lien affaibli par les passions ; lu père tendre , plus grand dans cette histoire domestique , qui ne passera peut-être point à nos neveux , que dans les événements éclatants de son règne , que les histoires publiques conserveront à la postérité.

Louis porta en naissant un fonds de religipn et de crainte de Dieu, que les égarements même deTàge ne purent jamais effacer. Le sang de saint Louis et de tant de rois chrétiens qui coulait dans ses veines ; le souvenir encore tout récent d'un père juste ; les exemples d'une mère pieuse ; les instructions du prélat irrépréhensible qui présidait à son éducation; d'heureuses inclinations , encore plus sûres que les instructions et les exemples : tout paraissait le destiner à la vertu comme au trône.

Mais , hélas ! qu'est-ce que la jeunesse des rois ? une saison périlleuse , où les passions commencent à jouir de la même autorité que le souverain , et à monter avec lui sur le trône. Et que pouvait attendre Louis, surtout dans ce premier âge? L'homme Je mieux fait de sa cour, tout brillant d'agréments et de gloire; maître de tout vouloir , et ne voulant rien en vain; voyant naître tous les jours sous ses pas des plaisirs nouveaux qui attendaient à peine ses désirs ; ne rencontrant autour de lui que des regards toujours trop instruits à plaire , $i qui paraissaient tous réunis et conjurés pour plaire à lui seul ; environné d'apologistes des passions , qui soufflaient encore le feu de la volupté , et qui cherchaient à effacer ses premières impressions de vertu, en donnant des titres d'honneur à la licence ; au milieu d'une cour polie , où la mollesse et le plaisir ont trouvé de tout temps le secret de s'allier, et même d'aller de pair avec la valeur et le courage ; et enfin , dans un siècle où le sexe, peu content d'oublier sa propre pudeur, semble même défier ce qui peut en rester encore dans ceux à qui il veut plaire.

Et cependant, de l'exemple du prince, quel déluge de maux dans le peuple ! I^s mœurs forment bientôt les mœurs publiques : l'imitation , toujours sûre de plaire et d'attirer des grâces , réconcilie l'ambition avec la volupté : les plaisirs , d'ordinaire gênés par

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les vues de la fortune , en facilitent les avenues , et en deviennent la plus sûre route : des écrivains profanes vendent leur plume à 1 iniquité , et chantent des passions que le respect tout seul aurait dû ensevelir dans un éternel silence : de nouveaux spectacles s'élèvent pour en faire des leçons publiques ; tout devient la passion du souverain.

O rois des peuples » dit F Esprit de Dieu! vous qui, assis sur votre trône , voyez avec tant de complaisance à vos pieds la multitude des nations, c'est à vous que j'adresse ces paroles : Ad vos , o reges, sunt ht sermones mei^. Souvenez-vous que la puissance vous a été donnée d'en haut , que T usage en doit être saint, comme l'origine en est sainte ; qu'un jugement très dur est préparé à ceux qui sont établis pour commander aux autres , et qu'à l'étendue de l'autorité Tabondance du châtiment est presque toujours réservée. Mais ici les miséricordes étemelles préparées à Louis commencent à se manifester. Dieu le prépare de loin à la vertu, en armant les premiers traits de son autorité contre les vices. L'usage barbare des duels , ancien reste de la (procité de nos premiers conquérants , que la religion et la politesse qu'elle met dans les mœurs n'avaient pu depuis modérer, que tant de rois avaient vainement condamné , vt qui avait coûté tant de sang à la nation , fut aboli ; et Louis consacra le commencement de son règne par une action qui assure le repos et la tranquillité de tous les règnes à venir.

Dès la première démarche que Louis eut faite dans la voie de Dieu , il y marcha toujours d'un pas égal et majestueux. Un jour instruisait l'autre jour, et une nuit donnait des leçons semblables à l'autre nuit. L'hisfpire de sa piété est l'histoire d'une de ses journées ; et hors les événements inattendus , qui montraient en lui de nouvelles vertus, la vertu du premier jour fut celle du reste de sa vie.

Soins immenses du gouvernement , dont il portait presque tout seul le poids , vous n'interrompîtes jamais l'exactitude de ses devoirs religieux : jamais la vie de la cour^ toujours inégale , parce qu'elle est oiseuse , ne dérangea la respectable uniformité de sa conduite ; et dans un lieu où le caprice et le loisir sont si ingénieux à varier les jours et les moments , Louis seul était le point fixe où tous les jours et tous les moments se trouvaient les mêmes; vertu * SAP. c. 6,v. 3,4,5,10.

l'are , dans les princes surtout , que rien ne contraint, et en qui rinconstance de l'imagination est sans cesse réveillée par le choix et la multiplicité des ressources.

La piété et la bonne foi des dispositions répondait à Fexactitude des devoirs. Quelle profonde religion au pied des autels ! Avec quel respect venait-il courber devant la gloire du sanctuaire cette tête qui portait pour ainsi dire l'univers , et que Tàge , la majesté, les victoires , rendaient encore moins auguste que la piété ! Quelle terreur en approchant des mystères saints, et de cette viande céleste, qui fait les délices des rois! Quelle attention à la parole de vie ! et, malgré les dégoûts et les censures d'une cour éclairée et difficile , quel respect pour la sainte Ubcrté du ministère et pour les défauts mêmes du ministre ! « Il nous en a dit assez pour nous ft corriger, » répondait-il à ceux de sa cour qui paraissaient mécontents de rinstruction. Quelle tendresse de conscience ! quelle horreur pour les plus légères transgressions 1 Tout le bien qui lui fut montré, il Taima; et s'il n'accomplit pas toute justice, c'est qu'elle ne lui fut pas toute connue. C'est la destinée des meilleurs rois ; c'est le malheur du rang plutôt que le vice de la personne.

