‹ Sermons et morceaux choisis de MassillonChapitre 57 sur 145 · POUR LE JOUE DE PAQUES · texte numérisé non relu

POUR LE JOUE DE PAQUES

vinces et de dompter des peuples , que de dompter une passion : la morale même des païens en est convenue. Du moins les combats où président la fermeté , la grandeur du courage , la science militaire , sont de ces actions rares que Ton peut compter aisément dans le cours d'unV longue vie ; et quand il ne faut être grand que certains moments, la nature ramasse toutes ses forces, et Torgueil^pour un peu de temps , peut suppléer à la vertu. Mais les combats de la foi sont des combats de tous les jours : on a affaire à des ennemis qui renaissent de leur propre défaite. Si vous vous lassez un instant, vous périssez : la victoire même a ses dangers ; Torgueil , loin de vous aider, devient le plus dangereux ennemi que vous ayez à combattre : tout ce qui vous environne fournit des armes contre vous ; votre cœur lui-même vous dresse des embûches; il faut sans cesse recommencer le combat. En un mot , on peut être quelquefois plus fort ou plus heureux que ses ennemis; mais qu'il est grand d*être toujours plus fort que soi-même!

Telle est pourtant la gloire de la religion : la philosophie découvrait la honte des passions , mais elle n'apprenait pas à les vaincre ; et ses préceptes pompeux étaient plutôt Téloge de la vertu que le remède du vice.

Il était même nécessaire à la gloire et au triomphe de la religion que les plus grands génies et toute la force de la raison humaine se fût épuisée pour rendre les hommes vertueux. Si les Socrate et les Platon n'avaient pas été les docteurs du monde avant Jésus-Christ , et n'eussent pas entrepris en vain de régler les mœurs et de corriger les hommes par la force seule de la raison , l'homme aurait pu faire honneur de sa vertu à la supériorité de sa raison , ou à la beauté de la vertu même; mais ces prédicateurs de la sagesse ne firent point de sages , et il fallait qtie les vains essais de la philosophie préparassent de nouveaux triomphes à la grâce.

C'est elle enfin qui a montré à la terre le véritable sage , que tout le faste et tout l'appareil de la raison humaine nous annonçait depuis si longtemps. Elle n'a pas borné toute sa gloire , comme la philosophie , à essayer d'en former à peine

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un dans chaque siècle parmi les hommes ; elle en a peuplé les villes , les empires , les déserts ; et l'univers entier a été pour elle un autre Lycée , où , au milieu des places publiques ■ , elfe a prêché la sagesse à tous les hommes. Ce n*est pas seulement parmi les peuples les plus polis qu'elle a choisi ses sages; le Grec et le Barbare , le Romain et le Scythe , ont été également appelés à sa divine philosophie : ce n*est pas aux savants tout seuls qu'elle a réservé la connaissance sublime de ses mystères ; le simple a prophétisé comme le sage, et les ignorants eux-mêmes sont devenus ses docteurs et ses apôtres: il fallait que la véritable sagesse pût devenir la sagesse de tous les hommes.

Que dirai-je ? sa doctrine était insensée en apparence , et les philosophes soumirent leur raison orgueilleuse à cette sainte folie ; elle n'annonçait que dés croix et des souffrances, et les Césars de\inrent ses disciples ; elle seule vint apprendre aux hommes que la chasteté, l'humilité, la tempérance, pouvaient être assises sur le trône, et que le siège des passions et des plaisirs pouvait devenir le siège de la vertu et de l'ionocence : quelle gloire pour la religion !

Mais f Sire, si la piété des grands est glorieuse à la religion , c'est la religion toute seule qui fait la gloire véritable des grands. De tous leurs titres , le plus honorable , c'est la vertu : un prince, maître de ses passions, apprenant sur luimême à commander aux autres ; ne voulant goûter de Tautorité que les soins et les peines que le devoir y attache ; plus touché de ses fautes que des vaines louanges qui les lui déguisent en vertus; regardant comme l'unique privilège de son rang l'exemple qu'il est obligé de donner aux peuples ; n'ayant point d'autre frein ni d'autre règle que ses désirs, et faisant pourtant à tous ses désirs un frein de la règle même ; voyant autour de lui tous les hommes prêts à servir à ses passions , et ne se croyant fait lui-même que pour servir à leurs besoins; pouvant abuser de tout, et se refusant même ce qu'il aurait eu droit de se permettre; en un mot; entouré

PlOT., C. 8, Y. 1 , 3, 4.

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