‹ Sermons et morceaux choisis de MassillonChapitre 43 sur 145 · SUR LES ÉCUEILS DE LA PIÉTÉ DES GBANDS · texte numérisé non relu

SUR LES ÉCUEILS DE LA PIÉTÉ DES GBANDS

Ecce rex tuus venit tibi mansuetu».

Voici votre roi qui vient à vous plein de douceur.

Matth., c. 21 , V. 5.

SiBE,

Partout ailleurs Jésus-Christ semble n'exercer qu'avec une sorte de ménagement les fonctions éclatantes de son ministère. Il se dérobe aux empressements d'un peuple qui veut rélever sur le trône : il choisit le sommet solitaire d'une montagne écartée , pour manifester sa gloire à trois disciples : les démons eux-mêmes , qui veulent la publier, sont forcés par ses ordres de la cacher et de la taire.

Aujourd'hui il paraît eu roi , et comme un roi qui vient prendre possession de son empire. Il souffre des hommages publics; il dispose en maître de l'appareil innocent de son triomphe : IHeUe quia Dominus his opus habet'. Il entre dans le temple; et, par des châtiments éclatants , il rend à ce lieu sacré la majesté que l'indécence d'un trafic honteux lui avait ôtée. Ce n'est plus cet homme qui se dér()l)e aux regards publics ; c'est le fils de David , qui donne des lois , qui exerce une autorité suprême , et qui veut avoir tout Jérusalem pour témoin de son zèle et de sa puissance.

Il est donc ici le modèle de la piété des grands. Les vertus privées ne leur suffisent pas; il leur faut encore les vertus publiques. Ce serait peu de les avoir jusques ici exhortés à la

' mattu., g. 21 , V. 5.

SEBHON POUR LE DIM. DES BAHEÂUX. 119

piété : Tessentiel est de leur montrer quelle est la piété de leur état. Quoique l'Ëvangile propose à tous la même doctrine , il ne propose pas à tous les mêmes règles : les devoirs changent avec Tétat; plus il et élevé, plus ils se multiplient; plus nos places nous rendent redevables au public, plus elles exigent des vertus publiques; et nous devenons mauvais, si nous ne sommes bons que pour nous-mêmes.

Or, la piété des grands a trois écueils à craindre , qui peuvent changer en vices toutes leurs vertus.

Premièrement, une piété oisive et renfermée en elle-même, qui les éloigne des soins et des devoirs publics.

Secondement, ^I1e piété faible, timide, scrupuleuse, qui jette rindécision dans leurs entreprises et dans toute leur conduite.

Enfin , une piété crédule et bornée , facile à recevoir Fimpression du préjugé, et incapable de revenir quand une fois elle Ta reçue.

C'est-à-dire qu'il faut à la piété des grands la vigilance publique , qui fait agir ; le courage et l'élévation , qui font décider et entreprendre ; enfin, ou les lumières qui empêchent d*être surpris , ou une noble docilité qui se fait une gloire de revenir dès qu'elle a senti qu'on l'a surprise.

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