Sermons
Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec
ligne.
Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression
"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à
expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont
autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont
trop souvent difficilement accessibles au public.
Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir
du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains.
Consignes d'utilisation
45£iVYO^
Mon Dieu, mon Dieu! pourquoi m'as-tu abandonné?
(IUttbhd, XXVU , 45 et 46).
11 y a dix-hait sièdes , sur une des (daees publiquei de Jérusalem , un homme , un chrétien , accusé de blasphème 9 comparaissait en jugement devant une moltitude fanatique , décidée d'avance à le condamner. Sans lui laisser le temps d'achever sa défenseï ces furieux se précipitèrent sur lui en grinçant des dents ; et le tratoant hors de la ville, ils le firent pétrir par l'horrible supplice de la lapîdi^ioD. Dans cet aflreux moment cet homme, qui n'avait plus rien à «ttondre sur la terre, se montra non-seulement calme, paisible , mais triomphant : indifférent aux cris de rage qui retentissaient à ses oreilles, comme aux pierres qui meurtrissaient son corps , il tint ses yeux attachés au ciel, et le ciel s'ouvrit à ce regard de sa
s L'EXPIATION.
foi ; il y vil sa place préparée d'avance , et il s'écria y non pour braver ses persécuteurs, qui ne lui inspiraient que de la compassion , mais pour rendre témoignage de l'assurance paisible et glorieuse qui remplissait son cœur: « voici , je vois les cieux ouverts , et le fils de Fhomme debout à la droite de Dieu I » Cet homme , vous l'avez tous nommé dans votre pensée, c'était Etienne, premier martyr. Dans la voie sanglante à la fois et glorieuse qu'il avait ouverte par sa mort, on vit bientôt se presser une foule de chrétiens de tout rang, de tout sexe et de tout fige, qui donnèrent à leur tour leur vie dans les supplices pour confesser leur foi; et tous ces confesseurs delà foi, sans en excepter un seul, sont morts comme . Etienne, la paix dans le cœur et le cantique de triomphe sur les lèvres. Le temps me manquerait si je voulais en signaler seulement quelques-uns : Ignace, l'évêque d'Antioche, qui loin de reculer à l'approche du supplice, impatient qu'il est de quitter ce monde pour aller auprès du Seigneur, court au-devant des bêteâ féroces qui allaient le dévorer; Félicité avec ses sept enfants, femme d'un rang illustre, qui reste inébranlable à toutes les promesses comme à toutes les menaces qu'on lui fait pour l'engager à sauver, sinon sa propre vie, du moins celle de ses enfants ; qui se tourne vers eux et leur dit : « regardez en haut , mes enfants, voyez le ciel où Jésus vous attend avec ses saints, demeurez fidèles dans son amour, et com-
L'EXHÂTION. 3
battez pour vos âmes I » Polycarpe Févéqae de Smyrne ^ qui , à l'offre du proconsul de le renvoyer libre s'il consent à injurier le Christ , répond : « il y a quatre-vingt-six ans que je le sers, et il ne m'a jamais fait de mal : comment pourrais*je blasphémer contre mon sauveur, et mon roi ? » qui monte paisiblement sur son bûcher, et du milieu des flammes dont sa tête est couronnée comme d'une auréole de gloire, épanche dans le sein du Dieu qui rappelle une dernière prière d'actions de grâce; Perpétua, jeune et noble femme, qu'on s'efforce en vain d'ébranler en lui présentant dans sa prison , tantôt son vieux père demeuré païen , tantôt l'enfant qu'elle allaitait encore,, et qui, laissée, toute sanglante sur l'arène par les bêtes qui n'avaient fait que la moitié de leur ouvrage, guide elle-même vers sa gorge, d'une main assurée, la main tremblante du gladiateur chargé de l'achever ; et les Irénée, et les Gyprien , et les Flavien , et les soldats de la légion chrétienne , et des milliers et des centaines de milliers d'autres dans les premiers siècles de l'église ^ , sans compter tous ceux qui les ont suivis : au moyen-âge , ces premiers missionnaires qui payèrent de leur vie la conversion des païens de l'Occident; plus tard les Vaudois, les Jean Huss, les
' Pendant la seule persécution de Dioclétien , qui dura dix ans, et dans la seule province de FEgypte, cent quarante-quatre mille cbrétîens moururent dans les supplices, sept cent mille dans l'exil ou dans les travaux publics.
4 L'fi»IATi09l.
Jérôme de Pragae, les Savonarotei et tant d'autres tombés avec eux sous les ooups de cette itome qui , poar être devenue papale de paieune qu'elle était ^ n'avait pas cessé de s'abreuver du sang des saints; et tous ceux enfin qui sont tombés ou qui tombent eo* core de nos jours y fécondant de le«ir généreux sang le champ de bataille des missions patennes : tmm ceux-là sans exception sont morts comme Bdenaa dans la paix, dans la joie, dans la gloire, dans cette disposition triomphante qui faisait dire à une femtm chrétienne au moment de souffrir le martyre : « on distribue aujourd'hui des couronnes, et j'en vais prendre ma part ! »
Il y a pourtant une exception , une seule. Il y a un homme qui est mort pour la vérité, et dont les derniers moments n'ont pas été marqués par cette paix glorieuse et triomphante qui soutenait tous les autres martyrs. Au lieu d'aller comme eux sans trouble audevant du supplice , il a frémi i la pensée du sort qui l'attendait , et il a dit : « mon ftme est troubiée , elle est saisie de toutes parts de tristesse juscpi'à la mort. » Au lieu de voir comme eux avec une sainte joie approcher le dernier combat , cette approche lixi a causé une épouvantable agonie, elle a fait éclater chez lai des prières mêlées de cris et de larmes , et il a dit à Dieu : « mon père ! s'il est possible, que cette coupe passe loin de moi sans que je la boive I » Telle a été chez lai la crainte de la mort et le frémissement inté-
L'EXPUnON. 5
rieur qu'il en éprouva , que sa sueurs changeant de nature, tombait sur la (erre en grumeaux de sang. Et à ses derniers moments , au Heu de rendre témoignage , comme tous les autres martyrs , à la force divine qui les soutenait et les rendait insensibles à la douleur, il a jeté vers le ciel ce cri d'une inexprimable angoisse : a mon Dieu, mon Dieu ! pourquoi m'as* tu abandonné 1 »
Quel est donc le mot de cette énigme morale, quelle est l'explication de cette étrange anomalie?
! Cet homme si troublé en présence du martyre manquait-il, ou de soumission aux ordres de Oieu, ou d'amour pour le genre humain auquel sa mort devait profiter? non : jamais fidèle ne fut plus parfaitement soumis à la volonté de son père céleste ; jamais coeur d'homme ne br&la d'une plus ardente et plus tendre charité pour ses frères.
Cet homme avait-il sur la conscience quelque grave péché anciennement commis, dont le souvenir se ré* veillait à ses derniers moments et mêlait de l'amer*» tome dans le calice de sa mort? non : jamais homme ne porta plus loin l'exercice de toutes les vertus; son coeur était pur, sa vie était sainte, elle fut remplie tout entière des oeuvres 1^ plus excellentes ; jamais ses ennemis ne l'ont pu convaincre d'un seul pédié, et seul entre tous les fils d'Adam il aurait eu le droit, s'il n'eût regardé qu'à lui-même, de se présenter sans crainte devant le tribunal de Dieu , et do
réclamer da souverain juge la vie étemelle comme un salaire justement acqais.
Cet homme avait-il une foi chancelante et obscure ? y avait-il chez lui quelques doutes sur Timmortalité de l'âme ^ sur la résurrection , sur le bonheur et la gloire qui l'attendaient après la mort ? non : tout au contraire, c'est loi-même qui a révélé au monde l'immortalité et la vie éternelle ; il savait en mourant qu'il retournait auprès de son père et de son Dieu ; il savait qu'il allait être le jour même dans le paradis; il savait que le père allait « le glorifier de la gloire qu'il avait eue auprès de lai avant que le monde f&t fait; » bien plus, il savait que cette gloire allait être augmentée encore par suite de son abaissement; il savait que pour s'être a anéanti jusqu'à la mort de la croix, » Dieu allait « souverainement l'élever et lui donner un nom qui est au-dessus de tous les noms ; » il savait qu'une nuée lumineuse allait lui servir de char de triomphe, et que l'église du ciel allait s'écrier à son approche dans les transports de sa joie : a portes, élevez vos linteaux! haussez-vous, portes éternelles 1 et le roi de gloire entrera. »
Telles étaient les conditions morales dans lesquelles mourait cet homme pour qui, seul entre tous les martyrs , la mort a été accompagnée de crainte et d'angoisse, au lieu d'être transfigurée et rendue triomphante par les espérances de la foi. Quel est donc, je le denoiande encore, le mot d'un si étrange phéno*
mène? cherdiez, examinez , trouvez, s'il se peut, une explication plansibie aux angoisses de la mort de JésQS-Christ, car vous l'avez tous nommé ce martyr exceptionnel entre tous; dites-noufi^ si vous le savez, le secret de ce trouble, de cette crainte, de ce désir d'éviter la mort, de cette agonie, de cette sueur sanglante, de ce sentiment d'abandon de la part de Dieu ; dites-nous comment il se fait que celui d'entre tons les confesseurs de la vérité qui avait le plus de motifs de mourir en paix, de mourir triomphant^ c'est celui-là seul qni se trouble, qui tremble, qui est angoissé en présence de la mort?....
