‹ SermonsChapitre 7 sur 7 · JONAS, III · texte numérisé non relu

JONAS, III

L'histoire de Jonas, dans ses périodes successives y nous offre la fidèle image du développement de l'œuvre de la grâce dans le cœur de Thomme. Le prophète commence par pécher grièvement contre TElernel , et TEternel le châtie en le faisant en quelque sorte descendre vivant dans le sépulcre : c'est l'image d'un pécheur qui apprend à connaître ses péchés, qui envisage pour la première fois avec terreur la condamnation qu'ils entraînei^t, et qui se trouve comme plongé dans l'enfer fioqs le fardeau de la colère divine. Du fond de sa détresse le prophète crie à l'Etemel , et l'Eternel lui répond en lui accordant, par un effet de sa pure miséricorde, une délivrance inattendue et merveilleuse : image du pécheur que la repentance conduit aux pieds du sauveur, et qui trouve dans le sang versé sur la croix le pardon de ses péchés et la vie éternelle. Enfin le prophète se dévoue sans ar-

rière-pensée aa service du Diea qui l'a sauvé , et brave tous les dangers pour exécuter sa volonté : image du pécheur qui, racheté au prix du sang de l'dgneau^ ne s'appartient plus à lui-même^ 6t coasacre désormais sa vie au service de son Dieu sauveur. Nous avons vu successivement le châtiment de Jonas et sa délivrance : il nous reste à voir la fidélité qu'il apporta dans l'exécution des ordres de son maître.

(( Après cela la parole de l'Eternel fut adressée à Jonas pour la seconde fois, el il lui dit : lève-toi et t'eo va à Ninive^ la grande ville , et publies-y à haute voix ce que je t'ordonne. Jonas donc se leva et s'en alla à Ninive , suivant la parole de l'Eternel. )> La leçon terrible qu'il avait reçue ne fut point perdue pour le prophète : il n'a plus rien à opposer aux or« dres de son Dieu , il n'hésite plus , et oubliant tous ses préjugés judaïques , bravant tous les dangers qui le menacent^ il se met en marche pour Ninive, « selon la parole de l'Eternel. »

Certes, il fallait pour accomplir une semblable mission un courage admirable , et que la foi seule pouvait donner. Qu'on se représente un homme chargé d'aller dénoncer les jugements de l'Eternd à l'une des grandes capitales des temps modernes; <1 aller parcourir tout seul les rues d'un Paris ou d'un Londres , en tonnant contre la soif de l'or, contre l'esprit de vengeance ^ contre la débauche et l'adula

tèrq, contre les mille formes diverses et hideuses que revêt autour de nous l'oubli de Dieu : quel accueil pourrait espérer un tel homme? et à quels dangers ne Texposcrait pas une mission pareille? Telle ; et plus redoutable encore^ était la missioa du prophète; car^ de nos jours, la plupart des païens de nos grandes villes se contenteraient de lever les épaules et d'accabler de leur superbe mépris le messager de FEternel : au lieu que du temps de Jonas, où l'on prenait la religion au sérieux, sa fidélité aux ordres de son maître l'exposait, non-seulement aux opprobres, mais aux mauvais traitements et à la mort. Il y a quelque chose de sublime dans ce dévouement d'un homme , qui s'en va ainsi tout seul^ sans armes que sa parole et sa foi , engager une guerre à mort contre l'orgueil d'un puissant monarque et la corruption d'une population d'un million d'âmes K Mais cet homme seul et sans armes a pour lui le Dieu des prophètes : c'en est assez pour assurer son triomphe. A la voix de cet homme seul et sans armes , le puissant monarque va descendre de son trône, il va déposer la pourpre pour se couvrir de deuil et s'asseoir sur la cendre ; et toute cette population d'un million d'âmes va se frapper la poitrine , et

^ Les calculs les plus modérés (fondés sur le verset \ \ du chapitre IV) portent la population de Ninive au-delà de six cent mille âmes; quelques-uns la font monter jusqu'à deux mil^ lions*

SA MISSION. t43

s'humilier le front daos la poussière devant l'Eternel et son prophète.

a Or Ninive était one très-grande ville de trois

joarnées de chemin. » C'est-à-dire qu'il fallait trois

jours, ou pour faire le tour de la ville, ou pour en

parcourir toutes les places et les rues principales.

Cette description de la grandeur de Ninive s'accorde

avec ridée que nous en donnent les historiens proÊi-

nes. Strabon nous apprend , en effet , que Ninive était

plus grande encore que Babylone, qui n'avait pas

moins de vingt lieues de tour. Pour comprendre cette

immense étendue occupée par une seule cité , il faut

se rappeler que les villes de l'Orient renferment dans

leur enceinte de vastes espaces occupés tout entiers

par des jardins, et qui par conséquent ne sont pas

habités.

« Et Jonas étant entré dans la ville y marcha pendant une journée , et il cria en disant : encore quarante jours, et Ninive sera détruite! » Sans doute nous n'avons ici qu'un résumé, et comme le texte de la prédication du prophète : il dut ajouter à ce texte des développements tirés de la grandeur de Dieu, de sa justice et dé sa puissance , des jugements terribles qu'il avait déjà exercés sur la nation d'Israél et sur le monde ; il est à croire aussi qu'il n'oublia pas de mentionner le jugement dont il avait luimême été l'objet.

(( Encore quarante jours , et Ninive sera détruite 1 n

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Pourquoi ce répit de quarante jours accordé à la ville coupable? pourquoi ne pas exécuter immédiatement la sentence de destruction qui semble arrêtée sans retour dans la pensée de la justice éternelle'? Je ne vois qu'une explication à ce délai : c'est que Dieu ^ dont l'amour égale sa justice^ et dont le châtiment est i( l'œuvre étrange , » veut encore laisser une porte ouverte à la repentance. Il hésite jusqu'à la fin avant de frapper , il en recule le moment jusqu'aux dernières limites , afin d'essayer si peut-être le pécheur, qui a résisté aux appels de la grâce, ne cédera pas devant les menaces de la justice : tout prêt à revenir lui-même sur sa sentence, si le pécheur abandonne sa rébellion.

El c'est ce qui arriva en effet pour les habitants de Ninive. Celle parole sinistre et menaçante qui éclatait tout-à-coup au sein de la sécurité trompeuse que produit l'oubli de Dieu ; celle cloche de mort qui venait retentir au milieu des enivrements de la débauche et couvrir la musique des festins; cet étranger mystérieux, ce devin d'un nouveau genre, qui venait, non flatter le peuple comme les oracles menteurs qu'ils avaient connus jusqu'alors, mais leur annoncer, avec toute la force d'une mission divine et avec un courage sans exemple, une ruine imminente; peutêtre aussi la disposition générale des esprits, dans les temps de corruption et de décadence, à se laisser frapper par les choses extraordinaires : toutes ces cir-

constances , agissant de concert avec l'esprit divin qui accompagnait la prédication du prophète y donnèrent à cette prédication un succès tel que n'en eut jamais la parole d'aucun homme. Toute cette immense population , réveillée subitement du sommeil du péché et de la mort , crie au Seigneur comme un seul homme pour implorer son pardon et sa grâce. « Et les hommes de Ninive crurent à Dieu , et ils publièrent le jeûne, et se vêtirent de sacs, depuis le plus grand d'entre eux jusqu'au plus petit. Car cette parole était parvenue jusqu'au roi de Ninive, lequel se leva de son trâne , et ôta de dessus lui son vêtement magnifique , et se couvrit d'un sac et s'assit sur la cendre. Puis il fit faire une proclamation , et l'on publia dans Ninive , par un édit du roi et de ses princes : qu'aucun homme, ni bête, ni bœuf, ni brebis ne goûtent d'aucune chose, qu'ils ne se repaissent point et ne boivent point d'eau; et que les hommes soient couverts de sacs , et les bêtes aussi ; et qu'ils crient à Dieu de toutes leurs forces , et que chacun se convertisse de sa mauvaise voie et de l'iniquité qui est en ses mains. Qui sait si Dieu ne viendra point à se repentir , et s'il ne se détournera point de l'ardeur de sa colère , en sorte que nous ne périssions point ? »

Ce jeûne et ce deuil publics , auxquels les animaux eux-mêmes sont assujettis , est un usage oriental dont nous trouvons de fréquents exemples dans l'histoire

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profane K Cet usage est fondé sur le besoin naturel à un esprit profondément frappé de faire participer toat ce qui Tentoure aux émotions qu'il ressent lui-même. Il semble qu'on ne pourra jamais assez multiplier les témoignages de deuil et d'humiliation; et jusqu'aux êtres privés de raison, jusqu'à la nature inanimée doivent en fournir leur part.

Qu'on essaie de se représenter le superbe monarque de Ninive, et toute son immense population , couverts des tissus les plus grossiers 2 y livrés à un jeûne sévère et assis dans la cendre. C'était un deuil sérieux que celui-là y et bien différent de ce qu'on appelle deuil de nos jours. Aujourd'hui , la plupart des personnes qui portent le deuil semblent avoir oublié la véritable origine de cet usage y et trop souvent ce deuil n'est qu'une vaine forme sans signification et sans valeur. Dans la pensée qui a présidé à la fondation de cet usage , le deuil suppose que ceux qui le portent sont tellement préoccupés de leur douleur qu'ils négligent le soin de leur personne ; et les vêtements de deuil ,

1 Ainsi Hérodote nous raconte qu'après la bataiUe de Platée, où avait péri le général des Perses Masistius , non-seulement les hommes se rasèrent la tète, mais ils coupèrent les crinières de leurs chevaux et tondirent toutes les autres bêtes qui étaient dans le camp. « Cest ainsi , dit-il , que les barbares honorèrent à leur manière Masistius frappé à mort. »

2 Les Juifis étaient dans Fusage, lorsqu'ils célébraient des jeûnes publics , de porter autour de leur corps des sacs faits d'une étoffe grossière.

pour répondre à leur signification , devraient se distinguer moins encore par leur couleur que par leur «xtrême simplicité. Que faut-il donc penser de ces personnes qui portent jusque dans les signes de leur affliction les préoccupations de la mondanité y et qui trouvent moyen de faire briller tous les raffinements de Télégance dans les vêtements de la douleur? Que penser d'une telle conduite, sinoû qu'un pareil deuil est un mensonge , et qu'il n'exprime pas une afQiction réelle et profonde?

Mais les Ninivites ne se bornent pas à ces marques extérieures de repen tance. Le décret du roi n'ordonnait pas seulement le jeûne et le deuil : il ordonnait aussi que chacun se convertît de sa mauvaise voie , et de l'iniquité qui était dans ses mains. Les Ninivites ne se contentaient pas de confesser leurs péchés et de s'en humilier devant Dieu : ils s'empressaient de renoncer à ces péchés pour entrer dans une voie nouvelle. L'homme dévoré de la soif de l'or se dépouillait de son avarice et se répandait en aumônes ; l'homme violent et vindicatif renonçait à sa haine et faisait du bien à ceux qu'il avait opprimés ; l'homme livré aux passions de la chair jetait loin de lui ses honteux plaimrs , pour devenir tempérant et pur. C'était là véritablement (( le jeûne que l'Eternel a choisi, » celui auquel il prend plaisir; et cette réforme à la fois si prompte et si complète de tout un peuple est assurément un des spectacles les plus magnifiques

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qui aient jamais réjoui les regards de Diea et de&' anges.

« Qui sait , » ajoutait le roi de Ninive , « si Dieo ne viendra pas à se repentir , et s'il ne se détournera pas de l'ardeur de sa colère , en sorte que nous ne

périssions point? » « Qui sait? » il y a quelque

chose de bien remarquable dans ce mélange de crainte et d'espérance qui inspire la conduite du roi de Ninive. Il ne peut se défendre de craindre, puisque le pro* phète du Seigneur a dit, sans réserve et sans condition : « encore quarante jours et Ninive sera détruite. » Mais il peut encore moins se défendre d'espérer : car une voix intérieure, plus puissante encore que celle du prophète , et qui n'est autre que la voix de Dieu même, lui crie que le Seigneur est miséricordieux , qu'il ne sait pas résister à la prière de la repentance , et que cette prière s'élevftt-elle — s'il était possible — du fond de l'enfer , ello trouvera le chemin de son cœur. Il y a, si l'on veut, une sorte d'inconséquence dans la conduite du roi de Ninive ; à raisonner rigoureusement il aurait dû se dire : « la repentance est inutile où la sentence est prononcée; destinés à la perdition par un décret de l'Eternel , à quoi bon irions-nous troubler par les austérités de la pénitence le peu de jours qui nous seront comptés encore? mangeons et buvons , car demain nous mourrons ! » Mais de semblables raisonnements , bons pour amuser les loisirs de l'incrédulité ou de l'indiffiârence, ne

SA MISSION. 94t

sauraient trouver place dans une âme qui prend aa sérieux b parole de l'Eternel , et qui tremble devant ses jugements. Cette flme-là ne possède pas la triste facolté de peser à la balanoe d'ane froide logique une éternité de salut ou de perdition ; et de même qu'un homme qui se trouverait au milieu d'une maison embrasée sans apercevoir aucun moyen d'en sortir^ ne laisserait pas jusqu'au dernier moment d'espérer contre tout espoir, et de faire tous ses efforls pour échapper à la mort qui le menace, de même celui dont la conscience a été réellement atteinte par la parole de Dieo, sans s'inquiéter s'il est un élu ou un réprouvé, ^^ perd pas un moment pour crier au Seigneur, pour renoncera ses péchés, pour travailler à son salut. Il 6st inconséquent peut-être : mais que lai importe , pourvu qu'il soit sauvé ! sainte et bienheureuse inconséquence, qui a pour résultat le salut des Ames! il y a là quelque chose que la raison n'explique pas, mais querftme sent, que la conscience approuve, et que l'expérience justifie. C'est ainsi que la doctrine de félecUon, telle que l'entend l'Ecriture, n'a rien qui entrave la liberté humaine ni les règles éternelles de Ifl justice. Chaque homme tient entre ses mains sa destinée éternelle : tous peuvent se perdre , et tous peuvent se sauver; aussi longtemps que nous sommes s^i* la (erre , il dépend des élus de devenir des réprouvés ^ et il dépend des réprouvés de devenir des ^iis ; les décrets mêmes de Dieu sont comme subor-

tm JONAS.

donnés à la conduite des hommes ; et si un Saûl infidèle efface par son infidélité une promesse de grâce , un roi de Ninive repentant efface par sa repentanoe une sentence de condamnation.

(c Et Dieu regarda à ce qu'ils avaient fait, et comment ils s'étaient détournés de leur mauvaise voie ; et Dieu se repentit du mal qu'il avait dit qu'il leur ferait , et ne le fit point. » II est superflu de vous faire observer que ce sont là des expressions figurées, empruntées à ce qui a lien parmi les hommes ; que ces expressions doivent s'entendre dans un sens digne du Dieu qui « connaît de toute éternité toutes ses oeuvres, » qui a n'est pas homme pour mentir ni fils de l'homme pour se repentir; » et que lorsque l'Ecriture nous dit que Dieu se repent, cela veut dire qu'il agit comme ferait un homme qui se repentirait.

Ainsi que nous l'avons déjà fait observer , la mission de Jonas à Ninive est une image et comme une prophétie en action de la vocation des païens. A cet égard encore Jonas est un type du sauveur , comme il l'était déjà dans son naufrage, qui est une espèce de mort , et dans sa délivrance, qui est une espèce de résurrection. Jonas, envoyé par l'Eternel, se présente seul, sans appareil et sans puissance , dans une ville

1 4 Sam., XIII, 43. On peut rapprocher de Thistoire des Ninivites celle d'Ezéchias, qui obtint également la révocation d'un décret de Dieu par la puissance de la prière (Esaîe, XXXVIII, 4-B).

coupable et perdue , il y prêche la parole d*0D Diea inconna , et an grand people se convertit à sa voix. Ainsi Jésus, l'envoyé dn père, entre dans un inonde perdu par le péché; il y vient « sans édat et sans ap* parenoe , » méconnu et comme étranger au milieu des siens, il y prêche la parole de la croix, ces « dioses que Fœil n'a point vues , que Foreille n'a point entendues , et qui ne sont point montées au cœur de rhomme; » et cette parole renverse non-seulement la superstition et lldolàtrie , mais encore la prétendue sagesse des philosophes du siècle; et dans cette grande cité du monde, peuples et rois, savants et ignorants se convertissent en foute de la vaine manière de vivre de leurs pères , pour servir le Dieu vivant. Mais il y a bien loin de la figure à la réalité, et à cet égard nous devons dire avec l'Ecriture : « il y a ici plas qoe Jonas. » Jonas n'était qu'un pauvre pécheur, rebelle et désobéissant comme ceux auxquels s'adressait sa prédication : Jésus est « le saint et le juste, » celui que jamais aucun homme n'a pu « convaincre de péché , 3) et qui a été <( obéissant jusqu'à la mort , à la mort même de la croix. » Jonas ne pouvait que dénoncer les jugements de Dieu : Jésus est venu proclamer sa miséricorde ; bien plus , il a lui-même détourné le Jugement de dessus la tête de ceux qui croient en lui et leur a obtenu la miséricorde ; bien plus , il leur donne son Saint-Esprit qui purifie leur conscience des mauvaises œuvres , et les transforme à

t5S JONAS.

l'image de Dieu, a Oh ! que bienheureux sont tous ceux qui se retirent vers lui ! »

Jonas, dans sa prédication aux Ninivites, nous apparaît encore comme le premier des missionnaires ; et le succès dont fut couronnée cette prédication est un précieux encouragement pour les missionnaires de nos jours. Nous avons vu le prophète s'engager ^ seul et sans armes, dans une lutte saintement téméraire contre la corruption de tout un peuple ; et nous l'avons vu triompher dans cette lutte sans espoir, parce que Dieu était avec lui. Image fidèle de l'œuvre que les missions ont entreprise pour la conversion du monde. Si nous jetons les yeux sur le champ des missions, qu'y voyons-nous? Une poignée de faibles ouvriers jetés et noyés dans l'océan du paganisme. Ils ont à combattre à la fois, et les dangers de climats meurtriers , et la rage des bétes féroces, et l'ignorance^ et la superstition , et la corruption et la cruauté de six cents millions de sauvages ; et pour triompher de tout cela, ils sont quelques centaines d'hommes sans autres armes que la prière et la foi. Le monde sourit de pitié à leur aspect et traite leur entreprise de folie ; et il dit vrai , car la parole de Dieu elle-même

lui donne oe nom. Mais c'est une « folie de Dieu , )>

qui est <( plus sage que la sagesse des hommes; et leur faiblesse est a une faiblesse de Dieu, » qui est (( plus forte que la force des hommes. » C'est la faiblesse et la folie de saint Paul, prêchant à Rome

SA MISSION. tft3

et dans l'aréopage ud Dieu cracifié; c*e8( la faiblesse et la folie de Jooas , crianl daos les rues de la riche et puissante Ninive : encore quarante jours et Ninive sera renversée ! Aussi cette poignée de faibles soldats qni sont aux prises avec les six cents millions de rarmée païenne triompheront comme Jonas , parce que le Dieu de Jonas est avec eux. Ils verront , j'en atteste la parole de ce Dieu qui ne peut mentir , ils verront l'une après l'autre toutes les forteresses de Satan tomber devant leurs armes pacifiques , comme les murs de Jérioo devant Israël ; ils verront tous les sujets do roi des ténèbres , liés des chaînes de la foi et de l'amour , se déclarer tôt ou tard captife de Jésus- Christ y et enfin se lèvera sur le monde ce bienheureux jour^ promis dans la prophétie, où la terre entière sera couverte de la connaissance de TEternel , comme le fond de la mer Test par ses eaux.