Mais l'épreuve la moins équivoque d'une vertu solide , c'est l'adversité. Et quels coups , ô mon Dieu 1 ne prépariez-vous pas à sa constance ! Ce grand roi , que la victoire avait suivi dès le berceau , et qui comptait ses prospérités par les jours de son règne : ce roi , dont les entreprises toutes seules annonçaient toujours le succès , et qui jusque là, n'ayant jamais trouvé d'obstacle, n'avait eu qu'à se défier de ses propres désirs; ce roi, dont tant d'éloges et de trophées publics avaient immortalisé les conquêtes, et qui n'avait jamais eu à craindre que les écueils qui naissent du sein même de la louange et de la gloire ; ce roi , si longtemps maître des événements, les voit, par une révolution subite, tous tournés contre lui. Les ennemis prennent notre place : ils n'ont qu'à se montrer, la victoire se montre avec eux; leurs propres succès les étonnent; la valeur de nos troupes a semblé passer dans leur camp ; le nom* bre prodigieux de nos armées en facilite la déroute ; la diversité des lieux ne fait que diversifier nos malheurs ; tant de champs fameux de nos victoires sont surpris de servir de théâtre à nos défaites ; le peuple est consterné ; la capitale est menacée ; la misère et la mortalité semblent se joindre aux ennemis : tous les

maux paraissent réunis sur nous ; et Dieu , qui nous en préparait les ressources , ne nous les montrait pas encore : Denain et Landrecies étaient encore cachés dans les conseils éternels. Cependant notre cause était juste : mais Tayait-eUe toujours été ? Et que sais-je, si nos dernières défaites n'expiaient pas l'équité douteuse ou l'orgueil inévitable de nos ancieunes victoires?

Louis le reconnut ; il le dit : « J'avais autreCpis entrepris la a guerre légèrement , et Dieu avait semblé me favoriser ; je la « fais pour soutenir les droits légitimes de mon petit-dls à la cou- « ronne d'Espagne , et il m'abandonne ; il me préparait cette puni- «( tioD que j'ai méritée. » Il s'humilia sous la main qui s'appesantissait sur lui ; sa foi 6ta même à ses malheurs la nouvelle amertume que le long usage des prospérités leur donne toujours ; sa grande âme ne parut point émue : au milieu de la tristesse et de rabattement de la cour, la sérénité seule de son auguste front rassurait les frayeurs publiques. 11 regarda les châtiments du ciel comme la peine de l'abus qu'il avait fait de ses faveurs passées : il répara , par la plénitude de sa souoiission , ce qui pouvait avoir manqué autrefois à sa reconuaissance. Il s'était peut-être attribué la gloire des événements; Dieu la lui ôte, pour lui donner celle de la soumission et de la constance.

Mais le temps des épreuves n'est pas encore fini. Vous l'avez frappé dans son peuple , ô mon Dieu ! comme David ; vous le frappez encore comme lui dans ses enfants : il vous avait sacriûé sa gloire , et vous voulez encore le sacrifice de sa tendresse.

Que vois-je ici ! et quel spectacle attendrissant même pour nos neveux , quand ils en liront l'histoire ! Dieu répand la désolation et la mort sur toute la maison royale. Que de tètes augustes frappées ! que d'appuis du trône renversés ! Le jugement commence par le premier-né ; sa bonté nous promettait des jours heureux ; et nous répandîmes ici nos prières et nos larmes sur ces cendres chères et augustes. Mais il nous restait encore de quoi nous consoler. Elles n'étaient pas encore essuyées nos larmes , et une princessç aimable * , qui délassait Louis des sohis de la royauté , est enlevée , dans la plus belle saison de son âge , aux charmes de la vie , à l'espérance d'une couronne, et à la tendresse des peuples qu'elle commençait à regarder et à aimer comme ses sujets. Vos

* Adélaïde de Savoie.

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vengeances, ô mon Dieu! se préparent encore de nouvelles viclimes; ses derniers soupirs soufflent la douleur et la mort dans le cœur de son royal épou:i < . Les cendres du jeune prince se hâtent de s'unir à celles de son épouse ; il ne lui survit que les moments rapides qu'il faut pour sentir qu'il Ta perdue ; et nous perdons avec lui les espérances de sagesse et de piété qui devaient faire revivre le règne des meilleurs rois, et les anciens jours de paix et d'innocence.

Arrêtez , grand Dieu! montrerez-vous encore votre colère et votre puissance contre l'enfant qui vient de naître? voulez-vous tarir la source de la race royale ? et le sang de Gharlemagne et de saint Louis , qui ont tant combattu pour la gloire de votre nom, est-il devenu pour vous comme le sang d'Achab,et de tant de rois impies dont vous exterminiez toute la postérité?

Le glaive est encore levé, mes frères; Dieu est sourd à nos larmes , à la tendresse et à la piété de Louis. Cette fleur naissante , et dont les premiers jours étaient si brillants , est moissonnée ' ; et si la cruelle mort se contente de menacer celui qui est encore nttaché à la mamelle ^ , ce reste précieux que Dieu voulait nous sauver de tant de pertes , ce n'est que pour finir cette triste et sauglante scène, par nous enlever le seul des trois princes 4 qui nous restait encore pour présider à son enfance » et le conduire ou l'affermir sur le trône.