.Ah! c'est qu'il y avait autre chose dans la mort de Jésus que le supplice d'un martyr ! c'est qu'il n'a pas donné sa vie seulement pour confesser la vérité, pour sceller la doctrine qu'il avait prêchée, pour nous laisr ser l'exemple des plus admirables, des plus saintes et des plus touchantes vertus : c'est que sa mort a été une cooptation 1 c'est qu'il s'offrait, victime sans tache, aux traits de la justice divine à la place des pécheurs; c'est qu'il ne mourait pas seulement dans son corps, mais dans son âme; c'est que tous les pé-^ diés réunis de tous les hommes pesaient sur sa tête innocente, et l'accablaient du fardeau de la malédialion prononcée contre la trangression de la loi ; c'est qn'il a dû connaître tout ce qu'il y a d'inexprimable angoisse dans le sort d'une âme abandonnée de Dieu j c'est qu'il a dû souffrir, à part les sentiments d!imT
I L'fiXriATKm.
piété et de révolte , œ que nous aorions moffert noufr* inAiiieB dans Ywâar si nous eusnoûs été laissés sms la poiSBance do pécbé; c'est qae les ténèbres qui eft ce moment eaveloppaieiit la croix n'étaient qae Fimage d'antres ténèbres^ bien autrement redoutables^ qui enveloppaient en ce inèine moment l'âme dn cmcifiéi^ de ces « ténèbres du dehors où il y a des pleors et des grincements de dents! >f^
L'expiation ! telle est la seule explication possiMe à ce cri d'angoisse que nous entendons aujourd'hui je-^ 1er sur la croix ;'^ à ce dernier trait y le plus poignant de tous , qui couronne la passion do sauveur et la porte à son comble ; à cette douleur suprême qui fait déborder sa coupe d'amertume^ et qui l'emporte au* tant sur toutes les antres souffrances de la croix que les tourments de l'enfer l'emportent sur les éprouvée de la terre. Vous avez entendu Jésus s'écrier : « j'u loif I » et vous avez frémi à la pensée des tortures liorribles qu'il endurait dans son corps. Vous l'aves entendu dire à Jean : « voilà ta mère I » à Marie : a voilà ton fils ! » et vous avez été douloureusemaoA émus à la pensée de la souffranœ morale qui devait transpercer en ce moment son comr de fils et d'ami ; vous l'avez entendu injurier jusque sur la croix par ses bourreaux, par un brigand, et votre ooeur s'est ierré à la pensée des humiliations sans nom qui al* goiMietit eMore toutes ses souffrancss : mais qu'eabte que ees^^humtiiatfoiis, qu'est-ce que cette Routeur
de fils et d'ami ^ qa^est-oe que œs lortores do Mpplice de la cP€nx , qo'esfrce que toai cela réoni et l'acoablavt à la foie 9 aoprèa de cette angoifiBe spiniMile , profende^ insondable, inexprimable ^ qui a pu porter le Sis bien-aimé de Dieu à se plaindre en quelque sorte de son père céleste et à lui dire : « pourquoi m'as^tu abandonné ? » que sont tontes les souffrances humai* nés auprès de la malédiction divine 1
Arrêtons-nous au bord de cet abîme, qu'aussi bien nous essaierions en vain de sonder. Ne préleodons pas pén^rer le mystère de l'expiatioo ; ne demandons pas comment l'innocent a pu remplacer le coupable devant la justice divine ; comment la malédiction du pédié a pu peser, même pour un moment^ sur la na^ tore toute sainte de Jésos-Cbrist ; comment, la gran« deur de la victime suppléant au nombre, un seul, qui est Dieu, a pu payer pour toute une race coupa*- Ue; comment, l'intensité composant la durée et les sou£&ances du 61s de Dieu ayant nn prix infini , les peines élerncties qui étaient réservées an pédieur ont po être omdensées en quelque sorte dans un temps Uflûlé, et s'épuiser tout entières dans la passion du rédempteur; comment Jésus«Ghrist a pu sentir les angoisses du péché sans être atteint de sa sooillure ^ ai Ja nature divine a pu réellement souf&ir, ou si elle d'à fait que donner un prix infini aux souffrances de la nature bamaine qui lui était unie : laissons à l'écsui .tMfes ces qtiestîôns et toutes les autres qu'on pour^
rail soulever encore au sujet de ce mystère des mystères; cousentoQs à ignorer ce que TEcriture ne révèle points à ne pas expliquer ce qui est inexplicable pour nous, au moins dans la vie présente ; contentons-nous de retenir avec une foi inébranlable le fait de Texpia*^ tion y ce fait qu'il n'est plus possible de mettre en doute quand on a seulement assisté aux scènes de Gethsémané et de la croix; quand on a seulement entendu s'échapper des lèvres mourantes du sauveur ce cri unique dans toute l'histoire des serviteurs de Dieu : €( mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as*tu abao« donné! »
Au reste, ce n'est pas seulement dans la passion du sauveur que cette grande vérité nous est enseignée; et il nous serait facile de l'appuyer sur une foule de déclarations de l'Ecriture , tant sous l'ancienne économie que sous la nouvelle. L'alliance de la loi est toute pénétrée de la doctrine de Texpiation; et les minutieuses cérémonies du culte lévitique n'ont aucune valeur ni aucun sens , si elles n'ont point pour but de prêcher cette grande vérité. Que signifient cet agneau pascal , ces animaux égorgés, ce sang des victimes incessamment répandu, ce sacrifice perpétuel qui commençait et terminait chaque journée dans le tem* pie de Jérusalem, ce bouc maudit et chargé des pédiés du peuple avant d'être mis à mort, toutes ces purifications Alites par l'aspersion du sang , et cet axiome qui se trouve à la base de tout le culte lévitique :
L'EXPIATim. 44
(( sans efliision de san^ il ne se fait pcNot de rémission da pédtkéy » — qae signifie tout cela^ si ce ne sont pas aalant de vivants symboles du sacrifice expiatoire de Jésus-Christ ? Dieu ne prend point plaisir à voir verser le sang des animaux; la mort des taureaux el des boucs n'a jamais effacé un seul péché ; et il est impossible de voir dans tout cela autre chose que des pratiques à la fois sanguinaires et puériles , indignes de la sagesse de Dieu , si Ton n'y voit pas la prédication perpétuelle, adressée à un peuple enfant et grossier y de la nécessité d'une expiation par un sacrifice plus excellent. Aussi voyons-nous les prophètes déclarer tout à la fois que les victimes lévitiques ne peuvent pas concilier aux hommes la faveur de Dieu, et annoncer le sacrifice d'une autre victime , seule efficace pour effacer les péchés. Dans le même psaume prophétique où l'écrivain sacré met dans la bouche du Seigneur ces paroles : a je n'ai pas besoin de tes sacrifices, ni de tes holocaustes; si j'avais faim, je ne t'en dirais rien, car la terre est à moi avec tout ce qu'elle contient; mangerais-je la chair des taureaux et boirais-je le sang des boucs? » dans ce même psaume le Seigneur dit aussi : « assemblez-moi mes bien -aimés, qui ont traité alliance avec moi sur fe mcrifice K » Le même Esale qui annonce clairement rab(dition des sacrifices lévitiques et leur inutilité eu
^ Psaume L, 5, S, 4S, 13.
n L*EXPIATION.
disant : <( qu'ai-je à faire,» dit FEterael, ce de la oral* titude de vos sacrifices? je sais rassasié d'holocaustes de moutons et de la graisse des bêles grasses ; je ne prends point plaisir au sang des taureaux , ni des agneaux , ni des boucs , » le même prophète annonce, dans les termes les plus clairs et les plus précis , une autre victime qui doit expier les péchés : « il a porté nos langueurs et il a chargé nos douleurs; il a élé navré pour nos forfaits et frappé pour nos iniquités ; le châtiment qui nous apporte la paix est tombé sur lui y et nous avons la guérison par ses meurtrissures. La plaie lui a été faite pour le forfeit de mon peuple; il mettra son âme en oblation pour le péché y et luimême portera leurs iniquités ^ » Dans le nouveau4es* tament, les témoignages rendus à cette vérité capitale de la foi chrétienne sont tellement nombreux que mon seul embarras serait de choisir entre eux. Laissez*moi pourtant vous en rappeler quelques-uns; car je tiens à mettre hors de tonte contestation , au moins pour ceux qui soumettent leur cœur et leur intelligence à la parole de Dieu^ cette base unique et éternelle du salut, autrefois « scandale au Juif et folie au Grec , » et qui est aujourd'hui encore une pierre d'achoppement pour bien des hommes portant le nom de chrétiens. Ecoutez d'abord le sauveur lui-même : a le fils de l'homme n'est pas venu pour être servi y.
< Bsale, I, 44; LXTl, 3; LUI, 4, 5, 6, 8, 40, 44.
L'fiXHATKm. 43
mais pour servir, ^ pour donner sa vie en langon pour plosîeors. d « Je suis le peio vivant descendu du ciel; si quelqu'un mange de ce pain ^ il vivra éternellement ; et le pain que je donnerai c'est ma chair^ que je donnerai pour la vie du monde. » Ecoutez saint Jean : « Si quelqu'un a péché , nous avcHis un avocat auprès du père^ savoir Jésus-Christ le justa n a Car c'est lui qui est la victime de propiliation pour nos péchés, et non-seulement pour les nôtres , mais aussi pour ceux de ioui le monde. » Ecoutez saint Pierre : <r Vous avez été rachetés de votre vaine conduite qui vous avait été enseignée par vos pères , non point par des choses périssables, comme l'argent ou l'or , mais par le précieux sang de Quist , l'agneau sans défaut et sans tache ; lequel même a porté nos péchés en scm corps sur le bois; et par la meurtris* sure duquel vous avez été guéris. » Ecoutez saint Paul : (( Nous sommes justifiés gratuitement par sa ^ce, par la rédemption qiû est en Jésus-Christ; le- 4uel Dieu a établi de tout ten^ pour être une vie* time de propitiation par la foi en son sang , afin de mcHitrer sa justice dans la rémission des péchés. » (( €e qui était impossible à la loi parce qu'elle était fmble en la chair, Dieu l'a fait en envoyant son propre fils dans une chair semblable à celle des hommes pécheurs , et pour le péché ; et il a condamné le péché dans la chair, afin que la justice de la loi f&t accomplie en nous.» <( Car il a fait celui qui n'a point connu
le péché être péché poar nous , afin qae nous devinssions justes devant Dieu en lui. » n Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi , quand il a été fait malédiction pour nous. » « Car le bon plaisir du Père a été de réconcilier par lui toutes choses avec soi, ayant fait la paix par le sang de sa croix. » Je laisse de côté répttre aux Hébreux, parce qu'il faudrait la citer en quelque sorte tout entière. Ecoutez enfin l'église triomphante dans les cantiques du ciel : a Tu as été mis à mort, et tu nous as rachetés à Dieu par ton sang, de toute nation, de toute tribu, de toute langue et de tout peuple ^ ! »
Cette grande vérité , qui est si clairement enseignée dans FEcriture, est d'ailleurs en parfaite harmonie avec les données de la philosophie chrétienne, comme aussi avec les besoins les plus impérieux et les plus intimes du cœur humain.
C'est le seul moyen de pardonner le péché qui laisse intacte la perfection du caractère de Dieu. Dieu ne serait point parfait, il serait en contradiction avec lui-même , si sa justice n'était pas absolue dans ses exigences; s'il pouvait ù tenir le coupable pour innocent ; » si sa loi pouvait être impunément violée ; si , après qu'il a dit : « le salaire du péché c'est la mort ^
»Marc, X, 45. Jean, VI, 51. 4 Jean, II, 4, 2. 4 Pierre, I, 48, 49; II, U. Rom., III, 23, 24; VIII, 3. 2 Cor., V, 24. Gai.» III, 43. Col., I, 20. Apoc, V, 9.
maudit est quiconque ne persévère pas dans Tobservatîon de la loi , » il pouvait y avoir péché sans qu'il y eût à la suite mort et malédiction. Les hommes peu» vent être indulgents et doivent l'être ; ils peuvent pardonner sans expiation et ils le doivent y parce qu'ils sont pécheurs : Dieu ne le peut point, parce qu'il est saint. Sans doute il reste toujours un impénétrable mystère dans la substitution de l'innocent au coupable : mais du moins ce mystère laisse intacte la sainteté dé Dieu. -— Qui ne voit d'ailleurs que l'expia* iion, si elle relève la justice de Dieu, ne relève pas moins son amour : car l'amour qui ne pardonne qu'au prix du sacrifice , combien n'est-il pas plus grand que celui qui pardonnerait purement et simplement , sans qu'il lui en coûtât rien ?