Mais déjà, Dieu soit loué! nous pouvons saluer Faurore de ce beau jour. Déjà les résultats des missions dépassent toutes les prévisions, toutes les espérances humaines. Déjà le monde païen s'ébranle à la voix des missionnaires, et il étend ses mains vers le Dieu de Févangile. Depuis les plaines populeuses de Flndostan jusque dans les déserts africains, et depuis les forêts de l'Amérique jusque dans les archipels de TOcéanie, sur tous les points du globe où le commerce et la politique ont su s'ouvrir un accès — que dis-je ? dans bien des régions encore inexplorées par ia civilisation ,

tu JONAS.

de la part de Dieu : « repeatez-voas et voas conver* tissez y afin que vos péchés soient effacés ! » Tous , en effet, nous avons besoin de repentance aussi bien que les Nini viles; tous les cœurs d'homme se ressemblent à cet égard , et <c il n'y a rien de nouveau sous ]e soleil. » Quelle différence y a-t-il de nous aux Ninivites? et quel avantage avons- nous sur eux? Jonas dut prêcher à Ninive contre l'amour de l'argent : n'y a-t-il personne parmi nous qui fasse de l'or son Dieu ; qui passe sa vie à amasser des richesses sans savoir qui les recueillera ; qui concentre toutes ses espérances dans ces biens mensongers que les vers et la rouille consument, et que les larrons forcent et dérobent? Jonas prêchait à Ninive contre l'esprit de haine et de vengeance : n'y a-t-il personne parmi nous dont le cœur soit étranger aux émotions de la charité ; qui refuse de pardonner à son frère et qui goûte un affreux plaisir à rendre le mal pour le mal ? Jonas prêchait à Ninive contre l'intempérance et l'impureté : n'y a-t-il personne parmi nous qui soit esclave de ces (( convoitises qui font la guerre à l'âme; » qui encense dans son cœur à des idoles de chair et de sang; qui soit enlacé dans ces honteux liens du cœur et des sens dont l'Ecriture déclare que « c'est une chose pire que la mort?» Et si l'on mettait à part dans cette assemblée tous ceux qui sont plus ou moins dominés par l'une ou l'autre des passions que Je viens de rappeler, ceux qui resteraient ne seraient-

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ils pas le petit nombre? Mais oe petit nombre même d'entre nous qui seraient, ou qui se croiraient enlièremenl à Fabri de ces péchés grossiers, n'en auraient pas moins besoin de repentauce pour être sauvés. Il se suffit pas , pour mériter le salut par ses œuvres , de n'être pas l'esclave du vice : il faudrait avoir accompli la loi de Dieu parfaitement et dans tous ses points; il faudrait Tavoir accomplie, non-seulement dans sa lettre, mais dans son esprit; il faudrait l'avoir accomplie, non pas en vue de nous-mêmes ou des créatures, mais en vue de Dieu et pour sa gloire. A ce compte nos meilleures œuvres sont souillées de péché, et il n'est personne parmi nous qui ne soit forcé de se condamner lui-même , personne qui n'ait besoin, comme ceux de Ninive, de la prédication de repentauce.

Ecoutez-la donc , mes bien-aimés frères , cette prédication si nécessaire qui vous appelle à la repentance, et par la repentance au salut Plus heureux que les Niniviles , la même parole qui prononce votre condamnation vous ouvre un moyen de salut; vous n'en êtes pas réduits , comme les auditeurs de Jonas , à une vague espérance que Dieu viendra peut-être à se repentir; vous savez que ce Dieu, « dont les dons et l'appel sont sans repentance , )) nous a donné son fiis unique, et qu'il appelle à la vie éternelle tous ceux qui pleurent leurs péchés au pied de sa croix.

La même voix qui vous crie : « la mort a passé sur

tous les hommes, parce que tous ont péché , » vousi crie aussi : a Dieu vous a donné la vie éternelle , et cette vie est en son fils. » Votre salut est entre vos mains, a Le Seigneur ne veut point qu'aucun périsse ^ mais que tous viennent à la repentance pour avoir la vie. Je suis vivant, a dit le Seigneur , TEternel , que je ne prends point plaisir à la mort du pécheur , mais à ce qu'il se détourne de sa mauvaise voie et qu'il vive. Détournez-vous, détournez- vous de votre mauvaise voie; convertissez-vous et vivez. Cherchez l'Eternel pendant qu'il se trouve , invoquez-le tandis qu'il est près. Voici maintenant le temps favorable, voici maintenant le jour du salut. Aujourd'hui , si vous entendez la voix de Dieu , n'endurcissez point votre cœur ! »

Aujourd'hui ! ce mot renferme la condition indispensable de la repentance pour qu'elle soit efficace et salutaire : il faut qu'elle soit immédiate. Si vous prétendiez renvoyer votre repentance à l'avenir, vous vous placeriez dans des circonstances plus défavorables que les Ninivites eux-mêmes, qui du moins avaient quarante jours devant eux. Vous, vous ne les avez pas ces quarante jours. Si un messager du Seigneur venait vous dire de sa part : « encore quarante jours , et vous paraîtrez tous devant le tribunal de Dieu, )) quel salutaire effroi cette nouvelle ne jetterait-elle pas dans vos âmes ! quel zèle ne verrait-on pas éclater tout-à-coup dans cette église pour

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s'oocaper de la seule chose nécessaire ! et qae ceuxlà paraltraieot insensés qui , oublieux et indifTérents en présence du message divin , continueraient à donner tous leurs soins à leurs affaires temporelles I Eh bien! mes frères, vous êtes plus insensés encore, vous qui, dans les circonstances actuelles, perdez de vue le salut de votre âme pour concentrer votre intérêt et votre activité sur la vie présente. Car si nul ne peut vous dire : « vous n'avez pins que quarante jours , » personne ne peut vous dire non plus : (( vous avez encore qaarante jours ! » Ce jour inévitable et dont chaque minute vous rapproche, où il vous faudra parattre devant le souverain juge, peut venir dans quarante jours ; mais il peut venir aussi dans dix jours; il peut venir dans trois jours; il peut venir demain; il peut venir ce soir. Gardez- vous donc d'attendre même un seul jour. Faites comme le roi de Ninive, comme saint Paul , comme Lydie, comme le geôlier de Philippes , comme tous ceux dont la bible nous raconte la conversion et le salut. Aujourd'hui, à l'heure même où la prédication du salut vous est adressée, recevez cette prédication dans un cœur que le Saint-Esprit a déjà préparé, tournez- vous vers le Seigneur , demandez-lui de vous convertir et de vous sauver. Oui, Seigneur ! à présent même nous voulons nous tourner vers toi ; à présent même convertisnous et fais-nous commencer une vie nouvelle en Jésus-Christ ! Nous venons à toi comme des malades

poar être gaéris y comme des pauvres pour être enrichis, comme des pécheurs pour être sanctifiés, comme des coupables condamnés pour être pardonnes et sauvés! ne permets pas que nous laissions s'écouler sans en profiter le jour de la grâce, pour nous voir au jour du jugement condamnés par les Ninivites , ces païens qui se convertirent à la prédication de Jonas ! Amen.

Novembre 4845.

Mais cela déplut extrêmement à Jonas, et il en fut fort affligé. Et il fit sa requête à TEt^mel , et dit : Etemel 1 je te prie , n'esta oe pas ici oe que je disais quand j'étais encore dans mon pays? Cest pourquoi aussi je voulais m'enfuir à Tarsis : car je savais que tu es un Dieu miséricordieux, compatissant, lent à la colère, abondant en grâce , et qui te repens du mal dont tu as rnodacé. Maintenant donc, Eternel I retire, je te prie, mon Ame : car la mort m'est meilleure que la vie.

Et l'Etemel lui dit : fais-tu bien de t'affliger ainsi?

Et Jonas sortit de la ville, et s'assit du côté de l'orient de la ville , et il se fit là une cabane sous laquelle il se tint à l'ombre, jusqu'à ce qu'il vit oe qui arriverait à la ville. Et l'Etornel Dieu prépara un kikajon, et il le fit monter au-dessus de Jonas ^ afin qu'il lui fît ombre sur sa tête et qu'il le délivrât de son mal ; et Jonas se réjouit extrêmement à cause de ce kikajon.

Mais Dieu prépara pour le lendemain, quand l'aube du jour

monterait » un ver qui frappa le kikajon , et il sécha. Et quand le soleil fut levé. Dieu prépara un vent oriental et brûlant, et le soleil donna sur la tête de Jonas , de sorte qu'il tomba en défaillance, et qu'il pria pour son âme, demandant qu'il pût mourir, et qu'il dit : la mort m'est meilleure que la vie I

Et Dieu dit à Jonas : fais-tu bien de f affliger ainsi pour oe kikajon? Et il répondit : j'ai raison de m'affliger ainsi, même jusqu'à la mort. Et l'Eternel dit : tu voudrais qu'on "eût épargné le kikajon, pour lequel tu n'as point travaillé et que tu n'as point fait croître : car il est venu en une nuit, et en une nuit il a péri; — et moi n'épargnerais-je pas Ninive, cette grande ville, dans laquelle il y a plus de cent vingt mille créatures humaines qui ne savent pas discerner leur main droite de leur main gauche , et outre cela une grande quantité de bétes I

(Jonas, IV.)

Un dernier trait manquait encore à Thistoirede Jonas pour que celte histoire fût l'image fidèle de la vie chrétienne. Il fallait qu'après l'avoir vu se dévouer fidèlement et courageusement au service du Dieu qui Ta sauvé^ nous vissions reparaître chez lai les traces du vieil homme ; que nous le vissions payer soQ tribut à la nature humaine par une de ces chutes qui ne sont que trop fréquentes chez les enfants de Dieu^ mais que ce Dieu d'amour^ qui tire le bien du mal , sait faire tourner à notre instruction et même à notre avancement spirituel ^ en nous faisant croître dans l'humilité. C'est là ce que nous voyons dans le chapitre que nous venons de lire. Le prophète s'y montre à nous sous un aspect triste et humiliant

sans doute , mais pôartant instractif et salutaire. c< Mais cela déplat extrêmement à Jonas, et il en fat fort affligé. Et il fit sa requête à l'Eternel et dit : Eternel ! n'est-ce pas ici ce que je disais quand j'étais encore dans mon pays ? c'est pourquoi aussi je voulais m'enfuir à Tarsis : car je savais que tu es un Dieu miséricordieux, compatissant, lent à la colère, abondant en grâce, et qui te repens du mal dont lu as menacé. Maintenant donc, Eternel, retire, je te prie, mon âme : car la mort m'est meilleure que la vie.» Chose étrange, et qui n'a d'explication que dans cette déclaration d'un prophète : (( le cœur est rusé, et désespérément malin par-dessus toutes chochoses : qui le connaîtra l » Voici un homme animé d'une piété sincère, qui vient de donner des preuves incontestables de son zèle et de sa foi ; un homme qui s'entretient familièrement avec Dieu comme un enfant avec son père, en un mot un prophète et un prophète fidèle , qui s'afflige du succès de sa prédication , qui s'égare jusqu à reprocher au Seigneur sa miséricorde, et qui va jusqu'à souhaiter la mort dans l'excès de son irritation I 11 y a là quelque chose d'inouï, j'ai presque dit de monstrueux , et qu'on a peine à concevoir au premier abord. Toutefois , on peut présenter quelques observations qui tendent, non pas à excuser la faute de Jonas , mais du moins à la faire comprendre, et dans une certaine mesure à l'atténuer.

Et d'abord, ce déplaisir de Jonas, qui éclate avec tant de vivacité, s'explique jusqu'à un certain point par le caractère du prophète , tel qu'il nous apparaît dans tout le cours de son histoire. Il y a dans ce caractère une parfaite vérité, et il est impossible de méconnaître qu'il est pris dans la nature humaine. Jonas est un de ces caractères entiers, roides, vifs^ emportés , mais droits et sincères, qui mettent tout an dehors, qui ne savent éprouver aucun sentiment, bon ou mauvais , qu'ils ne Texprimeut aussitôt avec énergie, et qui valent mieux au fond qu'ils ne paraissent à l'extérieur. Il s'enfuit à Tarsis loin de Diea : mais il avoue franchement sa fente aux mariniers. 11 s'irrite contre Dieu de ce que Ninive est épargnée : mais c'est à Dieu même qu'il adresse ses plaintes dans une requête. Dieu le reprend de son irritation : et il répond alors comme ferait un enfant qui , dans le fond du cœur, aime son père et irait à la morl pour lui y mais qui, dans un moment de dépit et contre son sentiment intime, loi soutiendrait en face qu'il a raison de désobéir. Bien d'autres, à la place de Jonas, auraient gardé le silence, mais en donnant accès dans leur coeur à des murmures secrets qui n'en auraient été que plus coupables.

En Second lieu , il faut remarquer que la principale source du déplaisir de Jonas était dans ses pr^'ugés religieux, préjugés qui lui étaient communs avec tout son peuple. Les Juifs se regardaient à tcH-t, nous

Tavons déjà fait (rf)8erver^ comme étant en possession exclusive des bienfietits et de la faveor de l'Eternel. Qae les païens pussent avoir part à cette faveur sans commencer par se convertir au judaïsme , c'était là une vérité tellement opposée aux idées des Juifs , qui renversait tellement tous leurs principes et toutes leurs habitudes religieuses^ que même du temps des apôtres il fallut des révélations toutes spéciales pour faire pénétrer cette vérité dans leur esprit; aussi saint Paul appelle-t-il la vocation des païens, et leur participation à Tévangile, « le grand mystère de Christ, caché de tout temps en Dieu ^ » Us ne pouvaient supporter cette pensée , que ces païens, qui avaient vécu dans Téloignement de Dieu et sans se soucier de son service, fussent mis sur une même ligne avec eux, qui avaient été astreints à Tobservation d'une loi si minutieuse et si sévère. Un grand nombre des paraboles du sauveur avaient pour but de leur inculquer précisément cette vérité si dure pour eux. Cette disposition judaïque, cette vue étroite et fausse de la miséricorde divine fait le fond du déplaisir de Jones. Il se fôcbe comme les ouvriers de la parabole qui , loués à la première heure , ayant supporté le poids et la chaleur du jour, ne pouvaient souffrir qu'on leur égalât ceux qui avaient été pris à la onzième heure; ou encore comme ce frère afné de renfant prodigue ,

^ Ephés., m, 3-9.

qui 8'irrile de ce que le père partage également sa tendresse entre lui et ce fils coupable.

Peut-être aussi un faux sentiment de patriotisme entrait-il pour quelque chose dans les motifs du dépit de Jonas. Les Ninivites étaient pour la nation d'Israël des ennemis puissants et redoutables , dont elle avait eu souvent et cruellement à souffrir. Peutêtre le prophète s'était-il secrètement réjoui d'aller dénoncer les châtiments de l'Eternel à cet ennemi justement redouté, et de le voir enfin hors d'état de nuire à son peuple. Il ne dut pas voir sans déplaisir le renversement de ses espérances à cet égard.

Peut-être bien Jonas prévoyait-il que la repentance des Ninivites ne serait pas durable, et que plus tard ils appelleraient de nouveau sur leur tête la colère divine, comme nous lé voyons en eflet par les prophéties de Nahum. Le répit qui venait de leur être accordé devait donc être en quelque sorte inutile, puisque le jugement de Dieu ne serait que retardé à leur égard ; mais ce ne sera plus à la parole de Jonas que ce jugement fondra sur eux , sa prophétie ne se sera pas accomplie , ses menaces auront été vaines ; cette mission qui lui avait coûté tant de souffrances et fait courir tant de dangers, ne lui rapportera aucun honneur , ni de la part des Ninivites qui seront revenus à leur première sécurité, ni de la part de ses compatriotes qui se riront de cette mission sans résultat. Il est difficile, même à un prophète, de

SES MURHURES. WI

s'oublier entièrement lui-même, et de ne rien vouloir qae ce que veut le Seigneur.

En effet, malgré toutes les circonstances qui expliquent ou qui atténuent le péché de Jonas, on ne saurait méconnaître chez lui le dépit de l'amour-propre froissé. li aurait voulu que son caractère de prophète fût glorifié aux yeux des hommes , falIût-il pour cela que les hommes souffrissent, fallût-il même, chose affreuse à penser , précipiter la destruction d'une ville entière I

Assurément une pareille disposition ne saurait être trop sévèrement condamnée. Mais , tout en condam- . nanl Jonas , que chacun fasse un retour sur son ' propre cœur , et qu'il examine si ce cœur qe ressemble pas en quelque chose à celui du prophète. Ne nous serait-il jamais arrivé de subordonner le bien de nos frères aux intérêts de notre fortune , de notre ambition ou de notre vanité ? ne nous serait-ii jamais arrivé de désirer notre profit , notre gloire , Testime 6t la considération des hommes , avec plus d'ardeur que Tavancement du règne de Dieu? ne nous seraitil jamais arrivé de nous réjouir secrètement du mal qui arrivait à nos frères quand nous y trouvions notre profit, ou de nous affliger de leur bien si ce bien compromettait nos intérêts? Quand nous avons donné un conseil , et que ce conseil n'a pas été suivi , n'aurions-nous jamais désiré secrètement qu'on se trouvât iQal d'avoir méconnu nos avis ? Quand il nous est

268 JONÂS.

arrivé d'exprimer des prévisions fanestes sur le compte de telle oa telle personne qui suivait une mauvaise voie, si ces pi^visions ont été heureusement démealies par l'événement , si^ par la bonté du Seigneur, les choses ont mieux tourné que nous n'avions pensé, n'avons^nous pas éprouvé un secret dépit de voir notre jugement en défaut, et n'aurions-nous peutêtre pas désiré tout bas qu'un malheur arrivât pour justifier notre sagacité ? abîme, ô replis mystérieux, ô ruses ténébreuses d'un cœur désespérément malin , qui osera se flatter de vous connaître ! qui osera dire, même à cet égard : « j'ai purifié mon cœur, et je suis net de ce péché? qui osera lever la première pierre pour la jeter contre le prophète? Je ne sais pas, -mes frères, quel jugement votre conscience porte sur vous-mêmes : mais quant à moi, en présence de la conduite de Jonas, je ne sais que m'humilier devant le Seigneur, et dire à cet égard , comme à tous les autres : ce ô Dieu t sois apaisé envers moi qui suis pécheur ! »

Il est encore une leçon importante qui ressort pour nous du dépit de Jonas : c'est que le succès de sa prédication doit être attribué à Dieu seul , et non pas à l'éloquence de l'homme. Nous avons admiré ensemble ce succès si merveilleux , tel que n'en eut jamais la parole d'aucun homme ; et peut-être cette admiration s'esUelle portée sur le prédicateur plus encore que sur le mattre qui remployait. Le dépit de Jonas

Doas fait oonnattre ce qu'il en faut penser : c'est en quelque sorte malgré lui que sa parole a touché et converti les âmes. Apprenons de là^ ministres de Tévangile, à ne pas nous élever à nos propres yeux , et à ne jamais nous attribuer à nous-mêmes le succès qui peut couronner nos efforts. Disons-nous bien que si notre parole touche et convertit des âmes^ ce. n'est pas à cause de nous , c'est bien plutôt , hélas ! malgré nous, malgré nos misères, malgré nos péchés, malgré notre incrédulité, malgré les obstacles que nous élevons ainsi constamment contre l'efBcace de la parole de Dieu. Âh! gardez-vous, bien-aimés frères au milieu desquels nous travaillons à la prédication de l'évangile, gardez-vous de vous arrêter à l'ouvrier , qui n*est qu'un pauvre pécheur, mais regardez plutôt à l'œuvre elle-même , qui est de Dieu ; ne considérez pas le vase, (]oi est de terre, mais regardez plutôt au trésor céleste qu'il contient ; receveznous, ainsi que nous le sommes véritablement, comme des ambassadeurs , pleins d'imperfections et de misères sans doute, mais pourtant des ambassadeurs du Dieu vivant , qui vous apportons le message de la vie éternelle. « Nous portons ce trésor, » dit saint Paul, « dans des vases de terre, afin que l'excellence de la force de notre prédication soit de Dieu , et non pas de nous. »

« Et Dieu dit à Jonas : fais-tu bien de t'affliger ainsi? )> Quelle douceur admirable, quelle tendresse

toate divine ne sent-on pas dans ce reproche! Dieu aurait pu rappeler à Jonas son péché et Taccabler de sa juste colère : mais au lieu de cela il ne veut que le faire rentrer en lui-même par une question qu'il adresse à son cœur : fais-tu bien de t'afDiger ainsi ? On croirait entendre une mère qui reprend doucement son enfant chéri.