Au milieu des débris lugubres de son auguste maison , Louis demeure ferme dans la foi. Dieu souffle sa nombreuse postérité, et en un instant elle est effacée, comme les caractères tracés sur le sable. De tous les princes qui l'environnaient,, et qui formaient comme la gloire et les rayons de sa couronne, il ne reste qu'une faible étincelle, sur le point même alors de s'éteindre. Mais le fonds de sa foi ne peut être épuisé par ses malheurs : il espère , conune Abraham , que le seul enfant de la promesse ne périra point; il adore celui qui dispose des sceptres et des couronnes , et voit peut-être dans ces pertes domestiques la miséricorde qui expie et

' Le duc de Bourgogne.

> Ifort du duc de Bretagne , frère aîné de Louis XV , arrivée encore peu de jours après.

3 Le roi Louis XV fut alors à rcxtréniité. * Hort du duc de Berri , oncle du roi Louis XV.

qui achève d'effacer du livre des justices du Seigneur ses anciennes passions étrangères.

Non, mes frères, la source du véritable héroisoie et de rétévalion des sentiments est dans la foi : le monde n'a jamais fait que de faux héros; et la mort, qui nous montre toujours tels que nous sommes, découvre enfin en eux, ou une faiblesse de timidité qui les déshonore, ou une ostentation de fermeté, encore plus faible et plus méprisable que leur frayeur, parce qu'elle est plus fausse. Louis meurt en roi, en héros, en saint. Un soudain dépérissement ébranle d'abord les fondements, ce semble inaltérables , d'une santé que l'âge , les afflictions , et les soins laborieux d'un long règne , avaient jusque-là respectée. 11 avait vécu au delà de l'âge de nos rois ; et elle nous promettait encore une vie au delà du cours ordinaire de celle des autres hommes : il avait vu'*naitre nos pères, et il semble que nous comptions que c'était à nos neveux à le voir mourir. Tout ce qui nous flatte nous parait toujours devoir élre étemel.

Mais Dieu, dont le règne seul ne Qnit point , et ({ui avait déjà

empreint au dedans de lui les caractères ineffaçables de la mort ,

les cachait encore aux lumières de l'art , et aux vaines espérances

d'une cour que rexoellenoe du tempérament rassurait encore:

r Mais enfin le secret de Dieu se déclare ; la mort, cachée au dedans,

laisse voir au dehors des signes toujours trop infaillibles qui

^ l'annoncent : on ne peut plus la méconnaître ; sa lenteur augmente

encore les horreurs de l'appareil. Louis seul la voit d'un œil tran-

t quille. Au milieu des sanglots de ses anciens et fidèles serviteurs,

i de la consternation des princes et des grands , des larmes de toute

* sa cour^ Louis trouve dans la foi une paix, une fermeté, une gran-

i deur d'âme que le monde n*a pas encore donnée. « Pourquoi

If M pleurez-vous, » dit-il à un des siens, que les larmes abondantes

l d'une douleur moins circonspecte lui font remarquer; « aviez- vous

i « cru que les rois étaient immortels ? »

i ' Ce monarque, environné de tant de gloire, et qui voyait autour

de lui tant d'objets si capables de réveiller ou ses désirs , ou sa tendresse, ne jette pas même un œil de regret sur la vie ; il ne lui ^ reste pas même ces incertitudes qui montrent encore la vie an

mourant, et qui mêlent du moins aux tristes saisissements de la crtûnte les douceurs de l'espérance. Il sait qpe son heure est ve*

ft42 MOBGEAUX CHOISIS

nue, et qu'il n'y a plus de ressources ; et il conserve, dans le lit de sa douleur, cette majesté , cette sérénité , qu'on lui avait vue auti'efois aux jours de ses prospérités sur son trône ; il règle les affaires de TÉtat , qui ne le regardent déjà plus , avec le même soin et la même tranquillité que s'il commençait seulement à régner: et la vue sure et prochaine de la mort ne lui donne pas ce dégoût et cette horreur de penser à ce qu'on va quitter , qui est plutôt un désespoir secret de le perdre qu'une marque que l'on ne l'aime plus. Les sacrements des mourants n'ont pas autour de lui cet air sombre et lugubre qui d'ordinaire les accompagne ; ce sont des mystères de paix et de magnificence. Et ce n'est pas ici un de ces moments rapides et uniques où la vertu se rappelle tout entière, et trouve dans la courte durée de l'effroi du spectacle la ressource de sa fermeté; les jours vides et les nuits laborieuses se prolongent, et l'intrépidité de sa vertu semble croître et s'affermir sur les débris de sou corps terrestre. Qu'on est grand, quand on l'est par la foi ! .

La vue fixe et assurée de la mort, soutenue durant plusieurs jours sans faiblesse , mais avec religion ; sans philosophie , mais avec une majestueuse fermeté ; ne voulant exciter ni l'attendrissement , ni l'admiration des spectateurs ; ne cherchant ni à les intéresser à sa perte par ses regrets, ni à s'attirer leurs éloges par sa constance ; plus grand mille fois que s'il eut affecté de le paraître. Accourez à ce spectacle, censeurs frivoles et éternels de sa vertu , et qui aviez traité peut-élre sa piété de faiblesse , et voyez si la vanité toute seule ne se ferait pas honneur de tout ce que la grâce opère de grand en Louis dans ces derniers moments! Mais la vanité n'a jamais eu que le masque de la grandeur ; c'est la grâce qui en a la vérité.

11 assemble autour de son lit , comme un autre David mourant, chargé d'années, de victoires et de vertus , les princes de son auguste sang et les grands de l'État. Avec quelle dignité soutient-il le spectacle de leur désolation et de leurs larmes ! 11 leur rappelle, comme David , leurs anderis services : il leur recommande l'union , la bonne intelligence , si rares sous un prince enfant ; les intérêts de la monarchie, dont ils sont l'ornement et le plus ferme soutien ; il leur demande pour son fils Salomon et pour la faiblesse de son âge , le mêmç zèle , la même fidélité qui les avait toujours

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si fort distingués sous son règne. Jamais il u*a paru plus véritablement roi : c'est qu'il l'était déjà dans le ciel ; et que le règne du juste est encore plus grand et plus glorieux que celui des rois deîa terre.

