‹ Sermons et morceaux choisis de MassillonChapitre 35 sur 145 · SEBMON POUR LE JOUR · texte numérisé non relu

SEBMON POUR LE JOUR

Oui , Sire, il faut être utile aux hommes, pour être grand dans Topinion des hommes. C'est la reconnaissance qui les porta autrefois à se faire des dieux mêmes de leurs bienfaiteurs ; ils adorèrent la terre qui les nourrissait, le soleil qui les éclairait, des princes bienfaisants, un Jupiter roi de Crète, an Qsiris roi d'Egypte , qui ayaient donné des lois sages à leurs sujets, qui avaient été les pères de leurs peuples, et les avaient rendus heureux pendant leur r^e. L'aipour et le respect qu'inspire la reconnaissance fut si vif, qu'il dégénéra même en culte.

Il ^ut mettre les hommes dans les intérêts de notre gloire, si nous voulons qu'elle soit immortelle; et nous ne pouvons les y mettre que par nos bienfaits. Les grands talents et les titres qui nous élèvent au-dessus d'eux , et qui ne font lien à leur bonheur, les éblouissent sans les toucher, et devienaent plutôt l'objet de l'envie que de Taffection et de l'estime publique. Les louanges que nous donnons aux autres se rapportent toujours par quelque endroit à nous-mêmes ; c'est l'intérêt ou la vanité qui en sont les sources secrètes ; car tous les hommes sont vains, et n'agissent presque que pour eux ; et d'ordinaire ils n'aiment pas à donner en pure perte des louanges qui les humilient, et qui sont comme des aveux publics de la supériorité qu'on a sur eux : mais la reconnaissance l'emporte sur la vanité , et l'orgueil souffre sans peine que nos bienfaiteurs soient en même temps nos supérieurs et nos maîtres.

Non , Sire , un prince qui n'a eu que des vertus militaires n'est pas assuré d'être grand dans la postérité. Il n'a travaillé que pour lui ; il n'a rien fait pour ses peuples ; et ce sont les peuples qui assurent toujours la gloire et la grandeur du souverain. Il pourra passer pour un grand conquérant; mais on ne le regardera jamais comme un grand roi : il aura gagné des batailles ; mais il n'aura pas gagné le cœur de ses sujets : il aura conquis des provinces étrangères ; mais il aura épuisé les siennes : en un mot, il aura conduit habilement des armées; mais il aura mal gouverné ses sujets.

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