Mais le cœur de Jonas reste insensible à ces paroles si douces et si tendres. II ne répond rien , persiste dans son irritation, et sort de la ville pour voir ce qui lui arriverait. Peut-être Dieu avait-il révélé à Jonas qu'il ferait grâce à Ninive ; peut-être aussi , en voyant la repentance des Ninivites , avait-il compris de luimême que la ville serait épargnée, d'après la connaissance qu'il avait du caractère de Dieu. Toutefois, comme les quarante jours n'étaient pas écoulés, il conserve encore je ne sais quel secret espoir que la menace de Dieu s'accomplira ; et craignant peut-être d'être enveloppé dans la ruine de Ninive s'il fût resté dans son enceinte , il en sort pour attendre l'événement. Une cabane légère , qu'il se construisit à la hâte en entrelaçant quelques roseaux, lui offrit un abri imparfait contre les rayons brûlants du soleil de ces contrées. « Et Jonas, » nous est-il dit, « sortit de la ville, et s'assit du côté de l'orient de la ville , et il se fit là une cabane sous laquelle il se tint à l'ombre, jusqu'à ce qu'il vît ce qui arriverait à la ville. »

Quel contraste entre cette douleur de Jonas en

SES MURMimES. S7I

présence de Ninive, el la doaleur que Jésos éprouva plus tard en jetant les yeax sor Jérusalem I Jonas s'afHigede ce que Ninive allait être épargnée: Jésos pleure à la pensée des malbears qui allaient fondre sur Jérusalem. Jonas avait été écouté et accueilli avec empressement par les habitants de Ninive : Jésus avait été repoussé ^ insulté , maltraité à Jérnsalemp el il y allait être mis à mort. Qu'il y a loin des compassions divines aux compassions humaines ! et que nous sommes heureux de ne pas tomber entre les mains cruelles des hommes, mais entre les mains miséricordieases du Seigneur !

Dieu alors, pour triompher de Tobstinalion do prophète, et lui faire comprendre la leçon de charité qu'il n'avait pu lui inculquer d'une autre manière, eut recours au langage d'action , si puissant sur l'esprit des peuples de l'orient. Il fit croître au-dessus de ^ tète , avec une rapidité miraculeuse , et dans l'espace d'une seule nuit, un arbuste qui fournissait un épais ombrage , et que les Hébreux nomment kikaion. D'après les recherches qui ont été faites à ce sujet, il paraîtrait qu'il s'agit ici de la plante du ricin , qui en orient s'élève en peu de jours à la hauteur d'un petit arbre , et dont les larges feuilles fournissent un ombrage agréable. On peut remarquer ici le caractère Sénéral que nous avons déjà signalé dans les miracles, qui est de se rapprocher autant que possible des lois de la nature, dont ils ne sont qu'un développement

nt JONAS.

extraordinaire. Dieu choisit ^ en effet, pour la faire pousser avec une telle rapidité, une plante dont le développement naturel est très-prompt ; il accomplit en une nuit ce qui demandait quelques jours dans les circonstances ordinaires.

(( El l'Eternel Dieu prépara un kikajon , et il le fit monter au-dessus de Jonas, afin qu'il lui fit ombre sur sa tête, et qu'il le délivrât de son mal, » c'est-àdire du mal que lui causaient les rayons du soleil : tant il est vrai que le Seigneur redouble quelquefois de miséricorde envers nous au moment même où nous l'offensons, comme s'il voulait briser à force de bienfaits la dureté de notre cœur! « Et Jonas se réjouit extrêmement à cause de ce kikajon. » Quelle profonde vérité dans celte petite circonstance si naïvement exprimée! Que c'est bien là ce cœur de l'homme qui ne sort d'un excès que pour tomber dans un autre, qui ne sait se modérer ni dans ses tristesses ni dans ses joies ! Jonas passe en un moment d'une tristesse insensée à une joie aussi peu raisonnable; il oublie son chagrin, et Ninive, elle châtiment dont elle est menacée, et la mission qu'il avait reçue du Seigneur, il oublie tout pour une faible plante qu'une nuit a vue croître, qu'une autre nuit verra périr, et il oblige ainsi le Seigneur à lui donner une leçon de modération dans les joies de ce monde, tout en le reprenant pour son défaut de charité et de soumission.

(( Mais Dieu prépara pour le lendemain, quand

SES MUBMURES. 173

l'aube da jour monterait, un ver qui frappa le kikajoa et le sécha. » Qui n'a reconna dans celte plante, à la fois si brillante et si éphémère , une image trop fidèle des joies da monde I Nous avons tous notre Idkajon , notre objet de prédilection sur lequel nous concentrons nos affections, et dans lequel nous cherchons , comme Jonas, l'oubli de nos peines, an abri contre la fotigueet la chaleur de notre jour d'épreuve. Pour les uns , cet objet est le plaisir , pour d'aatres la fortune, pour ceux-ci l'ambition, pour ceox-là les affec* lions du cœur. Mais Dieu , qui ne veut pas que nous donnions nos cœurs à ces joies de la terre, a pris soin qu'un ver rongeur fût attaché à leur racine. Il a voulu qu'elles n'eussent qu'une existence éphémère, et que même pendant les courts moments où il nous est permis de les goûter, elles ne pussent pas remplir le vide de nos cœurs , ni apaiser notre soif de félicité. Imitez , si vous le voulez , la conduite de Jonas : « ré* jouissez-vous outre-mesure de votre kikajon , » mettez toute votre joie dans ces joies du monde, cberchezy à toute force la félicité, oubliez en les poursuivant les biens du ciel et le salut de votre âme.... vous reconnattrez bientôt, par une triste expérience , qu'elles portent en elles-mêmes un ver rengeur : au moment où vous penserez toucher à ce bonheur qui est le but de tous vos efforts, ces biens du monde qui feisaient votre espoir vous manqueront tout-à-coup et se flétriront entre vos mains , comme l'arbuste sur la tête de

Jonas. Ces richesses « se feront des ailes et s'envole* ront> » selon l'expression d'un prophète. Ces plaisira s'évanouiront avec la jeunesse et la santé , qui seuIes^ en faisaient le charme. Cette gloire , ces honneurs, ces jouissances de votre vanité se trouveront n'être qu'une vaine fumée. Les objets de ces affections qui sont devenues une idolâtrie vous seront arrachés par la mort, ou, ce qui est plus cruel encore, ils trompe* ront amèrement votre confiance en répondant à votre amour par l'ingratitude. Ah! bien plutôt n'attendez pas pour quitter les joies du monde que ces joies vous quittent elles-mêmes. Détournez-vous dès à présent de ces <( citernes crevassées » qui ne peuvent pa& contenir l'ean vive dont vous avez besoin. Allez boire dès aujourd'hui, pour apaiser votre soif de félicité, à cette source éternelle et pure qui coule intarissable du pied du trône de la grâce. Cherchez votre bonheur auprès de ce Dieu qui ne peut changer ni mentir, et qui a dit par la voix de son fils : « Quiconque a soif qu'il vienne à moi , et qu'il boive ! )) <( Quiconque veut de l'eau vive en prenne sans quelle lui coûte rien 1 » « Venez à moi , vous tous qui êtes travaillés et chargés, et je vous soulagerai ! » « Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où les vers et la rouille consument, et où les larrons forcent et dérobent f mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où les vers ni la rouille ne consument rien, et où les larrons jne forcent et ne dérobent point. »

SES MURMOBES. ffS

(( Et quand le soleil fot levé, Diea prépara on vent oriental et brûlant, » un de ces vents du désert qui abattent à la fois le corps et Tâme. Le Seigneur redouble l'épreuve pour briser l'orgueil de son serviteur infidèle. « Et le soleil donna sur la tête de Jonas , de sorte qu'il tomba en défiiillance et qu'il pria pour son âme, demandant qu'il pût mourir, et qu'il dit : la mort m'est meflleure que la vie 1 »

Ce désespoir de Jonas au sujet de l'arbuste était en contradiction avec celui qu'il avait précédemment éprouvé au sujet de Ninive. Cest en faisant ressortir cette contradiction aux yeux du prophète que le Seigneur le fera enfin rentrer en lui-même. « Fais-ta bien , » lui dit-il encore avec sa douceur toute paternelle, « de t'affliger ainsi au sujet de ce kikajon? » Le cœur de Jonas n'est pas encore brisé ; il persiste jusqu'à la fin dans son obstination et son orgueil , et répond avec tout Femportement de son caractère : (( oui, je fais bien de m'afDiger, même jusqu'à la mort. » Et le Seigneur , poussant jusqu'aux dernières limites la douceur et la condescendance, au lieu de faire tomber sur lui le châtiment qu'il avait si justement mérité, sans même lui adresser directement un seul mot de reproche, se contente de lui faire toucher au doigt , par un raisonnement aussi simple que saisissant, l'injustice et la folie de sa conduite. Quoi I il aurait voulu que cette plante eût été épargnée uniquement en vue de son avantage particulier, bien qu'elle

De fôt ni sa propriélé ni sod œuvre y qu'elle ne lai eût coûté aucun travail^ et qu'elle fût naturellement sujette à un aussi prompt dépérissement que sa croissance était rapide ; — et il ne voulait pas que Dieu épargnât une ville qui renfermait un si grand nombre de créatures immortelles ^ formées par sa puissance et destinées à manifester sa gloire 1 une ville dans la-quelle^ fût-il vrai que tous les habitants capables de discerner le bien du mal eussent comblé la mesure de l'iniquité et mérité la vengeance divine , il resterait encore plus de cent mille enfants qui n'avaient pas atteint l'âge de raison y et qui étaient innocents des péchés de leurs pères ; sans compter cette multitude d'animaux dont la vie, moins précieuse que celle des hommes, l'était pourtant davantage aux yeux du Seigneur que celle d'un arbuste éphémère* Mais il faut entendre les propres paroles du Seigneur, a Tu voudrais, » dit-il à Jonas, « qu'on eût épargné le kikajon y pour lequel tu n'as point travaillé et que tu n'as point foit croître : car il est venu en une nuit et en une nuit il a péri; et moi n'épargnerais-je pasNinive, cette grande ville , dans laquelle il y a plus de cent vingt mille créatures humaines qui ne savent pas discerner leur main droite de leur main gauche; et outre œla une grande quantité de bêtes I »

Jonas ne nous dit pas quel fut sur lui Teffet de ces paroles : peut-être par humilité, et parce qu'il est plus attentif à mentionner ses fautes que ses vertus ; peut-

SES MURMURES. tll

être aossi parce qu'il a voula laisser pour dernière impression sur Tesprit de ses lecteurs la pensée de la miséricorde divine. Mais nous ne saurions douter que cette réprébension toute paternelle ne Tait enfin fait rentrer en lui-même et confesser son péché : car il n'aurait pas porté dans sa poitrine un cœur d'homme, si ce cœur ne s'était pas fondu devant un tel langage. II dut comprendre enfin que Dieu n'était pas seulement le Dieu des Juifs , bien plus , qu'il n'est pas seulement le Dieu des hommes , et que sa bonté s'étend à tout ce qui , sur la terre entière , est capable de sentir. Quels trésors de miséricorde ^ quelles profondeurs d'amour divin ces paroles ne renferment-elles pas ? Lavater disait avec raison que ce dernier verset du livre de Jonas est un des passages les plus sublimes de la bible entière.

Ce Dieu qui montre une si grande sollicitude pour ces pauvres créatures encore incapables de discerner lear main droite de leor main gauche , est bien le père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui appelle à lui les petits enfants pour les embrasser et les bénir. Quelle douceur n'est-ce pas pour nous, parents chrétiens, desavoir que nos enfants sont entre les mains d'un père céleste qui les aime, qui les garde, qui les bénit, et qui, nous n'en saurions douter après des paroles empreintes d'une si tendre compassion, les recueille dans son sein paternel , lorsqu'il juge bon de nous les retirer avant qu'ils aient pu discerner le bien du mal. Abt

ne pleurez pas sur vos enfants, pères et mères qui avez eu la douleur de leur fermer les yeux avant Fâge de raison ; bénissez plutôt leur père céleste de ce qa'il les a retirés de devant le mal; voyez-les par la foi croître et se développer sous les yeux de son amour , dans les demeures de la félicité éternelle, et dites comme David : « ils ne viendront pas vers nous, mais nous allons vers eux ! » Et vous à qui Dieu a voulu conserver vos cbers enfants , ayez soin , eu leur apprenant à « discerner leur main droite de leur main gauche, » de leur apprendre surtout à connaître ce Dieu qui les aime , de développer en eux , par les leçons de sa parole, Tamour du bien qui lui est agréable, et la haine du mal qui déplaît à ses yeux. Nous tous , ayons soin de ne donner « aucun scandale à ces petits » que le Seigneur aime, à ces âmes encore si tendres , si susceptibles de recevoir les impressions du bien et surtout du mal : car le péché habite aussi en eux. Et pensons avec reconnaissance que c'est peut-être à cause de cette jeune génération , sur laquelle il a des vues de miséricorde, que le Seigneur nous épargne ses châtiments et ses fléaux.

Mais la miséricorde du Seigneur s'étend plus loin encore : elle embrasse jusqu'aux êtres privés de raison. Même les animaux qui se trouvaient à Ninive ont part à sa sollicitude, et sont pour lui un motif d'épargner la ville. Cest bien là ce Dieu qui avait défendu

il d'emmuseler le bœaf qui foole le grain ; » qui ne :voaIait pas qa'on prît dans un même nid la mère avec les petits ; qui ordonnait au passant de relever Tâne ou le bœuf tombé sur son chemin ^ et dont le psalffliste a dit : « ô Eternel 1 tu conserves les hommes et les bêtes. » La même puissance souveraine qui règle les mouvements des corps célestes et les révolutions des empires, qui veille sur les hommes et sur les anges, prend aussi le plus tendre soin des animaux; il compte à la fois les étoiles et les oiseaux du ciel , et a pas un passereau ne tombe en terre sans sa permission. )) Apprenons de cet exemple divin, mes frères, à traiter avec douceur ces créatures que Dieu a soumises à notre autorité, ,qui nous rendent tant de services, et quelquefois nous témoignent tant d'attachement. La compassion pour les animaux est un des caractères qui doit distinguer les enfants de Dieu, a Le juste a égard à la vie de sa bête, » nous dit TEcriture, « mais les compassions des méchants sont cruelles. » C'est quelque chose de bien mystérieux que le sort des animaux dans cette vie, où ils ont à souffrir si cruellement et si innocemment par suite du péché de l'homme. Peut-être un jour viendra où ce mystère nous sera dévoilé , où les créatures privées de raison participeront à leur manière à la délivrance que le rédempteur est venu apporter au monde, et où nous comprendrons le sens caché de ce passage de Tépltre aux Romains : a toutes les créatures ensemble soupi-

5»0 lONlS.

rent et sont oemme en travail jusqa'à maintenant ; ^les attendent avec un ardent désir qiie les enfants de Dieu soient manifestés ; car ce n'est pas volontaireiment que les créatures sont assujetties à la vanité, mais c'est à cause de celui qui les y a assujetties; et elles espèrent qu'elles aussi seront délivrées de la ser^ vitude de la corruption , pour être dans la liberté glo^ rieuse des enfants de Dieu. »

C'est par cette admirable peinture d'une miséricorde qui s'étend jusque sur les êtres privés de raison^ que le Saint-Esprit a voulu finir ce livre de Jonas^ dont nous achevons aujourd'hui l'étude. Cest ainsi que Dieu semble se plaire à justifier dans toute son étendue le reproche que le prophète lui avait adressé dans son indiscrète prière. Dans un moment de dépit et d'égarement y Jonas s'oublie jusqu'à accuser l'Eternel pour justifier sa propre conduite. Quel pourra être l'objet de ce reproche de la créature au créateur^ et d'un pécheur au saint des saints ? Lui reprochera* t*il d'être un Dieu inconstant , inconséquent y qui se met en contradiction avec lui-même et sur la parole duquel on ne peut compter ? Non ^ il n'ose pas élever une telle accusation contre celui « qui n'est pas homme pour mentir, ni fils de l'homme pour se repentir. & Lui reprochera-t-il d'être un Dieu sévère , inflexible, et qui se plaît à faire sentir les rigueurs de sa justice? Non , toute la conduite dn Seigneur à son égard se soulèverait contre une pareille accnsatioa. Que dira<^

t41 donc? EcontODS-la , mes frères , cette accasation inouïe , la sente qoe rhomme ait pu troaver à élever contre Diea : « je savais que tu es un Dieu miséricordieux, compatissant, lent à la colère, abondant en grâce. » Un Dieu miséricordieux ! oui , c'est bien là le faible du Seigneur, c'est bien là son attribut de prédilection , celui qu'il se plait à déployer dans toute rhistoire de Jouas et dans toute Fhistoire du monde! C'est la miséricorde qui a commandé à Jonas d'aller prêcher aux Ninivites; c'est la miséricorde qui a pardonné à Jonas coupable et l'a conservé miraculeusemeut dans le sein du poisson ; c'est la miséricorde qui s'est servie du péché de Jonas pour amener la conversion et le salut de ses compagnons païens ; c'est la miséricorde qui a efïacé le décret de la justice et fait grâce à Ninive repentante; c'est la miséricorde qui pardonne une seconde fois au prophète rebelle , et qui le fait rentrer en lui-même avec une si paternelle condescendance. Cette miséricorde , qui paraît d'une manière si merveilleuse dans l'histoire de Jonas, ne brille pas avec moins d'éclat dans les dispensations de Dieu à notre égard. C'est la miséricorde qui nous a supportés jusqu'à ce jour malgré tous nos péchés ; c'est elle qui sème sur chacun des jours de notre vie les délivrances et les bienfaits du Seigneur. C'est la miséricorde surtout qui a fait descendre le fils de Dieu sur la terre , et qui l'a fait monter sur la croix , afin qu'en croyant en lui nous ne

tèt JONAS.

périssions points mais qae noas ayons la vie éternelle. Que noas sommes heureux^ mes bien-aimés frères ^ d'avoir affaire à un Dieu qui est miséricordieux , nous qui avons un besoin si pressant de miséricorde y qui sans elle ne pourrions pas subsister un seul jour 9 pas une seule heure devant la justice éternelle! Ah! profitons de cet inestimable privilège accordé aux pauvres et coupables enfante d'Adam ! Pendant que le jour de grâce luit sur notre tête^ allons nous réfugier dans le sein paternel du Dieu des miséricordes 1 allons nous plonger dans cet océan de miséricorde dont à sa voix les flots ont couvert le monde ! allons chercher la vie éternelle au pied de celte croix où la miséricorde a embrassé la justice ^ et où le châtiment du péché a payé le salut du pécheur! Amen.

Déœmbre 4845.

La sagesse est bonne ainsi qu'un héritage ; car on est à couvert à l'ombre de la sagesse, et à l'ombre de Targent; toutefois la sagesse a cet avantage, qu'elle donne la vie à celui qui en est doué.

(Ecoles., III, 44, 42.)

