‹ SermonsChapitre 2 sur 7 · RÉCEPTION DE CATÉCHUMÈNES · texte numérisé non relu

RÉCEPTION DE CATÉCHUMÈNES

Souviens-toi de ton créateur pendant les joars de ta jeunesse, avant que les jours mauvais viennent, et que les années arrivent, desquelles tu diras : je n'y prends point de plaisir.

(EccLisusn, XII, 3).

Mes bien- aimés frères,

Désirant anjoardliui , comme mon tezle m'y appelle, m'adresser exclusivement aux jeunes gens, je dois dès rentrée prévenir une interprélation fausse et décourageante qu'on pourrait donner aux paroles qui vont suivre. Tout en pressant mes jeunes auditeurs de donner leur cœur au Seigneur dès leur jeunesse, je ne prétends pas dire -— et loin de moi une telle pensée! — qu'il ne soit plus temps de vous tourner

vers JésQS-Chrisi, voas qui aariez passé Tâge de la jeunesse sans vous convertir. Je sais qu'il y a des ouvriers de toutes les heures , et que ceux-là même qui viennent à la onzième heure ne sont pas repoussés par le père de famille. Mais ce dont je voudrais vous convaincre, parce que j'en suis convaincu moi-même, parce que tel est renseignement de TEcriture, c'est qu'il faut vous donner au Seigneur dès à présent, dès que vous entendez son appel, si vous voulez le faire jamais. Appliquez chacun à votre âge actuel, quel qu'il puisse être, ce que je dirai de la jeunesse. Aujourd'hui même, quel que soit votre âge, il dépend de vous de vous convertir et d'être sauvé ; mais si vous renvoyez volontairement à l'avenir pour vous occuper de cette « seule chose nécessaire, » plus tard vous ne le voudriez plus, vous ne le pourriez j)lus !

« Souviens-toi de ton créateur aux jours de ta jeunesse, avant que les jours mauvais viennent, et que les années arrivent, desquelles tu dirais : je n'y prends plus de plaisir. »

On se figure généralement que le monde ne veut pas de la religion : c'est une erreur. Le monde a trop le sentiment des convenances pour proscrire entièrement la religion ; il trouve qu'il est un certain âge de la vie où la piété, ou pour mieux dire la dévotion, est parfaitement à sa place. Le monde dit à l'homme, aussi bien que la bible : u souviens-toi de ton créa-

L4 CONVERSION I>ANS LA JSUNBSSE. tf

leur; » il ne difCère de la bible que sur Tépoque ok il eoovient de s'ocoiifier de son ètvae ei de son Dieo. Le monde dil : « soavieos-toi de Ion créaleyr muç jeun de ta vieilksse. La jeunesse esl le temps des plaèsirs; et ce serait la perdre que de la donner à la reli^ gîon. Jeunes gens y jouissez le plus possible de vos belles années , sans souoi des réalités sérieuses de la vie, sans vous attrister des pensées de la mort : plus tard il sera temps de songer à tout cela. Celte exo* bérance de force el de vie que vous sentez en voustmémes vous dil assez quelle est votre destination ae<» taelle. Il £aul laisser à vos passions le temps de s'affaiblir par la jouissance ; il faut accorder quelque chose à ce monde qui vous appelle et vous admire. Qu'y a* t-il de plus contre nature qu'une jeunesse rigide ^ sérieuse, austère, qui met la prière à la place du plaisir, qui ne s'occupe qu'à réprimer ses passions , au lieu de s'y abandonner librement et joyeusement? Plus tard , quand les rides auront creusé votre front, quand vos cheveux auront blanchi, quand votre sang circulera plus lentement dans vos veines, quand vos organes émoussés seront devenus inhabiles aux jouiar sances, quand le monde, en un mot, vous quittera, il sera temps alors de quitter le monde, et de consa* crer à la piété les dernières années ^de votre vie. La piété est comme les vêtements de couleur sombre , qui seraient déplacés dans le jeune âge, mais qui

conviennent à l'âge avancé. La vieillesse est triste, et

elle a besoin des consolations de la religion. Il coavient d'ailleurs de ne pas quitter la vie sans s'être préparé à ce départ, et de ne pas mourir coaime la brute; et comme il peut se faire après tout que la religion soit vraie et que le jugement à venir soit une réalité, il est de la prudence de se mettre, à tout hasard , en étal d y comparaître. »

Voilà , mes jeunes amis, le langage que vous tient le monde, ce prédicateur qui habituellement est mieux écouté que ceux de Févangile. La bible, de son côté, vous tient un langage directement opposé: « souviens-toi de ton créateur y vous dit-elle aussi y mais dans les jours de ta jeunesse. Ce sont les belles années de votre vie que Dieu réclame pour son partage. Si vous êtes dans Fâge de la force et de Tardeur, c'est pour employer ces dons précieux au service de votre divin maître; vous n'avez pas trop de force ni de vie pour ce qu'il réclame de vous. Cest à présent même, quand le monde vous environne de ses séductions , quand vous avez tout ce qu'il faut pour en jouir, c'est à présent qu'il faut y renoncer pour le Seigneur; c'est quand les passions vous dominent et vous entraînent, qu'il faut vivre d'une vie de prière, de bonnes œuvres, de renoncement et de sanctification. La jeunesse vous est donnée, non pour savourer les plaisirs du monde, mais pour la dépenfier au service de Dieu. Cette exubérance de vie et de lorce que vous sentez en vous, c'est à combattre vos

passions et à les vaincre que vous devez remployer. Vous êtes appelés non à jouir , mais à combattre; non à voQs enivrer de Tadmiration du monde, mais à vous humilier dans le sentiment de vos péchi^s. »

Telles sont, ô mes jeunes frères et mes jeunes sœurs, les d'eux voix qui vous appellent à lentréede la vie, et vous sollicitent dans deux directions opposées. Laquelle de ces deux voix voulez-vous , laquelle devez-vous écouter?... Je voudrais vous aider aujourdliui à résoudre cette question sérieuse, solennelle, à laquelle est suspendu tout votre avenir. Puissé-je, avec le secours de ce Dieu que jimplore du fond du cœur, parvenir à vous démontrer que tous les motife qui peuvent agir sur le cœur de Fhomme se réunissent pour vous porter du côté oh la bible vous appelle; que la raison, que votre intérêt, que toutes les nobles tendances de votre nature morale vous pressent à la fois d'écouter la voix du Seigneur, et de repousser la voix du monde !

Je dis qu'il est raisonnable de se souvenir de son créateur aux jours de sa jeunesse, de s'occuper sérieusement de religion dès notre entrée dans la vie. An premier abord , je Ta voue, cette assertion peut paraître un paradoxe, et il semble qu'il y a quelque chose de fondé dans cette maxime du monde que la jeunesse est l'âge des plaisirs. Il semble que cet âge où les impressions sont les plus vives , où les passions