Si l'expiation était nécessaire eu égard aux exigen* ces du caractère de Dieu, elle ne Tétait pas moins relativement aux hommes et à la création morale tout aitière. Il fallait qu'un châtiment fût irrévocablement attaché à la transgression de la loi , pour que la haine éternelle de Dieu contre le péché fût proclamée aux yeux des hommes et des anges , pour que l'ordre moral ne fût pas ébranlé dans l'univers. Si le péché eût été pardonné sans expiation , l'idée morale eût regu dans la création intelligente une irréparable atteinte, la règle du bien et du mal ne serait plus absolue ni inflexible : l'homme pourrait aimer alors le péché que JKeu ne haïrait plus , et Dieu n'aurait eu rien à ré-
46 L*BX?IATIOIf.
pondre an péetoiir qui dirait : « pédiOM, afia que la grâce abonde 1 ») Le aacrifioe de la croix prémat ces coneéqneacea fanestes et rend le pardon sans dan^ ger ; en ponissant la Cran^ession dans la persowM do fils de Dieu , la croix proclame la haine de Dies contre le péché d'une manière bien plos éclatante encore qoe si c'était le pécheur loi-mème qui eût soof* fert.
U faut aJoQter que rex{Hation est le moyen de pardon le mieux calculé pour produire chez le pécheur sauvé l'amour du Dieu qui pardonne. La grâce rele* Tée par le sacrifice est bien autrement émouvante , elle enfiintera de bien autres prodiges d^amour et de dévouement que la gr&oe pure et simple. Qu'un pêne pardonne à son fils coupable sans qu'il loi en coûte rien y ce fils aimera sans doute «n père si tendre : mais si ce père , pour lui épargner le châtiment , a dft sacrifier ou sa fortune, ou sa santé, ou sa vie, que ne se passera-t-il point dans le cœur du fils , et cornment croira-t-il jamais pouvoir assez reconnaître un si merveilleux amour 1
Enfin l'expiation était nécessaire pour apaiser le cri de la conscience humaine, et pour que rien oe manquât à la sécurité du pédieur pardonné. S'il est un besoin profond et universel dans le cœur des hom* mes, c'est celui d'une expiation ; nous le trouvons écrit partout dans l'histoire de l'humanité. Depuu l'Indou fanatique qui se fait écraser sous le char de
son idole ^ jusqu'au meurtrier qui, pressé par Taiguillon du remords, vient dénoncer volontairemeni un crime resté secret — comme cela s'est vu bien des fois — afin de s'infliger à lui-même l'expiation de réchafaud, il y a dans tout cœur d'homme un immense, un irrésistible besoin que le péché soit puni. Si le péché était pardonné sans expiation , le pécheur pardonné ne serait pas tranquille , sa paix ne serait pas complète et sans arrière-pensée ; il aurait le sentiment que l'ordre moral troublé par la transgression n'a pas été sérieusement et définitivement rétabli ; il ne se contenterait pas d'un salut fondé uniquement sur l'amour de Dieu et qui laisserait dans l'ombre sa justice; il conserverait comme une crainte vague que cette justice non satisfaite ne se réveillât quelque jour, et qu'il ne lui fût demandé compte de ces péchés qui seraient restés sans châtiment. Le sacrifice de la croix répond à ce besoin profond et impérieux de nos cœurs. En vertu de ce sacrifice notre paix est fondée sur la justice de Dieu aussi bien que sur son amour, et toutes les perfections qui constituent le caractère de Dieu sont intéressées à la fois à notre salut.
Mes frères, appliquons-nous par la foi un si grand salut , un salut si complet , si parfait , si merveilleusement propre à satisfaire notre conscience, à sanctifier notre âme , à pénétrer notre cœur d'amour pour ceJui qui nous a sauvés. Mous avons maintenant le
secret de la croix, et nous pouvons répondre à ce
20 L'£XP1AT10N.
soyez teatés au-delà de vos forces : celui-là est victorieux du moode, qui croit que Jésus est le fils de Dieu, n Nous sommes souvent obligés dans cette vie d'avoir recours à la prière : et la prière aussi devient parfois une lutte ^ un combat violent et douloureux. Le Seigneur ne juge pas toujours à propos de nous exaucer immédiatement. Il y a tel moment où il cache sa face , oii un nuage semble arrêter notre prière ; nous ne sentons pas la présence de Dieu , nous ne pouvons pas pénétrer jusqu'à lui^ notre prière retourne dans notre sein sans nous apporter la consolation et la paix. « Tu t'es couvert d'une nuée^ » disait Jérémie à l'Eternel , « afin que la requête ne passât point. » Mais dans ces moments-là regardons à la croix de Jésus y écoutons le cri de sa détresse , et disons-nous que si Dieu l'a abandonné pour un moment et n'a pas répondu à sa prière^ c'est afin qu'il pût toujours répondre à la nôtre; disons-nous que s'il tarde à nous exaucer , il ne veut par là qu'éprouver notre foi ; que notre persévérance ne peutmanquer de vaincre cette apparence de refus ; et que* les douleurs , et les larmes , et les angoisses de notre sauveur nous ont valu ces douces paroles : « puisque nous avons la liberté d'entrer dans les lieux saints par le sang de Jésus , qui est le chemin nouveau et vivant qu'il a consacré pour nous au travers du voile ^ c'est-à-dire de sa chair, allons donc avec assurance au trône de la grâce pour être aidés dans nos besoins. »
Nous avons tous en perspective an dernier combat, et le plus redoutable de tous. Il nous faudra bientôt prendre c( le chemin de toute la terre» et traverser « la vallée de Tombre de la mort ; » il faudra faire connaissance avec « le roi des épouvantements ; » il faudra dire un dernier adieu à tout ce que nous aimons icibas , rompre tous les liens qui nous attachent à la terre pour comparaître devant Dieu. Si à ce momentlà notre chair frissonne à l'approche de la dissolution , si notre cœur se trouble à la pensée du jugement — ah ! nous regarderons alors à la croix de Jésus , nous entendrons une dernière fois son cri d'angoisse, et nous nous rappellerons que si Dieu Ta abandonné un moment à cette malédiction du pédié qui fait l'amertpme de la mort, c'est afin que cette amertume nous fftt épargnée ; que si les terreurs du jugement sont tombées sur lui, c'est afin que nous pussions aller sans crainte au-devant de ce jugement ; nous sentirons alors que les angoisses de sa mort assurent la paix dé la nôtre , et son cri de défaillance deviendra pour nous le cantique de triomphe : « ô mort I où est ton aiguillon ? ô sépulcre I où est ta victoire I Or l'aiguillon de la mort, c'est le péché, et la puissaqce du péché c'est la loi : mais grâces à Dieu, qui nous a donné la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ 1 )x Amen.
Avril 185Î.
LA BONNE MÉTflODE.
Surmonte le mal par le bien.
(Rom., XII, 21.)
Il y a beaucoup de mal dans le monde, il y en a beaucoup daoç nos propres cœurs. Combattre et vaincre le mal , en nous et autour de nous , c'est le but le plus excellent que nous puissions nous proposer dans cette vie. Je voudrais aujourd'hui rechercher avec vous, mes frères , quelle est la voie la plus sûre pour arriver à ce but, la meilleure méthode pour combattre le mal. En méditant sur cette matière importante, j'ai été conduit à distinguer deux méthodes qu'on peut employer à combattre le mal : une méthode négative et une méthode positive. J'appelle négative la méthode qui consiste à attaquer le mal directement en démontrant, soit la fausseté des prin-. cipes sur lesquels il repose, soit le danger des consé-
quenoes quHl entratae. J'appelle positive la méthode qui ooQ8Î8tB à combattre le mal indirectemeat , m iéBorqàni d'inculquer à l'âme de bois principes qui , par cela seul qu'ils y seront reçus , en chasseront les princ^)e8 <lu mal ; car le bien et le mal ne peuvent pas subsister ensemble che2 le môme individu y étant aussi incompatibles que la kimière et les ténèbres. En deux mots y on peut combattre le mal en l'attaquant directement ; on peut aussi le combattre en mettant le biraàsa plaça Supposons , par exemple, que vous vouliez détruire chez un hommo la passion de l'avarice. Il y a ctettx manières de vous y prendre. Si vous em|^oyez la méthode négative y vous vous efforcerez de Uh rendre s^isibles tous les inconvénients attachés à cette passion ; vous lui prouverez que l'avarice est une aberration de l'esprit, une véritable folie, puis* qu'elle amasse des bœns sans en fiedre usage , et que la valeur de ces biens consiste uniquement dans l'usa^ie qu'on en fait : teUement qu'il est exactement vrai de dire que l'avare trouverait autant de profit à ramasser des pierres que des pièces d^r ; vous lui montrerez , en outre, que ce vice de Veaprit influe nécessairement sur le ccBur, qu'il le resserre et le. ferme à la corn-* passion , qw l'avare est nécessairement un égoïste ; enfin vous tui ferez comprendre que l'avarice place rbonune sur le chemin de toutes les iniquités : que l'avare ne reculera pas devant une aotion déshonnête pour satisfaire sa triste passion, et
que la plupart des crimes qui se commettent dans le monde ont pour mobile l'amour de Targent. Ce sont là des considérations puissantes , assurément, pour combattre dans une âme la passion de l'avarice. Mais il y aurait une autre méthode qui consisterait à faire pénétrer dans cette âme un principe nouveau, la foi, et avec la foi le désir de ces trésors célestes « que les vers et la rouille ne consument point. )) Il est évident que dans l'âme oii régnera l'amour des biens célestes il ne restera plus de place pour la passion de l'argent; celui qui possède le trésor de la vie éternelle ne s'inquiétera plus d'amasser sur une terre qu'il doit bientôt quitter de stériles monceaux d'argent et d'or. D'un côté l'amour de l'argent , de l'autre la foi qui met en possession des biens éternels, ce sont là deux principes opposés qui ne peuvent pas subsister ensemble dans une âme ; et pour chasser le premier il suffira d'introduire le second. Il en arrive de même tontes les fois que deux principes, l'un bon l'autre mauvais , se trouvent en présence et se heurtent mutuellement : il est dans la nature des choses, et dans l'ordre établi de Dieu, que le bien triomphe du mal lorsque la lutte s'engage entre eux sérieusement. Cette méthode élevée et vraiment divine, qui surmonte le mal par le bien, est bien autrement puissante , en même temps qu'elle est plus insinuante et plus douce, que la méthode négative , qui s'attaque directement au mal. C'est la difTérence
LA BONNE MÉTHODE. t6
entre ces deux méthodes qni distingue proprement la nouvelle alliance de l'ancienne y et Févangile de la loi. La loi combat le mal par la méthode négative, et aussi est-elle restée impuissante à en triompher : l'évangile le combat par la méthode positive, de là sa puissance divine et sa victoire infaillible sur le mal. Comparez sous ce rapport le décalogue , qui résume le ministère de Moïse, au discours sur la montagne, ce décalogue de Févangile, qui résume le ministère de Jésus-Christ. Les commandements de Moïse ont pour but de défendre le crime, et ils affectent la forme négative : « tu ne tueras point, » « tu ne déroberas point, » u tu ne commettras point adultère; » les commandements de Jésus ont pour but de prêcher la vertu , et de faire pénétrer dans les âmes un principe nouveau et régénérateur; ils n'ont pas même la forme de commandements, et se contentent de signaler le bonheur attaché à ces vertus toutes nouvelles que le sauveur vient enseigner à la terre : « heureux les pauvres en esprit! » « heureux les débonnaires! » « heureux ceux qui procurent la paix! » « heureux ceux qui ont faim et soif de la justice! » Que ces principes-là viennent seulement à prévaloir dans les cœurs, et le mal qui était l'objet des défenses de la loi disparaîtra de lui-même, comme le triste oiseau des nuits s'enfuit devant la clarté du jour.