Par une figure de langage qai renferme une haute pensée et un admirable enseignement, l'Ecriture identifie la piété avec la sagesse, et Toubli de Dieu avec la folie. Ces paroles de notre texte , « la sagesse est bonne ainsi qu'un héritage , » pourraient donc^ en langage vulgaire , se traduire ainsi : « il est bon de craindre Dieu , comme d'avoir de l'argent. » L'écrivain sacré met en regard deux sortes de biens diiférents, les biens spirituels, et les biens temporels : il place les premiers beaucoup au-dessus des seconds ; mais pourtant il ne méconnaît pas les avantages qoi

tu LES AVANTAGES DE L'ARGENT.

se trouvent dans la possession des biens temporels. La sagesse y la piété , la crainte de Dieu est sans doute le plus précieux de tous les trésors : c'est le seul qui donne « la vie ; » mais lorsqu'on a regu en partage ce trésor par excellence^ la possession des biens de ce monde n'est pas une chose à dédaigner. On vous a souvent parlé des dangers attachés aux richesses ; je viens aujourd'hui vous parler de leurs avantages. Je viens réhabiliter l'argent dans la chaire de Jésus- Christ. Ce langage vous étonne sans doute ^ il sonne à vos oreilles comme une nouveauté étrange^ et pourtant, vous le voyez, il est fondé sur la parole de Dieu. La parole de Dieu se distingue des livres d'hommes , nqn-seulement par la supériorité morale de ses enseignements, mais encore parce qu'elle reste toujours dans le vrai, et qu'elle s'abstient de toute exagération. Elle se garde bien de déclamer contre les richesses , et de les condamner d'une manière absolue, à la manière des moralistes humains. Elle ne méconnaît pas les avantages réels qui se trouvent dans la possession des biens de ce monde , lorsque ces biens sont unis au trésor spirituel de la foi. II en est des richesses comme de tons les bienfaits temporels du créateur, qui sont en eux-mêmes des bénédictions , et qui ne deviennent un mal que par notre Infidélité. L'or et Fargeat , œmme tous les dons de notre père céleste , peuvei^t devenir, et doivent devenir une bénédiction entve des mains fidèles. Il est

vrai que Vévaogile nous met eu garde contre la convoitise des richesses ; qu'il nous déclare qu'un riche « entrera difficilement dans le royaume des cieux , » et qu'il adresse aux riches des menaces redoutables : mais il est évident qu'il s'agit , dans la pensée du sauveur et des apôtres , des riches sans piété , de ceux qui ne connaissent pas d'autres biens que ceux de la terre. Si les richesses temporelles, quand on les possède seules, sont un danger pour l'âme et par conséquent un mal , elles deviennent un avantage réel lorsqu'elles sont accompagnées de la piété. Je voudrais rechercher avec vous quels sont les vrais biens attachés à la possession des richesses, les biens qu'elles procurent à ceux qui sont déjà riches de foi et de piété. Cette étude aura pour effet de porter à la reconnaissance envers Dieu ceux d'entre vous qui ont reçu en partage les biens de ce monde, et en même temps de leur rappeler quel usage ils doivent en faire pour en retirer un vrai bonheur. C'est donc plus particulièrement aux riches que nous nous adressons aujourd'hui. Toutefois en parlant pour les riches nous n'oublierons pas les pauvres , qui ont tant de droits à nos sympathies, et nous leur réservons à la fin de ce discours une place honorable et choisie.

Parmi les bénédictions attachées aux biens tempords, et pour lesquelles vous devez rendre grâces à Dieu , nous aurions tort d'oublier les jouissances ma-

térielles qu'ils procurent Je ne parle pas , bieq entendu, des jouissances du péché ni de la vanité : il n'en peut être question, puisqu'il s'agit de riches croyants et pieux. Je ne parle pas non plus des fausses joies qu'on peut trouver dans les plaisirs d'un monde frivole, dans ces plaisirs qui étourdissent l'âme, qui lui ôtent le goût de la prière, qui lui font oublier Dieu et les réalités éternelles. Je ne mets pas de tels plaisirs au nombre des vrais biens attachés à la possession des richesses. Mais n'est-ce pas un bien réel et précieux de pouvoir vous procurer avec une facilité si merveilleuse toutes les nécessités et même tous les agréments de la vie 7 Quand il y a des hommes qui n'ont pas toujours de quoi manger à leur faim , n'est-ce pas un bienfait dont vous devez bénir Dieu d'avoir une table chaque jour abondamment servie, et sur laquelle vous pouvez choisir les aliments qui conviennent le mieux à votre tempérament ou à vos goûts 7 Quand il y a des hommes qui passent leur vie dans de tristes réduits où manquent toutes les aisances que donne l'argent ; où ils ne trouvent ni l'air salubre en été, ni la chaleur en hiver; où la lumière même, qu'il faut payer, hélas l comme tout le reste, leur est mesurée avec parcimonie; où ils ne peuvent qu'à grand'peine, et en retranchant sur leur salaire quotidien , entretenir la propreté, seul luxe permis au pauvre, n'est-ce pas un bienfait dont vous devez bénir Dieu, d'avoir

des appartements spacieux et commodes ^ où vous trouvez à chaque instant sous votre main, et jusque sous vos pieds, tout ce qui peut contribuer aux agréments de la vie? Quand il y a des pères et des mères qui voient souffrir leurs enfants sans pouvoir les soulager, qui n'ont pas toujours un morceau de pain à leur donner, n'est-ce pas un bienfeit dont vous devez bénir Dieu , de pouvoir fournir abondamment à vos enfants , non-seulement ce qui leur est nécessaire , mais tout ce qui peut leur rendre la vie facile et heureuse ; de pouvoir semer sous leurs pas la joie et le plaisir sous tant de formes diverses , et faire éclore chaque jour le sourire sur leurs visages brillants de fraîcheur et de santé ? Quand y a tant d'hommes qui, sans être réduits à la pauvreté, sont tourmentés par les préoccupations de l'avenir, qui se demandent avec anxiété comment ils subviendront à la subsistance de leur famille , qui voient incessamment leurs affections les plus tendres et leurs joies les plus douces traversées et troublées par les exigences d'une position étroite et gênée, n'est-ce pas un bienfait dont vous devez bénir Dieu de pouvoir regarder à l'avenir sans inquiétude, et vous dire que les êtres qui vous sont chers ont d'avance un sort assuré, une position facile ? Et que n'aurais-je pas à dire encore si je voulais parler des plaisirs intellectuels , des jouissances de l'art, de la littérature et des sciences, qui sont refusés à un si grand nombre de vos semblables , et

qu'il dépead toujours de vous de goûter ? N'est-ce pas un bienfait de Dieu de n'avoir , eu quelque sorte, qu'un désir à former pour qu'aussitôt il s'accomplisse, grâce à la puissance prodigieuse de cet argent qui n'est rien par lui-même, qui n'a qu'une valeur de convention, et qui se transforme instantanément, par le seul effet de votre volonté, en aliments, en vêtements, en jouissances intellectuelles, en utilités et en plaisirs de toutes sortes? Certes, ce sont là des avantages réels, que vous ne sauriez oublier sans ingratitude ; et si ces bienfaits matériels ne sont pas les plus précieux , ils ne sont pourtant pas à dédaigner. Là parole de Dieu , qui est toujours dans le vrai, ne les dédaigne pas en effet : et malheur au riche qui pourrait jouir de pareils lûenfaits sans que son cœur s'élevât à Dieu pour l'en bénir !

Mais à côté de ces avantages matériels 9 il y en a de plus relevés et de plus précieux attachés à la possession des biens de ce monde. Quelque étrange au premier abord que puisse vous sembler cette assertion, il y a des bénédictions morales dans la jouissance des biens temporels. Si la richesse a ses tentations et ses dangers, qae nous sommes loin de méconnaître, la pauvreté aussi a les siens; et en vous plaçant dans une position tempordiement facile> Dieu vous épargne bien des tentations, vous facilite bien des vertus. Le murmure contre la providence vous est inconnu , ou du moins il devrait l'être : et si vous tombez dans ce

L£8 AVAMTAfiES DE L'ARGENT. S89

péché, VOUS êtes doublemcot coupables. Il vous est plus facile qu'au pauvre d'être contents de votre sort^ et par là même l'égalité de caractère, la douceur , le support, la condescendance, toutes ces vertus si précieuses vous deviennent infiniment plus faciles qu'à ceux dont la position est moins heureuse. Vous ne savez pas ce que c'est que l'envie, ou du moins vous devriez l'ignorer; car il vous en coûte peu de ne pas désirer ce qui appartient aux autres, quand la majorité de ceux qui vous entourent ne jouissent pas des mêmes avantages, et ont à lutter contre des difficultés qui vous sont épargnées. La comparaison des autres avec vous-mêmes, loin de vous porter à l'envie , doit vous porter à la reconnaissance et ouvrir votre cœur à la générosité , à la sympathie, à l'amour des hommes : ces vertus excellentes vous sont infiniment plus faciles qu'à ceux dont la position est moins heureuse. Malheur à vous , si jouissant de tels avantages vous n'en profitiez pas pour votre perfectionnement moral , et si votre cœur ne s'élevait pas à Dieu pour le bénir !

Mais il y a quelque chose de plus précieux encore dans la possession des biens temporels. Ils vous font participer en quelque sorte à la puissance de Dieu , et à ses attributs les plus excellents. Le plus excellent des attributs de la divinité est assurément celui de faire du bien aux hommes. Le caractère sous lequel

Dieu se montre à nous le plus volontiers, et sous lequel

nous aimons le mieux à noas le représenter, c'est ce-; lui d'un Dieu bienfaisant : d'un Dieu qui nous enrichit tous les jours des trésors de sa bonté , qui « noas* donne du ciel les pluies et les saisons fertiles , » qui « fait lever son soleil et tomber sa pluie sur les mé-; chants et sur les bons , » qui nous distribue « toutes choses abondamment pour en jouir , » qui délivre les opprimés, qui console les afQigés, qui a pitié de la veuve et vient en aide à l'orphelin. Nous ne pouvons nous représenter Dieu que comme uo bienfaiteur suprême , possesseur de richesses infinies , et qui les répand incessamment avec une libéralité magnifique sur les enfants des hommes. Eh bien! en mettant entre vos mains une portion des richesses de ce monde , Dieu vous communique une partie de sa puissance pour faire du bien ; il vous fait entrer en participation de son attribut le plus glorieux et de son œuvre la plus excellente. Cet argent qui vous est confié , ce n'est pas seulement une source de jouissances et un avantage pour vous-mêmes: c'est bien plus que cela, c'est du bonheur pour les autres. Votre argent, c'est du pain pour ceux qui ont faim , ce sont des vêtements pour ceux qui ont froid, c'est la consolation pour ceux qui sont affligés, c'est la délivrance pour ceux qui souffrent. Il dépend de vous, ô puissance merveilleuse de l'argent I il dépend de vous, pauvres et faibles créatures si impuissantes par elles-mêmes , qui ne peuvent pas faire un brin d'herbe , il dépend

LES AVANTAGES DE L'ARGENT. t9l

de voas de faire des heureux. Il dépend de vous de faire succéder le sourire aux larmes^ et la joie à la douleur. II dépend de vous d'effacer, ou du moins d'atténuer dans une grande mesure , les tristes eflets de rinégalité sociale; il dépend de vous de faire Tœuvre de Dieu y et d'être comme une providence au mi« lieu des hommes. Âhl mes frères, si vous êtes de ceux qui ont regu en partage les biens temporels, sachez apprécier un tel privilège et hâtez-vous d'en profiter! Hfttez-vous d'extraire de vos richesses leurs plus précieux trésors, en consacrant une partie de votre avoir, une partie importante à faire du bien!

Allez chercher des pauvres à secourir, des êtres souffrants à soulager, des enfants abandonnés à préserver du vice , des orphelins auprès desquels il faut remplacer un père ou une mère I Comprenez la grandeur et la beauté de Tœuvre à laquelle Dieu vous appelle, entrez dans le plan bienfaisant de sa providence , et qu'il trouve en vous quelques-unes de ces mille mains, toujours ouvertes et toujours pleines, par lesquelles il distribue ses bienfaits !

Est-ce là tout? avons- nous énuméré tous les avantages, toutes les bénédictions attachés à la possession des biens temporels ? Non , mes frères : il y a dans ces biens-là un privilège plus relevé , plus excellent que tout ce que nous avons dit jusqu'à présent. Parmi les bienfaits que Dieu répand dans le monde , il en est un plus précieux que tous les autres , et qui

in LES AVANTAGES DE L'ARGENT.

Surpasse autant les bénédictions temporelles que le ciel est élevé au-dessus de la terre. Ce bienfait par excellence, ai-je besoin de le nommer ? c'est le salut des ftmes , c'est rétablissement du règne de Dieu dans les cœurs par Tévangile. C'est là le but suprême que Diea a constamment en vue dans ses dispensations envers les hommes; c'est en vue de ce but-là qu'il a livré son fils à la mort et envoyé son Saint-Esprit; c'est en vue de ce but qu'il dirige tous les événements de notre vie et toute l'histoire des nations. Quelle autre œuvre ^ parmi toutes les œuvres de Dieu y pourrait être comparée à celle qui fait passer les âmes des ténèbres à la lumière, du péché à la sainteté, de la perdition au salut ! Eh bien I mes frères , an moyen de ces biens temporels que vous avez entre les mains, vous pouvez entrer pour votre part dans cette œuvre excellente et magnifique. Vous pouvez — et c'est assurément là le plus précieux de tous les privilèges attachés à la possession des richesses — vous pouvez avec ces richesses périssables sauver des âmes immortelles. Chose étrange et merveilleuse I ce même argent qui fait commettre tant de bassesses et tant de crimes; cet argent qui est le principe des vols, le mobile des meurtres , et l'instrument des séductions infâmes ; cet argent dont le charme fatal fascine tant de pauvres âmes et les entraîne au fond de l'abtme de la perdition; cet argent que l'Ecriture appelle^ dans son énergique langage, « le mammon d'iniquité^ » ce

même argent peut devenir , et doit devenir entre des mains fidèles^ un moyen de salut pour les âmes et d'éternelles bénédictions I Avec l'argent , il dépend de vous de faire Tœuvre spirituelle de Dieu , de faire passer des âmes des ténèbres à la lumière, et de la puissance de Satan à Dieu ; il dépend de vous de les ôter au démon et de les donner à Jésus-Christ ; vous pouvez, avec ces richesses injustes, vous faire des amis qui vous devront après Dieu leur salut, et qui vous accueilleront an dernier jour dans les tabernacles éternels ! Il ne faut pour cela qu'une chose bien simple et bien facile : Jl sufBt de soutenir, dans la mesure de vos moyens , les œuvres chrétiennes , déjà nombreuses dans notre patrie , qui travaillent à Tévangélisatio.n du monde. Âvez-vous jamais réfléchi , mes frères, au bien véritablement incalculable que vous pouvez ainsi accomplir avec de l'argent? Sans doute, ce serait peu de donner de l'argent si vous ne donniez pas en même temps votre cœur; si vous ne vous donniez pas vous-mêmes, d'abord au Seigneur, et ensuite à vos frères. Mais quand la richesse se trouve entre les mains d'un homme qui a donné son cœur à Christ, et qui aime les âmes en vue de Christ, quels prodiges de bénédictions ne peut-elle pas accomplir I Voici un homme, riche autant que pieux, qui vient d'envoyer à une société de missions la somme nécessaire à l'envoi d'un nouveau missionnaire. Qu'il parte, qu'il vogue vers les plages lointaines^ ce nouveau

messager de FévaDgile ! que, poussé par uu vent favorable , il aborde sur la terre des fils de Cham , et devant ses pas le désert va fleurir. A sa voix naîtra bientôt une jeune église sortie des entrailles du paganisme , et le culte impur des idoles fera place à Tadoration de Christ crucifié. Calculez, si vous le pouvez^ le bien spirituel et éternel qu'aura produit le don d'une somme d'argent, et comptez les âmes qui au dernier jour accueilleront le bienfaiteur dans les demeures de la gloire. Voici un autre chrétien qui a fourni les moyens d'ériger un temple évangélique dans une ville où régnait seule jusqu'à présent la religion des traditions humaines. Dans ce temple où le pur évangile sera prêché désormais , combien de consciences vont entendre de sérieux appels, combien de pauvres pécheurs vont être convertis, combien d'affligés consolés , combien d'âmes sauvées pour l'éternité! Ailleurs, un chrétien moins riche a donné à une société biblique la somme nécessaire pour la publication d'un exemplaire de la bible. Suivez cette bible par la pensée dans son cours bienfaisant et salutaire : voyez-la , vendue par un de nos colporteurs à un prix modique, devenant la propriété d'un homme jusqu'alors indifférent , et l'amenant au salut qui est en Christ; voyez cet homme réunissant chaque jour sa famille autour du livre de Dieu , et faisant part aux autres des bénédictions qu'il y a trouvées pour luimême ; voyez ce livre passant du père au fils , se

LES AVANTAGES DE L'ARGENT; t98

transmettaDt de géDération en génération , jusqu'à ce qae les feuillets eh soient usés et déchirés à force de servir , et jetant successivement dans un grand nombre d'âmes des semences de conversion et de vie éternelle. Ailleurs^ c'est un chrétien plus pauvre encore qui a donné seulement la pite nécessaire à la publication d'un traité religieux. Cette feuille éphémère, cédée à vil prix ou donnée gratuitement , ira produire dans une âme des impressions sérieuses , l'amènera peut-être au sauveur , et fera sortir de ce sou donné en son nom des bénédictions éternelles. Voilà, mes frères, ce que vous pouvez faire avec de l'argent Aujourd'hui même, puisque le Seigneur vous en offre l'occasion, vous pouvez avec vos biens périssables produire de ces résultats éternels ^ En donnant pour nos orphelines , vous ne contribuez pas seulement à leur bien-être temporel : vous les mettez à l'abri des séductions du vice, vous leur assurez une éducation chrétienne, vous contribuez autant qu'il est en vous à leur salut; et je ne sais pas si au dernier jour il ne se trouvera pas quelqu'une de nos pauvres orphelines, devenue héritière du royaume des cieux , qui vous accueillera dans les demeures de la gloire comme les instruments de son salut.

Tels sont les privilèges attachés aux biens de ce

* Prêché un jour de collecté pour une maison d'orphelines.

19e Lï» AVANTAGES J» L*ARGE!fT.

monde lorsqu'ils se trouvent entre les mains du fidèle.: Je dis lorsqu'ils se trouvent entre les mains du fidèle^ et le moment est venu d'insister sur ce point. Prenez bien garde que la richesse n'est une bénédiction qae lorsqu'elle est unie à la piété. S'il est bon d'avoir <( un héritage, » pour emprunter les expressions de mon texte, c'est lorsqu'on possède en même temps « la sagesse : )) et vous savez ce que la bible entend par là. Si vous séparez la richesse de la piété , si vous êtes riches des biens du monde, sans être riches en Dieu^ alors, je n'hésite pas à le déclarer, votre richesse, bien loin d'être une bénédiction, devient un malheur et un danger effrayant. Alors s'appliqueraient à vous ces redoutables paroles de TEcriture : « H est difficile qu'un riche entre dans le royaume des cieux. L'amour des richesses est la racine de toutes sortes de maux. Malheur à vous riches, car vous avez déjà regu votre récompense. Pleurez et jetez des cris, à cause des malheurs qui vont tomber sur vous ! Vos richesses sont pourries, vos vêtements sont rongés des vers. Votre or et votre argent se sont rouilles, et leur rouille s'élèvera en témoignage contre vous , et dévorera votre chair comme le feu ; vous avez amassé un trésor de colère pour les derniers jours. » Voilà ce que vous promet la richesse , et l'avenir qu'elle vous réserve , si vous la séparez de la piété. Mais nous attendons de vous de meilleures choses , frères et sœurs à qui Dieu a remis en partage des biens temporelSr

LES AVANTAGES DE L'ARGENT. f 97

Noos espérons , nous avons la confiance qne vons ne vous contenterez pas de ces biens«là : voos chercherez avant tonte chose des richesses pins précieuses, ces richesses éternelles qui seules peuvent donner da prix aux biens de la terre et en foire une bénédic* tion. Aujourd'hui même, nous en avons la confiance^ vous prouverez que vous avez compris quels sont les vrais privilèges des riches, en contribuant largement pour Toeuvre excellente qui sollicite votre libéralité. Vous mettrez votre joie à donner en riches , double* ment riches des biens de ce monde et des biens de Dieu; et puisque par exception nous avons prêché pour les riches , vous montrerez par une riche offrande que nous avons trouvé le chemin de vos cœurs.