ODl toute leur force y les organes toute leur fratcheur, l'imagiDation toute sa puissance, le cœur toute sa capacité d'aimer, il semble, dis-je, que cet âge où rhomme se sent porté avec une force presque irrésistible vers le monde extérieur, doive être donné en effet au monde et à ses jouissances. Mais il sufKt d'un instant de réflexion pour sentir qu'une pareille manière de raisonner est fausse autant qu'elle est dangereuse. Ce raisonnement, fondé sur les dispositions naturelles à la jeunesse , serait juste si Texistenoe de l'homme était bornée à cette vie. Si tout finissait pour nous à la mort, si toute notre félicité se concratrait entre le berceau et la tombe , alors, j'en conviens, il serait parfaitement raisonnable d'oublier les réalités sérieuses aux jours de notre jeunesse, et d'accumuler le plus de jouissances possible dans cette jeunesse qui ne reviendra plus. Mais s'il est vrai^ comme la parole de Dieu le déclare, et comme le confirme notre conscience , que nous sommes des êtres immortels; s'il est vrai que toute la vie présente n'est que l'enfance de notre jeunesse éternelle, si la terre n'est que le marchepied du ciel, alors l'afTaire essentielle pour nous, la seule chose vraiment nécessaire , c'est de nous préparer à l'éternité ; et il serait insensé d'attendre pour songer à cette éternité que nous soyons déjà avancés dans la vie. Dès notre entrée dans la vie, dès que nous sommes capables de discerner le bien du mal , dès que nous sommes en état

de comprendre les choses de l'âme , c'est alors qo'il Êiut noas en occuper. Laisser de côté pendant la jeunesse la pensée de Dieu et de l'éternité pour ne songer qu'au monde et à ses plaisirs, ce serait oublier l'essentiel pour l'accessoire ; ce serait agir comme un bomme qui négligerait de s'assurer une immense fortone pour s'amuser avec un hochet d'enfent. Par cela même que la religion touche à cette vie éternelle qui est notre véritable vie y ce doit être la première chose qui nous occupe à notre entrée dans la carrière. Il y a donc une sagesse divine , il y a une haute et sublime philosophie dans cette exhortation de l'Ecriture : « souviens-toi de ton créateur auœ jours de ta jeunesse. »

Mais peut-être cette considération y tirée de la nature des choses, a4-eUe un caractère trop abstrait pour frapper vos esprits, le m'empresse d'en ajouter une autre tirée de votre intérêt. Votre intérêt le plus sérieux , le plus pressant -, est d'accord avec la raison pour vous engager à donner votre cœur au Seigneur dès votre jeunesse.

En effet , le plus puissant de tous vos intérêts , c'est votre intérêt étemel. La chose la plus importante pour vous, celle qu'on peut appeler à bon droit la seule chose nécessaire , c'est que votre âme soit sauvée. Or, vous n^êtes pas actuellement en état^e salut : et vous le sentez bien , jeunes gens et jeuues filles qui ne

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vivez pas encore pour le Seigneur, mais pour le monde. Vous sentez que pour être sauvés vous avez besoin d'un changement, d'une conversion : mais vous renvoyez cette conversion à l'avenir. Plus tard, quand vous serez au déclin de la vie, les circonstances, pensez-vous, seront plus favorables, le sacrifice deviendra moins difficile : et c'est alors que vous comptez vous occuper de votre conversion et de votre salut. Ainsi votre salut dépend d'un changement, et ce changement dépend de l'avenir.. Mais l'avenir ne dépend pas de vous. Vous ne pouvez pas disposer de la moindre portion de l'avenir. Vous ne savez pas si vous vivrez jusqu'à ce moment auquel vous ajournez voire conversion. Vous ne savez pas si vous vivrez dans dix ans, ni dans un an , ni dans un mois , ni dans une semaine, ni dans un jour. A toute heure, en tout lieu, sous toutes les formes, la mort plane sur votre tête : elle a mille moyens de vous enlever cet avenir qui fait tout votre salut. Une mort dans la jeunesse n'est pas chose si rare; et il ne faut pas reprendre vos souvenirs de bien haut pour en trouver des exemples qui vous touchent d assez près. Toutes les années il y en a dans tous les pays un certain nombre : qui sait si le doigt de Dieu n'a pas marqué d'avance Tua de vous pour fournir dans notre pays un de ces exemples?.... Il n'est donc rien de plus incertain, ni dont vous puissiez moins disposer, que l'avenir. Et c'est à cet avenir incertain et inconnu que vous abandonnez

LA OmVERSION DANS LA JEUNESSE. 7f

la dédsion de votre sort éternel ! c'est sur cette basa flottaote et sans appui que vous fondez TédiBoe oà vous habiterez à toujours ! vous ne voudriez pas confier an hasard de Favenir le soin de votre bonheur terrestre , et vous lui abandonnez celui de votre salut! Est-ce là, mes jeunes frères et sœurs, une conduite conforme à votre intérêt véritable? est-il sage, est-il prudent déjouer voire éternité sur une chance inconnue de vie ou de mort, de maladie ou de santé? et quand vous n'auriez contre vous que llncerlitude de Favenir, ne serait-ce pas agir contre vos premiers intérêts que de renvoyer votre conversion ?

Mais pour vous faire mieux sentir le danger de ce renvoi , je veux bien supposer un moment que vous puissiez compter sur Favenir , et que vous soyez assurés de conserver la vie jusqu'au moiient où vous projetez de vous convertir : même alors, mes chers amis, votre espérance de conversion serait chimérique et illusoire. Car cette conversion deviendra plus difficile à mesure que vous la renverrez davantage ; et si les motifs qui la sollicitent ne triomphent pas aujourd'hui de vos résistances, il ny a pas de raison pour qu'ils en triomphent jamais. Cela résulte de la nature même de Fhomme , et de la puissance inévitable des habitudes. Il est dans la nature de Fhomme qu'une habitude quelconque devient plus difficile à vaincre OD à contracter à mesure qu'on avance dans la vie* Ce qui était £atcile dans la jeunesse devient difficile

7$ LA OmVERSION DANS LA JEUNES^.

dans l-àge mûr, et plus difficile encore pour le vieillAfd. Cest ainsi que ie jeune honMue apprend sans peine une langue étrangère ; mais le même travail esl trô&^ifficile pour rhoiame fait , et absolument impos* sible pour le vieillard. Cela egt vrai aussi des habitudes relatives à la piété. La vie chrétienne est pour vous une langue étrangère. Pour apprendre cette langue , vous avez certaines habitudes à vaincre et de» habitudes contraires à acquérir. Pour accomplir cette double tâche, vous êtes placés d'autant plus favorablement que vous êtes moins avancés dans la vie. A mesure que vous passerez ou de la jeunesse à Tâge mûr , ou de l'âge mûr à la vieillesse , les habitudes contraires à la piété deviendront plus fortes et plus nombreuses , l'activité de votre esprit se concentrera de plus en plus dans les intérêts matériels^ votre convermon sera plus difficile et moins probable. Il esl donc vrai ^ quoi qu'en dise le monde , que la jeunesse est l'âge de la vie le meilleur pour la conversion. Il faut profiter de cet âge , si fugitif et si précieux , où le coettf, dans son ardeur généreuse, dans toute la fraîcheur de ses sentiments^ ne demande qu'à se donner , il faut en profiter , cbers amis , pour vous donner tout entiers au Seigneur. Plus tard vous ne le pourriez plus; plus tard viendraient ces « jours mau^ vais » doni parie le Saint-Esprit, où vous diriez : a je n'y prends |dos de plaisir. » Plus tard vous ne pourriez plus secouer ce fardeau de l'indifférence re*

LA CCmVSRSION DANS LA lEtJfffiSSfi. 73

ligiense, des préoccapations terrestres et matérielles, qni se seraient eccamolées sur votre âme jour à jour durant de longues années. Après une longue vie passée dans l'indifférence religieuse^ vous reconnaîtriez avec douleur peut-être qu'il n'est plus temps pour vous de changer. Heureux, diriez-vous alors, ceux qui peuvent sentir vivement les choses de la foi : quant à nous , nous reconnaissons bien la vérité de tout ce qu'on nous dit , nous sommes forcés de nous condamner nous-mêmes ; mais nous avons perdu la faculté d'éprouver des impressions profondes et durables. Voilà y mes chers amis , ce qui vous attend dans cet avenir auquel vous ajournez votre conversion. L'ajourner , c'est presque la rendre impossible. L'avenir ne vous apportera rien que vous ne possédiez déjà aujourd'hui. Dans vingt ans, dans quarante ans, rien n'aura changé du côté des motifs qui sollicitent votre conversion ; la valeur des objets de la foi sera la même qu'aujourd'hui : le salut de votre âme ne sera pas plus nécessaire; l'éternité ne sera pas plus solennelle, ni le ciel plus désirable, ni l'enfer plus à craindre. Mais de votre côté quelque chose aura changé : les habitudes contraires à la piété seront plus fortes et plus nombreuses, et il sera devenu plus difficile d'y renoncer. Ainsi les obstacles à la conversion auront augmenté d'il n côté, sans que la force des motifs à vous convertir ait augmenté de l'autre. Si donc aujourd'hui œs motifs ne peuvent pas triompher de ces

obstacles y comment pourraient-ils triompher alors d'obstacles plus considérables? Il devient donc près-» que impossible que vous soyez jamais en état de salai si vous n'y travaillez pas aujourd'hui, si vous ne vous souvenez pas de votre créateur aux jours de votre jeunesse.