Et de fait c'est par la méthode positive que le christianisme a produit dans le monde tous ses mer-
«6 LA fiONNE BfÉTHOra.
veilleox effets. C'est en prêchant le bien qu'il a vamca le mal, c%st en révélaot la vérité qu'il a triomphé de l'errear, c'est en répandant la Inmîère qu'il a chassé les ténèbres. Voyez par exemple de quelle manière il a combattu le paganisme, lamaîis l'évangile n'attaque directement les erreurs païennes ; jamais les apôtres ne dirigent leur prédication contre les vices de la reli^ gîoB qu'ils venaient renverser; Paul lui-m<teie, le prédicateur des Gentils, Paul si versé pourtant dans la littérature prorane, ne perd pas son temps à relever les turpitudes et les absurdités du polythéisme ; il ne s'attache pas à démontrer, comme il aurait été ai facile de le foire, que les prétendus dieux du monde païen n'étaient que les passions humaines divinisées^; il ne renverse pas leurs statues ; il ne flétrit pas les dérèglements inouïs de ces trente mâle dieux , comp** tés par Varron, qui peuplaient l'Olympe antique: non, il dédaigne , il laisse dans leur fenge tous ces dieux impurs, cruels ou risibles ; il se contente d'annoncer au monde un Dieu nouveau , « un Dieu inconnu , » le Dieu saint , le Dieu qui est amour, le Dieu dont le nom est Jésus ; et devant ce seul nom de Jésus , symbole de charité et de pureté, toutes les impures idoles du paganisme vont se cacher dans l'ombre et tom* ber le front dans la poudre comme Dagon devant l'arche de l'Eternel : tant il est vrai que les ténèbres ne peuvent subsister avec la himière, ni la souillure avec la sainteté !
Voulez- VOUS un autre exemple, entre un grand nombre que je pourrais citer ? voyez de quelle manière le christianisme a combattu et aboli l'esclavage. Jamais les apôtres n'attaquent directement cette institution barbare ; jamais ils ne prêchent l'émancipation des esclaves; jamais ils ne disent à nn mattre : a il ne t'est pas permis de posséder un homme en propriété : n non , ils emploient une méthode à la fois plus douce et plus sûre : ils se contentent de jeter dans le monde un principe nouveau , celui de la valeur infinie de l'âme humaine ; ils se contentent de dire : « l'esclave a comme son maître une âme immortelle , une âme que le monde matériel tout entier ne suffirait pas à payer^ » Laissez seulement ce principe faire son chemin , laissez-le développer graduellement et paisiblement toutes ses conséquences y et bientôt l'esclavage deviendra impossible dans les pays chrétiens. Et pour le dire en passant, c'est là ce qui fait toute la force d'un ouvrage célèbre , publié il y a quelques années contre l'esclavage. Au point de vue littéraire , on ne trouve rien dans cet ouvrage qui suffise à expliquer l'effet prodigieux qu'il a produit. Ce qui fait la véritable originalité de ce livre, et ce qui en a fait la puissance, c'est que l'auteur, pour^ combattre Tesclavage, s'est placé au point de vue chrétien? S'il s'était borné à signaler, comme on l'a fait tant de fois , les abus de l'esclavage; s'il s'était contenté de flétrir les cruautés exercées contre les esclaves, il n'aurait pas
atteint son but : car alors on aurait po le réfuter en traitant les esclaves avec douceur; et on lui eût répondu victorieusement «n démontrant, comme on Fa fait , que dans bien des cas le sort de l'esclave est plus doux 9 matériellement parlant y que celui du travailleur libre. Mais il s'est élevé plus haut, il est parti du principe de la dignité de l'âme humaine , il a imprégné tout son livre de ce principe divin, et par cela seul il s'est mis au-dessus de toute réfutation. S'il est vrai que l'esclave a comme son maître une âme immortelle, une âme pour laquelle Christ est mort sur la croix ; si en réalité et devant Dieu il est r^l de son mattre, racheté par le même sauveur, appelé aux mêmes destinées étemelles, alors Fesclavage en lui-même est un crime, un attentat contre les droits sacrés de l'âme, peu importe la manière dont il s'exerce ; et le propriétaire d'esclaves transgresse par ce foit seul la loi divine, soit que , mattre barbare, il fasse expirer son serviteur sous le fouet sanglant , soit que , clément par caractère ou par principe, il traite avec douceur son bétail humain. '
C'est par une mélhddesemblable , n'en doutez pas , que le christianisme, après avoir aboli l'esclavage dans les pays chrétiens , y abolira aussi la guerre. Vous aurez beau signaler tout ce qu'il y a d'horrible et d'absurde à la fois dans la guerre; vous aurez beau flétrir les atrocités qui l'accompagnent , helas !
et qu'on a vues se renouveler de nos jours; vous aurez beau montrer avec une généreuse indigoation les fleuves de sang et de larmes qu'elle fait couler : toutes ces considérations n'avancent guère la cause de la paix universelle^ aussi longtemps qu'elles s'adressent à l'homme irrégénéré^ à cet homme qui^ selon l'expression de l'Ecriture , a u les pieds légers pour répandre le sang. » Au lieu de combattre le mal directement^ attachez- vous à mettre le bien à sa place; faites pénétrer dans les cœurs le principe évangélique de la charité ^ et la guerre deviendra impossible y par cette raison toute simple qu'on ne peut pas aimer les hommes et les tuer.
Et c'est encore la même méthode qui pourra seule guérir toutes les plaies morales de notre époque et de notre patrie : la soif de l'or et des jouissances matérielles ^ l'impatience de faire rapidement fortune et par tous les moyens^ les progrès effrénés du luxe, la démoralisation de la littérature, l'absence de convictions fortes, le manque de courage moral pour supporter les épreuves de la vie , la manie croissante du suicide qui gagne tous les âges et qui dévore, chose horrible à dire ! jusqu'à des enfants. 11 nest pas un esprit sérieux qui n'ait envisagé avec anxiété ces misères morales, et qui ne se soit demandé parfois s'il n'y aurait pas quelque chose à faire pour y porter remède. C'est ici surtout , en présence de ce mal immense et profond, qu'on sent l'impuissance de la mé-
thode négative pour le combattre. Essayez de prendre une à une toutes ces plaies de la société et de les attaquer directement^ vous y perdrez votre temps et vos peines^ eussiez- vous avec l'éloquence d'un Ghrysostôme le pouvoir d'un Napoléon. Vainement vous prêcherez contre les vices de la société actuelle^ vainement vous en signalerez les conséquences douloureuses ou terribles : aussi longtemps que le cœur de la société ne sera pas changé , vous prêcherez dans le désert. Vous aurez beau changer la législation , supprimer la liberté^ interdire les mauvais livres^ défendre les spectacles immoraux, le mal, recouvert poar un moment par ces vains palliatifs tout en restant au fond des cœurs, le mal se créera bientôt d'autres issues, il éclatera avec une violence d'autant plus effrayante qu'il aura été momentanément comprimé. C'est la méthode négative, la méthode de la loi, la méthode impuissante, la méthode qui combat le mal directement et qui le laisse subsister. Il faut toujours en revenir à la méthode positive , à la méthode de l'évangile, à celle qui détruit le mal eu inspirant l'amour du bien, à cette méthode qui fut et qui sera toujours la seule efficace, qu'il s'agisse d'un seul pécheur ou d'un peuple entier. Je vais dire une banalité; mats cette assertion, toute banale qu'elle soit, est la vérité même : l'unique remède aux plaies morales de notre époque est dans la foi chrétienne. La société ne devienditi morale, et paiable , et satis-
LA BONNE MÉTHODE. 3f
CaitB, et heureuse^ qa'en devenaot croyante, en se convertissant de cœnr à Févangile de Jésos-Christ. Les vrais éléments de la régénération morale de notre patrie ne sont pas dans les régions élevées de la po* litique, ils sont tout près de nous , ils sont entre nos mains, et nous pouvons tous contribuer pour notre part à cette œuvre excellente. Ils sont dans ces humbles sociétés qui travaillent à &ire pénétrer dans toutes les familles la parole de Dieu ; ils sont dans ces évangélistes qui s'occupent, chacun dans sa petite sphère à répandre les principes chrétiens; ils sont dans ces instituteurs chrétiens qui s'efforcent de les inculquer h une partie du moins de la jeunesse française ; ils sont dans ces modestes colporteurs qui s'en vont de ru^ en rue et de village en village, offrant à bas prix le nouveau-Hestament et la bible ; ils sont enfin et surtout dans la vie des chrétiens; et c'est dans ce sens que je disais , mes frères, que vous pouvez tons, chacun pour votre part^ contribuer à la régénération morale de la société. Si notre vie était conséquente avec notre profession; si nous formions véritablement un peuple de Dieu au milieu du monde, vivant dans le monde sans être du monde, le jugeant et le condamnant, non par nos paroles, loais par la sainteté de notre vie, glorifiant sans cesse à ses yeux par nos bonnes œuvres l'évangile de notre Dieu sauveur, — alors , soyez-en sûrs , nous serions des instruments puissants pour faire pénétrer dans la so-
ciété cette vie nouvelle qui peut seule la délivrer de ses maux. Je vous propose à tous , mes bien-aimés frères y cette noble et sainte ambition. Ne dites pas qu'il y a trop à faire, que le mal est trop grand , que vous pouvez trop peu , que vous êtes trop faibles et en trop petit nombre. Il est impossible de calculer le bien que peut produire un seul chrétien dont la vie est conséquente avec ses principes. Le bien a sa contagion comme le mal, et plus puissante encore en définitive que celle du mal; car, comme je le disais tantôt, il est dans la nature des choses , il est dans l'ordre établi de Dieu que le bien triomphe du mal. Si chacun de nous ramenait pendant sa vie seulement deux pécheurs de leur égarement, et si ces deux pécheurs convertis devenaient eux-mêmes des instruments de conversion pour d'autres hommes, qui travailleraient à leur tour à répandre autour d'eux les principes de l'évangile, il ne faudrait pas beaucoup d'années pour que cette progression croissante amenât la conversion de la nation entière. Ne vous découragez donc pas , mes frères, et ne désespérez pas de l'avenir. « Ne vous laissez pas vaincre par le mal, mais surmontez le mal par le bien. »