Mais il est temps que nous venions à vous, chers frères et sœurs que Dieu voulut placer dans une position moins heureuse au point de vue des biens temporels; vons qui occupez une si large place dans nos sympathies, et que nous n'avons pas perdus de vue un seul moment tout en nous adressant aux riches. Quels qne puissent être les avantages attachés à la possession des biens temporels , gardez-vous de regretter l'humilité de la position que le père céleste a choisie pour vous. Vons êtes, aussi bien que les heureux da monde, ses enfants bien-aimés; For et l'argent sont à lui ; il a la puissance pour vous enrichir, aussi bien

qae la sagesse et la bonté ; et s'il vous laisse dans ané condition humble et difficile, c'est, n'en doutez pas, que cette condition-là est pour vous la meilleure. Si les biens temporels ont leurs avantages que nous ne voulons pas jnéconnaitre, ils ont aussi leurs tentations et leurs dangers; et nous ne pouvons pas douter que ie Seigneur , qui connaît toutes choses , qui apprécie tous les caractères, toutes les circonstances et tous les besoins, ne choisisse pour chacun de nous , entre toutes les positions diverses , précisément celle qui est là meilleure en vue de notre développement moral et de notre salut. Tel qui est fidèle dans une position humble, ne supporterait pas une condition plus élevée, et oublierait Dieu peut-être s'il devenait riche; Sans doute il ne vous est pas interdit de faire quelques efforts pour acquérir une portion plus considérable des biens de ce monde. Le désir d'améliorer une position temporellement difficile est naturel au cœur de l'homme, et ce désir est parfaitement légitime lorsqu'il est restreint dans de justes bornes. Les biens temporels, nous l'avons déjà dit, sont en euxmêmes un bienfait de Dieu; et il est tout aussi permis à un pauvre de travailler à les acquérir , qu'il est permis à un malade de chercher à recouvrer la santé. Mais tout en travaillant pour acquérir des biens temporels, prenez garde à ne jamais employer que de bons moyens, des moyens qui soient approuvés de Dieu et qui ne blessent pas la conscience. Prenez pour règle à

cet égard , non pas ce que voas voyez &ire aatour de vous y non pas ce que Tusage autorise peut-être dans le monde, mais uniquement les inspirations d'une conscience délicate, et les directions de cette parole divine qui a dit : « faites pour les autres ce que vous voudriez qu'ils fissent pour vous. » Prenez garde aussi de ne pas mettre votre cœur à la poursuite des biens de la terre ; n'en faites pas le but essentiel de votre vie , et ne faites pas dépendre votre bonheur de la réussite de vos efforts. Si malgré un travail actif et loyal vous restez privés de ces biens terrestres, dites- vous que le Seigneur , qui d'un mot pourrait vous enrichir, sait mieux que vous ce qu'il vous faut, et contentez- vous d'être riches en Dieu. Ajournez la réalisation de vos rêves de richesse au siècle à venir , et rappelez- vous qu'au dernier jour, quelle qu'ait pu être votre condition sur la terre, si seulement vous avez donné votre cœur à Christ , vous entrerez en possession d'un héritage, dont la magnificence effacera toutes les fortunes et toutes les gloires du monde. Au reste, mes frères, même dans cette vie, les privilèges les plus précieux attachés aux biens temporels ne sont pas le partage exclusif des riches ; et si pauvres que vous puissiez être , il dépend de vous d'en prendre votre part. Si pauvres que vous puissiez être, il dépend de vous d'être ouvriers avec Dieu pour faire du bien : du bien pour la vie présente et du bien pour l'éternité. Si humble que puisse être

300 LES AVAm*AGES DE L'ARGENT.

votre condition dans le monde , regardez autour de vous, vous en trouverez de plus humbles encore. Vous trouverez des hommes en comparaison desquels vous êtes riches , et à Tégard desquels vous pouvez agir en riches , en leur faisant part du peu que vous possédez. Vous êtes pauvres, mais vous ne l'êtes pas au point de ne pouvoir pas contribuer au salut des âmes et à Favancement du règne de Dieu ; vous pouveZy comme les riches, avec les biens périssables vous acquérir des amis pour Téternité, ne fi!it-ce qu'eu soutenant cette société humble autant qu'excellente du sou protestant , qui , moyennant des contributions d'un sou par semaine , soutient à la fois toutes nos œuvres d'évangélisation et toutes nos institutions de charité. Vous êtes pauvres, mais pourtant vous ne l'êtes pas autant que ces enfants orphelins ou abandonnés pour lesquels nous vous sollicitons aujourd'hui. Vous aussi , vous pouvez contribuer à leur bien-être temporel, à leur salut éternel, et l'avenir de ces enfants, jusque dans les profondeurs les plus reculées de l'éternité, dépend de vous comme des riches. N'eussiez-vous qu'une pite comme la veuve de l'évangile , vous pouvez la partager avec eux ; et le Seigneur qui connaît toutes choses, qui apprécie les dons, non pas d'après leur valeur absolue, mais d'après ce qu'ils ont coûté au bienfaiteur, jugera peutêtre votre humble offrande, comme celle de la veuve , un don plus généreux que l'or des riches. Que per-

sonne donc , parmi ceux qui ont entendu notre appela ne dise en son cœnr : cet appel ne me concerne pas; que personne ne s'exclue lui-même du privilège excellent de donner en vue de Dieu pour le bien de ses enfants. Que le riche donne de son abondance et le pauvre de sa pauvreté ; mais que chacun donne , avec joie 9 libéralement, richement dans la mesure de ses moyens ; et puisse le Seigneur , qui nous confie les biens de ce monde et qui lit au fond de nos cœurs , trouver en nous aujourd'hui des dispensateurs fidèles! Amen.

Décembre 4853.

Je te rendrai avisé, je t'enseignerai le chemin dans lequel tu dois marcher, et je te guiderai de mon œil.

(PsâumbXXXII,8.)

Parmi les épreuves auxquelles nous sommes exposés dans la vie présente , il en est d'un genre particulier , qui résultent de la difficulté que nous trouvons à prendre un parti dans certaines circonstances. II n'est personne qui ne connaisse par expérience tout ce qu'il peut y avoir de souffrance morale dans l'irrésolution. •L'irrésolution^ la difficulté que nous éprouvons à nous décider dans les occasions douteuses et obscures ; ne nous fait pas seulement perdre un temps considérable et précieux : elle nous rend malheureux ; et si la décision à prendre est importante par ses conséquences^ elle peut devenir un vé-

ritable toarmenL Les épreuves de ce genre , qui ne déchirent pas le cœur, mais qui angoissent Tespril, n'en sont pas moins réelles et douloureuses. Supposez , par exemple , un jeune homme ou une jeune fille appelés à se prononcer sur le choix qui doit les lier pour la vie entière; supposez des parents appelés à choisir un médecin, et avec lui un traitement, pour leur enfant dangereusement malade ; ou , pour descendre à des objets moins relevés , mais qui ont pourtant leur importance, supposez un négociant appelé à décider s'il doit engager ou non sa fortune dans une entreprise commerciale : en de telles circonstances , où la décision à prendre est d'une importance majeure par les conséquences qu'elle entraîne, Tirré* solalion devient une épreuve amère et poignante. J'ai cité deux ou trois exemples, les premiers qui sWraient à mon esprit ; mais je pourrais les multiplier à l'infini; car ils se reproduisent à chaque instant dans le cours de la vie humaine. Même dans les circonstances les moins importantes l'irréso-r lulion est pénible; elle nous trouble , elle nous tourmente, et cela d'autant plus que notre conscience est plus délicate; nous voudrions pouvoir nous décharger de la responsabilité que nous sommes obligés d'assumer; nous appelons instinctivement à notre aide une sagesse supérieure à la nôtre, et des lumières que l'homme ne possède pas.

La parole de Dieu , qui a des remèdes pour toutes

nos misères, o'a pas oublié , dans son trésor de grà^ ces y le genre par^ttcutier d'épreove que je viens de signaler. En même temps qu'elle nous offre une consolation pour nos souffrances , et une force contre nos tentations, elle nous offre aussi une lumière pour nous guider dans les difficultés de la vie ; en même temps qu'elle nous dit au nom du Seigneur : « c'est moi 9 c'est moi qui vous console ^ , » elle nous dit aussi au nom du Seigneur : «je te rendrai avisé, je t'enseignerai le chemin par lequel tu dois marcher , et je te guiderai de mon œil. »

« Je t'enseignerai le chemin. » C'est le Seigneur qui parle ; c'est Dieu qui doit nous guider, et non pas l'homme. Notre premier mouvement, quand nous sommes en perplexité au sujet d'une décision à prendre, est de nous décharger, sur quelqu'un de nos semblables , de la responsabilité de notre décision. Il ne manque pas de personnes qui trouvent commode d'abdiquer ainsi entre les mains d'un autre leur responsabilité morale et la liberté de leur conscience. Dans Téglise romaine, qui tend à tout matérialiser, culte et vie chrétienne, on trouve des directeurs qui sont chargés de juger et de décider pour vous. Mais à côté des directeurs of&ciels , il en est beaucoup d'officieux qu'on se donne sans y penser , qu'on s'empresse de consulter dans les cas diffi-

LES OIBEOnONS DE MBIJ. 806

ciies j et Bar lesquels oo 9e décharge voloaiiero do soin de prendre une résololioa.

Celte manière de trancher la difficulté peut être coaunode : mais elle est dangereuse, contraire à noti*e destination morale et à la volonté de Dieu. Dieu ne nous a pas donné une conscience et une liberté morale pour que nous n'en fassions point usage ; chacun devra répondre pouriui-méme de remploi quïl aura fait de ces dons du créateur; et comme les a\h très ne peuvent pas être jugés à notre place au der* nier jour, ils ne doivent pas non plus décider à notre place dans les difficultés de la vie. 11 est inutile d'ajouter que je condamne seulement l'abus de la déférence aux avis des autres hommes. Que nous consultions dans les circonstances difficiles ceux qui méritent notre confiance par leur expérience y leurs lumières, leur piété; que leur avis devirane uq élément de la décision que nous avons à prendre, il n'y a rien là que de légitime et de sage ; mais ce qui n'est ni' sage ni légitime, c'est que ucais fassions abstraction du jugement que Dieu nous a donné pour emprunter le jugement d'un autre homme ; ce qui est d'obligation pour nous , c'est de nous former dans chaque circonstance une opinion personnelle, éclairée, qui nous appartienne en propre, et dont nous ayons reconnu par nous-mêmes la valeur.

11 faut donc remonter plus haut que l'homme pour

trouver ce guide salutaire dont nous éprouvons tous

le besoin ; il faut remonter plus bant que toutes les créatures, puisque aucune d'entre elles ne pourra répondre pour nous au dernier jour : il faut aller jusqu'à Dieu lui-même. Cest Dieu lui-même qui proaiet d'être notre guide à travers les difficultés de la vie, c'est à la sagesse suprême qu'il faut emprunter la lumière qui doit éclairer nos ténèbres. « C'est moi , » dit l'Ëternel , « qui t'enseignerai le chemin par lequel tu dois marcher, et mon œil te guidera. »

Je voudrais rechercher avec vous, mes frères, quelles sont les diverses formes que peut revêtir dans notre vie cette direction divine, et quels moyens nous devons employer pour en profiter.

GommenQons par écarter les fausses applications qu'on pourrait faire , et qu'on a faites quelquefois , des promesses du Seigneur à cet égard.

D'abord , ai-je besoin de le dire? nous ne devons pas attendre de Dieu des directions surnaturelles. Il fut un temps où lés miracles étaient nécessaires , el où Dieu conduisait ses élus par des révélations qui sortaient du cours ordinaire de la nature. Sous l'ancienne alliance, et dans les premiers temps de Ja nouvelle , il a jugé bon de se révéler quelquefois par des songes, par des visions , par des communications directes et surnaturelles. Sfeis tout nous annonce que ces temps-là sont passés pour l'église, et rien ne nous autorise à espérer aujourd'hui de

semblables révélations. Je ne voadrais pas affirmer qu'il soit absolument impossible qu*elles aient jamais lieu; mais nous ne sommes pas fondés à les attendre. Elles ont pu être nécessaires pour un peuple grossier et charnel comme les JuiFs; elles étaient en rapport avec le caractère général de l'ancienne alliance. Elles ont pu être utiles aussi pour fiiciliter le premier établissement de Tévangile dans le monde , et pour hftter la ruine du paganisme. Mais aujourd'hui 9 après les progrès si rapides, si étendus et si merveilleux de Tévangile, et les effets admirables qu'il a produits partout où il a pénétré : après ce renouvellement de la face du monde opéré par le christianisme ; après le paganisme vaincu , les moeurs adoucies , l'esclavage aboli , la charité répandue sur la terre , nous possédons y dans les effets moraux de l'évangile , un feiscéau de miracles éclatants qui rendent inutiles les miracles matériels. Il est dans le caractère de Dieu d'employer toujours les moyens les plus simples pour arriver à ses fins, d'économiser autant que possible sa puissance divine , si cette expression m'est permise; et de même qu'il n'emploie plus aujourd'hui, pour propager l'évangile, des prodiges matériels parce qu'il suffit de la puissance morale de l'évangile , de même pour conduire ses enfants il n'a plus recours à des visions ni à des communications surnaturelles, parce qu'il suffit du développement simple et régulier des moyens na-

turels qu'il a mis entre nos mains pour nous diriger. iSi nous écartons de la vie chrétienne les directions miraculeuses qu'on croirait pouvoir attendre de la divinité, nous rejetons à plus forte raison les fausses lumières qu'on demande quelquefois à la superstition. Je ne veux rien dire des manifestations les plus grossières deTesprit de superstition : il en est qui sont tellement absurdes que nous ne pouvons même les nommer ici. Mais on trouve des personnes , quelquefois même des personnes pieuses, sinon éclairées, qui ne craignent pas de s'adresser à des somnambules dans les circonstances difficiles. Ce besoin qu'éprouve l'homme de consulter le monde invisible s'est manifesté de nos jours par des aberrations bien plus étranges encore , puisqu'on en est venu à interroger jusqu'aux meubles de nos maisons, s'imaginant entrer, par ce grossier matérialisme, en communication avec le monde des esprits. Nous n'hésitons pas à rejeter et à condamner toutes les pratiques de ce genre; et nous n'avons pas même besoin , pour arriver à cette conclusion , d'examiner s'il.y a quelque chose de réel dans Ie9 résultats qu'on prétend obtenir par l'emploi de pareils moyens. En effet , de deux choses l'une : ou les révélations dont- ou nous parle sont des réalités, ou elles sont de pures illusions. Si elles sont des illusions, il est trop évident que nous ne devons pas y avoir récours : toutes ces pratiques ne sont alors que du temps perdu j et personne assurément, ne voudrait. être* de

gatté de cœur la dope d'aoe friponnerie » ou le jonel d'une imagination exaltée. -Si au contraire il y a quelque réalité dans ces prétendues communications avec le monde invisible, dans les révélations des somnambules et dans tout ce qui se rattache à cet ordre d'idées , alors ces ^choses sont dangereuses, elles sont coupablesi et il n'est pas permis à l'en* faut de Dieu de les employer. En effet, toutes les fois que l'Ecriture parle de semblables pratiques, c'est toujours pour les condamner et pour les interdire absolument. On sait avec quelle sévérité Moïse défendit aux Israélites de consulter ces êtres mystérieux appelés esprits de Python, n II ne se trouvera personne au milieu de toi , » leur dit-il , a qui se mêle de deviner, ni de pronostiqueur de temps, ni d'enchanteur qui use d'enchantements , ni d'homme qui consulte l'esprit de Python , ni de diseur de bonne aventure, ni personne qui interroge les morts. Car quiconque fait ces choses est en abomination à TEternel. » Il est parlé dans le livre des- Actes d'une servante qui avait un esprit de Python, et » qui apportait un grand profit à ses mattres en devinant; » cela ressemble bien aux somnambules de nos jours ;^ qui n'oublient pas , comme on sait , le côté lucratif de leur prétendue lucidité. L'état de cette servante nous est représenté par l'écrivain sacré comme une circonstance malheureuse, que Dieu n'approuve pas; et Paul, au nom de Jésus-Christ, commande à l'esprit

de sortir de celle fille *. Od a peine à comprendre commeDl; après de lelles défenses el de tels exemples, des chrétiens peuvenl se sentir libres de recourir à de pareilles pratiques. Telle est donc notre position à Tégard des choses dont je parle , que nous n'avons dans aucun cas à nous en occuper ; la question de leur réalité est pour nous sans importance au point de vue du devoir; ou elles sont inutiles, ou elles sont coupables : telle est Tal ter native- où nous sommes placés. Ce n'est donc pas à des lumières de ce genre que nous aurons recours pour nous éclairer dans les difficultés de la vie.

Nous ne pouvons pas approuver non plus — si ce n'est peut-être dans des cas très-rares et tout-à-faii exceptionnels, que nous ne sommes pas appelés à prévoir ici — l'usage de consulter Dieu par le moyen du sort. Il y a des chrétiens , comme on le sait , qQÎ emploient volontiers le sort pour résoudre les questions difficiles ; les frères moraves ne craignent même pas de l'appliquer aux décisions les plus importantes de la vie , au mariage par exemple. Il y a dans l'emploi d'un tel moyen quelque chose qui répugne à notre destination comme êtres intelligents et responsables. Je le répète, si Dieu nous a donné rintelligence et la liberté morale, c'est apparemment pour que* nous ea fassions usage , et non pour que nous remplacions ces

* Deut., XVIII, 40-42. Actes, XYI, 46t48.

CacuUés divines par un mécanisme aveagle. Diea veut que nous agissions d'après une conviction personnelle ei éclairée , sachant pourquoi nous agissons, et pour, vanl justifier noire conduite par des motifs rationnels. Sans doute le hasard n'est qu'un mot, et ce qu'on appelle le sort est , comme toutes choses , dirigé de Dieu. (( On jette le sort au giron, » nous dit l'Ecri* ture, (( mais tout ce qui en doit arriver vient de l'Eternel '. » Mais prenez-y garde, Dieu ne s'est engagé nulle part à vous faire connaître votre devoir par le moyen du sort ; vous ne trouverez pas dans l'Ecriture une seule promesse qui puisse fonder à. cet égard une espérance légitime. C'est bien par la direction de Dieu que le sort amène telle ou telle chance; mais rien* ne vous assure que cette chance représente la. ligne que vous devez suivre pour faire la volonté de Dieu. On trouve dans l'ancien testament quelques occasions où Dieu est consulté par le moyen du sort; ce moyen matériel et grossier pouvait convenir à l'enfance intellectuelle et morale du peuple juif; mais nous possédons des moyens plus relevés , nous que Dieu fit naître au sein de la lumière évangélique. Sous la nouvelle alliance on trouve à la vérité un exemple, un seul exemple de l'emploi du sort : c'est l(M*squ*il s'agit de choisir un apôtre pour remplacer Judas. Mais d'abord il faut remarquer que le sort est employé ici

^ Prov. , XVI , 33:

3411 LES MIlECTiOIfS DB DIEU.

avec de grandes reBlrjcIioQS. En effet lea disciple» oommpncèrent par choisir, d'après leurs lumières naturelles, deux hommes qui leur paraissaient également qualifiés pour- remplir la place vacante; et ce fot seulement pour décider entre ces deux honymes qu'ils tirèrent au sort, après avoir prié le Seigneur de manifester sa volonté par ce moyen. En second liea oét exemple , unique dans son genre et par consé- .quent exceptionnel, ne peut pas tenir lieu d'un précepte , ni même d'une autorisation , qu'on chercherait vainement dans l'évangile. Tout au plus serait-an fondé à conclure de cet exemple qu'il peut se présenter, par une rare exception, telle circonstance dans la vie d'un chrétien où l'emploi d'un pareil moyen loi serait permis pour consulter Dieu ; le discernement de ces cas exceptionnels, s'il en existe, serait laissé à la conscience da fidèle. Mais vouloir conclure comme règle générale de ce fait unique, qu'il est permis au chrétien de recourir au sort ponr se conduire dans la vie, c'est là évidemment une témérité daiîgereuse, contraire aux vues de Dieu et à DcAre destination morale.