Je pourrais aller plus loin encore, et poussant les choses à Textrème pour vous faire encore mieux toucher au doigt la folie et le danger du renvoi de la conversion , je pourrais vous démontrer que , dans la supposition même oii, par une exception unique dans l'histoire de Thumanilé, vous eussiez pu échapper à l'influence inévitable des habitudes , même alors votre espérance d une conversion à venir serait chimérique et illusoire. Je pourrais vous dire que la con* version n'est pas une œuvre qui dépende de vos propres forces, que c'est la grâce de Dieu qui seule peut l'accomplir en vous , et que cette grâce vous n'en disposez pas : vous ne pouvez pas ajourner son œuvre au gré de votre bon plaisir, et lui dire comme Félix à Paul : (( pour lo présent va-t'en : quand j'aurai du loisir je te rappellerai. » Je pourrais vous dire^ appuyé sur de tristes expériences en même temps que sur la parole de Dieu , que sa patience a des bornes , que cette grâce toute-puissante qui aujourd'hui vous prévient, vous appelle, vous offre la conversion et le salut, qui met entre vos mains tous les trésors de la vie éternelle , que cette grâce qui vous

Là OQKVBan BilS lA JBDmC -Tm

protnei loot poar rien poar Favenir:

porte de voire conr qfll voix, qo^elle va se bner d s'i gl^ez plos loi^ileBpB. Je ponmis voas lappBkroei paroles da Srigiear tfc«i"1 sar JfiahiliB : r ô si la eusses conoii, Jam et jmr fw ftiml itÊmi, les choBes qui appartieaaeBl à ta paîi. ! maâi elles soot cacttées devant les jvax : »* pneure deole qall y a po«r les âaKS «a leaps de viâilatiam et de salot, après leifBel 1 esl trop tant '. Je poarrais mêaie voos caler des csemples effiraiants de personnes qoi, après avoir repoassé oa déiaigoé la sxho^ de Dieo pendant leur vie, Foiit vaiacaieol diencbde à rheore de la morL Je pourraîs aiosi vous avec ooe évidenoe saraboDdaale, qn'oiie Toiontaîrefiiect ajoarcée est, seloa looles les probabilités humaines , uae oooversioa imposable ; que la queslicm de savoir si voos voulez vous souvenir de votre créateur aux jours de votre jeunesse revient à cdieci : voulez-vous perdre votre àme ou la sauver ? el que j avais deux fins et trois fois raison d alfimier que votre intérêt le plus pressant vous engage à donner votre cœur au Seigneur, à le lui donner sans retard, à présent même, aux beaux jours de votre vie.

« Luc, XIX, 41, 5«. Voyez eocore Esaïc, LY, 6. Psaume XXXII, 6. Pfov-, I. tt-«8-

Mais je rougis de m'appcsantir aussi longtemps sur des ooQsidératioDS d'intérêt. Oh ! qu'il me tarde de laisser là tous ces raisonnements qui ne s'adressent qu'à l'égoïsme , tous ces tristes calculs fondés sur l'intérêt, et de faire appel dans vos cœurs à un mobile plus généreux 9 à la reconnaissance, à l'amour que vous devez éprouver pour un Dieu sauveur! qu'il me tarde de te faire intervenir dans la cause que je plaide, et de l'appeler à mon aide pour entraîner mes jeunes auditeurs, sauveur adorable et bien*aimé, toi dont je n'ai pas encore prononcé le nom, et dont la fête d'aujourd'hui nous rappelle la m(H*t sanglante , cette mort dont le seul mobile fut l'amour ! Que vaisje vous parler d'intérêt, quand la croix de Jésus- Christ est dressée devant vos yeux I Qui d'entre vous, jeunes frères et sœurs, aura le triste courage de mesurer, de marchander son dévouement à un sauveur qui l'a tant aimé I Âh 1 <^ sauveur n'a pas calculé ni marchandé avec vous, il n'a pas mesuré ce que lui coûterait son amour , quand pour vous sauver il a changé son trône de gloire contre une croix ; quand il a quitté pour les humiliations de la ten'e une félicité immense , parfaite , étemelle ; quand il vous a donné toute sa vie, une* vie qui s'est consumée lentement dans les soufiTrances et terminée par la plus cruelle des morts ; quand il a fait tout cela , lui le créateur, le roi des rois, le seigneur des seigneurs ,

LÀ G0I!fVERS10N DANS LA JEUNESSE. 77

pour Yoas sa créature y imperceptible vermisseau dans niumensité de son univers ; lui le saint des saints , dont les yeux sont a (tbp purs pour voir le mal , » pour vous qui étiez ses ennemis par vos péchés 1 Et vous, en présence d'un tel amour , vous refuseriez de quitter pour lui les faux biens de la terre et les courtes joies du péché ; vous iriez calculer ^ avec une mercenaire exactitude y ce que vous pouvez lui accorder ou lui refuser sans compromettre votre salut ; votre seule crainte serait de faire trop pour lui y de loi trop donner ; vous renverriez le plus possible le moment de vous consacrer à lui ; vous vous laisseriez arracher comme par force tout ce que vous donnez à Dieu y vous lui disputeriez pied à pied votre cœur et votre vie; vous voudriez ne lui abandonner que les tristes restes d'une vie usée déjà dans le service du monde : ce seraient les mauvais jours de votre vieillesse^ ce serait une vie déjà à demi glacée par la mort^ ce seraient les débris de vous-mêmes que vous aspirez à lui consacrer! Âh ! mes chers amis^ si vous en agissiez ainsi ^ quand bien même, par impossible , il serait temps encore de vous convertir à la fin de votre vie, vous vous prépareriez pour l'avenir des regrets douloureux et des larmes amères. Le regret le plus amer que puisse éprouver celui qui se convertit dans l'âge avancé , c'est d'avoir passé une longue vie loin du service du Seigneur , et de ne pouvoir plus ramener sa jeunesse pour la lui donner.

