‹ Sermons et morceaux choisis de MassillonChapitre 44 sur 145 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

SiBE ,

La piété véritable est l'ordre de la société : elle laisse chacun à sa place , fait de l'état où Dieu nous a placés l'unique voie de notre salut, ne met pas une perfection chimérique dans des œuvres que Dieu ne demande pas de nous, ne sort pas de l'ordre de ses devoirs pour s'en faire d'étrangers , et regarde comme des vices les vertus qui ne sont pas de notre état.

Tout ce qui trouble l'harmonie publique est un excès de l'homme, et non un zèle et une perfection de la vertu. La religion désavoue les œuvres les plus.saintes qu'on substitue

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aux devoirs , et Foo n'est rien devant Dieu quand on n*est pas oe que Ton doit être.

Il y a donc une piété, pour ainsi dire, propre à chaque état. L'homme public n'est point vertueux sMl n'a que les vertus de l'homme privé : le priuoe s'égare et se perd par la même voie qui aurait sauvé le sujet; et le souverain en lui peut devenir très-criminel, tandis que l'homme est irréprochable.

Aussi le premier écueil de la piété des grands est de les retirer des soins publics, et de les renfermer en eux-mêmes. Comme l'indolence et l'amour du repos est le vice ordinaire des grands , il devient encore plus dangereux et plus incorrigible quand ils le couvrent du prétexte de la vertu. La gloire peut réveiller quelquefois dans les grands l'assoupissement de la paresse; mais celui qui a pour prmcipe une piété mal entendue est en garde contre la gloire même , et ne laisse plus de ressource. Un reste d'honneur et de respect pour le public et pour la place qu'on occupe rompt souvent les charmes d'une oisiveté honteuse , et rend aux peuples le souverain qui se doit à eux; mais quand oe repos indigne est occupé par des exercices pieux , il devient à ses yeux honorable : on peut rougir d'un vice; mais on se fait honneur de ce qu'on croit une vertu.

Mais, Sire, un grand, un prince n'est pas né pour lui seul ; il se doit à ces sujets. Les peuples , en l'élevant, lui ont confié la puissance et l'autorité , et se sont réservé en échange ses soins, son temps, sa vigilance. Ce n'est pas une idole qu'ils ont voulu se faire pour l'adorer, c'est un surveillant qu'ils ont mis à leur tête pour les protéger et pour les défendre : ce n'est pas de ces divinités inutiles qui ont des yeux et ne voient point, une langue et ne parlent point , des mains et n'agissent point; ce sont de ces dieux qui les précèdent , comme parle l'Écriture , pour les conduire et les défendre. Ce sont les peuples qui, par l'ordre de Dieu, les ont faits tout ce qu'ils soQt ; c'est à eux à n'être ce qu'ils sont que pour les peuples. Oui, Sire^c'est le choix de la nation qui mit

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