Mais il est temps de laisser ces considérations générales , et d'en venir à des applications qui nous touchent de plus près. Une des formes les plus fréquentes du mal qui est autour de nous et que nous sommes appelés à combattre, c'est l'erreur; et la forme d'er-
LA EONME MÉTHODE. 88
reor avec laquelle nous nous trouvons le plus habitodlemeoi en contact dans un pays comme le nôtre et dans la ville que nous habitons , c'est celle église qui se nomme elle - môme catholique > et dont le vrai nom est Téglise romaine. J'ai dit que nous ^mmes tous appelés à combattre les erreurs de l'église romaine : c'est là une conséquence inévitable de notre foi. On a souvent blftmé Tesprit de prosélytisme; mais un tel blâme ne prouve qu'une chose, c'est rindifférence de ceux qui l'adressent aux croyants. La foi, quand elle est vivante , cherche nécessairement à faire des prosélytes. Si nous croyons réellement posséder la vérité, et si nous attachons du prix à sa possession, nous éprouverons impérieusement le besoin d'en faire part aux autres. Un tel trésor n'est pas de ceux qu'on garde égoïstement pour soi. A cet égard l'église romaine peut souvent ôlre proposée pour modèle à la nôtre. Loin de nous la pensée de blâmer chez nos frères d'une autre communion leur ardeur de prosélytisme : c'est un zèle qui les honore, c'est un hommage qu'ils rendent eux-mômes à la sincérité de leur foi. Ce que nous blâmons chez eux, ce n'est pas leur esprit de prosélytisme , ce sont les moyens qu'ils emploient trop souvent pour faire des prosélytes. S'ils n'employaient que les voies d'une persuasion légitime; s'ils n'avaient recours ni à Ja contrainte, ni à la ruse, ni aux mobiles intéressés, nous n'aurions que des éloges pour leur conduite , et
Dons dirions à nos protestants : ayez seolennent pour la vérité le même zèle que ceux-là déploient pour Terreur. Nous qui, par la grâce de Dieu, avons puisé directement dans sa parole une foi pure et sans alliage humain; nous qui avons le bonheur de rendre à Dieu dès notre enfance le cuite en esprit et en vérité, comment pourrions-nous voir d'un œil indifférent ce triste mélange de la superstition et de la foi ^ ce culte tout matériel que tant de pauvres âmes autour de nous acceptent de conGance comme la religion de Jésu&ChristI comment ne nous sentirions-nous pas pressés de combattre pour notre part d'aussi funestes erreurs, et de hâter par tous les moyens le triomphe du pur évangile 1 La question n'est donc pas de savoir si nous devons combattre l'église romaine : cette question n'en est pas une pour un membre vivant de l'église de Christ. 11 s'agit uniquement de savoir quels sont les meilleurs moyens à employer pour combattre et pour renverser l'église romaine : car elle doit être renversée, et elle le sera tôt ou tard , comme tout ce q[ui est fondé sur l'erreur, ici nous nous retrouvons en présence des deux méthodes que j'ai signalées dès le commencement de ce discours. La méthode néga*tive, c'est la controverse proprement dite : elle consiste à attaquer directement les erreiirs romaines et à dé*montrer, comme il est si facile de le faire, que l'église qui enseigne de telles dioses est condamnée par la parole de Dieu. Mais cette méthode-là , bien qu'elle
puisse avoir son utilité et même sa nécessité dans certaines circonstances , obtient généralement peu de succès. Elle a le grave inconvénient de soulever tout d'abord lopposition de ceux que nous voulons convaincre, en s'attaquant à des erreurs qui leur sont chères. Elle tend de plus à confirmer chez eux ce préjugés! funeste et si injuste, que la foi protestante n'est qu'une négation , et que puissante pour renverser, elle ne sait guère édifier. Ici encore il vaut bien mieux recourir à la méthode positive, à celle qui combat indirectement le mal par le bien et Terreur par la vérité. Il faut nous poser non pas en protestants, mais en chrétiens, en chrétiens bibliques; prêcher simplement notre foi telle que nous Tavons puisée dans la sainte parole de Dieu , laissant à Terreur le soin de se reconnaître et de se condamner elle-même, par le simple contact de cette foi vivante et pure. Il faut travailler à répandre de plus en plus la parole de Dieu, cette source unique et éternelle de la vérité religieuse; et ici nous ne devons pas nous laisser arrêter par l'opposition que pourra rencontrer cette œuvre de la diffusion de la bible: car si nous devons bien souvent par charité, et dans Tintérêt même de la vérité, nous abstenir d'attaquer directement Terreur, cette coudes* cendance ne doit pas aller jusqu'à laisser sous le boisseau la lumière que Dieu lui-même a donnée au monde ; que si quelqu'un redoute Tapproche de cette lumière divine , ce n'est pas nous alors qui le condam-
noDs, c'est lui-même qui se condamne. Mais surtout il faut prêcher notre foi par nos œuvres , par une vie sainte , dévouée , pleine de charité y de sacriGces et de bonnes œuvres; c'est par là surtout que nous prouverons que notre foi n'est pas une négation, mais bien un principe vivant et fécond. Il faut fermer la bouche par des faits à ceux qui prétendent que le dévouement n'est pas dans l'église protestante; il faut montrer à tous les yeux que la foi la plus pure , la plus dégagée d'alliage humain, la plus conforme à la parole de Dieu, est en même temps la foi la plus puissante , la plus active, la plus pratique, la plus féconde en fruits de dévouement et de charité. Voilà, mes frères, la vraie méthode pour combattre l'église romaine ; et si tous les chrétiens évangéliques marchaient dans celte voie-là, nous verrions bientôt arriver ces temps glorieux annoncés par la prophétie, où le bien aura surmonté le mal dans le royaume de Jésus-Christ K
Resserrons encore davantage le cercle de nos applications , cherchons plus près de nous le mal à combattre, prenons-le dans cette église. Il est un mal qae j'ai souvent entendu déplorer comme propre à notre église, et qui retarde assurément nos progrès dans la vie chrétienne : je veux parler de l'esprit de mondanité. N'est-il pas vrai, chers amis, qu'il y a encore beaucoup de mondanité dans notre église, même
» Apoc, XÏV, 7, 8.
chez les familles qui à certains égards donnent le plus de joie aux ministres de l'évangile? n'est-il pas vrai que notre jeunesse, même celle qui fait profession de piété, aime encore trop les plaisirs, le luxe, les pa* rures, les dissipations du monde? Bien du temps est perdu dans les plaisirs frivoles ; bien de Targent est prodigué pour des dépenses inutiles. Mais quel sera le meilleur moyen de combattre ce mal ? faudra* t-il l'attaquer directement, laisser tomber des paroles sévères contre les dissipations du monde, interdire expressément et nommément tel ou tel plaisir, comme la danse ou le spectacle ? Nous ne pensons pas , mes frères, qu'on obttnt beaucoup de succès par une telle méthode. C'est toujours la méthode négative, celle qui soulève tout d'abord l'opposition. Je ne dis pas qu'il ne puisse y avoir telle circonstance où ce blâme direct jeté sur les dissipations du monde soit un devoir pour le chrétien ; mais en général il vaut bien mieux , ici comme toujours, surmonter le mal par le bien. Vous n'aurez rien gagné à condamner les plaisirs du monde, aussi longtemps que le goût de ces plaisirs restera au fond des cœurs. Faites seulement pénétrer dans les cœurs des joies plus élevées, celles de la foi, de l'amour de Dieu , de la charité, et il n'y restera plus de place pour l'amour du monde et de ses faux plaisirs. C'est à vous que Dieu confie cette œuvre excellente, membres de cette église qui connaissez par expérience le prix des joies qui sont en Christ, vous
as LA BONNE MÉTHODE.
qui avez votre trésor dans le ciel , qui vivez dans l'attente de la gloire à venir, et qui ne trouvez plus de saveur aux joies du monde. Travaillez à répandre autour de vous vos principes, qui sont ceux de Tévangile, non point en blâmant ceux qui ne les partagent pas, mais en leur montrant par votre exemple qu'il y a plus de joie au service de Christ que dans tous les plaisirs du monde. Rappelez-vous et mettez en pratique cette exhortation de l'apôtre : « soyez toujours joyeux. » Que votre piété n'ait rien de frondeur ni de chagrin. Que la sérénité de votre front , l'égalité de votre humeur, votre douceur, votre support, votre charité, votre oubli de vous-mêmes, votre empresse* ment à rendre service , que tout cela fasse de votre vie une apologie perpétuelle de votre foi. Montrez à tous et à chaque instant que vous possédez un bonheur intérieur et profond , auprès duquel tout ce qu'on appelle joie dans le monde ne mérite pas même d'être nommé. Que votre christianisme, par son caractère heureux et paisible , fasse envie à ceux qui puisent encore dans les fausses joies du monde, et qu'ils soient amenés à dire : si de tels principes étaient les miens, je serais plus heureux que dans ma condition présente. Dès-lors vous les aurez gagnés à la cause que vous défendez, et sans secousse, sans paroles sévères ni blessantes, les habitudes de la mondanité feront place d'elles-mêmes à celles de la vie chrétienne.