Si VOUS avez un cœur capable de sentir et d'aimer ; si jamais vous avez compris ce qu*il y a de délicat, de généreux , de désintéressé AnsAl'amour , ne balancez plus , ne calculez plus, donnez à un si tendre ami vie pour vie, cœur pour cœur, renoncement pour renoncement , dévouement sans réserve pour dévouement sans réserve. Estimez-vous trop heureux de poavoir lui donner encore votre jeunesse , vos forces , votre ardeur, la fleur de votre vie , d'avoir encore beaucoup à lui sacrifier ; et n'attendez pas , de pear que le sacrifice ne soit moins grand, qu'il ne réponde plus au besoin de votre amour 1 L'amour porte en lui-même sa propre récompense : il se platt dans les sacrifices, et plus le sacrifice est grand, plus il y trouve de douceur. Quel précieux privilège de pouvoir encore vous donner à Dieu tout entiers! qu'y at-il de plus be^m sous le soleil qu'une jeunesse consacrée à Dieu ! quel sort plus digne d'envie que celui d'un jeune homme qui , dans l'âge des passions , triomphe de ses passions ; d'une jeune fille qui, dans l'âge où le monde l'entoure de ses séductions, renonce aux séductions du monde, pour se donner à Jésus- Christ sans réserve et sans partage ! Ah ! lorsqu'en présence de Dieu seul et des anges du ciel qui vous contemplent, dans la solitude de votre cabinet et dans le secret de la prière , vous fléchissez les genoux devant le Dieu qui vous a aimés ; quand , pressés par les compassions de votre père céleste , vous lui pro-

Là OORt^XSION DANS LA JEUNESSE. 79

■Bs b ânoérilé de votre cœur , de lui Atre idèies josqv a h mortel de lui tout sacrifier; quond

reogage&ieni , vis-à-vis de votre ronde fîiir uoe tentation qui vous enlrutno , de votre cœor une convoitise coupable , do crucifier œs péchés qui ont crucifié votre sauveur ; quand vous répandez votre cœur à ses pieds comme Marie, et qne vous pouvez lui dire comme Piorro : «Seigneur, ta sais toutes choses ^ tu sais que Je faime! » — dites-le-nous, jeunes serviteurs et jeunes servantes de Jésus-Christ, ce que vous éprouvez dans ces moments-là ne vaut-il pas mille fois mieux que toutes les joies de la terre et tous les applaudissements du monde? Mes amis, laissez donc Ic*m Joioi» du monde et cherchez les joies de la foi , les Jolrs de l'amour de Jésus. Goûtez rineffabie bonheur (riiimer de toutes les puissances de votre âme celui qui voun A aimés le premier quand il s*est donné pour voum , et qui chaque jour encore vous environne ^ vous pri'S^e^ vous comble des témoignages de son amour Accueillez cette voix si douce et si pénétrante qui vous cric ; <c Mon fils , ma fille , donne-moi (on cœur ( no crieras-tu point désormais vers moi : mon père , tu es le conducteur de ma jeunesse ! K »

Quelle crainte pourrait vous arrêter encore et vous faire hé«ler, ô mes Jeunes frères et so^rs^ à vous

* Trow^ XXHI, te. Jér., Ilf, 4.

doDoer sans réserve à JésusChrist ? Craindriez-vous , en vous consacrani dès à présent à son service, d'assombrir les beaux jours de votre vie , de vous faire uue jeunesse austère et triste? Âh ! si telle était votre pensée, que vous auriez mal compris la nature et le caractère de la vie chrétienne ! Bien loin que vous puissiez être malheureux dans cette vie-là, c'est là seulement que vous pouvez trouver le bonheur , la sérénité, la pure et véritable }oie. Les dissipations du monde vous ont-elles jamais donné an vrai bonheur? que laissent-ils après eux ces plaisirs bruyants et étourdissants qui vous font oublier Dieu, sinon la satiété , la fatigue, et le sentiment amer que vous n'avez pas employé votre temps d'une manière utile, approuvée de Dieu, digne d'une créature morale et immortelle? Pour les joies de la piété, c'est tout le contraire. Quand vous vivrez d'une vie de devoir , de bonnes œuvres, de prière, de saintes lectures, de renoncement, de lutte contre vos passions; quand vous chercherez vos meilleures joies dans les œuvres de la charité j quand vous pratiquerez cette dévotion pure et sans tache dont parle l'apôtre, qui consiste à visiter la veuve et Torphelln dans leurs afflictions et à vous préserver de la corruption du monde , — alors, et seulement alors, vous serez véritablement et profondément heureux. Heureux dans le sentiment que vous accomplissez votre devoir et la destination immortelle pour laquelle Dieu vous plaça sur la terre;

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dans le seolimeat que votre vie est une vie oliley géoéreose, dévouée à la gloire de Dieu et au bien des hommes ; heureux dans le seDlimenl que Dieu vous aime, qu il n'y a plus pour vous de condamnatioD, ei que, dussiez- vous mourir aujourd'hui même, voUe place est marquée avec Jésus dans le paradis ! L'approbation de votre conscience et de votre Dieo vaudra bien les joies fugitives du péché. Les bénédictions des pauvres que vous aurez secourus , des malades et des affligés que vous aurez consolés ; les prières qu'ils feront monter pour vous au trône de la grâce , tout cela vaudra bien les applau* dissements do monde, et les couronnes sitôt flétries qu'il pourrait placer sur votre têle. D'ailleurs le monde lui-même ne peut s'empêcher d'honorer les jeunes gens religieux. A la jeunesse légère etfrîvole, il prodigue ses applaudissements perfides et ses flatteries mensongères : mais il réserve pour la jeunesse pieuse son estime et son respect

Il est donc vrai que tous les motifs possibles se réunissent pour vous presser de donner dès aujourd'hui votre cœur au Seigneur, de vous souvenir de votre créateur aux jours de votre jeunesse. Vous savez à présent quelle est la voix qu'il vous &ut écouter et suivre , celle de la bible ou celle du monde. Vous souvenir de votre créateur, c'est aussi vous souvenir de

votre sauveur : car le Dieu qui vous donna l'existence

est aussi le Dieu qui vous a sauvés. Ce jour , plas qu'un autre, vous appelle à vous souvenir de votre sauveur, et la cène à laquelle vous allez participer est une voix nouvelle qui s'unit aux paroles de notre texte et qui vous crie avec nous : Souvenez-vous de votre Dieu I « Faites ceci en mémoire de moi ; » telles furent les paroles de Jésus quand il institua la sainte cène. Venez donc, chers amis, à la table sacrée, pour vous souvenir de Jésus.

Souvenez-vous de la charité de Jésus. « Etant riche il s'est fait pauvre pour nous, afin que par sa paavreté nous fussions enrichis. 11 allait de lieu en lieu faisant du bien. Lorsqu'on lui disait des outrages, il n'en rendait point, et quand on lui faisait du mal, il n'usait point de menaces. Personne n'a un plus grand amour sur la terre que de donner sa vie pour ses amis : mais Christ a fait éclater son amour envers nous en ce que , lorsque nous fi'étions que pécheurs , il est mort pour nous. »

Et vous, à son exemple, jeunes disciples de Jésus, .((marchez dans la charité. Ajoutez à la piélé l'amour fraternel, et à l'amour fraternel la charité. N'ayez tous qu'un même sentiment, étant pleins de compassion l'un envers l'autre, vous entr'aimant fraternellement, étant miséricordieux et doux. Si l'un a sujet de se plaindre de l'autre, comme Christ vous a pardonné , vous aussi usez*en de même. Aimez votre prochain comme vous-mêmes. Tout ce que vous vou-

Là OORlŒaaMI IMLS LA JEmiGSE. 1$

lez qoe les homines tous Cnseol , bites-le de wùèui» pour eox; comme Oirisia doooé sa vie pour voue» soyez prêts aussi à doooer votre vie pour vos frères. «

Souvenez-voQS de rhomilité de Jésus. Lui qui était a la splendeur de la gloire du père ei Timage empreinte de sa persoooe, » lui qui « souleuail toutes choses par sa parole puifisaole, » lui qui « élail avec Dieu el qui étail Dieu » » il s*esi « anéanti lui* même , ayant pris la forme d un serviteur, fait à la ressemblance des hommes; et ayant paru comme un simple homme il s'est abaissé lui-même, et s'est rendu obéissant jusqu'à la mort, à la mort même de la croix. »

Et vous , à son exemple , jeunes disciples de Jésus, tf n'aspirez point aux choses relevées, mais marches avec les humbles. Ne soyez point sages à vos propres yeux. Soyez parés d'humilité. Que chacun de vous, par humilité, estime les autres plus excellents que lai-même. Quand vous aui*ez fait toutes les choses qui vous sont commandées , dites : nous sommes des serviteurs inutiles , car nous n'avons fait que ce que nous étions obligés de faire. Souvenez-vous que vous n'avez rien que vous ne Tayez reçu du Seigneur, et que, si quelqu'un pense être quelque chose, encore qu'il ne soit rien, il se séduit lui-môme. »

Souvenez-vous de la pureté de Jésus. Il est « l'agneau sans tache. » 11 a été fait « semblable ànpus en ton* tes choses excepté le péché. » Il a pu dire en face à

ses ennemis : « qui de vous me convaincra de péché? )> Ce n'est pas seulement son amour pour les pécbears qui Ta fait monter sur la croix, c'est aussi son hor* reur pour le {)éché : car il a voulu verser tout son sang plutôt que de laisser le péché sans châtiment.

