‹ Sermons et morceaux choisis de MassillonChapitre 26 sur 145 · DE CARÊME · texte numérisé non relu

DE CARÊME

elle : ils sont comme les témoins illustres de rinsufûsance des créatures , et de la nécessité d'un Dieu et d'une religion sur la terre. Eux seuls prouvent au reste des hommes qu'il ne faut attendre de bonheur ici-bas que dans la vertu et dans rinnocence ; que tout ce qui augmente nos passions multiplie nos peines; que les heureux du monde n'en sont, pour ainsi dire , que les premiers martyrs , et que Dieu seul peut sufGre à un cœur qui n'est fait que pour lui seul.

Dieu de mes pères , disait autrefois un jeune roi , et qui de l'enfance comme vous , Sire , était monté sur le trône ; Dieu de mes pères , vous m'avez établi prince sur votre peuple , et juge des enfants d'Israël. Au sortir presque du berceau , vous m'avez placé sur le trône ; et , en un âge où Ton ignore encore l'art de se conduire soi-même, vous m'avez choisi pour être le conducteur d'un grand peuple : Deuspatrum meorum, tu elegisti me regem populo tuo '. Vous m'avez environné de gloire, de prospérité , et d'abondance ; mais la magniGcence de vos dons sera elle-même la source de mes malheurs et de mes peines , si vous n'y ajoutez l'amour de vos commandements et la sagesse. Envoyez-la-moi éxi haut des deux, où elle assiste sans cesse à vos côtés; c'est elle qui préside aux bons conseils , et qui donnera à ma jeunesse toute la prudence des vieillards et toute la majesté des rois mes ancêtres ; elle seule m'adoucira les soucis de l'autorité et le poids de ma couronne : ut mecum sit et mecum laborel » : elle seule me fera passer des jours heureux , et mcsoutiendra dans les ennuis et les pensées inquiètes que la royauté traîne après elle; et erit allocutio cogitationis ettmdii mei ^. Je ne trouverai de repos au milieu même de la magnificence de mes palais, et parmi les hommages qu'on m'y rendra, qu'avec elle : intrans in domum meam , conquiescam cum ilia 4. liCS plaisirs finissent par l'amertume; le trône lui-même, grand Dieu , si vous n'y êtes assis avec le souverain , est le siège des noirs soucis : mais votre crainte et la sagesse ne laisse point de regrets après elle : on ne s'ennuie point de

• SAP., c. 9, V. 7. — » Ibid., c. 9, V. «0. — ^ nid.^ c. 8, v. 9. — < Ibid., c. 8. V. 16.

76 TROISIÈME DIMANCHE DE CARêME.

]a posséder, et la joie même et ta paix ne se trouvent jamais qu'avec eïle : nec enim habet amarUudinem conversatio il- Uuit, nectxdîumy sedlxtîtiam el gaudium *.

Heureux donc le prince , ô mon Dieu , qui ne croit commencer à régner que lorsqu'il commence à vous craindre, qui ne se propose d'aller à la gloire que par la vertu,, et qui r^arde comme un malheur de commander aux autres s'il ne vous est pas soumis lui-même!

Donnez donc , grand Dieu , votre sagesse et votre jugement au roi^ et votre justice à cet enfant de tant de rois '. Vous , qui êtes le secours du pupille, rendez-lui, par Tabondance de vos bénédictions , ce que vous lui avez ôté en le privant des exemples d'un père pieux , et des leçons d'un auguste bisaïeul : réparez ses pertes par l'accroissement de vos grâces et de vos bienfaits. Vous seul , grand Dieu , tenez-lui lieu de tout ce qui lui manque : regardez avec des yeux paternels cet enfant auguste que vous avez , pour ainsi dire , laissé seul sur la terre , et dont vous êtes par conséquent le premier tuteur et le père : que son enfance , qui le rend si cher h la nation , réveille les entrailles de votre miséricorde et de votre tendresse : environnez sa jeunesse des secours singuliers de votre protection. La faiblesse de son âge, et les grâces qui brillent déjà dans ses premières années , nous arrachent tous les jours des larmes de crainte et de tendresse. Rassurez nos frayeurs en éloignant de lui tous l'es périls qui pourraient menacer sa vie ; et récompensez notre tendresse en le rendant lui-même tendre et humain pour ses peuples. Rendezle heureux en lui conservant votre crainte, qui seule fait le bonheur des peuples et des rois. Assurez la félicité de son règne par la bonté de son cœur et par l'innocence de sa'vie : que votre loi sainte soit écrite au fond de son âme et autour de son diadème , pour lui en adoucir le poids ; qu'il ne sente les soucis de la royauté que par sa sensibilité aux misères publiques ; et que sa piété , plus encore que sa puissance et ses victoires , fasse tout son bonheur et le nôtrel Ainsi soit-il.

» SAP., c. s, ▼. ^ — * PS., T\ , V. I.

SERMON

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