LA BmNE MÉTHODE. 3f
Enfin y mes frères , à force de resserrer le oeroie des applications de notre méthode, nous arrivons à la plus importante de tontes , à celle qui nous concerne personnellement. Après avoir cherché le mal à combattre dans le monde, dans notre patrie, dans notre ville, dans notre église, il est temps de le chercher en nous-mêmes. Nous avons tous des péchés à extirper de notre cœur et de notre conduite; nous avons à réaliser, chacun pour soi , une œuvre de réforme morale qui est le grand but de notre vie. Je m'assure que .votre désir à tous est d'accomplir en vous celte réforme : il s'agit de connattre le meilleur moyen d'y parvenir. Ici encore nous allons retrouver les deux méthodes que nous étudions dans leurs applications diverses. Nous avons un exemple célèbre de remploi de la méthode négative dans la vie de Benjamin Franklin. Cet homme excellent et digne à bien des égards de nous servir de modèle, mais à qui manquait pourtant quelque chose d'essentiel , avait entrepris de bonne heure de déraciner un à un tous ses mauvais penchants; il fit dans ce but un plan de perfectionnement moral singulièrement ingénieux. Il commença par dresser la liste de tous les défauts qu'il reconnaissait en lui et qu'il voulait combattre, au nombre de treize ; puis il passait une semaine entière à se bien surveiller par rapport au .premier; la semaine suivante c'était le tour du second, et ainsi de suite. Il notait chaque jour le résultat de ses efforts
sur un tableaa synoptique préparé à cet effet ; et après avoir achevé la série de ces exercices il la recommençait toujours, parcourant ainsi quatre fois dans l'année le cercle entier des devoirs qu'il s'était imposés. Il recommençait toujours 1 ce seul mot trahit le vice de cette méthode si séduisante et son peu d'efficacité. Nobles efforts que ceux de Franklin , mais efforts impuissants pour atteindre et tarir la source do mal. Bien entendu que je ne condamne ce plan qu'autant qu'on en fait usage d'une manière exclusive, comme le philosophe américain , et en s'ap* puyant comme lui sur les seules forces de l'homme. Pour que ces efforts partiels ne soient pas stériles , \\s ont besoin de s'appuyer sur un travail plus général et plus profond. Ce n'est pas en épluchant ainsi notre vie, en attaquant chacun de nos péchés en détail, que nous parviendrons à opérer en nous une réforme sérieuse et durable. Autant vaudrait essaver de faire porter à un arbre sauvage des fruits savoureux , en se contentant d'émonder une à une les branches parasites. Il faut changer la nature intime de cet arbre par l'inlrodiiction d'un principe nouveau; ilfautqu'nne sève plus généreuse , circulant dans toutes les parties, de la racine au tronc et du tronc aux rameaux les plus déliés, change la saveur des fruits en changeant la nature même de l'arbre. Il en est de même de notre vie morale : pour changer notre vie il faut changer notre cœur. Notre cœur, dans son état na*
iarel , est un arbre sauvage qai ne peut qae porter de mauvais fruits ; il faut faire pénétrer dans ce cœur dégénéré un principe nouveau , qui se manifestera nécessairement par une vie nouvelle. Alors seulement le travail de détail aura son utilité , de même qu'il est toujours nécessaire d'émonder un arbre fruitier, même après qu'il a été greflé. J'en appelle à voire expérience , mes frères : n'avez- vous pas tous éprouvé l'impuissance de vos efforts personnels pour vaincre le péché qui est en vous? combien de fois n'avez-vous pas formé la résolution sincère de vous corriger de tel défaut, de vaincre telle convoitise, et toujours une triste expérience est venue démentir vos résolutions et comme se jouer de vos efforts ! C'est qu'il manquait à ces efforts une base solide » le changement de votre cœur par le principe nouveau que proclame l'évangile. Qui n'a éprouvé aussi combien les discours de simple morale, tout excellents qu'ils soient en euxmêmes, sont impuissants pour nous faire pratiquer les devoirs qu'ils nous prêchent! tandis que la prédication de la doctrine chrétienne, qui n'a qu'un rapport indirect avec les devoirs pratiques, est par le fait bien autrement efficace pour nous porter avec énergie à l'aocom plissement de ces devoirs. C'est que cette prédication-là tend à faire pénétrer dens nos cœurs le principe nouveau qui peut seni les régénérer. C'est qa'en nous révélant l'amour immense dont nous avons été les objets de la part de Dieu , elle nous porte à
Tainaer à notre tour, ei que Famour de Dieu comprend en germe tous les devoirs. C'est qu'il est impossible de croire sans aimer, et impossible d'aimer sans obéir. C'est que la méthode de la loi , qui nous charge d'ordonnances négatives et qui nous dit : « ne mange, ne goftte, ne touche point, » doit céder le pas à la méthode de l'évangile qui affranchit le cœur, qui change le devoir même en bonheur et qui nous dit : « aime Dieu , et fais ce que tu voudras ! »
Dire que le mal ne peut être vaincu en nous que par le changement de notre cœur, c'est dire assez que cette victoire ne peut qu'être l'œuvre de la grâce de Dieu. Nous ne pouvons pas plus changer nous-mêmes notre cœur « qu'un More ne peut changer sa peau , » pour parler avec l'Ecriture. C'est toujours au salut par grâce, à la grâce qui pardonne, à la grâce qui sanctifie, qu'il faut en revenir pour accomplir la loi. C'est dans le salut par grâce qu'ont puisé leur force les fidèles serviteurs de Dieu dans tous les temps. C'est le salut par grâce qui faisait la force d'un David. « Je <x>urriai dans la voie de tes commandements quand tu auras mis mon cœur au large^ » dit-il au Seigneur dans le psaume cent -dix -neuvième. Et après sa chute, abattu, écrasé sous l'humiliation de son double crime, c'est dans le salut par grâce qu'il cherche son relèvement : « Dieu! » s'écrie-t-ii dans son psaume cinquante et unième, « rends-moi la joie de ton salut, et que l'esprit d'affranchissement me soutienne ! » C'est le
salot par grftoe qai faisait la force d'un saint Paul. Dans oe chapitre septième de Tépttre aux RomaÎDS où il dépont si vivement la lutte que se livraient en lui les deux hommes, c'est la gr&ce de Dieu en Christ qui met un terme à son angoisse et qui assure le triomphe de lliomme nouveau : « malheureux que je suis ! qui me délivrera de ce corps de mort?... Je rends grâces à Dieu en Jésus-Christ notre Seigneur. » Et ailleurs r « c'est la grâce de Dieu qui m'a fait ce que je suis; » « quand je suis faible, alors je suis fort; » « je puis tout en Christ qui me fortiBe. » C'est dans le salut par grâce que vous trouverez la force morale dont vous sentez le besoin , âmes droites et sérieuses qui désirez sincèrement combattre et vaincre le mal. Quand nous parcourions ensemble quelques-unes des occasions où Dieu nous appelle à surmonter le mal par le bien, nous avons été attristés sans doute en comparant tout bas notre devoir avec notre vie , l'idéal avec la réalité; le sentiment qui dominait en nous , c'était la conscience humiliante de notre impuissance pour accomplir la tâdie qui nous est proposée : mais qu'il est doux de pouvoir, à la fin, nous réfugier dans la grâce, et trouver dans cette grâce la force que nous cherchions vainement en nous-mêmes I Je voudrais pouvoir m'adresser ici tour-àtour à toutes les classes, à tous les âges, à toutes les positions, et vous montrer comment vous pouvez tous, avec le secours de la grâce de Dieu, surmonter par le bien le genre de mai contre lequel
VOUS avez particulièremenl à latter. Mais le temps me manque, et il faut finir. Je ne descendrai pourtant pas de celte chaire sans vous avoir adressé en particulier quelques paroles d'exhortation et de sollicitude pastorale, jeunes gens de celte église, qui vous êtes engagés solennellement au service de Jésus- Christ. Vous avez promis devant Dieu de combattre et de vaincre le mal; mais ou trouverez- vous la force d'accomplir une telle promesse, et de combattre jusqu'à la fin le bon combat ? Prétendriez-vous affronter cette lutte terrible avec les seules forces de votre nature? pour triompher de vos passions irez-vous leur opposer seulement vos résolutions et vos efforts? Autant vaudrait essayer d'arrêter la tempête en opposant à ses fureurs le frêle rempart d'une feuille de papier. Non , non : c'est en dehors de vous , c'est en Dieu, c'est dans la grâce du Père, c'est dans le sacrifice du Fils, c'est dans la force du Saint-Esprit qu'il faut chercher ce bien suprême qui vous est nécessaire pour surmonter le mal. Allez vous prosterner au pied de la croix de votre sauveur, et là, abattus sous le sentiment de votre misère, dites comme le péager de l'évangile : (c ô Dieu , sois apaisé envers moi qui suis pécheur ! » Allez contempler dans le sacrifice de la croix cet amour éternel et insondable qui est venu TOUS chercher et vous sauver quand vous étiez perdus; allez apprendre à aimer à votre tour celui qui vous a tant aimés; allez implorer la grâce toute-puis-
santé de œ Diea sauveur qui , après s'être donné à vous en Christ, veut se donner à vous une seconde fois dans le Saint-Esprit , — et alors relevez-vous forts delà force de Dieu; alors combattez le^bon combat; alors attaquez et terrassez vos ennemis spirituels; alors (( ajoutez à votre foi la vertu ; » alors « abstenezvous des convoitises charnelles qui font la guerre à l'âme; » alors glorifiez devant le monde Tévangile dont vous faites profession : vous le pourrez , car vous aurez puisé en Christ le principe invincible d'une vie nouvelle^ et vous posséderez le bien par lequel on surmonte le mal. Amen.
Mai 4853.
Nous ne regardons point aux choses visibles, mais aux inyi* sibles; car les choses visibles ne sont que pour un temps , mais les invisibles sont éternelles.
(2 Cor., IV, «8.)
Quoi qu'en puissent dire les iocrédules et les moqueurs, il y a un monde invisible. L'existence n'est pas bornée aux objets que nous voyons et que nous touchons; il y a quelque chose au-delà de cette barrière sensible contre laquelle nous nous heurtons sans cesse; il y a quelque chose derrière ce voile qui borne pour la vie présente nos facultés et nos désirs.
Pour tout homme réfléchi et sensible , pour tout homme chez qui l'âme n'est pas endormie, le doute ne peut exister à cet égard quand il considère sa nature et ses besoins. Si vaste et si magnifique que soit l'univers visible , nous nous y sentons à l'étroit ; sans
cesse nos facultés s'élanoeDl au-delà, vers une sphère plus élevée et plus vaste encore; nous sommes pleins de besoins, de désirs, d'aspirations qui se rapportent à un monde invisible et qui ne sont pas satisfaits icibasw
S'agit-il dn besoin de connaître? qui pourrait dire que ce besoin-là trouve à s'apaiser dans le monde visible ? Que de choses nous voudrions savoir, que nous sommes dans une impuissance absolue de savoir de ce côté-ci du tombeau I quelle disproportion entre cette curiosité immense qui tourmente notre âme, et les moyens de la satisfaire ! Qui nous dira ce qu'est Dieu , ce qu'est l'âme, ce qu'est le souffle mystérieux de la vie ? qui nous dira quelles sont les vraies lois qui président à la nature , et quelle est la destination de ce firmament splendide qui chaque soir s'allume sur nos têtes ? Nous avons beau contempler , méditer, étudier , creuser autour de nous et audedans de nous, nous n'arrivons jamais en définitive qu'à savoir, comme ce philosophe de la Grèce, que nous ne savons rien ! Cet immense besoin de connaître, que rien ne peut contenter ici-bas, suppose nécessairement l'existence d'un monde invisible , qui seul pourrait le satisfaire, et qui nous sera révélé un jour.