Et vous, à son exemple, jeunes disciples de Jésus, (( ayez en horreur le mal , vous tenant fortement attachés au bien. Ne vous conformez point au siècle présent : mais soyez transformés par le renouvellement de votre esprit, et offrez vos corps à Dieu en sacrifice vivant et saint. Abstenez-vous des convoitises de la chair qui font la guerre à Tâme. Qu'aucune souillure ne soit même nommée parmi vous, ainsi qu'il convient à des saints. Âbstenez-vous de toute apparence de mal. Fuyez les désirs de la jeunesse. Que personne n'ait sujet de mépriser votre jeunesse: mais soyez le modèle des fidèles en paroles, en conduite, en pureté. »

Souvenez-vous du zèle de Jésus. Le zèle pour la maison de son père « le dévore, » selon la parole d'un prophète; seul contre une multitude, armé seulement de son zèle, il chasse les profanateurs du temple de Dieu. Il se lève avant l'aurore pour s'en aller sur la montagne prier son père ; toutes ses journées sont remplies par le service de Dieu , tous ses moments sont occupés par les travaux de son ministère, à tel point qu'il oublie même la nourriture et le repos.

Là ODRVEBSM» DANS LA JEUNESSE. U

El KMS, à 90D exemple, jeaoes disciples de Jésus^ « sojex en lool temps xélés pour le bien. Soyez fer* WBls despril, servant le Seigneur. Quelque chose qw vous bssieK, fiiiles-Ia de tout voire cœuri comme pour le Seigneur. Hàles-vous et ne différez point à garder ses commandements. Pendant que vous en avez le temps , faites du bien à tous , et principale* ment aux membres de la famille de la foi. Ne faites cas de rien, et que votre vie même ne vous soit point précieuse, pourvu quavec joie vous acheviez votre course et la tâche (fae vous avez regue du Seigneur Jésus! »

Voilà, mes cbers amis, les devoirs que vous pré* cbe le souvenir de votre sauveur, et doot vous allez prendre rengagement devant réglise et devant Dieu. La voici venue Theure solennelle et douce, Theuie de trouble et de joie, Tbeure à la fois crainte et désirée i où vous allez vous consacrer au Seigneur. Jamais, dans voire vie entière, vous ne trouverez un jour comme celui-ci : puissiez-vous en tirer tous les trésors de grâce qu'il renferme, et puisse*l-il marquer à jamais dans vos souvenirs comme un jour de béné* diction! Pénétrez-vous de la solennité de la promesse que vous allez faire. G)olemplez par la foi cette c€ nuée de témoins » qui vous environnent , selon Id parole de Tapôtre ^ Ce n'est pas seulement celte

église y ce ne sont pas seulement vos pasteurs , vos parents, vos frères, vos sœnrs, tous ces amis qui partagent votre émotion et qui unissent dans ce moment leurs prières à vos prières , ce ne sont pas eux seuls qui vont recevoir vos serments. Levez vers le ciel les yeux de la foi , vous y verrez d'autres témoins, d'autres frères et d'autres sœurs qui , déjà glorifiés et affranchis du combat de la vie , vous parlent encore par leur souvenir, vous encouragent par leur exemple à marcher sur leurs traces. C'est Abraham, le père et le modèle des croyants , qui vous apprend à espérer même contre toute espérance ; c'est David , qui a dit avant vous et comme vous, confiant dans la force de son Dieu : « je le jure et je le tiendrai , de garder les ordonnances de ta justice; » c'est Pierre, qui vous appelle à imiter son zèle, en évitant sa présomption; c'est Jean, le disciple que Jésus aimait , qui vous prêche par son exemple le bonheur qu'il y a d'aimer Jésus; c'est Marie, qui répandait aux pieds du sauveur le parfum de son amour, et qui a choisi la bonne part qui ne lui sera jamais ôtée ; c'est Dorcas , qui était « pleine de bonnes œuvres , » et dont les veuves , qu'elle avait habillées et secourues, racontaient la vie en pleurant; c'est Perside, à qui saint Paul rendit ce glorieux témoignage, qu'elle avait (c beaucoup travaillé pour le Seigneur; » et tant d'autres de nos frères et sœurs glorifiés que je ne puis pas nommer, mais qui sont tous présents aa

L& cnraïKnR ajuis ll «itiesse. ^^7

te sM^enir de lear kk. I) y n de leDgagemeol qno vqik^ de la muUiludo dce fidèles j a| M igiib «ae aolre mulUlude, celle di^ es|vîts oéie^es qui se tiennent <t pur mille \cami, le trône de Kancien dos jours. '^ Aages, qui toqs r^ooissez de la conversion des )h^fs, tressaillez aujourd'hui d'une joie divine , oMi^* dans TQs alléluias éternels la solonnilô qui con* de nouveaux disciples au Diou qui 08t amour* El t<M, père céleste qui es aussi un do \\o^ l(^moiim, toi qui, au-dessus des élus et des anges , to pinis ttUT^ni à contempler nos bien-aimés catéchunuNnoSi porln dans ce moment à leur cœur, encourogo-loA pnr In voix de ton amour, dis-leur que si tu réclnmoi^ iVmx un engagement sacré , tu les aideras toi-môino ik le remplir !

Venez donc, confiants dans ce secours divin » voun « qui êtes notre joie et notre couronne , )) voun « (jun nous chérissons d'une affection cordiale en Ji^niin- Christ, » venez sans crainte et sans inquiétude promettre au Seigneur de lui être fidèles. No regniHioz pas à vous-mêmes ni à votre faiblesse, mais h Diou et à sa force. Levez vers le ciel des yeux phmm do confiance et de joie , comme il convient à des rachetés de Jésus-Christ. <( Vous n'avez point reçu un esprit de servitude pour être encore dans la crainte : mais vous avez reçu Tesprit d'adoption, par lequel nous

crioDS abba , père ! » Venez écrire vos noms dans le livre de vie à côté des serviteurs de Diea de tous les temps, et leur donner aujourd'hui un bienheareux rendez-vous dans les tabernacles éternels! » Amen.

Avnl 4848.

Je TOUS laisse la paix, je vous donne ma paix; Je ne voua la donne pas comme le monde la donne : que voire cœur na aott point agité ni craintif.

(jEA!f,XIV,t7.)

Les paroles que vous venez d'entendre sont les adieax que le sauveur , prêt à mourir , laissait à ses disciples bien-aimés. Il était d'usage en Orient , — et cet usage existe encore — lorsque des amis se séparaient pour un temps plus ou moins long, qu'ils se souhaitassent mutuellement la paix, c'est-à-dire la prospérité. Fidèle à cet usage sacré, le sauveur^ au moment où il va quitter ses amis, leur laisse pour adieu sa bénédiction. Mais cette bénédiction n'est pas comme celle qu'un ami ordinaire laisse à ses amis : Jésus ne donne pas sa paix « comme le monde la donne; » sa bouche n'exprime pas un souhait stérile

et sans efficace : la paix qu'il souhaite à ses disciples y il est puissant pour Taccomplir dans leur cœur et dans leur vie; car il est lui-mêiue la source de la paix. « Je vous laisse la paix , je vous donne ma paix ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne : que votre cœur ne soit point agité ni craintif. )>

Tel est donc Thérilage que Jésus promet à ses disciples, et dans leur personne à tous les fidèles : la paix. Ce mot peint admirablement le caractère du bonheur dont jouit le vrai chrétien. La paix : c'est-àdire un bonheur tranquille, solide , assuré , à l'épreuve de toutes les agitations, et que rien ne pourra jamais troubler d'une manière durable. Celui qui possède ce bonheur-là n'a plus rien à craindre, ni rien à désirer ; rien de ce qui est véritablement bon ne saurait jamais lui manquer.