Laissons donc tontes ces manières mauvaises on téniéraires de consulter Dieu dans les difficultés de la vie; passons à des moyens que Dieu approuve , que Mtre eonsdence jnstifie, et qui sont en rapport avec notre nature intelligente et libre.

Avant tout, nous sommes appelés à:Coa6uUer Dieu

LES DIRECTfONS DE DIEU. 313

en étudiant sa parole écrite, a Ta parole > » disait David , c( est oae lampe devant mes pieds, et une lumière sur mon sentier. » L'Ecriture est pleine de directions et de conseils à notre adresse , de préceptes, et d'exemples qui s'appliquent aux circonstances variées de la vie humaine. C'est là un guide qui est tonjours à notre disposition ^ et que nous pouvons con*. solter avec nne confiance absolue. C'est une lumière brillante et pure, qui ne peut jamais nous égarer si nous la diercbons avec un cœur droit, dans un esprit d'humilité et de prière. Là nous ne risquons pas d'être la dupe du mensonge, ni le jouet de notre imagination ; les directions que nous fournit ce guide céleste sont infaillibles ; et pourtant elles sont de telle nature que nous ne faisons pas abstraction , en les ccmsultant , de notre intelligence et de notre liberté morale. Je sais bien qu'il est des personnes qui prétendent que la bible n'est pas un guide suffisant et assuré, qu'elle est sujette à des interprétations diverses, et que chacun suivra soa propre sens en croyant suivre la parole de Dieu. Une telle assertion^est injurieuse pour cette parole sainte ; car elle suppose que le Saint-Es(M*it n'aurait pas su s'exprimer aussi clairement qu'un livre d'homme. Si nous comprenons faciiemeQt les livres des hommes avec l'intelligence que Dieu nous a donnée, pourquoi ne pourrions-noua pas comprendre le livre de Dieu? Bien plus, pourquoi Dieu nous aurait-il donné une révélation , si elle

devait être si peu claire que nous ne pussioos pas la comprendre, et qu'ainsi elle ne dût pas nous servir? D'ailleurs TEcriture elle-même s'explique à cet égard avec une précision qui ne peut laisser place à aucun doute. (( La loi de l'Eternel est parfaite, » dit David ; (( le témoignage de l'Eternel est certain, il donne la sagesse aux simples; les commandements de l'Eternel . sont lumineux, et ils font que les yeux voient; aussi ton serviteur est rendu éclairé par eux ^ » Au reste , quiconque a la moindre expérience de l'Ecriture n'a pas besoin qu'on lui démontre la suffisance de sa lumière, ni la certitude de ses directions. Il éprouve Cous les jours que ce livre de Dieu lui fournit tout à la fois des forcés contre la tentation, des consolations dans l'épreuve, et des directions précieuses au milieu des difficultés de la vie. Tous les raisonnements du monde ne peuvent rien contre ce témoignage intérieur qu'il possède de l'excellence de la parole de Dieu. Consultez donc avec confiance, mes bien-aimés frères, ce guide céleste et infaillible, quelles que soient les circonstances difficiles qui se puissent rencontrer sur vos pas. Consultez l'Ecriture avec Tintelligence et le discernement que Dieu vous a donnés ; et non pas d'une manière aveugle , comme on le. fait quelquefois , en l'ouvrant au hasard pour voir une réponse divine dans la première ligne qui vous tom-

' Ps. XIX.

LES DUyECTIONS DE DIEU. 345

bera soos les yeax. Consultez-la dans un esprit de prière 9 avec un cœur sincère et simple , et aussi avec persévérance. Il faut de la persévérance pour la lecture de la bible comme il en faut pour la prière.. Peul-étre au premier moment il vous semblera que la bible ne renferme rien qui puisse s'appliquer à votre cas particulier ; mais ne vous découragez pas , continuez à c( sonder les Ecritures » avec prière et dans la foi ; et soyez assurés que vous y trouverez tôt ou tard cette réponse du Seigneur dont votre cœur a besoin.

L'Ecriture n'est pas le seul moyen que Dieu emploie pour nous faire connaître sa volonté et pour nous diriger daçs les occasions difficiles. Cette direction divine se révèle aussi par les événements mêmes de notre vie y qui sont' autant de dispensations de sa providence. Toutes les circonstances de la vie humaine, même les moins importantes en apparence, sont dirigées par la main paternelle du Seigneur , et il les fait servir d'interprètes pour manifester sa volonté à ses . enfants. 11 fait naître quelque obstacle devant le projet qui est contraire à sa, volonté ; il aplanit au contraire les difficultés devant le projet qu'il approuve. C^est une prière bien sage, et bien conforme aux vues du Seigneur, que de lui dire avant de nous engager dans quelque entreprise : « Seigneur! si cette affoire n^esi pas approuvée de toi , fais-le moi connaître en suscitant quelque obstacle sur mon chemin. » Dieu

946 LES DliO^niONS K IHEU.

a mille moyens , conoas de ses enfants^ de se révéler à eux et de les conduire comme par la main au moyen des événements de chaque jour. Ce sont là des clioses que les inci*édules ne connaissent pas et qu'ils ne peuvexii pas même comprendre , mais qui sont attestées par l'expérience des fidèles. Telle circonstance qai semble insignifiante , et qui passe inaperçue pour le grand nombre, devient un indice précieux pour Tenfant de Dieu , accoutumé à discerner la main de son père céleste dans tous les événements de sa vie. Pour aj)ercevoir cette direction paternelle, il faut avoir les yeux ouverts par ta foi. Nous parlerioas vainement de ces choses à ceux qui ne les connaissent point par

expérience ; et à ceux qui les connaissent par expé*

rienoe il est inutile de les démontrer*, tellement elles sont pour eux évidentes, incontestables, et d'une ex* périence journalière. Je me contenterai de leur dire ' soyez attentifs à discerner la direction de Dieu dans les circonstances de votre vie; rappelez-vôus tons les jours que rien absolument n'arrive sans rintervention de ce père céleste qui compte les cheveux de votre tète; sachez écouter et suivre les leçons qu'il vous donne par les dispensations de sa providence ; prenez garde à ne pas mettre votre désir à la place de sa volonté , quand elle se manifeste à vous dairement , quoique d'une manière simple et naturelle. Dieu ne vons^ pas prômia des directions surnaturelles; il vous a promis seulement de vous diriger : c'est à vous d'être

atlentife poar .discerner ses indications , el fidèles pour les suivre.

Enfin, mes frères, nous sommes persuadés qu'indépendamment de la parole écrile el des dispensalions de sa providence, Dieu nous conduit aussi d'une manière plus direcie, en nous mettant au cœur ce que DOQS devons faire ou dire dans certaines circonstances. Sans doute ce mode de manifestation de la volonté divine demande beaucoup de circonspection el de prudence de notre part; il pourrait facilement donner lieu à des abus ; nous pourrions , et cela est arrivé trop souvent, prendre notre propre volonté pour celle de Dieu , et les efTets de notre imagination pour une direction du Saint-Esprit. Mais Tabus qu'on peut foire d'une diose, ne prouve rien contre son usage légitime. Il y a iietï certainement quelque chose de réel dans cette action directe que l'Esprit de Dieu exerce sur notre esprit pour nous conduire dans certaines circonstances ; et vouloir bannir de notre vie ce mode de direction divine serait renoncer volontairemeot à un de nos privil^es les plus précieux. Constittez votre expérience : sans doute il a pu se trouver des occasions où vous avez suivi à tort votre volonté propre en croyant suivre celle de Dieu; mais n'en est-il. pas aussi oii vous vous êtes sentis pressés dfagîr par. one impulsion secrète et inexplicable? et quand vous résistez à ces mouvements intérieurs qui ne se rattachât à aucune cause apparente, cette ré-

sistance ne vous laisse-t-elie pas ensuite un regret amer? ne sentez-vous pas alors que vous êtes allés contre la volonté de Dieu? Il ne s'agit donc que de savoir discerner les occasions de ce genre où Dieu nous paHe réellement, et de ne pas les confondre avec les impulsions de notre propre volonté. Ce discernement peut quelquefois être difficile , mais il n'est pas impossible avec le secours de Dieu. Celui qui a promis de nous diriger est fidèle , et il saura bien nous aider à reconnaître sea directions , si nous lui sommes fidèles à notre tour.

J'ai dit : si nous lui sommes fidèles. Il est en effet une condition indispensable pour que nous puissions discerner ces avertissements intérieurs que Dieu nous adresse pas son Esprit , comme en général pour discerner toutes les directions au moyen desquelles il conduit ses enfants : cette condition ^ c'est la droiture de cœur. C'est par la droiture de cœur qu'on arrive à la foi ; c'est par elle qu'on avance dans la sanctification ; c'est par elle aussi qu'on apprend à discerner la volonté de Dieu dans les circonstances . difficiles. C'est aux cœurs droits que Dieu se révèle, ot seulement à eux. C'est pour les cœurs droits que l'Ecriture est une lumière , et qtie Dieu lui-même est un guide. Rien n'obscurcit la vue spirituelle comme un cœur partagé, un défont de droiture et de simplicité dans les intentions. Si nous sommes souvent embarrassés dans la pratique de la vie; s'il nous arrive souvent

de marcher eommedaDS les (éDèbres; si nous perdons un temps précieux dans une irrésolution inquiète et douloureuse y c'est probablement que nous ne pos* sédons pas encore ce cœur droit et simple , qui sait bien ce qu il veut et qui le veut complètement ; qui cherche sincèrement la volonté de Dieu y toute sa volonté et rien que sa volonté. Plus nous ferons de progrès dans la droiture de cœur^ dans la consécration absolue de nous-mêmes à celui qui nous a aimés et sauvés, plus noire marche se simplifiera, et noire sentier deviendra lumineux sous nos pas.

Cherchez donc avec ardeur, mes bien-aimés frères, ce plus précieux des trésors, celte chose vraiment seule nécessaire, puisqu'elle entraîne à sa suite toutes les grâces du Seigneur sans exception : un cœur droit Soyez sincères avec vous-mêmes et avec Dieu; ne laissez aucun repli dans votre conscience oii ne puisse pénétrer la lumière divine; puvrez devant Dieu votre cœur tout entier et dites-lui : « me voici , Seigneur, pour foire ta volonté! que veux-tu de moi? je suis prêt; montre-moi ta voie et j'y marcherai avec confiance, avec abandon et avec joie! » Alors Dieu vous montrera en effet le chemin où il veut que vous marchiez; alors tout deviendra clair et simple dans votre vie; alors l'Ecriture sera véritablement une lumière devant vos pas ; alors tous les événements dé votre vie seront autant d'interprètes fidèles et lucides de la volonté de Dieu à votre égard ; alors vous sau-

rez discerner avec une certitude infaillible les averlissemeols inlériears du Saiot*Esprit; alors, en un mot, s'accomplira pour vous ^ dans toute son étendue, cette précieuse promesse: « Je te rendrai avisé, je t'enseignerai le cheminvpar lequel ta dois marcher, et je te guiderai de mon œil! » Amen.

Octobre 4854.

La foi est une vive représentation des choses qu'on espère , et une démonstration de celles qu*on ne voit point

(Hteucx, XI, 4.) <

Il est peu de mois qui soient plus souvent employés, dans le langage religieux, que celui de foi ; il en est peu aussi qui soient moins compris. Beaucoup d'hommes parlent de la foi sans attacher à ce mot une idée bien précise; beaucoup d'autres y attachent des idées erronées, et qui ne sont pas conformes à la parole de Dieu. J'ai pensé qu'il serait utile de rechercher avec vous, mes bien-aimés frères, quelle idée nous devons nous faire de la foi , en pre-

^ Dans ce discours et dans les trois suivants, plusieurs développements ont été* traduits librement de Gialmers {Congrega-' iional sermons).

SI

nant pour guide la définition si remarquable qu'en donne l'apôlrc saint Paul dans notre texte : « la foi est une vive représentation des choses qu'on espère ^ et une démonstration de celles qu'on ne voit point. » En d'autres termes : la foi rend présentes les choses à venir, et elle rend visibles les choses invisibles. Ce qui caractérise la foi , c'est donc qu'elle a pour objet, d'un côté des choses qui ne tombent pas sous les sens, de l'autre des choses qui ne se rapportent pas au présent^ mais à l'avenir. L'invisible et l'avenir, voilà le domaine de la foi. Celui qui possède la foi détourne son attention ae ce monde extérieur qui frappe nos regards^ et avec lequel nous communiquons par lea organes des sens; il contemple un autre monde, un monde qu'il ne peut ni voir ni entendre , mais qui existe néanmoins pour lui, tout aussi réel, tout aussi vivant que celui qui tombe sous ses sens. Il détourne 8on attention des choses présentes et passagères, pour les porter siir les choses à' venir et éternelles; et par la foi ces choses à venir lui deviennent cooime présentes , tant il est certain de les voir et de les posséder un jour. Sans doute le croyant a, comme tous les hommes, une portion de sa vie qui se rapporte aux choses présentes et visibles : il a un corps qu'il faut soutenir ; il a des intérêts temporels qu'il ne peut pas négliger; il est entouré d'objets qui réclament une partie importante de son attention et de ses efforts ; il a des jouissances et des douleurs , des craintes et

des espérances qui aboutissent au monde visible. Mais indépendamment dQ cette vie qui a pour objet le monde visible et qui lui est commune avec tous les hommes, le croyant possède une autre vie, tout aussi réelle que la première et plus importante , qui embrasse le monde invisible et à venir. Dieu , Tâme ^ la vie éternelle, toutes ces choses qui ne sont guère que des idées pour le commun des hommes , sont pour le croyant des faits, qui exercent une influence décisive et continuelle sur ses sentiments et sur sa conduite. Le monde invisible n'est point pour lui une théorie : c'est une réalité, devenue, comme': visible à force d'être vivante; la vie'à venir n'est point pour lui un système plus ou moins platisible!: c'est une réalité, devenue comme présente à force d'être certaine.

A en juger d'après la définition que nous donne saint Paul , la foi ne paraît pas être une chose si commune, ni si; facile; à accfuérif qu'on le' pense généralement. Bien des hommes s'imagineût que pour être un croyant il suffit de do'ùner son afdhésion à la doctrine chrétienne; acquérir la; foi n'est pas plus difficile à leurs yeux que d'étudier le symbole bu d'apprendre le catéchisme. Pourvu qu'ils fassénl entrer dans leur intelligence de saines notions; religieuse^, ils se figurent que cela les conduira tout droit au ciel , alors que leur trésor et leur cœur restent sur la terre. Ils se figurent avoir droit à la vie éternelle par cela seul qu'ils ont des idées justes et vraies sur le moyen de justification

da pécheur devaoi Dieu ; ils sembieDt considérer le galut comme une récompense accordée à rhomme poiir rexactilude de son système de théologie; et satis&îts de ce qa'ils possèdent à cet égard, ils continuent à donner leor première attention , tocite leur attention , aux choses présentes et visibles. Mais la foi selon saint Paul , vous le vbyez, est bien autre chose : elle ne s'acquiert point par une simple étude intellectuelle ni par un simple effort de mémoire ; elle ne peut être que le fruit , d'un côté de la grâce de Dieu , sans laquelle nous ne pouvons rien, de Tautre d'un travail personnel, profond, difficile et persévérant. Tout nous porte vers le monde visible : nous sommes entourés de formes , de couleurs , de bruits , de sensations sans nombre , qui nous sollicitent incessammentvers la vie extérieure avec une force presque irrésistible : et quel travail de la volonté ne faut-il pas pour nous soustraire à ces sollicitations si nombreuses ^ si puissantes; pour fermer en quelque sorte nos yeux et nos oreilles aux objets sensibles; pour concentrer notre attention sur ce monde intérieur qui , caché -dans les profondeurs de, rAme , ne peut être découvert que par une vue toute^ spirituelle ; el pour en venir enfin A ce point que le monde invisible se présente à nous comme une réalité vivante , qui exerce sur nous une action aussi continuelle et aussi paissante que le monde visible! Quel travail de la volonté ne faut41 pas encore pour échapper à rinfluence prépondérante du pré-

seot : pour nous élever vers les choses à venir , vers les choses éternelles , et pour les transformer en réalités présentes ! Travail d'autant plus difficile, qu'à rentrée de cet avenir dans lequel il faut nous transporter, nous nous trouvons arrêtés par un sombre nuage tout chargé de mystères et de terreurs. Pour arriver jusqu'à cet avenir , pour réaliser ce monde lointain et tout spirituel, il faut déchirer le voile de la mort; il faut nous frayer un chemin à travers les ténèbres du sépulcre ; il faut nous arracher à toutes ces sollicitations ardentes qui nous entraînent sans cesse vers les objets vivants; il faut escalader ce mur d'airain qui ferme toutes les avenues de la vie terrestre, et nous élancer au-delà de ses limites, vers je ne sais quelle région mystérieuse où nous n'apercevons plus rien, même par l'imagination, si ce n'est des formes vagues et fugitives qui apparaissent et disparaissent dans les ombres de la nuit, soumises à un mode d'existence inconnu et incompréhensible. C'est là une tftche redoutable , et qui semble réservée à l'homme seul, autant que nous en pouvons juger, parmi toutes les créatures de l'univers. Les anges n'ont point de mort à subir ni à prévoir. Us ne connaissent point ce passage violent et douloureux entre leur condition actuelle et leur destinée finaliD. A l'homme seul est imposée l'obligation de se détacher viideoiment de tout ce qui l'entoure et le solli* cite, pour atteindre aux grandes réalités qui compo-

3t6 LÀ FOI SELON LA BIBLE;

seDt sa destinatioD éternelle. C'est à lui seul, enfermé qu'il est dans uoe étroite prison d'argile, et sans autres moyens de communication avec le reste de Tuaivers que ses oreilles et ses yeux , c'est à lui qu'il est imposé de transformer en vivantes réalités des choses que son œil n'a jamais vues , et que son oreille n'entendit jamais. A lui seul de franchir par la pensée une .immense dissolution, et par-delà ies ruines du monde sensible qui l'enveloppe, d§ concevoir ce monde futur où il doit vivre à toujours, A Muf seul d'a£fj:0D.ter. la plus redoutable de toutes les contemplations , la destruction dé son être : d'anticiper par la pensée le moment où son corps , aujourd'hui si sensible et si vivant , tombera en poussière ; où la chaleur vitale qui le pénètre aujourd'hui tout entier s'évanouira, laissant froide et pâle et dénuée toute la portion visible de lui-même ; où ces membres qui font aujourd'hui sa force, et ce visage aujourd'hui brillant de fraîcheur et de santé, et cette langue qui s'exprime aujourd'hui avec tant' de charme ou d'énergie, et tout ce torps en vue. diiqûer il travaille aujourd'hui comme s'il devait dui*er toujours^ — où tout cela ne sera plus qu'une masse inerte el décomposée, enfer inëe entre les quatre planches d'un cercueil qui sera enfermé lui-même dans la terre. Pour un ètroqùi a là- pleine conscience de sa vie el de sa foi^e^ la mort à quelque chose de si étrange , et pour ainsi dire de si : contre nature , qu'il ne fout

. LA FOI SELON LA BIBLE. St7

pas Dous étonner si rhomme se détonrne instinctivement de cette existence à venir et inconnue, dont la mort est le premier degré. C'est assurément une tâche ardue que de réaliser cette existence à venir dans notre condition présente, et c'est cette tâche-là qui est réservée à la foi.