S'agit-il de la faculté d'aimer? qui pourrait dire que cette faculté trouve dans le monde visible de quoi remplir sa destination ? Quand nous avons été en
rapport daos la vie présente avec des êtres auxquels nous onil Tatlrait le plus intime et le plus puissant; quand chaque année, chaque jour qui s'ajoutait à notre vie est venu fortifier et consacrer cette aiTection ; quand elle est arrivée au point que nous voudrions qu'elle durât toujours y et que nous éprouvons le besoin de passer non pas quelques jours , ni quelques années , mais l'éternité avec ceux que nous aimons ,
— est-il possible d'admettre un seul instant qu'un tel besoin doive aboutir à une misérable déception ; qu'un tel lien ait été formé pour être brisé subitement et à jamais ? quoi donc ! après que nous avons vu mourir une personne qui nous était chère, en vain nos yeux ont cessé de la voir et nos oreilles de l'entendre, notre cœur et notre âme s'élancent encore après elle et vont la poursuivre encore de l'autre côté du tombeau ,
— et tout cela ne serait qu'illusion et mensonge ! un tel besoin n'aurait pas une réalité invisible qui lui correspond , et qui doit le satisfaire dans une autre économie ! Demandez-le à ceux qui pleurent la perte d'un être bienaimé ; demandez-le chacun à vous-même — car il n'est personne d'entre vous qui n'ait vu mourir quelqu'un qui lui était cher , personne qui n'éprouve le besoin de retrouver ailleurs quelqu'un qu'il ne verra plus jamais ici-bas — et vous direz tous avec moi quï/ faut que le monde invisible soit une réalité.
S agit-il du besoin de perfection morale ? qui pourrait dire que ce besoin-là est satisfait dans le monde
visible ? Quelle distance infinie entre l'idéal parfait que nous portons tous dans notre conscience, et le degré si imparfait de moralité auquel nous arrivons icibas 1 Quand nous passons notre vie, tous du plus au moins, à lutter contre le mal sans pouvoir en triompher ; à désirer le bien et à faire le mal ; à former sans cesse de bonnes résolutions sans cesse démenties par notre conduite; à sentir que la sainteté seule pourrait nous satisfaire, bêlas! et que nous restons toujours pécheurs, — qui ne reconnaîtra que cette vie de luttes, d'imperfections, de chutes et de souillures n'est pas notre véritable vie, et qu'il doit y avoir un autre monde, un monde invisible oii, affranchis des liens du mal, nous pourrons nous abreuver et nous rassasier de sainteté !
La contemplation de la nature visible suffirait pour démontrer l'existence de cet autre monde. J'en appelle à l'expérience de tous ceux qui aiment à contempler la nature : n'estil pas vrai que lorsque nous nous abandonnons à celte contemplation , notre pensée et nos désirs so portent bientôt vers un autre univers , dont la nature visible n'est que le pâle reflet ? La vraie beauté des scènes de la nature, leur beauté la plus intime et la plus pénétrante, n'est pas dans ces formes et ces couleurs , dans ces sons et ces parfums qui s'adressent à nos sens : elle est dans ce quelque chose d'insaisissable qui est caché derrière
les objets sensibles, qui s'adresse à notre âme , et
qu'on sent partoat transparaître à travers la nature visible, comme on entrevoit lazur du ciel à travers les branches sombres d'une forêt. En présence de Timmensilédes cicux ou des eaux» des splendeurs du jour ou des clartés paisibles de la nuit, des riches beautés de la verdure et de Téclat varié des fleurs, en présence de toutes ces harmonies de la nature qui nous environnent comme un enchantement perpétuel, tour-àtour touchantes ou sublimes, riantes ou terribles, on se sent entraîné vers une rêverie pleine de charme et de tristesse tout ensemble , qui n'a plus pour objet la nature visible et qui se perd dans un autre monde, monde mystérieux mais réel vers lequel nous voudrions nous élancer, et qu'un sentiment intime nous assure devoir nous être révélé un jour. Nos regards avides rencontrent partout un voile impénétrable : mais nous sentons qu'il y a quelque chose derrière ce voile, et qu'un jour il sera levé. Il y a partout un grand secret dans la nature ; nous le poursuivons vainement ici-bas, mais nous le saurons un jour : c'est le secret du monde invisible K
^ Ce sentiment du monde invisible qui est si profondément empreint dans la nature , se retrouve toujours dans les œuvres des poètes vraiment dignes de ce nom.
Un souffle épure notre fange , Le monde est à Dieu, je le sens.
Toute fleur est une louange, Et tout parfum est un encens.
Il n^ a pas jusqu'aux superstilions populaires qui ne pronvent Texistenoe de ce monde invisible. Chez tons les peuples on trouve le besoin d'entrer en relation avec un monde supérieur; tous ont une vague idée qu'il existe des êtres invisibles qui exercent une influence sur le monde que nous habitons , et avec lesquels on s'efforce de se mettre en rapport. Bien des idées feusses, absurdes même, régnent au sujet des rapports entre ces deux mondes , entre les êtres de chair et de sang et ceux qu'on appelle des esprits ; et nous avons vu se produire de nos jours encore d'étranges aberrations à cet égard , quand on a prétendu se mettre en communication avec les esprits en interrogeant les meubles de nos maisons; mais ce besoin en lui-même est quelque chose de sérieux et de significatif; et il n'existerait pas s'il n'y avait pas une réalité correspondante. Gomme la présence de la fausse monnaie suppose qu'il existe un argent de bon aloi , de même la superstition prouve le monde invisible.
C'est ainsi que nous retrouvons partout, soit dans la nature, soit au-dedans de nous-mêmes, des voix intérieures qui nous parlent des choses invisibles.
La nuit, on croit sentir Dieu même Penché sor rbomme palpitant.
La terre prie et le eiel aime , Quelqi^un parle et quelqu*un entend !
(V. Hugo. Rayons et ombres.)
Toutefois y aussi longtemps que nous sommes laissés sur ce point à nos lumières naturelles, Tidée du monde invisible reste plus ou moins dans le vague; elle reste à l'état de rêverie stérile^ et nous laisse livrés à un doute mélancolique sur la place qui nous attend dans ce monde inconnu^ vers lequel nous tendons par toutes les facultés de notre âme. La bonté de Dieu a pourvu à celte insuffisance de nos lumières naturelles en se révélant à nous dans TEcrilure sainte. C'est dans l'Ecriture que la croyance au monde invisible se précise^ qu'elle sort du vague et des généralités pour devenir une réalité personnelle et salutaire. L'Ecriture nous met en communication directe avec Dieu et le monde supérieur; elle substitue à la rêverie la prière, à de vagues aspirations une espérance positive et infaillible; elle nous enseigne le moyen de nous assurer une place heureuse dans cette économie invisible et à venir qui est notre vraie destination. Il est vrai que l'Ecriture, qui n'est pas destinée à satisfaire notre curiosité, et qui ne renferme que les choses vraiment utiles à notre salut, ne soulève pas encore le voile qui nous cache le monde à venir ; ce voile ne sera levé qu'au dernier jour, et cette révélation soudaine du secret de Dieu sera sans doute un des éléments les plus riches et les plus beaux de la félicité du ciel. Mais si l'Ecriture ne nous dit pas tout ce que doit être, quanta sa nature, l'ordre de choses à venir, elle nous donne du moins l'assurance que cet ordre de
reu mm-êA de aoo: s ^k mnincvnB
an. miHBT^-
X ^a. isBDB^ jiaiii: n^ ruincife.
T gf^Mirmiii mixii iTjisaunMsat —^ rtA^
iiTÎsUee: car Is dioseï ts&mss se âu&c ^nt
Bent a b feasèt ipÊ &rjst & zî-uiari xs^ n,in mg ^ le BOBde isrâSiie ctf Is: ^îiiB Jixç«:r^ia:. i^ ^jl>bs^ sofide, le phe art», le zis sm, ^tiis^i.'T: :«isrTue TéM de ckoBCE qfiZ ôià: àorsr xj^^iars. Tcc)es jk dioseB de b vie prssBKle. ):jûe& im iicàesKs, &8i£^ oo iaperiprlMT y b'ckI q^'^ae oâsâoue seoûolkn^ et imeamflèkty^mmt ilii^ i il fk mi., fcâip eTVs dot- Tent t i e a l ôt fiur. Les ckoas ks f<!«^ scZUcs et les plos léeOes soat les d«ees miiaLMes^ pQKsq;:^ ceiles- Jà soat ékamdk&, Q«e dus le aunde rksble î! y ail des imperfisclioBS, des ladies, des choses qui semblent aecœer b bonlé, on b josâce, oq b sagesse de INeOyOeb ne doit pas nons înqoîéler ni nous surprendre : car looles ces dmses ne sont qoe pour un Bornent, elles diangent el elles passent : attendons b révâation du monde invisible, le monde vrai , le monde permanent : ces! dans œ mondera que les diQses sont à leur vraie place, et que Dieu , réhabi-
5i LE MONDE INVISIBLE.
lité en qaelqiie sorte aux yeax de ses créatures , nous apparaîtra dans toute la splendeur de ses perfections. Quand nous serons entrés dans Tordre de choses à venir, l'économie actuelle, cette économie imparfaite et fugitive, tiendra si peu de place dans l'ensemble de notre existence, qu'elle s'efTacera en quelque sorte pour nous , comme s'efTace la lueur d'une lampe devant l'éclat du soleil.