Enfin le jeune Salomon , l'auguste enfant est appelé. Louis offre au Dieu de ses ancêtres ce reste précieux de sa maison royale ; cet enfant sauvé du débris qui lui rappelle la perte encore récente de tant de princes , et que ses prières et sa piété ont sans doute conservé à la France. 11 demande pour lui à Dieu , comme David pour son fils Salomon , un cœur fidèle à sa loi, tendre pour ses peuples, zélé pour ses autels et pour la gloire de son nom : Salomoni quoque filio meo da cor perfectum , ut custodiat mandata tua '. Il lui laisse , pour dernières instructions , comme un héritage encore plus cher que sa couronne , les maximes de la piété et de la sagesse. « Mon fils , lui dit- il , vous allez être un grand roi ; mais souvenez- « vous que tout votre bonheur dépendra d'être soumis à Dieu , et « du soin que vous aurez de soulager vos peuples. Évitez la guerre ; « ne suivez pas là-dessus mes exemples : soyez un prince pacili- '« que ; craignez Dieu , et soulagez vos sujets. » Il lève les mains au ciel , comme les patriarches au lit de la mort , et répand sur cet enfant, avec ses vœux et ses bénédictions , des larmes qui échappent à sa tendresse, ou à la joie qu'il a d'aller posséder le royaume de l'éternité qui lui est préparc.

BKMKIUCTION DES ORÂPBAUX 1)0 filÉGlMENT Ufi CATINAT.

Ce n'est pas ppur vous rappeler ici des idées de feu et de sang , et par le souvenir de vos victoires passées vous animer a de nouvelles, que je viens, dans le sanctuaire de la paix, mêler un discours évangélique à une cérémonie sainte. La parole dont j'ai l'honneur d'être le ministre est une parole de réconciliation et de vie, destinée à réunir les Grecs et les Barbares; à faire habiter ensemble, selon l'expression d'un prophète, les lions, les aigles et les agneaux ; à rassembler sous un même chef toute langue , toute tribu et toute nation; à calmer les passions des princes et des peuples, confondroleurs intérêts, anéantir leurs jalousies ^^

644 MOBGJUUX CUOISIS

borner leur ambitioa , inspirer tes mêmes désirs à csux qui doivent avoir la même espérance ; et si elle propose quelquefois des guerres et des combats , ce sont des guerres qui se terminent toutes dans le cœur, et des combats de la grâce. •>

D'ailleurs, je me souviens que je parle sous l'autel même de TAgneau qui est venu paciOer le ciel et la terres dans un temple consacré au chef d'une légion sainte qui sut préférer le culte de Jésus-Christ à celui des statues de l'empereur, et laisser fièrement les aigles de l'empire pour suivre l'étendard de la croix ; et enfin , que je parle à une troupe illustre qui ne connaît les périls que pour les affronter, que mille actions distinguent plus que le nom du fameux général qu'elle a l'honneur d'avoir à sa tête, et le mérite de celui qui la commande; et qui attend plutôt de moi des leçons de piété que de valeur, et des avis pour faire la guerre saintement , que des exhortations pour la bien faire.

Souffrez donc, messieurs, que, laissant là le corps, pour ainsi dire , et le dehors de cette cérémonie , je vous en développe l'esprit; que, sans approfondir ce qu'elle a d'antique et de curieux, je m'arrête à ce qu'elle peut avoir d'utile ; et que, loin de vous entretenir de la gloire des armes , et du cas que tous les peuples en ont toujours fait, je vous parle des périls de cet état, et des moyens d'y acquérir une gloire immortelle et solide.

Pourquoi croyez- vous en effet que les nations les plus barbares aient toutes eu une espèce de religion militaire , et que le culte se soit toujours trouvé mêlé parmi les armes ? Pourquoi croyez-vous que les Romains fussent si jaloux de mettre leurs aigles et leurs dieux à la tête de leurs légions , et que les autres peuples affectassent de prendre ce qu'il y avait de plus sacré dang leurs superstitions, et en traçassent les figures et les symboles sur leurs éteadards , sinon pour empêcher que le tumulte et l'agition des guerres ne fil oublier ce qu'on doit aux dieux qui y président, et afin qu'à force de les avoir sans cesse devant les yeux, on fût comme dans une heureuse impuissance de les perdre de vue? Pourquoi croyez-vous que les Israélites, dans leurs marches et dans leurs combats , fussent toujours précédés du serpent d'airain ; que Constantin , devenu la conquête de la croix , fit élever ce signal de toutes les nations, au milieu de ses armées ; que nos rois, dans leurs entreprises contre les infidèles, allassent recevoir l'étendard sacré

DE HASSItLON. 6/15

au pied des autels; elqu^enfio encore aujourd'hui TÉglisè consacre par des prières de paix et de charité ces signes déplorables de I^ guerre et de la dissension ; sinon pour vous faire souvenir que la guerre même est une manière de culte religieux ; que c'est le Dieu des armées qui préside aux victoires et aux batailles ; que les conquérants ne sont bien souvent entre ses mains que des instruments de colère, dontilsesert pour châtier les péchés des peuples ; qu'il n'est point de véritable valeur que celle qui prend sa source dans la religion et dans la piété ; et qu'après tout, les guerres et les révolutions des États ne sont que des jeux aux yeux de Dieu , et un changement de scène dans l'univers ; que lui seul ne change point , et seul a de quoi fixer les agitations et les désirs insatiables, du cœur humain ?

