DE L INCARNATION
Mais , Sire , un prince qui n'a cherché sa gloire que dans le bonheur de ses sujets , qui a préféré la paix et la tranquillité, qui seule peut les rendre heureux, à des victoires qui n'eussent été que pour lui seul , et qui n'auraient abouti qu'à flatter sa vanité; un prince qui ne s'est regardé que comme l'homme de ses peuples , qui a cru que ses trésors les plus précieux étaient les cœurs de ses sujets ; un prince qui , par la sagesse de ses lois et de ses exemples , a banni les désordres de son État, corrigé les abus, conservé la bienséance des mœurs publiques, maintenu chacun à sa place, réprimé le luxe et la licence , toujours plus funestes aux empires que les guerres et les calamités les plus tristes ; rendu au culte et à la religion de ses pères l'autorité , Téclat , la majesté , l'uniformité qui en perpétuent le respect parmi les peuples ; maintenu le sacré dépôt de la foi contre toutes les entreprises des esprits indociles et inquiets; qui a regardé ses sujets comme ses enfants, son royaume comme sa famille; et qui n'a usé de sa puissance que pour la félicité de ceux qui la lui avaient confiée : un prince de ce caractère sera toujours grand, parce qu'il l'est dans le cœur des peuples. Les pères raconteront à leurs enfants le bonheur qu'ils eurent de vivre sous un si bon maître; ceux-ci le rediront à leurs neveux; et dans chaque famille ce souvenir , conservé d'âge en âge , deviendra comme un monument domestique élevé dans l'enceinte des murs paternels , qui perpétuera la mémoire d'un si bon roi dans tous les siècles >.
Non, Sire, ce ne sont pas les statues et les inscriptions qui immortalisent les princes : elles deviennent tôt ou tard le triste jouet des temps et de la- vicissitude des choses humaines. Kn vain Rome et la Grèce avaient autrefois multiplié à l'infîni les i mages deJeurs rois et de leurs Césars, et épuisé toute la science
^ Voltaire > dans la Henriade, ai imité ce passage de Massillon :
l'O Nieillard expirant De ce prince à son fils fait l'éloge en pleurant. Le fils , éternisant des images si clières , Raconte â ses neveux le bonheur de leurs pères , Kt ce nom , doiit la terre aime à s'entretenir, Est porté par Tamour aux siècles à venir.
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de Fart pour les rendre plus précieuses aux siècles suivants : de tous ces monuments superbes, à peine un seul est venu jusqu'à nous. Ce qui n'est écrit que sur le marbre et sur Falraiii est bientôt effacé ; ce qui est écrit dans les cœurs demeure toujours.