Vous pouvez juger d'après cela de la valeur d'une objection qu'on élève souvent contre la doctrine du salut par la foi. Quand nous prêchons d'après l'Ecriture que le pécheur est sauvé par la foi , les hommes à propre justice prétendent qu'un tel salut serait trop facile, qu'il exigerait trop peu de notre part, que l'homme y jouerait un rôle tout passif et indigne d'une créature morale. Parlez-nous, disent*ils, du salut par les œuvres : là du moins il y a une tâche à remplir pour l'homme, et il ne reste pas étranger à l'afiaire de son salut. Ceux qui parlent ainsi montrent seulement qu'ils n'ont rien compris à ce qu'est la foi selon l'Ecriture. La foi telle que l'entend l'Ecriture, vous en pouvez juger, est une tâche bien autrement sérieuse que la vertu des hommes à propre justice, vertu qui se concilie bien souvent avec un cœur tout préoccupé du monde visible et adonné tout entier à la terre. S'il y a quelque chose qui exige de notre part une intervention personnelle et active, c'est assurément la foi selon saint Paul , celte foi qui rend présentes les choses à venir et visibles les cho-ses invisibles.

n9 LA FOI SELON LA BIBLE.

Il esl donc vrai que la tftche de la foi est grande et sérieuse; ei ce o'est pas trop pour râceomplir de tout le temps que nous avons à passer dans celle vie mortelle. Ce n'est point ici le travail d'un jour; ce n'est point une disposition que nous puissions revêtir en un moment et sans effort, par cela seul que noua acquérons la connaissance de la vérité religieuse. Sans doute, la foi commence dans notre cœur à un moment donné, sous Tinfluence de la grâce de Dieu; mais cette foi naissante est comparable à un faible enfant y elle a besoin de croître sans cesse, et elle ne peut arriver à la perfection qu'à la condition d'un loBg travail de notre part. Dans la foi , aussi bien que dans la sanctification , nous sommes appelés à intervenir personnellement, activement, par d^ effortB soutenus , et la foi oomme la sanctification est Fœuvre de notre vie tout entière. C'est une œuvre graduelle , dans lac^uelle nous sommes appelés à faire sans cesse de nouveaux progrès, nous détachanl chaque jour davantage des choses visibles, et réalisant chaque jour davantage le monde invisible. 11 font que de jour en jour les choses invisibles prennent pour nous plttsile réalité, plus de vie, plus de puissance, jua» qu'à ce qu'enfin nous vivions avec elles et sous leor inftttence , eomane nous vivons avec le monde exté^ rieur qui frappe nos regards. ^

I«a définitîofi de la foi donnée par Tapôtre dans^ notre texte nous présente une autre application. EUe

peut servir à justifier les déclarations de l'Ecriture sur la perversité générale de la nature humaine, et sur le petit nombre des hommes qui marchent dans la bonne voie. Si pour avoir la foi qui sauve, il faut vivre en présence des choses invisibles et à venir comme en présence de réalités, combien trouverez-' vous d'hommes qui possèdent une telle foi ? combien trouverez-vous de ces hommes qui sont réellement étrangers et voyageurs sur la terre, et qui, comme les anciens patriarches, montrent clairement et par toute leur vie qu'ils cherchent une patrie céleste ^? Je ne demande pas s'il y en a beaucoup qui savent en théorie que la vie est courte, que l'âme doit sur-^ vivre au corps , et que nous marchons tous vers une autre existence qui doit durer éternellement : mai& je demande s'il y en a beaucoup qui sont préoccupés habituellement de cette existence à venir , et qui ea font le mobile 4o leur conduite dans la vie présenlel A prendre Timmense majorité des hommes , et presque l'universalité, ne montrent-ils pas, avec une suprême évidence, par tout l'ensemble de leur vie, pçir leurs actions et leupd paroles , par leurs regrets et leurs espérances, par leurs joies et leurs douleurs,, ne oKmtrent-ils pas sans cesse qu'ils n'ont rien autre en vue que la vie présente, et que les choses in visi* blés n'existe»! point pour eux en réalité? Allez par-

iH^.,XI, 49, 44.

courir les rues et les places d'uoe grande ^ille, entrez dans les salons, pénétrez dans les intérieurs domestiques, étudiez celte foule immense, d'hommes si actifs, si.bfuyants, si affairés : à quoi pensjent-ils ? quels sont les objets qui les. préoccupent? daps quel but travaillent-ils? Us poursuivent bien des objets divers. La plupart ont pour but de gagner de l'argent ; quelques-uns se proposent d'acquérir de la considération et de la gloire; d'autres veulent satisfaire quelque affection de leur cœur ; d'autres cherchent la science, d'autres ne poursuivent que le plaisir : mais combien en pQurrez-yous compter qui tra-. vaillent pour TinyisiMe. et pp^rrél^ernité? Ecoutez <^s conversations inapiobrables qui :s^e^croi@eni.perpéT tuellement entre les hommes : parmi ces J[nil^er9. : 9l ces millions de paroles, combien en pourrez- vous recueillir qui se rapportent à Dieu, à Tftme, à Téternilé, au monde invisible en un mot? L'oubli complet du monde invisible, voilà ce qui domine partQut.cbez.les hommes, voilà le fond de la vie de 4'humanité.

Ce n'est pas , remarquez-le bien , que les hommes se contentent réellement des choses présentes et visibles. Il n'en est pas un seul qui, satisfait de ce qui est actuellement à sa portée, ne cherche pas autre chose, ne s'élance pas avec une ardeur incessante vers qnel- <]ue bien qu'il ne possède pas encore. Mais quand vous demandez quel est l'objet qui stimule les désirs

de cet homme et son activité , vous arrivez toujours à quelque chose qui est reofermé dans les étroites limites de cette vie mortelle ;^ à quelque chose qu'il laissera peut-être après lui sur la terre^ mais dont 4uimême sera privé bientôt et pour toujours. Celte ambition humaine, si activé et si ardente, se consume tout entière pour dçs choses dont Texistence est éphémère et /ugiti^e;» elle ne dépasse pas les' bornes de .ce globe matériel que Dieu a placé sous nos pieds, dabord pour la nourriture du corps de Thomme, et plus ^ lard pour sa sépulture. Etrange contradiction! Tbomme n'est point satisfait du présent, il est constamment préoccupé de l'avenir, et en même temps il ne cherche d'autre avenir que celui qui n'aura qu'une existence d'un nioment; il a des désirs infinis, et ces désirs ne se portent pas sur les seuls objets qui ,^ ayant eux-mêmes le caractère de Finfîni , pourraient les satisfaire; tourmenté d'une soif immense de bonheur, il ne cherche pour apaiser cette soif sans bornes que des biens mesquins et périssables, il ne donne pas seulement une pensée aux biens infinis et éternets. N'est-ce pas là une preuve irrécusable de la déchéance de l'humanité; et cette absence complète de foi qu'on remarque dans le monde, œt oubli ab solu des choses invisibles, ne justifient-ils pas-abondamment toutes les déclarations de l'Ecriture sur la perversité générale de la nature, humaine? Oui, cela n'est que trop vrai : « tous' se sont égarés-, il n'y a

personne qui ait de Finlelligence , il n'y a personne qui cherche Dieu!» Que si pourtant, parmi celte foule oublieuse des choses invisibles , on peut découvrir de loin en loin quelques hommes qui , touchés et convertis par la grâce de Dieu, ont délacbé leur cœur de ce monde et qui vivent de la vie de la foi, ces hommes-là forment une minorité presque imperceptible, et en les voyant nous ne pouvons que répéter avec le sauveur : « la porte est large et le chemin est spacieux qui mènent à la perdition , et il y en a beaucoup qui y marchent; mais, la porte est étroite, et le chemin est resserré qui mènent à la vie, et il y en a peu qui les trouvent I y)

Il est encore une conséquence importante qui découle de la définition de .la foi donnée par Tapôtre : c'est que cette foi-là produira nécessairement des résultats pratiques, des œuvres bonnes et saintes. Dire que la foi n'est pas une simple adhésion de Tesprit, mais bi^ une direction générale de la vie, c'est dire qu'elle se manifestera par des œuvres. 11 résistera naturellement aux séductions du monde visible , celui qui vit en présence du monde invisible et à venir. Du moment que les doctrines qui sont lobjet de la foi ne sont pas seulement des idées , mais des réalités vivantes, chacune d'elles exercera nécessairement une influeqce puissante sur la vie.

Quelle inQuence, par exemple » n'exercera pas sur la conduite d'un homme la présence de Dieu devenue

une réalité! L'homme pour qui Tètre invisible est devenu visible par la foi, l'homme que suit en tout 4ieu celui (c qui a les yeux trop purs pour voir le mal , » comment pourra-t-i! céder aux attraits du péché? Si une personne pour qui vous avez du respect et de raffection vous suivait sans cesse et partout ; si elle pénétrait dans tous les détails les plus intimes de votre vie^ n'est-il pas vrai que la présence continuelle de cette personne^ devenue pour vous comme une conscience visible et vivante, suffirait pour vous empêcher de faire le mal ? Eh bien ! Dieu lui-même sera pour vous cette conscience viaible et vivante , quand vous aurez la foi selon la bible : il sera toujours à vos cAtés, voQs le verrez sans cesse vous accompagnant partout y pénétrant non-seulement dans les secrets de voire vie de cabinet, mais dans les secrets de cette vie. intérieure ^ morale où nul homme ne peut pénétrer ; et cette présence continuelle de Dieu réalisée par la foi deviendra pour vous une sauvegarde, non -seulement contre les actions et les paroles mauvaises , mais contre les pensées mêmes et les sentiments que vous ne pourriez pas avouer devant lui.

Quelle influence encore n'exercera pas sur la conduite d'un homme le jugement à venir , devenu par la foi une réalité ! quelle influence n'exercera pas sur sa conduite la vie éternelle devenue une réalité ! Je suppose qu'une révélation divine vous fît savoir, avec une parfaite certitude, que Tannée actuelle sera la

dernière de votre vie, et la dernière aussi de ce \ monde visible. Vous n'avez plus que six mois devani vous pour vous préparer à 4'éternité ; quand la der- I nière heure de cette année aura sonné , Jésus-Christ paraîtra pour juger le monde; les hommes de tous les siècles seront assemblés devant lui; il les partagera en deux, classes, Tune à sa droite, Tautre à sa gauche, et vous serez dans une de ces deux classes ; tout ce qui est caché aujourd'hui sera mis en lumière; toutes les œuvres , toutes les paroles , toutes les pensées les plus secrètes paraîtront au grand jour, et tout cela formera la base d'un jugement dont les suites seront éternelles. Eternellement avec Jésus^^hrist , ou éternellement éloignés de lui; éternellement dans la joie et dans la gloire du ciel, ou éternellement dans l'enfer avec le diable et avec ses anges : telle est l'alternative qui vous attend , non pas dans un avenir éloigné et incertain , mais à jour fixe , dans six mois. Je vous le demande , mes frères , si c'était là , non pas seulement une simple supposition , mais une réalité, quelle influence décisive, incalculable cette réalité n'exercerait-elle pas sur toute votre vie! A l'approche connue des choses immuables et éternelles , de quel œil différent ne verriez-vous pas toutes les occupations de la vie présente ! comme vos cœurs se détacheraient facilement de ces biens terrestres qui n'auraient qu'âne existence de quelques mois I comme l'amour de l'argent serait vite surmonté ! comme le désintéressement

et la géDérosité devieDd raient faciles! A rapproche connue de ce jugement où votre sort serait 6xé selon vos œuvres, et fixé pour Téternité, quel besoin n'éprouveriez- vous pas de vous y préparer , et de vous mettre en état de ne le point craindre , soit en veillant àttentiveinent sur vos actions, sur vos paroles et sur vos pensées , soit en donnant votre cœur à Jésus- Christ /et en saisissant avidement le moyen de salut qui. vous est ofFèrt' dansTéyangile! N'est^fl pas vrâf qoe votre vie tout entière serait changée^ et cela tout naturellement, par le sepl effet de cette ^c^nvictiotf que vous auriez acquise que le jugement et la vie éternelle sont à la porte? Eh bien ! la supposition que je viens de faire est la réalité même pour rhorome qui possède la foi , la foi selon saint Paul , cette foi qui rend présentes les choses à venir et visibles les choses invisibles. Pour lui le jugement et la vie éternelle sont des faits aussi parfaitement certains que si le terme de Féconomie présente lui était fixé d avance; et rincertitude qui plane sur ce terme inévitable ne fait qu'ajouter à sa vigilance , puisque Féternité peut commencer pour lui, non-seulement d*une année à Tautre , mais d'un jour à l'autre ; puisque le jugement viendra pour lui peut-être dans dix ans , mais peutêtre aussi: dans un an , peut-être dans deux jours,

peut-être demain 1 . <

Et pour né plus citer qu'un seul exéniple , quelle

influence n'exercera pas sur la conduite d'dn homme

le sacrifice de Jésus-Chrisl mourant sur la croix- pour nos péchés, si ce sacrifice est devenu pour lui uoe réalité par la foi! Je suppose que la mort du sauveur se présente à nous, non pas comme un fait qui s'est passé loin de nous il y a dix-huit siècles, mais comme un fait qui se passe sous nos yeux et aujourd'hui même. Ce n'est plus un souvenir , c'est une réalité : devant nous une croix est dressée, et sur cette croix le fils de l'homme est suspendu par des clous qui percent ses mains et ses pieds. Nous sommes en ce moment au pied de celte croix « nous lisons sor les traits de Jésus ses inexprimables souffrances, nous i'eo tendons s'écrier dans son angoisse sans égale : ic mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as* tu abandonné! » et quand nous demandoos pourquoi le saiat et le juste est cloué sur cette croix , pourquoi il épuise dans sa personne toutes les souffrances réunies du corps ei de l'âme, une voix du ciel nous répond : <c c'est pour vous qu'il souffre tout œla , c'est pour que vos péchés puissent être pardonnes, c'est pour que la œndamoa- Uon méritée par vous soit effacée , et que vous ipuissiez entrer en pc^session de la félicité éternelle 1 x Je vous le demande , mes frères , si c'^ait A non pas une simple supposition, mais uae réalité, si vous voyiez réellement dans cet instant Jésus crucifié devant vous et pour vous, un pareil fait pourrait-il voud laisser indifférents? ne vous remuerait-il pas jusque dans les profondeurs de votre âme , et ne changerail^l

pas toute votre vie? G>mme votre cœar s'ouvrirait dlors^ en présence de celte croix , à l'amour pour ce Dieu sauveur qui vous a aimés le premier, aimés jusqu'à la croix ! comme vous haïriez ces péchés qui oot crucifié Jésus-Christ , et avec quel empressemeot vous travailleriez à les arracher de vos cœurs ! comme vous aimeriez et rechercheriez la sainteté en présence d'un si saint modèle! comme il vous serait impossible, en présence dune telle charité, de conserver des senliments de haine ou des projets de vengeance ! comme il vous deviendrait facile de pardonner à vos ennemis , en présence de cette croix sur laquelle vous entendez Jésus dire à son père : « mon père , pardonne-leur, car ils né savent ce quils font! » comme la charité , le support , le renoncement , le dévouement, rhumilité, la pureté, le zèle, toutes les vertus de la terre et du ciel, comme tout cela germerait dans votre cœur spontanément, nécessairement, par ce fait seul que vous vous trouvez en présence de la croix de Jésus-Christ! Eh bien I la supposition que je viens de faire est la réalité même pocr Thomme qui possède la foi , la foi selon saint Paul , celte foi qui rend visibles et présentes les vérités évangéliques. Cet bomme-là vit réellement en présence de la croix de Jésus-Christ, il a réellement devant les yeux son sauveur crucifié, et une vue matérielle ne pourrait rien ajouter à cet égard à la certitude de sa convie* tion^ Jésus crucifié le suit partout , car il le porte dans

aSS LA FOI SELON LA BIBLE.

60Û cœur; et c'est sous VinflueDce de ce sauveur çruciGé que se règleol ses actions, ses paroles, ses pensées et sa vie tout entière.

Mes bien-aimés frères, quand sera-ce que cette foilà deviendra la nôtre?... Ne vous tarde-t-il pas de la posséder? n'êtes-vous pas fatigués de ne vivre que pour la terre, et ne sentez-vous pas qu'il est temps de chercher quelque chose de meilleur et de perma* nent? 11 est temps de compléter notre vie morale en nous élevant au-dessus d'un monde qui passe; il est temps d'entrer en possession du monde invisible et éternel. Après tout, les choses invisibles sont des réalités. Nous avons une âme immortelle ; il y a une vie éternelle qui nous attend et qui peut commencer pour nous d'un jour à l'autre; il y a un Dieu toujours présent qui pénètre nos plus secrètes pensées; il y a un Jésus qui s'est sacrifié pour nous sur la croix ; il y a un Saint-Esprit qui régénère et qui sanctifie les croyants* Noua avons pu oublier jusqu'ici ces grands faits de l'ordre moral , ils ont pu rester étrangers à notre vie active et pratique ; mais ils n'en existent pas moins, et ils n'en décideront pas moins de notre condition éternelle. Venez à nous et emparez-vous de toutes les facultés de notre âme , saintes réalités da monde invisible , nobles et grandes idées du siècle à venir! Dieu vivant et vrai! Dieu toujours présent à nos côtés, ouvre nos yeux pour qu'ils te contemplent^ et nos cceurs pour qu'ils t'adormt ! Grande et douce

figare du sauveur crucifié pour notre salut, apparais à nos regards dans ta sublime beauté ^ et enflamme nos cœurs d'un saint amour! Esprit saint qui régénères et qui sanctifies , viens habiter dans nos âmes comme dans tes temples, et fais-y régner la sainteté! Immortalité, vie éternelle, jugement à venir qui dois rétablir Tordre à jamais dans la création de Dieu , soyez pour nous désormais des réalités , et présidez à notre vie terrestre! Etrangers et voyageurs sur la terre, nous voulons, comme les patriarches, désor* mais chercher « une patrie, » la patrie céleste et étemelle , le repos réservé au peuple de Dieu ! Amen.

Juillet 4856.

Si vous , qui êtes mauvais, savez bien donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père céleste donnera-t-il son Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent?

(Matth., VII, 44.) *•

L'honome est-il naturellement bon^ ou maavdis? porté au bien, ou porté au mal? question capitale , immense» dont la solution détermine toute la philosophie morale , et qui a de tout temps divisé les moralistes humàinp. L'homme est naturellement mauvais, disent les uns ; et ils cilent à l'appui les crimes , les turpitudes sans nombre qui se retrouvent partout et dans tous les temps, soit chez les peuples sauvages, soit dans les sociétés civilisées; ils en appellent aux. penchants intimes de notre cœur, auxquels il faut

^ Voir la note de la page 324. • '

résister poor foire le bien , tandis qa'il suffit de s'y abandonner pour faire le mal; la verta, disent-ils , est un état de lutte , un état qui a quelque chose de violent , et ce fait seul suffit pour condamner la nature humaine. L'homme est naturellement bon , répondent les autres; et ils allèguent à l'appui les tendances généreuses du cœur humain ^ les prodiges de dévouement, obscur ou éclatant, enfantés par les affections du cœur; ils en appellent à cette droiture innée qu'il est impossible de méconnaître chez bien des hommes, ^t qui leur fait sacri6er leurs intérêts à leur devoir. Que si la vertu exige une lutte, un combat, elle n'en est que plus honorable et plus belle pour qui remporte la victoire.

Ces deux opinions peuvent l'une et l'autre se soutenir, sinon avec un succès égal, du moins par des considérations spécieuses, à s'en tenir aux seuls arguments que fournissent la raison et l'expérience; et il serait probablement impossible de trouver à celte question capitale une solution pleinement satisfaisante, si nous n'avions pas, pour nous guider à travers ces ténèbres, la lumière divine de la révélation.