Il est vrai, messieurs , que la piété, si pénible même dans les cloîtres où tout l'inspire , si rare dans le siècle où les devoirs communs de la religion la soutiennent, trouve, dans les dissipations et la licence des armes , des obstacles et des écueils où les plus belles espérances de l'éducation , les plus heureux présages du naturel , les plus tendres précautions de la grâce , viennent tous les jours tristement échouer.

Mais pour vous , messieurs , qui , au milieu des périls et des fureurs de la guerre , pouvez tous les jours dire, comme David , que . vous n'êtes séparés que d'un seul degré de la mort : Uno iantum gradu ego morsque dividimur (1 Reg. xx , 3) ; vous qui ne devez compter sur la vie que comme sur un trésor que vous tenez exposé sur un grand chemin ; qui touchez tous les moments à l'éternité , et qui ne tenez au monde et à ses plaisirs que par le plus faible de tous les liens : ah ! qu'est-ce qui peut vous rassurer lorsque vous vous livrez à des passions d'ignominie? et de quel espoir pouvez-vous vous amuser vous-mêmes? Est-ce ces moments que vous accordez à la religion sur le point d'un combat, qui flattent votre espérance? est-ce la prière et les bénédictions d'un ministre? Mais vous, qui êtes de bonne foi , quelle est alors , je vous prie , la situation de votre cœur? Vous est-il jamais arrivé de repasser, en pareille occasion , dans l'amertume de votre cœur, toutes les années de votre vie ? Avez-vous jamais pensé , dans ces circonstances , à offrir au Seigneur un cœur contrit et humilié , et à invoquer ses miséricordes sur les misères de votre âme? La gloire,

le devoir, le péril , vous ne voyez que cela. Les retours sur la conscience sont alors moins de saison que jamais; ou éloigne même ces pensées , comme dangereuses à la valeur ; on redouble les plaisirs et les excès, pour faire diversion et s'empêcher soinooéme de s'en occuper ; et Ton passe, hélas! presque toujours du crime et de la débauche à la mort. Horrible destinée , ô mon Dieu! et si commune cependant aux personnes à qui je parle ! Vous le savez , mes frères, et mille fois dans la fureur des combats vous avez vu disparaître eu un instant les compagnons de vos excès : vous les j

avez vus ne mettre presque qu'un intervalle entre une impiété et le dernier soupi r, et un co up fatal venir les enlever à vos côtés dans le temps même peut-être qu'ils faisaient encore avec vous des projets de crime.

Eh ! si , dans cette action où vous ne dûtes votre délivrance qu'à un prodige, et dont vous-mêmes crûtes ne jamais sortir, le glaive de la mort vous eût frappés, quelle eût été, mon frère , votre destinée? quelle àme auriez- vous présentée au tribunal de Jésus-Christ? quel monstre d'ordures, de blasphèmes, de vengeances? N'ètesvous pas effrayé de vous représenter alors sous la foudre d'un Dieu vengeur, tremblant devant sa face, et les abîmes étemels i

ouverts à vos pieds ? Sa main toute-puissante vous délivra ; il vous couvrit de son bouclier ; son ange détourna lui-même les coups qui , en décidant de votre vie , auraient décidé de votre éternité : et quel usage en avez- vous fait depuis? quelle reconnaissance envers votre libérateur ? quel hommage lui avez-vous fait d'un corps que vous tenez doublement de lui? vous4'avez fait servir à Fini- j

quité ; et d'un membre de Jésus-Christ , vous en avez fait un ins- |

trument de honte et d'infamie. Ah ! vous avez bien su mettre le danger que vous courûtes alors à profit pour votre fortune ; mais avez-vous su le mettre à profit pour votre salut? vous l'avez fait valoir auprès du prince , mais en a-t-il été question auprès de Dieu? vous en êtes monté d'un degré dans le service , et vous voilà toujours le même dans la milice de Jésus-Christ. Craignez , craignez ; que ce moment fatal ne revienne, que le Seigneur ne vous livre enfin à votre propre destinée, qu'il ne vous traite e4)mine l'impie Achab , et qu'un coup parti de sa main invisible n'aille, à la première occasion , terminer enfin vos iniquités et commencer ses vengeances.

DE UASSILLON. 647

Que voire sort est à plaindre , «messieurs ! La voie des armes , où les engagemeots de la Daissance et le service du prince vous appellent , est» à la vérité , brillante aux yeux de» sens ; c'est le seul chemin de la gloire , c'est le seul poste digne d'un homme qui porte un nom ; mais en matière de salut , de toutes les voies c'est la plus terrible. Voilà les périls, voici les moyens de les éviter.

