‹ Sermons et morceaux choisis de MassillonChapitre 28 sur 145 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

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Toute puissance vient de Dieu , et tout ce qui vient de Dieu n'est établi que pour l'utilité des hommes. Les grands seraient inutiles sur la terre, s'il ne s'y trouvait des pauvres et des malheureux ; ils ne doivent leur élévation qu'aux besoins publics; et loin que les peuples soient faits pour eux , ils ne sont euxmêmes tout ce qu'ils sont que pour les peuples.

Quelle affreuse providence , si toute la multitude des hommes n'était placée sur la terre que pour servir aux plaisirs d'un petit nombre d'heureux qui l'habitent , et qui souvent ne connaissent pas le Dieu qui les comble de bienÊiits !

Si Dieu en élève quelques-uns , c'est donc pour être l'appui et la ressource des autres. Il se décharge sur eux du soin des faibles et des petits ; c'est par là qu'ils entrent dans l'ordre des conseils de la sagesse étemelle. Tout ce qu'il y a de'^réel dans leur grandeur , c'est l'usage qu'ils en doivent faire pour ceux qui souffrent ; c'est le seul trait de distinction que Dieu ait mis

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en Dous : ils ne sont que les ministres de sa bonté et de sa providence; et ils perdent le droit et le titre qui les fait grands, dès qu'ils ne veulent Tétre que pour eux-mêmes.

L'humanité envers les peuples est donc le premier devoir des grands ; et l'humanité renferme l'affabilité, la protection, et les largesses.

Je dis l'affabilité. Oui , Sire , on peut dire que la fierté, qui d'ordinaire est le vice des grands, ne devrait être que comme la triste ressource de la roture et de l'obscurité, il paraîtrait bien plus pardonnable à ceux, qui naissent, pour ainsi dire^ dans la boue , de s*enfler , de se hausser , et de tâcher de se mettre, par l'enflure secrète de l'orgueil , de niveau avec ceu:^ au-dessous desquels ils se trouvent si fort par la naissance. Rien ne lîévolte plus.les hommes d'une naissance obscure et. vulgaire, que la distance énorme que le hasard a mise entre eux et les grands : ils peuvent toujours se flatter de cette, vaine persuasion , que la nature a été injuste de les faire naître* dans l'obscurité, tandis qu'elle a réservé rédat du sang et. des titres pour tant d'autres dont le nom fait tout le mérite :• plus ils se trouvent bas, moins ils se croient à leur place. Aussi l'insolence et la hauteur deviennent souvent le partage de la plus vile populace ; et plus d'une fois les anciens règnes de la monarchie l'ont 'vue se soulever, vouloir secouer le joug des nobles et des grands, et conjurer leur extinction et leur ruine entière.

Les grands , au contraire , placés si haut par la nature , ne sauraient plus trouver de gloire qu'en s'abaissant : ils n'ont plus de distinction à se donner du côté du rang et de la naissance ; ils ne peuvent s'en donner que par l'affabilité; et s'il est encore un orgueil qui puisse leur être permis , c'est celui de se rendre humains et accessibles.

Il est vrai même que l'affabilité est comme le caractère inséparable et la plus sûre marque de la grandeur. Les descendants de ces races illustres et anciennes, auxquels personne ne dispute la supériorité du nom et l'antiquité de l'origine , ne portent point sur leur front l'orgueil de leur naissance : ils

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