Cette paix du fidèle est inébranlable, parce qu'elle repose sur la réconciliation avec Dieu par la croix de Jésus-Christ. « C'est lui, » nous dit l'apôtre, <( qui est notre paix et qui a renversé le mur de séparation, ayant fait la paix par le sang de sa croix ; par elle il a détruit l'inimitié entre nous et Dieu, et il est venu évangéliser la paix à ceux qui étaient loin, comme à œux qui étaient près. » D'abord la paix avec Dieu, la réconciliation de l'homme pécheur avec la justice éternelle; et ensuite, comme conséquence infaillible de celte première paix, la paix intérieure, le bonheur de rame qui sait que Dieu est son père , et qu'il n'y

a plus poar elle de coodamnation. Comment ne serait-elle pas solide, comment ne serait-elle pas inébranlable, celte paix qui repose sur Tamour éternel da Père et sur le sacriGce ineffable du Fils ! Si quelque puissance au monde peut faire que Christ ne

soit pas mort sur la croix , alors elle pourra renverser la paix du fidèle qui met en Christ son espérance.

Mais mon but n'est pas aujourd'hui, mes frères, dlnsisler auprès de vous , comme je Tai déjà fait dans d'autres occasions , sur Fexcellence et la profondeur de cette paix qui est en Christ. Je voudrais envisager mon sujet uniquement par son côté pratique ; je voudrais rechercher avec vous quels sont les moyens de conserver et d'augmenter encore dans vos cœurs cette paix dont la source est dans la croix de Jésus-Christ. Ceux-là même qui ont cru de cœur à l'évangile et qui ont commencé à goûter la paix de Jésus, savent combien facilement elle est troublée dans nos cœurs par les misères de la vie présente. Quand nous remontons à la source de notre espérance^ nous sen-» tons bien qu'il y a au fond de notre âme, par-dessous toutes les agitations de la surface, un calme profond ^ une espérance « qui ne confond point, » une paix solide et éternelle; nous sentons bien que, quoi qu'il arrive, rien au monde ne peut nous séparer de cet amour éternel que Dieu nous a témoigné en Jésus-Christ; mais dans la pratique de la vie, dans le combat de

chaque jour, il arrive trop soavent que notre paix est momen la Dément troublée; notre espérance , sans se perdre entièrement, s'affaiblit et s'obscurcit; le soleil de notre ftme se voile de nuages. Qu'y a-t-il à faire pour porter remède à ce mal que nous connaissons tous par expérience? quels sont les meilleurs moyens à employer pour conserver plus habituellement cette paix si précieuse ; pour empêcher qu'elle ne soit troublée à chaque instant par les agitations , par les inquiétudes, par les épreuves et les souffrances de la vie présente ?

En méditant sur ce sujet important, j'ai reconnu que la condition de la vraie paix se résume dans an seul point : mettre notre volonté en harmonie avec la volonté de Dieu ; vouloir en toute occasion , sincèrement et complètement , ce que Dieu veut : rien de plus , rien de moins. Quand nous né goûtons point la paix , en d'autres termes quand nous ne sommes pas intérieurement heureux, cela provient toujours d'un désaccord entre notre volonté et celle de Dieu. L'harmonie entre la volonté du créateur et celle de la créature, voilà Tétat de choses normal et celui qui seul peut amener avec lui le bonheur ; du moment que cet accord de volontés n'existe plus, l'ordre moral est renversé, la paix est troublée, il en résulte inévitablement des conséquences de malheur; et comme le créateur ne peut pas être atteint dans le bonheur ineffable dont il jouit ^ c'est la créature qui

est malhenreuse. Le péché ifest pas autre chose que la destruction de cette harmonie entre nous et Dieu : de là toutes les conséquences fatales qu'il entraîne pour le pécheur. Pour que ces suites funestes du péché soient effacées, pour que l'homme pécheur puisse revenir à Tétai de bonheur et de paix , il faut que sa volonté soit ramenée à Tbarmonie, à l'unité avec la volonté de Dieu : c'est là le but de l'œuvre de Christ. 11 faut être en paix avec Dieu pour être en paix avec soi-même. Travaillons donc de tous nos efforts à mettre notre volonté d'accord avec celle de Dieu ; c'est le seul moyen de posséder la paix, mais ce moyen est infaillible» La volonté de Dieu se manifeste à notre égard de deux manières différentes : d'un cÔlé par les évène^ ments de notre vie, qui dépendent de sa direction souveraine ; de l'autre par les lois morales qu'il nous a données. A ces deux égards , il nous faut travailler à identifier notre volonté avec celle de Dieu.

Il faut d'abord n'avoir qu'une même volonté avec Dieu pour ce qui concerne les événements de notre vie. Evidemment nous ne pouvons être en paix qu'autant que les événements concorderont avec nos désirs. S'il nous arrive une chose et que nous en désirions une autre ^ nous ne pouvons pas être heureux , nous ne pouvons pas être en paix. S'il dépendait de nous de diriger les circonstances de notre vie, nous pourrions chercher la paix en arrangeant les

évènemeots au gré de dos désirs. Mais celte direction des évènemeDts ne dépend pas de nous : ils sont dispensés par un pouvoir suprême qui agît sans nous consulter. Nous ne pouvons ni assurer le succès de nos entreprises , ni empêcher la maladie de nous atteindre, ni prolonger d'un seul jour notre vie ou la vie d'un être bièn-aimé. Il n'est donc qu'un seul moyen d'arriver à l'accord désiré : puisque nous ne pouvons pas régler les événements sur nos désirs, il faut régler nos désirs sur les événements; il fout en venir, non pas seulement à recevoir avec résignation et comme un mal nécessaire, les épreuves de la vie, mais à aimer ces épreuves , à voir en elles un bien véritable, à pouvoir dire comme David : « il m'est bon d'être affligé ; » il faut percer par le regard de la foi la rude écorce qui enveloppe certains événements de notre vie, pour chercher sous un mat apparent et passager un bien véritable et éternel.

Pour cela, il faut d'abord nous pénétrer profondément de cette grande vérité que tous les événements de notre vie, sans en excepter un seul, petits ou grands, heureux ou malheureux, qu'ils soient amenés par la nature des choses ou qu'ils aient pour cause seconde la volonté humaine ^ sont l'expression de la volonté de Dieu. Dieu est partout : la môme volonté souveraine et intelligente qui régit le cours des astres, intervient dans les plus minimes détails de notre vie. Rien n'arrive sans que Dieu ait dit : je le

veux; non pas même la mort d*un passereau, ni la chute d'un cheveu de notre tête. N'accordons rien au hasard, cette puissance aveugle; rien à la fatalité, cette puissance lyrannique éternelle; et quant à la volonté humaine, disons-nous bien qu'elle n'agit que sous le contrôle de la volonté divine, et dans les limites que celle-ci lui a tracées d'avance. Attribuons hardiment toutes choses à Dieu lui-même , ramenonsles immédiatement à sa direction souveraine , sachons voir constamment dans tout ce qui nous arrive la main de Dieu et la volonté de Dieu. Cette foi pratique dans la Providence sera déjà un élément de paix intérieure; et il nous deviendra plus facile d'accepter les épreuves de la vie , quand à travers chacune de ces épreuves nous verrons Dieu.