Je sais que l'ambition est comme inévitable à un homme de guerre ; que l'Évangile , qui fait un vice de cette passion , ne saurait prévaloir contre l'usage qui l'a érigée en vertu; et qu'en fait de mérite militaire, qui ne sent pas ces nobles mouvements qui nous font aspirer aux grands postes , ne sent pas aussi ceux qui nous font oser de grandes actions. Mais , outre que le désir de voir vos services récompensés , s'il est modéré , si seul il n'absorbe pas le cœur tout entier, s'il ne vous porte pas à vous frayer des routes d'iniquité pour parvenir à vos fins et établir votre fortune sur les ruines de celle d'autrui^, outre , dis-je , que ce désir environné de toutes ces précautions n'a rien dont la morale chrétienne puisse être blessée , qu'a-t-il , en vous offrant les espérances humaines , de si séduisant qu'il puisse l'emporter sur l'espoir des chrétiens et les promesses de la foi ? Des postes , des honneurs , des distinctions, un nom dans l'univers? Mais quelle foule de cx)ncurrents faut-il percer pour en venir là! que de circonstances faut-il assortir, qui ne se trouvent presque jamais ensemble ! Et d'ailleurs est-ce le mérite qui décide toujours de la fortune? Le prince est éclairé , je le sais; mais peut-il tout voir de ses yeux? Combien de vertus obscures et négligées! combien de services oubliés ou dissimulés ! et d'autre part , combien de favoris de la fortune , sortis tout à coup du néant, vont de plain-pied saisir les premiers postes ! et de là quelle source de désagréments et de dégoûts ! On se voit passer sur le corps par des subalternes , gens qu'on a vus naître dans le service , et qui n'en savent pas encore assez même pour obéir, tandis qu'on se sent soi-même sur le penchant de l^âgç, et qu'on ne rapporte de ses longs services qu'un corps usé , des affaires domestiques désespérées, et la gloire d'avoir toujours fait la guerre à ses frais. Eh ! quentend-on autre chose parmi vous, que des réflexions sur l'abus des prétentions et des espérances? Vous-mêmes, qui m'écoutez, quelle est là-dessus votre situation? Et cependant on sacrifie l'éternité à des chimères; on

648 MOBCEACX CHOISIS

se flatte toujours qu*on sera dy nombre des heureux ; et on ne s'aperçoit pas que la Providence ne semble laisser au hasard et au caprice des hommes le partage des postes et des emplois , que pour nous faire regarder avec des yeux chrétien» les titres et les honneurs, et nous faire rapporter au Roi du ciel, aux yeux de qui rien n'échappe , et qui nous tiendra compte de nos phis petits soins , des services que nous rendons aux rois de la terre, qui souvent , ou ne peuvent les voir, ou ne sauraient les récompenser.

Hélas ! messieurs , que sont les hommes sur la terre ? des personnages de théâtre. Tout y roule sur le faux ; ce n'est partout que représentation , et tout ce qu'on y voit de plus pompeux et de mieux établi n'est l'affaire que d'une scène. Qui ne le dit tous les jours dans le siècle ? Un» fatale révolution , une rapidité que rien n'arrête , entraine tout dans les abîmes de l'éternité : les siècles, les générations, les empires, tout va se perdre dans ce gouffre ; tout y entre , et rien n'en sort. Nos ancêtres nous en ont frayé le chemin , et nous allons le frayer dans un moment à ceux qui viennent après nous. Ainsi les âges se renouvellent ; ainsi la Bgure du monde change sans cesse; ainsi les morts et les- vivants se succèdent et se remplacent continuellement. Rien ne demeure , tout s'use , tout s'éteint. Dieu sçul est toujours le même, et ses années ne finissent point. Le torrent des âges et des siècles coule devant ses yeux ; et il voit avec un air de vengeance et de fureur de faibles mortels , dans le temps même qu'ils sont entraînés par le cours fatal, l'insulter en passant, profiter de ce seul moment pour déshonorer son nom , et tomber, au sortir de là, entre les' mains étemelles de sa colère et de sa justice.

Mais cette réputation de valeur, si essentielle à votre état , comment l'ajuster, me direz-vous, avec la douceur et l'humilité chrétienne ? Mais qu'est-ce que la valeur, messieurs ? est-ce une fierté (le tempérament , un caprice de cœur, une fougue qui ne soit que dans le sang , une avidité mal entendue de gloire , un emportement de mauvais goût , une petitesse d'esprit qui se fait des dangers de gaieté de cœur, seulement pour avoir la gloire d'en être sorti? Quel siècle fut jamais plus corrigé là-dessus que le nôtre ? Quel est le goût des honnêtes gens sur ce qui fait la véritable valeur? La sagesse, la circonspection, la maturité n'y entrent-elles pour rien ? Quel a été le caractère des grands hommes que vous avez

vus daus ce siècle à la tête de nos armées , et dont les noms tous sont encore si chers ? Les Turenne , les Condé , les Gréqui , par quelle voie sont-ils montés à ce dernier point de gloire et de réputation au delà duquel il est défendu de prétendre? Le sage et vaillant général à qui cette province doit sa sûreté , et le reste du royaume sa paix et son abondance , lui dont vous recevez les oridres de plus près comme de votre propre chef , et sous le nom et les étendards de qui vous avez Thonneur de combattre, s'est-il frayé un chemin à l'élévation où le choix du prince et le bonheur de rÉtat l'ont placé, par une valeur indiscrète? et la sagesse , qui est comme née avec lui, a-t-elle jamais rien gâté ou à son mérite ou à sa fortune ?

Mais c'est que nous nous faisons de fausses idées des choses. La valeur, lorsqu'elle n'est pas à sa place , n'est plus une vertu ; et cette noble ardeur qui, au milieu des combats, est générosité et grandeur d'âme , n'est plus , hors de là , que rusticité , jeunesse de cœur, ou défaut d'esprit. Mais quelle idée, me direz-vous encore, a-t-on, dans les troupes, d'un homme qui passe pour avoir quelque commerce avec la. dévotion ? Eh quoi ! Seigneur, il y aurait doue de la gloire à servir les rois de la terre ; et ce serait bassesse et lâcheté qu« de vous être fidèle ! Et qu'y avait-il autrefois, dans les armées des empereurs paiens déplus intrépide dans les périls que iessddats chrétiens? Cependant , messieurs , c'étaient des gens qui , au milieu dci la licence des troupes , avaient leurs heures marquées pour la prière, passaient quelquefois les nuits à béair tous ensemble le Seigneur, et qui , au sortir d'une action , savaient fort bien courir à l'échafaud, et y répandre sans murmure leur sang pour la défense de la foi.

