‹ Sermons et morceaux choisis de MassillonChapitre 18 sur 145 · DE GAR^.ME · texte numérisé non relu

DE GAR^.ME

la majesté et la décence extérieure du culte , les rendent en même temps protecteurs de la sainteté de ses maximes : il faut qu'ils apprennent au peuple à respecter la piété, en respectant eux-mêmes ceux qui la pratiquent ; c'est une protection publique qu'ils doivent à la vertu.

Oui , Sire, les gens de bien sont la seule source du bonheur et de la prospérité des empires : c'est pour eux seuls que Dieu accorde aux peuples l'abondance et la tranquillité. Sll se fût trouvé dix justes dans Sodome , le feu du ciel ne serait jamais tombé sur cette ville criminelle. L'État périrait, le trône serait renversé , nos villes abîmées et réduites en cendres , et nous aurions le même sort que Sodome et Gomorrhe, si Dieu ne voyait encore au milieu de nous des serviteurs fidèles, s'il ne nous laissait encore une semence sainte , si l'innocence peut-être de l'enfant auguste et précieux , la seule semence qui nous reste du sang de nos rois , n'arrêtait les foudres que la dissolution publique de nos mœurs aurait dû déjà attirer sur nos têtes : nisi Dominus reliquhset nobîs semen, sicut Sodomafacti essemus , et sieut Gomorrha similes fuissemus^. Les princes, Sire, sont donc intéressés à protéger la vertu , puisque les empires , et les monarchies, et le monde entier ne subsistera que tant qu'il y aura de la vertu sur la terre.

Mais ce n'est pas , Sire, par un simple respect que les princes doivent honorer les gens de bien : c'est par la confiance ; ils ne trouveront d'amis fidèles que ceux qui sont fidèles à Dieu ! c'est par les emplois publics ; l'autorité n'est sûre et bien placée qu'entre les mains de ceux qui le craignent : c'est par des préférences ; les grands talents sont quelquefois les plusdangereux, si la crainte de Dieu ne sait les rendre utiles : c'est par l'accès auprès de leur personne; la familiarité n'a rien à craindre de ceux qui respecteraient même nos rebuts et nos mauvais traitements : c'est enfin par les grâces; nos bienfaits ne sauraient faire des ingrats de ceux que le devoir tout seul et la conscience nous attachent.

< ROM., c. 9, V. 29.

Quel bonheur, Sire , pour un siècle , pour un empire , pour les peuples, lorsque Dieu leur donne dans sa miséricorde des princes favorables à la piété! Par eux croissent et s'animent les talents utiles à l'Église : par eux se forment et sont protégés des ouvriers fidèles destinés à répandre la science du salut, à arracher les scandales du royaume de Jésus-Christ, et à ranimer la foi par des ouvrages pleins de Fesprit qui les a dictés : par eux s'élèvent au milieu de nous des maisons saintes , des établissements pieux où l'innocence est préservée, où le vice sauvé du naufrage trouve un port heureux : par eux enfin nos neveux trouveront encore ces ressourcespubliques de salut, monuments heureux qui perpétuent la piété dans les empires, qui assurent aux princes la reconnaissance des âges à venir, qui mettent la postérité dans leurs intérêts , et qui les rendent les héros de tous les siècles.

!Non, Sire, la gloire des monuments que l'orgueil ou l'adulation ont élevés sera ou ensevelie dans l'oubli par le temps , ou effacée par les censures et les jugements plus équitables de la postérité : les races futures disputeront à la plupart des souverains les titres et les honiïeurs que leur siècle leur aura déférés ; mais la gloire des secours publics accordés à la piété , et qui subsisteront après eux, ne leur sera pas disputée; et quelque grand qu'ait été le roi que nous pleurons encore, de tous les monuments élevés si justement pour immortaliser la gloire de son règne , les deux édifices pieux et augustes où la valeur d'un côté, et la noblesse du sexe de l'autre, trouveront jusqu'à la fin des ressources sûres et publiques, sont les titres qui lui répondent le plus des éloges et des jetions de grâces de la postérité.

Tel est le zèle de protection que les princes et les grands . doivent à la sainteté des maximes de la religion : mais ils le doivent encore au dépôt sacré de sa doctrine et de sa vérité ; et notre siècle surtout, où l'irréligion fait tant de progrès, doit encore plus réveiller là-dessus leur attention et leur zèle.

J'avoue que les impies ont été de tous les siècles ; que chaque âge et chaque nation a vu des esprits noirs et superbes

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dire non-seulement dans leur cœur et en secret, mais oser blasphémer tout haut qu'il n'y a point de Dieu ; et que, dès le temps même de Salomon, où le souvenir des merveilles du Seigneur en Egypte et dans le désert était encore si récent, ils proposaient déjà, contre tout culte rendu au Très- Haut , ces doutes impies qui sont devenus le langage vulgaire de l'incrédulité.

Mais s'il a paru autrefois des impies, le monde lui-même les a regardés avec horreur; et ces ennemis de Dieu n'ont paru SUT la terre que pour être comme le rebut et l'anathème de tous les hommes.

Aujourd'hui, hélas! l'impiété est presque devenue un air de distinction et de gloire, c'est un titre qui honore; et souvent on se le donne à soi-même par une affreuse ostentation , tandis que la conscience n'ose encore secouer le JQug, et nous le refuse. Aujourd'hui c'est un mérite qui donne accès auprès des grands ; qui relève , pour ainsi dire , la bassesse du nom et de la naissance ; qui donne à des hommes obscurs , auprès des princes du peuple, un privilège de familiarité dont nos mœurs mêmes, toutes corrompues qu'elles sont, rougissent; et l'impiété, qui devrait avilir l'éclat même de la naissance et de la gloire, décore et ennoblit l'obscurité et la roture. Ce senties grands qui ont donné du crédita l'impie; c'est à eux à le dégrader et à le confondre.

Quelle honte pour la religion , mes frères! Les plus grands hommes du paganisme ne parlaient qu'avec respect des superstitions de l'idolâtrie, dont ils connaissaient la puérilité et l'extravagance : ils pensaient avec les sages , et ils n'osaient parler que comme le peuple; ils n'auraient osé, avec toute leur réputation et leurs lumières, insulter tout haut un culte si insensé, mais que la majesté des lois de l'empire et l'ancienneté rendaient respectable; et Socrate lui-même, l'honneur de la Grèce , ce premier philosophe du monde , si estimé de tous les siècles , et qui devait être si cher au sien , perd la vie [mr un arrêt public d'Athènes pour avoir parlé avec

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