Bappelons-nous ensuite que la volonté de Dieu est toujours ((bonne, agréable et parfaite,» soit que nous le comprenions ou que nous ne le comprenions pas; que cette volonté est toujours pleine d'amour à notre égard, et qu'elle ne peut avoir en vue que notre bien; rappelons- nous que (( toutes choses concourent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu ; » que celui qui nous a donné Jésus a promis de nous donner avec lui (( toutes choses ; )) et qu'après une preuve d'amour aussi éclatante, aussi merveilleuse que le sacrifice de Jésus-Christ, tout ce que Dieu ordonne ou permet à notre égard ne peut être permis ou ordonné que dans des vues

d'amoar. Comment noire volonté ne serait-elle pas conforme aux événements de notre xie^ même aax épreuves les plus douloureuses, si nous sommes persuadés que ces épreuves sont toujours Texpressioa de la volonté d'un père, d un père plein de tendresse et de sollicitude pour ses enfants? Peut-être nous ne comprenons pas encore comment ces épreuves pourront amener notre bien : mais qu'importe , si nous savons pourtant qu'elles sont un bien, et si nous avons confiance en Tamour de Dieu?

Pour faciliter en nous cette heureuse disposition qui nous fait accepter en paix toutes les dispensa tions de Dieu dans le cours de notre vie, il faut aussi nous rappeler habituellement la brièveté de cette vie, et le peu de place qu'elle occupe dans notre existence éternelle. Ce n'est pas ici le lieu de notre repos; la vie présente n'est pas notre véritable destination; pour apprécier sainement les événements de cette vie, il faut les envisager dans leur relation avec l'éternité ; ce qui semble un mal par rapport à la vie passagère de ce monde, peut être un bien excellent relativement à notre existence éternelle. « Notre légère affliction du temps présent, » dit saint Paul, a produit en nous le poids éternel d'une gloire infiniment excellente, quand nous ne regardons point aux choses visibles, mais aux invisibles; car les choses visibles ne sont que pour un tenpps , mais les invisibles sont éternelles. » Quand nous serons recueillis

dans le port de réternité, de quel œil différent non»

verrons alors les orages de la vie présente I que de

ehoses, qui aujourd'hui nous semblent un mal, nous

apparaîtront alors comme on bien précieux, parce

qu'elles auront tourné à notre sanctification et à noire

salut! Combien d'événements, qu'aujourd'hui nous

pouvons à peine accepter avec résignation , qui alors ,

quand nous en connaîtrons le but et les résultats,

feront le sujet de nos plus vives actions de grâces !

Efforçons-nous , mes frères , de nous transporter en

esprit dans ces périodes de l'avenir , et de voir les

choses dès à présent comme nous les verrons dans

l'éternité. Alors il nous sera fecile d'accepter tes

épreuves comme des biens ; alors nous pourrons par

la foi en rendre grâces dès' à présent à notre Père

céleste, comme nous lui en rendrons grâce dans le

ciel quand nous en recueillerons les fruits.

11 est encore une disposition morale qui peut nous

aider à recevoir en paix les épreuves de la vie, et

sur laquelle je veux insister auprès de vous : c'est

rhumilité, le sentiment habituel de notre misère

morale et de notre indignité devant Dieu. L'orgueil

est la source de bien des mécomptes et de bien des

froissements pénibles, soit dans nos relations avec

les hommes, soit dans celles que nous soutenons

directement avec Dieu. Dans nos murmures, avoués

ou secrets, contre la Providence, il y a toujours'

beaucoup d'orgueil. Murmurer contre les événements

de la vie, c'est dire que Dieu ne nous traite pas avec justice, et que nous méritions mieux que ce qui nous est accordé. Si nous étions profondément pénétrés de notre indignité morale; si nous sentions réel* lement que nous ne méritons rien devant Dieu , sauf le châtiment et la condamnation , alors nous ne serions pas étonnés des épreuves de la vie comme s'il nous arrivait quelque chose d'extraordinaire ; nous reconnattrions que Dieu ne nous châtie pas comme nous Tavons mérité , et que même en nous affligeant il nous épargne encore; nous le bénirions pour cet amour paternel qui éclate dans les épreuves qu'il nous envoie, non-seulement par le bien final qui doit en résulter, mais encore parce qu'elles sont infiniment légères auprès de ce qu'auraient mérité nos péchés.

L'humiiité est particulièrement salutaire pour adoucir les épreuves qui nous arrivent par Fintermédiaire des hommes. Que de mécomptes amers, que de froissements douloureux nous rencontrons à chaque pas dans nos relations avec nos semblables, qui ont leur source dans l'amour- propre, et qui nous seraient épargnés si nous mettions en pratique ce précepte de l'apôtre : <( que chacun, par humilité, estime les autres plus excellents que lui-même ! )) Si nous étions disposés à croire, dans la sincérité de notre cœur ,. que les autres valent mieux que nous, nous ne serions pas froissés de nous les voir préférer; nous

trouverions toat naturel d'être mis dans telle ou telle occasion au-dessous d*eux. D'ailleurs le meilleur moyen d*être estimés des autres , c'est de n'avoir pas une haute opinion de nous-mêmes. Cette parole du sauveur : a celui qui s'élève sera abaissé y et celui qui s'abaisse sera élevé , » est profondément vraie, même dans le sens temporel. Les hommes ne peuvent pas souffrir les orgueilleux; ils se plaisent à les humilier, à les froisser, à les remettre , 'comme on dit , à leur place. On aime au contraire à relever le mérite qui se cache , et à tirer les humbles de leur obscurité. Toutefois ce n'est point par un motif de ce genre, qui ne serait qu'un calcul d'orgueil , qu il faut aimer et chercher l'humilité. 11 faut l'aimer pour elle-même; il faut chercher les positions humbles comme celles qui nous conviennent le mieux, et qui sont les plus favorables pour notre salut. Il faut nous mettre sincèrement à « la'deruière place, » comme nous y invite le sauveur, et atteodreque Dieu lui-même vienne nous dire quand il le jugera bon , soit par les événements de cette vie, soit par la délivrance finale : « mon ami, monte pins haut ! » Alors nous jouironl^ d'une paix que nul mécompte d'amour-propre ne pourra troubler.

Enfin, mes frères, pour conserver une paix solide, ne demandons pas à cette vie plus qu'elle ne peut nous donner; n'attendons pas trop des hommes, ni des biens de la terre. Les biens de la terre ne sont pas les vrais trésors, ils ne peuvent satisfaire aux

besoins profonds de nos cœurs, ils trompenl amèrement ceux qui cherchent là leur félicité. Sachons donc perdre sans trouble ces biens-là , qui ne sont périssables que parce qu'ils sont imparfaits , et atfachoosnous aux biens invisibles, les seuls véritables, les seuls qui ne trompent jamais, et que rien ne peut nous enlever. Les hommes sont de pauvres pécheurs comme nous; ne leur demandons pas plus qulls ne peuvent donner ; ne nous étonnons pas slls ne répondent pas toujours à notre attente , s'ils nous méconnaissenl, s'ils nous contrarient, s'ils froissent notre cœur, slls répondent parfois à notre dévouement par l'indifférence ou même par l'ingratitude. Tout cela est naturel , nous devons nous y attendre et nous y préparei*. J'ajoute que tout cela est bon pour nous , tout cela fait partie de notre éducation spirituelle, et nous rappelle que nous avons dans le ciel un ami qui ne trompe jamais notre confiance. Reposons-nous sur ce céleste ami, répandons notre cœur dans le sien, plaçons en lui seul notre bonheur, et nous jouirons d'une paix que ni les hommes ni les choses ne pourront troubler.