Il est vraiqu'on ne doit pas exiger devons cette piété craintive et tendre , ni toute Taltention et la ferveur des personnes retirées, qui , libres de tout engagement avec le monde , ne s'occupent que du soin des choses du Seigneur. Mais cette droiture d'âme , ce noble respect pour votre Dieu , ce fonds solide de foi et de religion, cette exactitude de si bon goût aux devoirs essentiels du christianisme , cette probité inaltérable et si chère à l'estime des honnêtes gens , cette supériorité d'esprit et de cœur qui fait mépriser la licence et les excès , comme peu dignes même de la raison ; qui

MASSJLLON. 56

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peut vous dispenser de Tavoir? et au jugement de qui est il honteux d'en être accusé?

EnBn , les Moïse , les Josué , les David , les Ëzéchias , ont été de grands hommes de guerre et de grands saints, des héros du siècle et de la religon. Les siècles chrétiens ont eu leurs Constantins et leurs Théodoses, terribles à la tête de leurs années, humbles et religieux au pied des autels. Nous vivons sous un prince qui , n'ayant plus rien à souhaiter du côté de la gloire , a cru que la piété devait en être comme le dernier trait ; qui , tous les jours , va humilier sous le joug de Jésus-Christ une tète chargée des marques de sa grandeur et de ses victoires , et qui , dans le temps que tout retentit de son nom et du bruit de ses conquêtes , sait répan- <lre son âme devant le Seigneur, et gémir en secret sur le malheur des peuples , et les tristes suites d'une guerre si glorieuse pour lui aux yeux de l'univers.

Répandez donc, ô Dieu des armées, sous un prince si religieux, des esprits de foi et de piété sur ces guerriers armés pour sa querelle ! Bénissez vous-même ces étendards sacrés ; laissez-y des traces de sainteté, qui, au milieu des combats, aillent aider la foi des mourants et réveiller l'ardeur de ceux qui combattent ; faitesen des signes assurés de la victoire : couvrez, couvrez de votre aile cette troupe illustre qui vous les offre dans ce temple ; détournez avec votre main tous les traits de l'ennemi : servez-lui de bouclier dans les divers événements de la guerre ; envii'onnez-la de votre force; mettez à sa tête cet ange redoutable dont vous vous servîtes autrefois pour exterminer les Assyriens ; faites-la toujours précéder de la victoire et de la mort ; répandez sur ses ennemis des esprits de terreur et de vertige, et faites sentir savaleyr aux nations jalouses de notre gloire.

Mais non. Seigneur, pacifiez plutôt les empires et les royaumes; apaisez les esprits des princes et des peuples ; laissez-vous toucher au pitoyable spectacle que les guerres offrent à vos yeux. Que les cris et les plaintes des peuples montent jusqu'à vous; que la désolation des villes et des provinces aille attendrir votre clémence ; que le péril et la perte de tant d'âmes désarment votre bras , depuis si longtemps levé sur nous ; que tant de profanations que les armes traînent toujours après soi , vous fassent enfin jeter des yeux de

pitié sur votre ÉgKse. Écoutez les gémissements des justes » qui , touchés des calamités dlsraêl, vous disent tous les jours avec le Prophète : Seigneur, nous avons attendu la paix , et ce bien n'est pas encore venu : nous croyions toucher au temps de consolation , et vmlà encore des troubles.

Ce sont vos iniquités , chrétiens , souffrez que je vous le dise en finissant , qui ont attiré sur nous ces fléaux du ciel. Les guerres, les maladies , les autres calamités dont >nous sommes frappés , sont des mar(]^es sûres de la colère de Dieu sur nos dérèglements. En vain nous gémissons sur les malheurs du temps et sur l'accablementdenos familles. Eh! gémissons sur nous-mêmes : apaisons le Seigneur par le changement de nos mœurs ; rétablissons la paix de Jésus-Christ dans nos cœurs , calmons nos passions et nos ennemis domestiques : et nous verrons bientôt l'Europe calmée, les ennemis de la France apaisés , la paix rétablie partout , et un repos éternel succéder à celui d'ici-bas. Ainsi soit-il.

SUR l'académie française, et sur le GOUT.

J'augure trop favorablement des règnes futurs de la monarchie, pour soupçonner même qu'ils se refroidissent jamais sur l'utUité de votre établissement; ce tribunal, élevé pour perpétuer parmi nous le goût et la politesse , est un secours qui avait manqué aux siècles les plus polis de Rome et d'Athènes ; aussi ne se sauvèrentils pas longtemps de la fausse éloquence et du mauvais goût, et on les vit bientôt retomber presque dans la même barbarie d'où tant d'ouvrages fameux les avaient tirés.

Mais le cardinal fie Richelieu , à qui il était donné de penser audessus des autres hommes , sut ménager à son siècle un secours si nécessaire : il comprit que l'inconstance de la nation avait besoin d'un frein , et que le goût n'aurait pas chez nous une destinée plus invariable que les usages, s'il n'établissait des juges pour le fixer.

Repassez sur les règnes qui précédèrent la naissance de l'Académie ; la naïveté du langage suppléait , je l'avoue , dans un petit nombre d'auteurs, à la pureté du style , au choix et à l'arrangement des matières ; et toutes les beautés dont notre langue s'est depuis enrichie n'ont pu encore effacer les grâces de leur ancienne simplicité.

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Mais, en général, quel faux goût d'éloquence ! les astres en fournissaient toujours les traits les plus hardis et les plus himineux ; et l'orateur croyait ramper, si du premier pas il ne se perdait dans les nues; une érudition entassée sans choix décidait de la beauté et du mérite des éloges ; et pour louer son héros avec succès, il fallait presque avoir trouvé le secret de ne point parler de lui.