Vous pouvez comprendre maintenant, mes frères^ pourquoi l'apôtre déclare que les enfants de Dieu ne doivent pas regarder aux choses visibles, mais à celles qui sont invisibles : par où il ne veut pas dire que nous ne devions nullement nous occuper des intérêts de la vie présente , mais simplement que ces intérêts* là ne doivent pas tenir la première place dans nos préoccupations, et que cette première place doit être donnée aux choses invisibles et éternelles. Sans doute nous sommes appelés à pourvoir à notre subsistance et à celle de notre famille; et Dieu ne nous défend même pas de rechercher, avec modération , ces jouis-* sancesque sa main paternelle a voulu semer au milieu des épreuves de la terre; mais comme il y a un autre monde, qui échappe à nos sens, et qui nous intéresse bien plus que le monde visible puisqu'il doit durer toujours, il faut aussi qu'il y ait en nous une autre vie, une vie invisible, cette vie « cachée avec Christ on Dieu, » comme l'appelle saint Paul, une vie de recueillement, de méditation, de prière, d'amour de
Diea, d'aspiration vers les choses du ciel. Il faut, non pas en ibéorie mais en réalité , non pas en paroles mais dans le secret de nos pensées , subordonner les biens de la vie présente à ceux de la vie éternelle^ et sacrifier toutes les richesses, tous les plaisirs el toute la gloire de ce monde pour acquérir la « seule chose nécessaire, » pour saisir comme Marie « la bonne part qui ne nous sera jamais ôtée. » Il faut en venir à pouvoir nous reposer en paix dans l'assurance de Famour éternel dont Dieu nous a aimés en Jésus- Christ; il faut, humiliés sous le fardeau de nos péchés, chercher et trouver lapaisement de notre conscience dans le sang qui a été versé sur la croix; il faut entendre dans notre cœur la voix de Jésus qui nous dit : « mon fils, ma fille, va en paix, tes péchés le sont pardonnes; » il faut que ce cœur rebelle et mauvais soit purifié par le Saint- Esprit et renouvelé de jour en jour h limage de Dieu; il faut de jour en jour lutter contre le mal sous toutes ses formes, et acquérir, à force de vigilance, de combats et de prières , cette a sanctification sans laquelle personne ne verra le Seigneur; » il faut contempler par la foi la félicité éternelle, et déjà en posséder les avant-goûts dans cette paix ineffable que Dieu répand au cœur de ses enfants. Telle était la vie de saint Paul. Il pouvait dire : « c'est par la foi que nous marchons , et non par la vue; nous sommes remplis de confiance, et nous aimons mieux quitter ce corps pour être avec
le Seigneur. )> Et encore : « Christ est ma vie, et la mort m'est un gain; mon désir tend à déloger pour être avec Christ, ce qui m'est beaucoup meilleur. » Telle était la vie de saint Jean. 11 pouvait dire : « mes bien-aimés, nous sommes dès à présent enfants de Dieu. Ce que nous serons n'a pas été encore manifesté; mais nous savons que quand il paraîtra nous serons semblables à lui , parce que nous le verrons tel qu'il est. » Telle était la vie de saint Pierre. Il pouvait dire : « béni soit le Dieu et père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui, selon sa grande miséri* corde, nous a fait renaître, en nous donnant par la résurrection de Jésus-Christ une espérance vive de posséder l'héritage qui ne se peut corrompre, ni souiller, ni flétrir, et qui est réservé dans les cieux pour nous, qui sommes gardés par la puissance de Dieu par la foi , pour obtenir le salut qui est prêt à être manifesté dans les derniers temps. » Telle était la vie de David. Il pouvait dire : « ô Dieu , je te cherche au point du jour ! Comme le cerf brame après le courant des eaux , ainsi mon âme soupire ardemment après toi ! mon âme a soif de Dieu, du Dieu fort et vivant : ô quand entrerai-je et me présenteraije devant la face de Dieu ! »
Telle a été la vie des fidèles serviteurs de Dieu dans tous les temps. Cette vie, mes frères, est-elle la vôtre? Pouvez-vou^ dire que vous regardez avant tout , non pas aux choses visibles qui ne sont que
pour un temps , mais à œlles qui sont invisibles et élernelles? avez- vous appris à rechercher avant tout les richesses qui sont à venir, ou vos premières préoccupations sont-elles encore pour les biens de la vie présente ? votre trésor est-il sur la terre , ou dans
le ciel? Âhl si vous ne possédiez pas encore cette
vie intérieure qui correspond au monde invisible , cherchez-la sans retard comme le plus précieux des biens, comme la seule chose nécessaire! Ne vous donnez point de repos jusqu'à ce que par la prière y par la lecture et la méditation de la parole sainte, par des efforts sincères et persévérants vous soyez parvenus , avec le secours de la grâce de Dieu , à secouer ce fardeau des préoccupations matérielles qui pèse sur votre âme et Tempéchede voler vers le ciel! Comprenez enfin la grandeur de votre destination , et ouvrez-vous les trésors de ce monde invisible qui peut seul répondre aux aspirations secrètes , aux besoins infinis de votre cœur.
Et si, comme c'est assurément le cas pour un grand nombre d'entre vous, il y a déjà chez vous un commencement dévie intérieure , mais un commencement faible encore et qui ne vous satisfait pas vous-mêmes, travaillez à développer et à fortifier cette vie divine : donnez plus de temps à la méditation, à la prière , à l'adoration, au combat intérieur, au soin de votre âme immortelle; mettez les choses à leur vraie place dans vos affections et dans vos efforts : le ciel avant
la terre 9 l'éteroité avant le temps, les choses invisibles avant les visibles ; aa milieu de vos occupations journalières et des détails de votre vie domestique y <»nservez toujours une pensée pour le monde invisible, un regard tourné vers le ciel; rappelez-vous toujours que vous êtes ici-bas étrangers et voyageurs , et que chaque jour de votre pèlerinage terrestre doil vous préparer pour votre patrie éternelle. Quelle que puisse être votre position dans ce monde, quelles que soient les épreuves ou les joies que vous avez à traverser, vous avez besoin de contempler sans cesse le monde invisible, pour y puiser à la fois des le^OQS salutaires et de précieuses consolations.
Eles^vous pauvre? avez-vous à gagner jour après jour , à la sueur de votre visage , ce qui suffit à peine aux nécessités de la vie? C'est là sans doute une épreuve douloureuse et qui a droit à nos plus vives sympathies : que ne pouvons-nous faire davantage pour vous soulager! Mais rappelez-vous que les choses visibles ne sont que pour un temps , que votre pauvreté est une souffrance passagère qui doit por* ter en vous des fruits immortels; regardez aux choses invisibles; relevez^vous en contemplant le ciel; saisissez d'avance par la foi ces richesses impérissablés, cet héritage incorruptible, cette couronne de gloire éternelle qui attendent les enfants de Dieu, et que Christ a donnés au prix de son sang à tous ceux qui ont leur confiance dans sa croix.
LE nom» OmSIBLE. 59
Etes-voos aa oontraire dans Taisance ? pouvez-voa8 fiMaiemenl et aboodammeni vous procurer les néces* sites de la vie el même les jouissances du superflu ? Jouissez eo paix et avec aclioos de grâce de ce bienfait do créateur : mais vous aussi rappelez-vous que les dioses visibles ne sont que pour un temps, que ces biens de la terre n'ont qu'une existence fugitive et qu'ils ne sont pas les vrais biens ; n'y mettez pas votre confiance; n'en faites pas lobjet essentiel de votre vie, soyez toujours prêts à les quitter , détachez-voas-en d'avance en élevant vos pensées vers les biens invisibles et éternels, faites part de vos richesses temporelles à ceux de vos frères qui en sont privés, enrichissez- vous de charité et de bonnes (BQvres, Cl faites-vous , » selon le conseil de Jésus- Christ , « des bourses qui ne s'usent point, el un trésor dans les cieox qui ne manque jamais ; » rappelez-vous que le jour vient où de tous vos biens temporels il ne vous restera rien , sinon ce que vous aurez donné pour le service du Seigneur et pour le bien de vos frères.
Possédez-vous les jouissances du cœur et des affections? êtes- vous entourés d'êtres bien-aimés dont la vie fait comme partie de la vôtre, et dont TafTeclion est pour vous un trésor auprès duquel toutes les richesses du monde ne sont rien? Jouissez en paix et avec action de grâces de ce bienfait du créateur^ mais en vous rappelant toujours que les cho^
ses visibles ne sont que poar on temps; qu'ici-bas les objets de vos aflections vous sont prêtés seulement pour quelques jours, et qu'il faut les aimer en vue de Téteruité; éternisez vos affections et le bonheur qu'elles vous procurent , en les transportant dans la sphère des choses invisibles; soyez unis à vos bien-aimés par le lien de cette foi qui triomphe de la mort, et de celle espérance qui ne confond point; préparés d'avance à une séparation inévitable, donnez-leur rendez-vous par la foi dans ces demeures bienheureuses oii il n'y a plus de séparation.
Etesvous du nombre des affligés? avez-vous vu se briser déjà ces liens si puissants et si tendres qui vous unissaient à ceux que Dieu vous avait donnés à aimer ici-bas? Ah! rappelez-vous que les choses visibles ne sont que pour un temps, et que votre douleur n'est pas pour durer toujours ; consolez-vous par la pensée de la délivrance éternelle qui attend les enfants de Dieu ; anticipez sur ce glorieux séjour où la mort, ni le deuil, ni les larmes ne seront plus; si vos liens se brisent du côté de la terre, renouez-les du côté du ciel; si un vent de tempête vous poursuit ici-bas, réfugiez- vous dans la contemplation plus habituelle de ces choses invisibles qui sont éternelles.
Mais une voix plus puissante que celle de l'homme s'est chargée de vous rappeler de nos jours que les choses visibles sont pour un temps. Est-ce auprès
LE MONDE INVISIBLE. 6f
de vous^ mes frères, qu'il serait nécessaire d'insister sur rincertitude des espérances qui se rapportent à la vie présente, quand vous sortez à peine d'un jugement redoutable du tout-puissant <? quand la mort, sous une de ses formes les plus mystérieuses et les plus terribles, a frappé tant de coups au milieu de vous? quand vous avez vu tant de vos semblables , naguère pleins de vie et de santé, enlevés subitement et pour toujours aux scènes du monde visible? quand chacun de vous a dû se dire chaque jour qu'il n'était pas assuré de voir le lendemain? De tels avertissements pourraient-ils rester sans fruit dans vos cœurs? seraient-ils déjà oubliés, parce que la main de Dieu a cessé de s'appesantir sur vous? et voudriez-vous , par votre insouciance et votre endurcissement, l'obliger en quelque sorte à redoubler ses coups? A Dieu ne plaise, mes bien-aimés frères, qu'il en soit ainsi! Ouvrez vos cœurs et vos âmes à cet appel douloureux qu'il a voulu vous adresser dans sa justice , mais aussi dans son amour ; écoutez cette voix de Jésus qui se fait entendre tourà-tour dans le calme et dans la tempête. Il est temps de vous préparer sérieusement à la rencontre de votre Dieu. Il est temps de vous assurer une place dans ces demeures invisibles et bienheureuses où sont recueillis à jamais les rachetés de Jésus , — mais seulement les ra-
' Le choléra de 1854.
chetés de Jésus. Prenez-y garde : si le inonde à venir est plein de consolation et de félicité pour les enfants de Dieu, il est plein de terreur pour les incrédules. Dans ce môme jour de gloire et de délivrance où commenceront les alléluias éternels, il y aura des voix d'angoisse qui crieront aux rochers et aux montagnes : tombez sur nous , et dérobez-nous à la colère de Dieu et de Tagneau ! Tout le reste n'est rien auprès de tels intérêts. Pussiezvous acquérir toutes les richesses du monde visible, toutes les jouissances de la vie terrestre , de quoi tout cela vous servira-til au grand jour des rétributions? de quoi cela vous servira-til quand vous serez en présence de cette mort que vous avez vu frapper tant de fois si près de vous , et qui viendra bientôt pour vous comme elle est venue pour tant d'autres? Ne suivez pas la multitude. Rappelez-vous que le chemin du grand nombre conduit à la perdition, et que celui de la vie éternelle est étroit. Apprenez à vivre en présence du monde invisible, vous qui connaissez le monde invisible; recueillez-vous en vous-mêmes au milieu des vains bruits du siècle, et répétez de jour en jour, dans le saint tremblement des enfants de Dieu : « veillons et prions; car nous ne savons ni le jour ni l'heure oi^ le fils de Thomme doit venir ! » Amen.
Septembre 1854.
LA