Mais la volonté de Dieu ne se manifeste pas seulement par les événements de notre vie : elle s'exprime aussi par les lois morales qu'il nous a données , soit en les révélant dans sa Parole, soit en les écrivant dans notre conscience. A cet égard encore, pour que

nous poissioiis goAter la paix inténeare, il faut que noCre volonté 8oit rendue couforme à celle de Dieu ; et plus cette confonnité sera parfaite , plus notre paix sera solide et profonde. Si nous remontons à Torigine du trouble moral, du malaise intérieur que nous éprouvons trop souvent, nous reconnaîtrons presque toujours que ce trouble provient d'un défaut de fidé- ]îlé,et d'une conscience qui n'est pas entièrement satisfaite. Rien ne trouble la paix intérieure comme le malaise de la conscience. C'est parce que nous avons rarement lieu d'être contents de nous-mêmes que nous sommes si souvent mécontents des événements. Ce sont les reproches secrets de la conscience qui mêlent des gouttes de fiel dans la coupe de nos épreuves. Si nous étions toujours fidèles, si notre volonté était toujours d'accord avec la loi de Dieu , alors nous aurions au-dedans de nous une source intarissable de paix , d'une paix profonde et pure que les agitations ni les épreuves de la vie ne pourraient altérer. Il y a dans la seule pratique de la volonté divine, dans le seul témoignage d'une bonne conscience, indépendamment du bonheur à venir qu'elle nous assure, il y a dans l'accomplissement même du devoir une félicité ineffable, un délice intérieur qui est comme une réminiscence du paradis, et auquel rien ne peut être comparé. C'est là ce « festin continuel qui est dans le cœur du juste, )> selon la belle expression de la Parole de Dieu. C'était là, sans

doute, la pensée du Psalmiste lorsque en parlant des commandements de Dieu , il disait : « il y a un grand salaire dans leur observation ^ » Il ne dit pas, remarquez-le bien , « à la suite » de leur observation y mais dans leur observation même ; il ne parle pas seulement des résultats heureux que Faccomplissement du devoir amène dans l'avenir , mais du bonheur qui se trouve dans Facte même du devoir accompli. Cette pensée revient fréquemment sous diverses formes dans les psaumes du roi-prophète. 11 déclare que » les commandements de Dieu réjouissent le cœur; qu'ils sont plus désirables que For, même que beaucoup d'or fin , et plus doux que le miel, même que ce qui distille des rayons de miel. » On sent qu'il parlait d'expérience, et que cet amour de la loi , cet amour de la règle et du devoir remplissait son cœur d'une joie excellente. «O combien j'aime ta loi ! » s'écrie-t-il : « c'est ce dont je m'entretiens tout le jour. Mon âme est tout embrasée de l'affwtion qu'elle a de tout temps pour tes ordonnances. Je prendrai mon plaisir dans tes commandements que j'ai aimés; même j'étendrai mes mains vers tes commandements que j'ai aimés, et je m'entretiendrai de tes statuts.» Vous l'entendez : c'est de la loi qu'il parle , c'est la loi qu'il aime, ce sont les commandements de Dieu qui font sa joie : tandis que nous autres ,

* Ps. XIX.

LE SECRET DE LA PAIX. m

faibles croyants , nous ne savons aimer qne les pro* messes ; il semble que la loi nous est à charge ; nous ne goûtons pas cette saveur généreuse et salutaire qui est inhérente aux commandements de Dieu ; nous trouvons bien de la douceur aux promesses de la grâce 9 mais nous ne dirions pas au Seigneur commd David : « ô que ta loi est douce à mon palais I elle est plus douce que le miel à ma bouche ! » Et pourtant, il n'est pas un homme, à moins qu'il ne fftt étranger à toute vie morale, qui ne connaisse par expérience , dans une certaine mesure, le bonheur qui se trouve dans l'accomplissement de la loi. Il n'est personne qui n'ait le sentiment intime que s'il était parfaitement fidèle à son devoir, si sa conscience loi rendait constamment un bon témoignage , si sa volonté était complètement conforme à la volonté de Dieu , il jouirait d'une paix parfaite, quels que fussent d'ailleurs les événements de sa vie.

Je vous recommande , mes frères , de rechercher la paix par cette voie-là. <( Il y a une grande paix pour ceux qui aiment la loi de Dieu , et rien ne les peu! renverser, » dit l'Ecriture. Si vous ne jouissez pas de cette paix , il y a tout lieu de croire que cela provient d'un manque de fidélité. Descendez en vous-mêmes, ÎDlerrogez avec soin votre conscience , cherchez sur quels points vous avez manqué à la sainte loi de Dieu, à cette loi spirituelle, qui ne veut pas régler seulement votre vie extérieure, mais votre plus

secrète pensée ; cherdiez quelles sont les iautes daos lesquelleB voas avez été entraînés y quels sont les devoirs que vous avez négligés , quelles sont les occasions de faire le bien qae vous avez laissées passer sans en profiter; humiliez-vous devant Dieu, confessez-lui vos péchés, demandez-lui pardon par le sang de Christ y et en même temps entrez franchement dans une voie nouvelle; appelez à votre aide l'Esprit de Dieu qui vous est promis , et soutenus par cet auxiliaire tout-puissant qui ne vous manquera point, restez loin de vous le péché , prenez la résolution inébranlable de donner à Dieu tout votre cœur, de consacrer toute votre énergie à son service, de lai offrir a vos corps et vos ftmes en sacrifice vivant et saint; )> identifiez voire volonté avec sa volonté, manifestée par les lois qu'il vous a données, n'essayez jamais de transiger avec votre conscience, « abstenez vous de toute apparence de mal,» combattez le péché à tous ses degrés et sous toutes ses formes , attachez-vous à ne jamais négliger volontairement un seul devoir, placez votre bonheur dans le devoir même : &ites-vous ainsi un bonheur indépendant de toutes les circonstances extérieures, de tous les événements heureux ou malheureux , un bonheur que vous porterez avec vous partout et avec lequel vous pourrez braver l'avenir quel qu'il soit; un bonhenr que nulle puissance au monde, ni dans le ciel, ni sur la terre , ni dans l'enfer ne pourra jamais arracher de

votre oœtir. Alors voos connattrez la vérité de cette parole de l'Ecriture : « c'est ane joie pour le joste de fiure ce qui est droit ; » alors vous goûterez dans sa plénitude cette paix de Jésus qu'il a promise à ses disciples , et dans lear personne à tous ses rachetés.

Je dis la paix de Jésus. N'oubliez pas, en effet — j'ai à cœar de vous le rappeler en terminant — qae cette paix vient de Jésus et de lui seul. Il est impossible d'y arriver par une autre voie que la foi en Jésus , en Jésus crucifié , comme le témoignent ces belles paroles d'un de nos cantiques favoris :

Je Teux t'aimer, c'est le tœu de ma vie,

Le besoin de mon cœur.

Mais pour t*aimer que jamais je n'oublie

Le sang du rédempteur !

Pour goûter la paix , vous l'avez vu , mes frères , il faut qu'en toutes choses votre volonté soit rendue conforaie à celle de Dieu. Mais pour conformer votre volonté à celle de Dieu^ il faut aimer Dieu : et l'amour de Dieu ne s'apprend qu'en Jésus-Christ; l'amour de Dieu ne s'apprend qu'au pied de cette croix sur laquelle il nous a aimés le premier en se livrant pour nous. Aussi est-ce au moment où il allait mourir que Jésus a promis sa paix à ses disciples^ parce que cette paix devait être le fruit de sa mort. Approchez-vous donc par la foi de cette croix sur laquelle Jésus a donné sa vie pour vous ; apprenez à

aimer à votre tour de toutes les puissances de votre ftme celui qui vous a aimés jusqu'à la croix , et soyez certains que le secret de^ la paix se trouvera pour vous dans Tamour. Âmen.

. Mars 4856.

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