La chaire semblait disputer, ou de bouffonnerie avec le théâtre, ou de sécheresse avec l'école ; et le prédicateur croyait avoir rempli le ministère le plus sérieux de la religion, quand il avait déshonoré la majesté de la parote sainte en y mêlant , ou des termes barbares qu'on n'entendait pas , ou des plaisanteries qu'on n'aurait pas dû entendre.

Le barreau n'était presque plus qu*un étalage de citations étranjicres à la cause ; et les plaidoyers finis , les juges étaient bien plus instruits et plus en état de prononcer sur le mérite des orateurs que sur le droit des parties.

Le goût ihanquait partout : la poésie elle-même , malgré ses Marot et ses Régnier, marchait encore sans règles et au hasard ; les grâces de ces deux auteurs appartiennent à la nature , qui est de tous les siècles, plutôt qu'au leur ; et le chaos où Ronsard, qui ne put imiter l'un ni devenir le modèle de l'autre , la replongea , montre que leurs ouvrages ne furent que comme d'heureux intervalles qui échappèrent à un siècle malade et généralement gâté.

Je ne parle pas du grand Malherbe : il avait vécu avec vos premiers fondateurs ; il vous appartenait d'avance ; c'était l'aurore qui annonçait le jour.

Ce jour, cet heureux jour s'éleva enfin : l'Académie parut; le chaos se débrouilla ; la nature étala toutes ses beautés , et tout prit une nouvelle forme.

La France ne vit plus rien qu'elle dût envier aux meilleurs siècles de l'antiquité : le théâtre, la satire, la poésie lyrique, la fable , l'histoire, l'éloquence, la philosophie , le style éjJistolaire j les traités de piété jusque-là informes, les traductions nobles et hardies, eurent parmi vous leurs héros : dans tous les genres, on vit sortir de votre sein des hommes uniques, dont Rome et la Grèce se seraient fait honneur.

La chaire clle-nréme rougit de ce comique indécent, ou de ces

^ DE )iVsSILLON;*'* V ^* .r. ^ i3$3* ^ ' ^ * 'j

ornements bkarrea.et pompeux dont êll^aîétait ji^uozia parÎB ;* f\ v' et siibsÉîtua îimfructton à une pompe yicïe ef^ déflaéée, ja rateo»*^^ ** i

aux faussés' Ju^œ ,' en'ÉVangile^ànmaginationHPaiiouU'e^Vj-^f^^ * prit la plaé^ du fau*.^ % * *• s*., , *. \ " *, ^\ **'*■*' *^ ,^ - ^

Notre langue, devenue plus aimaWe à mesure qu'j^lle.^êvcnail ' * ' ' plus pure, sembla nous réconcilier ayec'loutei'Elirdpe, dan^Je^. *. '. temps même, que nos- victoires l'armaient coptrft noua :' un tp^Ibçais ne se trouvait étranger nulle p'arÇ ; Sbnbngage était le laug^sl, " a^ ' . de toutes les cours ; et nos ennemis , ne pouvant vaîncrfe^xomme ' . '

nous, voulaient du moins parler comme nous., •

La politesse du langage nous ameAa c«Ue des mœurs.Xl^^*^û^ '* » ^ ^* qui régD£ut *dans lest)uvrages d*esprîl entra danâ les bicnséancigii^ ^^ , ' • * de la vie civife , et nos manières , comme qos çSîVftige'S , ll&rvèreiH i .. . ^\ ] de modèle aux étrangers. ^ " • "^ •'^ ^C'. *^'%* '^ ' * tï

Le goût eèf Tarbitre et la règl^ des bienséances ^l de» mm^fg^ J' ^ * *. * \ «comme de rélo(]uence y c'esfun dépôt p^ublic qu| vous e^c<Nifté> > « * . ^ à la garde duquel on uè peut trop veiller ^ dès quft le faux, l^JMti- *' . ^ * vais et Findécent sont apçjâudîs dans le» ouvmges-d'eipçît^ijg ^ \^ } '^ le sont bientôt dans les mliewg publiques : toltf ôhad^e et'«^ effr^ • • .^ a t jf

* rompt avec le goût .: Jes hieqgéances 3é Filoquènce et cefta\ 3e^ *** mœurs se donnent , pour ainsi dire, la main : RonSe elle-même . « f j vii bientôt ses mœurs reprendre leur prçini^re. barbarie , et Se * - ' i • corrompre sous les^empeteufS, t)ù la pureté An laDgage<«t loig^ont . ^ * '• du bon siècle comtrienca à s'^ltérôr ; fjjt la franc'^'ju rait san^ doute > •«» • r ^ la même destinée, si ricadémlè, déb(^simr&%^ biené^aes ^^^\' «

• k pufièto.cju' J;oûr, n© Bouwjéponiail^ idissi 8^ celïcs^ jlej mœups ^ pour nos ne^jix/. ! *, ]. *;^**'"*'*^' »*? -% ^ *^ ^^ \, % .[

y^Dtj-p ilpire^st dino deyinï^'fa giorréf etT*tntérêt puWi» d«rla » '^ TJ ?

nation :1e dèstfn delà rt|ince paraît atAacbé auvôtce.Sesprôspitilé^" "' , v .A

j ont pu éprouver des fevèçs^ et en éprourpront pettt«tre éUcore^i v ''^Z j •'*•.

' le sort de la guerre 'pourra changea ^wqre pour ^irgjjinâîSlfe sort "^ «^ **

des lettres ne c^ngër/plus fléSèges à venir |M)urroiit U voii; plus^ v ^ * ' ^

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