L'Ecriture, qui est la parole de Dieu, pose en fait la perversité générale et absolue de la nature humaine; mais en même temps elle explique cette perversité de manière à nous faire con^prendre qu'il n'y a rien là d'incompatible avec certaines tendances généreuses de notre cœur. Les paroles de mon texte, en parti-

culier , me paraissenl jeter une grande lamière sur cette question; et c'jest sous ce point de vue principalement que je me propose de les étudier aujo^uixl'hui. (( Si voQS, qud êtes mauvais ^ savez bien donner de bonnes choses à vos enfants y combien plus votre père céleste donnera-t-il son Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent ! » Il y a deux choses dans ces paroles du sauveur. 11 y a d'abord, et c'est la pensée principale , une exhortation à la prière et à la confiance en Dieu; mais il y a aussi une déclaration bien significative. , quoiqu'elle occupe une place accessoire et que le sauveur rinsiiîue en quelque sorte en passant, relativement à la perversité humaine.

(( Si vous j qui êtes mauvais , savez bien donner de

bonnes choses à vos enfants » Je ne crois pas qu'il

y ait dans la bible entière une déclaration qui établisse d'une manière plus focmelle, plus absolue, plus éclatante la doctrine de la perversité humaine. Cette doctrine, ou plutôt cette vérité, ressort ici d'autant plus frappante que le sauveur n'a point pour but de l'enseigner*, et qu'il s'en sert comme d'un principe hors de toute contestation pour appuyer un autre enseignement; on sent qu'il ne juge pas nécessaire de démontrer la perversité humaine; c'est là pour lui un fait évident, une de ces vérités premières qui ne se démontrent pas , attendu qu'elles frappent les yeux de l'intelligence comme la lumière du soleil frappe Jes yeux du corps; il ne suppose même pas que ceux

auxquels il s'adresse puissent avoir l'idée de contes- 1er cette vérité : <( vous qui ^ êtes bauvais , qui le savez 9 qui le sentez, qui ne pouvez pas songer serieusement à le nier » — je le répète, dans la pensée de Jésus-Christ, ce n'est pas là une doctrine à établir , c'est un fait patent, c'est un principe, c'est un axiome.

Il y a déjà quelque chose qui étonne à voir le sauveur poser en principe, et comme inutile à démontrer tant elle est évidente, une vérité qui en fait n'est que trop souvent contestée par l'orgueil humain. Hais cet étonnement augmente quand on lit les paroles qui suivent : a si vous, qui êtes mauvais, savez bien donner de bonnes choses à vos enfants. » Chose étrange! c'Qst quand Jésus présente la nature humaine sous un de ses aspects les^ plus aimables et les plus beaux, l'amour des parents pour leurs enfants, c'est alors qu'il pose en principe que les hommes sont mauvais.

Qui ne connaît, qui n'a souvent admiré , dans les dévouements qu'il inspire , l'amour paternel ou ma* ternel ?

Même dans ses manifestations les moins relevées, même chez 1^ créatures privées de raison, cette affection naturelle, qui n'est alors qu'un instinct, a quelque chose d'aimable et de touchant ; mais combien n est^elle pas plus admirable et plus belle chez les hommes , créés à l'image de Dieu 1 Votre cœur

344 / LA NATUftE HUMAINE.

peut-il rester indifférent à la vue (Tun père qui slmpose volontairement des fatigues et des privation^ de tout genre , qui consume dans, un travail aride les plus belles années de sa vie, qui souvent brave sans hésiter, sur un navire fragile, le danger des vents el des flots, tout cela pour préparer à ses enfants on avenir plus facile et plus doux? Mais c'est surtout chez la mère qu'il faut contempler et admirer cette affection si touchante et si belle : soit qu'elle arrête un regard humide de joie et d'amour sur son enfant brillant de fraîcheur et de santé; soit qu'elle entoure des soins les plus ingénieux et les plus tendres le lit de son enfant malade , épiant et prévenant ses moindres désirs, étudiant avec anxiété, sur son visage altéré, les plus légers symptômes d'aggravation ou de guérison ; soit que pour le nourrir elle se condamne pendant de longs mois à une vie toute de renoncement et de fatigues,, sans connaître d'autres plaisirs que son amour même, ni d'autre repos qu'un sommeil incomplet et incessamment troublé; soit que pour l'arracher au danger elle se précipite sans réflexion , et avec une sublime déraison , dans l'eau ou dans lés flammes : assurément il y a dans de tels dévouements une beauté morale admirable, et malheur à qui pourrait les contempler ou les apprendre, sans que son cœur tressaillit d'émotion et de sympathie! C'est cet amour des parents pour les enfants qui est le lien nécessaire de la société civile, comme

il Test (|e la famille : ô(ez des relations humaines cel amoor-là , et la famille et la société tombent en poussière, s'écroulent comme une maison sans ciment. Amour infaligable et inépuisable, qui résiste à toutes les secousses , à toutes les indifféronces, à toutes les ingratitudes; qui alors même qu'un enfant prodigue a dissipé sa jeunesse dans le pécbé et dans Toubli de ses parents , le reçoit encore les bras ouverts lorsqu'il revient au toit paternel. Assurément, je le répète^ une telle affection est quelque chose de bon et de beau.; et sans doute le sauveur, dont le cœur était fait à l'image du nôtre, le sauveur qui pleufa sur le tombeau de Lazare, était moins que personne insensible à tout ce qu'il y a de touchant et d'excellent dans l'amour paternel. Et pourtant c'est au moment même où il rappelle cet aroour-là et le signale comme une chose bonne, c'est alors qu'il déclare que ce père et cette mère qui savent si bien donner de bonnes choses à leurs enfants , qui sont animés pour eux d'une si tendre affection, n'en sont pas moins des êtres mauvais ^t pervers : si vous qui êtes mauvais^

savez bien donner de bonnes choses à vos enfants

Quel est donc le mot de cette énigme , et comment expliquer une si étrange contradiction ?

* La réponse à cette question est facile : il ne faut , pour la trouver , que suivre jusqu'au bout la comparaison qu'emploie ici le sauveur.

En effet , plus il y a de générosité et de puissance

L'oubli de Dieu ! toutes les paroles sont faibles pour caractériser ce péché qui domine et embrasse tous les autres, ce crime qui est Tapanage de l'ha* manité entière. Et pourtant la plupart des hommes n'ont aucune conscience d'un tel crime, ils ne soupçonnent pas tout ce qu'il y a de mauvais et de haïssable dans le fond de leur cœur. Qu'un fils laisse éclater sur son visage des signas de dédain , oa qu'il entretienne dans son cœur des sentiments d'antipathie à l'égard de son père terrestre, ils en seront péniblemenjt affectés comme d'un renversement grave de la loi morale; et ils .accorderont volontiers qu'une obéissance purement matérielle est sans valeur , si d'ailleurs le cœur de l'enfant est en état de révolte contre les êtres dont il tient le jour. Et quand bien même il n'y aurait pas de révolte positive, si seulement le cœur de l'enfant est en état dlndifférence — d'indifférence à l'égard du père ou de la mère qui l'a nourri , qui la protégé , qui Ta comblé de bienfaits, qui a constamment souffert pour lui depois sa naissance , et qui ne peut voir sans la douleur la plus amère l'enfant pour lequel il s'est sacrifié ne pas se soucier de lui — cette seule indifférence suffit abondamment pour flétrir à nos yeux celui qai l'éprouve, comme un être pervers et dénaturé. Assurément , il n'est pas un de vous qui ne se sente ému d'indignation quand un père ou une mère est ainsi frustré de cet amour de ses enfants, qui est sa pro-

priété morale, de cet amoar auquel il a le droit le plus évident et le plus légitime. Commeut doue ne sentiriez-vons pas que le même principe doit trouver son applicatioûy avec une tout autre énergie, dans nos relations avec notre père céleste? que direz-vous donc de cette grande famille humaine qui a rejeté lom d'elie toute affection de cœur pour son père, et qui s'est détournée de lui pour suivre son propre chemin? n'est-ce donc rien que la race tout entière qui peuple notre globe soit tombée tout au moins dans rindifFérence , dans l'insouciance à l'égard de Dieu ; et que, si elle ne se livre pas contre lui à une rébellion positive, du moins elle ait perdu tout sentiment de ses bienfaits et de son amour? n'est-ce rien que l'homme, cet être créé et par conséquent dépendant, marche à travers la vie sans se soucier du créateur qui lui a donné la vie et qui l'entretient; que cet homme qui reçoit de Dieu à chaque instant chaque souffle de son existence, n'ait rien en lui qui aspire après Dieu et qui le cherche; que cet homme si admirablement constitué dans toutes ses parties par le souverain maître de l'univers, rapporte à lui-même ses facultés physiques et morales comme si tout cela était son ouvrage ; que cet homme comblé depuis son berceau jusqu'à sa tombe des bienfaits de la providence, passe iDSouciaiit d'une jouissance à une autre jouissance, sans qu'un seul élan de gratitude le porte vers son divin bienfaiteur; que cet homme gardé i chaque

instant par la protection toute-puissante de ce Dieu dont le regard veille sur lui, détourne sans cesse ses propres regards loin de Dieu ; que cet homme dont la vue se promène enchantée des splendeurs du ciel aux magnificences de la terre, jouisse de tout cela sans donner une pensée à l'artiste invisible qui a prodigué la couleur à tous ces tableaux magnifiques et allumé tous ces flambeaux splendides; que cet homme enfin puise à chaque instant la joie dans tout ce qui l'entoure, dans l'afTection de ses proches, dans le parfum des .fleurs, dans la saveur des fruits, dans toutes les harmonies de la nature, et qu'il vive, respire , aime , sente , agisse , jouisse , tout cda dans un oubli absolu de celui qui l'a entouré de toutes ces jouissances? Vous qui savez si bien dénoncer l'ingratitude d'un enfant envers ses parents sur la terre , ne trpuverez-vous point dans votre vocabulaire moral quelque expression énergique et sévère pour flétrir le crime d'une telle ingratitude envers Dieu? vous qui sympathisez à l'angoisse, d'as père oo d'une mère affligés par l'indifSérenoe de leur eiibnt, votre cœur ne sera-t-il point pénétré par la vcix plaintive de celui qui s'écrie du haut du ciel : « j'ai étendu mes mains , et personne n'y a pris g^rde ^ 1 » Hélas 1 il existe une léthargie morale qui s'est emparée de l'humanité' entière ; et nous sommes devenus inseosi-

«Prov.,'l,n.

LA NATURE HUIIAÎNE. 361

bles à ce crime qui aux yeux des anges paratt énorme, le crime de créatures qui désavouent leur créateur , et d'un monde qui a oublié son Dieu 1

Comprenez-vous maintenant comment le sauveur, tout en accordant qu'il y a chez les hommes unç chose ix)nne qui est Famour paternel , a pu cependant les déclarer tous en usasse mauvais et pervers? II venait de quitter ces demeures bienheureuses et saintes, où le mal moral apparaît dans toute sa laideur et son énormité. Il descendait du ciel, où naguère il contemplait la puissance et la tendresse de celte affection patemelie, qui du trône de Dieu rayonne au loin sur toutes ses créatures : et maintenant, mêlé aux habitants de la terre , il voit de près Tingratitude et VindifTérence que les créatures opposent à un tel amour. Empreint comme tl Tétait de Fesprit de celte &mille céleste qu'il venait de quitter , il ne pouvait pas porter sur les familles de la terre un autre jugement quie celui qui est écrit dans notre texte. Il ne pouvait pas ne pas rendre hommage à l'amour des parents pour leurs enfants, vertu admirable qui embellit le caractère de Dieu lui-même, et qui se retrouve encore partout chez les hommes, survivant à notre déchéance morale sous la forme d'un instinct généreux et impérissabie. Hais plus il admirait l'amour des parents, pk» il devait avoir en horreur l'ingralilude des enfiiats, comme vous le ftiites vous-mêmes dans les relations terrestres. Et comme il voyait tout ensem-

ble chez les hommes , d'un côté uo dévouement admible des pères envers leurs enfants , de Tautre un éloignement non moins prononcé de leor part à regard de leur père céleste, il ne pouvait, tout en reconnaissant qu'ils avaient conservé une chose bonne, que les déclarer mauvais et pervers, comme ne possédant plus cette vertu capitale qui rattache la créature au créateur.

» Cette observation répond à la difficulté que nous proposions en commençant ce discours , et nous apprend en quoi consiste proprement la perversité générale et absolue de la nature humaine. Cette perversité, qui n'est pas moins incontestable aux yeux d'une sai de philosophie qu'à ceux de la foi, ne consiste pas dans l'absence complète de tout ce qu'il y a d'aimable , d'utile , de beau et de bon : elle consiste à proprement parler dans l'oubli de Dieu , et pour appeler les choses par leur vrai nom, dans l'athéisme. Oui, l'athéisme, non pas théorique mais pratique, voilà le vrai fond de cette immense plaie morale qui afflige l'humanité. Ce vice capital de la nature humaine n'empêche pas de sa part biep des manifestations belles et bonnes, soit que cette beauté morale éclate grande et sublime par des traits d'héroïsme , soit qu'elle brille plus douce mais non moins aimable en des effusions de sensibilité et de sympathie. Comme il y a encore des beautés de forme et de couleur dans notre monde déchu , il peut

Là NATOBE HIJIlAnifi. S5S

y avoir aussi oerlaioes beautés morales indépea* dantes de Dieu el de son service. Il y a de la beauté daDs l'éclat d'une rose, el il y a uue beauté d uo ordre plus relevé daas les teintes délicates que font éclore sur le visage la modestie et la pudeur ; mais il se peot qu il n'y ait pas davaatage la pensée et l'amour de Dieu chez Tètre humain que dans Tobjet inanimé. Il peut exister et il existe en effet bien des manifestations admirables de la nature humaine telle qu'elle est aujourd'hui ; et pourtant cela n'empêche pas que cette nature ne soit foncièrement mauvaise et impie, par cela seul qu'elle est éloignée de Dieu. Nous avons parlé de ce qu'il y a d'excellent dans l'amour des parents pour leurs enftints ; mais combien d'autres traits non moins beaux , non moins touchants, pris dans le caractèœde l'homme naturel, ne pourrions-nous pas ajouter à celui-là ! l'amitié , la piété filiale, l'amour de la patrie, l'amour de la vérité, la fidélité à la parole donnée, la droiture de conscience, la générosité, le désintéressement, la compassion , cette sympathie naturelle à tant de cœurs qui fait qu'on se met à la place de ceux qui souffrent, qu'on pleure avec ceux qui pleurent et qu'on. se dévoue pour les soulager : toutes ces choses se trouvent dans la nature humaine, et toutes ces choses sont bonnes, belles, excellentes et dignes d'admiration. Ce n'est pas seulement à des époques

éloignées de nous qu'il s'est trouvé des Damon et

364 U 9IÀTORE HUMâlNE.

des Pylittas «oarlyrs de ramUîé, s'offraot à TeQvi à mourir l'un pour l'autre ; ei des Régulus esolaves de leur parole , se livrant yolootaireaieot à lexil et à la mort pour ne pas manquer à la foi jurée ; et des Caton et des Aristide, pour qui la conscience était on maître. plus imfléxible et mieux obëi^ue tous les souverains et Uùites les lois de la terre. Il y a eu de tek hooMnes dans tous les temps , il y en a encore de nos jours; et il ne faudrait pas chercher bien loin de nous pour trouver des exemples d'un dévouement d'àolaiit plus touchant et plus admirable, qu'il est plus obscur et plus ignoré des hommes. Mais dans toat cela, je vcnis le demande, quelle est la place qui est réservée à Dieu, au créateur, au maître souverain, au père céleste? quelle est la place réelle que Dieu occupe dans la "vie morale de l'humanité 7 Hélas ! cette place qu'on réserve à Dieu , c'est , je ne dirai pas la dernière , car c'est moins encore que cela : c'est une pure et simple négation. Dieu ne lient absolument aucune place dans la vie morale , dans la vie réelle , dans la vie pratique de rbumaniié — je parle, bien entendu, des hommes inconvertis, de ceux dont le cœur n'a pas été encore touché par la grâce divine et renouvelé par le Saint-Esprit.. L'athéisme pratique, voilà la vraie condition de Thumanité, tant des bons que des méchants, tant des vertueux que des vicieux, tant des purs que des impurs, tant des hommes droits que des fourbes et

LA NATURE HUffAIllE. S65

des traîtres. Les hommes penseot à Dieo , je ne diraf pas moins qa*aax objets de leurs afTections morales , mais ils pensent à lui moins qn'à leur travail de cbaqae jour, moins qu'à leurs plaisirs les plus frivoles , moins qu^à un événement politique , moins qu*à un incident de famille^ moins qu'à la nouvelle du jour^ moins que Fouvtier à son outil et le négociant à son grand livre, moins qu'à quoi que ce soit qui tient une place quelconque dans leur vie. Pour eux, ce Dieu duquel ils tiennent (ont, en qui seul ils ont <( la vie, le mouvement et l'être, » ce Dieu sans la pro* vidence duquel ils rentreraient à l'instant dans le néant d'où il les fit* sortir. Dieu est comme supprimé: ils le laissent de côté, ils ne se soucient pas de lui , ils vivent enfin sans lui. Et vous pourriez, mes frères, ne pas voir dans un tel fait un renversement épouvantable de l'ordre normal , une perversité profonde et effrayante 9 un mal immense, un crime qui appelle la colère et le châtiment divins ! Ah I si sur la terre l'enfant qui oublie l'existence de son père ou de sa mère est digne d'un châtiment temporel, comment ne serait- il pas digne d'un châtiment éternel, celui qui a oublié le père qui est dans les cieux, et qui le compte pour rien dans sa vie ! apprenons à nous faire une juste idée des choses , et apprécions comme elle le mérite une si épouvantable perv^^ité.

Remarquez bien que pour arriver h cette convie-

tioa de la perversité universelle et absolue de Thumanité, nous avons pris la nature humaine par soo plus beau côté , et que notre démonstration conserverait toute sa force quand bien même Thomme vertueux le serait constamment , sur tous les points, et que tous les hommes sans exception seraient vertueux. Mais vous le savez trop, une telle supposition serait une pure chimère. En > réalité , dans la vie humaine le mal l'emporte 8]ur le bien, même à ne considérer que la moralité extérieure des actions. Eu réalité la plupart des vertus que nous avons signalées ne sont, que des cas isolés, pour ne pas dire exceptionnels. En réalité; les hommes les plus excellents ne sont jamais également vertueux sur tous les points^ et il y a toujours chez eux quelque infirmité morale connue ou cachée. En réalité, il y a dans le cœur et dans la vie des hommes plus d'égoïsme que de charité, plus d'envie que de générosité, plus de duplicité que de droiture, plus de souillure que de pureté, plus de vices que de vertus, plus de mal que de bien. Cest pourquoi , soit que nous considérions les vices de l'humanité, soit que nous considérions ses vertus elles-mêmes, nous sommes également coaduits à cette conclusion, qui est celle de Jésus-Christ, et de saint Paul , et de saint. Jean , et de la bible eotière : les hommes %ont mauvais. « Le monde est plongé dans le mal. 11 n'y a point de juste , non pas même un seul 11 n'y a personne qui ait de

Fintelligence , il n'y a personne jqui cherche Dieu. Ils se sont tous égarés, ils se sont tous pervertis : il n'y en a aucun qui fasse le bien , non pas même un seul 1 »

Oui le mal est immense, et pour y porter remède il n'a falla rien de moins que le sacrifice du fils de Dieu. Un père se sacrifie pour des enfauts même ingrats; et Dieu le père céleste s'est sacrifié pour les pécheurs. S'il est au monde un moyen dé remédier à l'affreux désordre" que nous avons signalé, c'est le sacrifice qui a été offert sur fa croix. La croix , voilà sans doute la porte par laquelle ce père céleste, banni par des enfants ingrats, pourra rentrer dans leur cœur et dans leur vie. Du moins en présence d'un tel sacrifice le cœur de l'homme sera-t-il touché et régénéré? du moins au pied de la croix se souviendra-t-il de ce Dieu qui l'a aimé jusqu'à la mort, et consentira-t-il à lui donner une place dans sa vie? Hélas! l'expérience prouve qu'il n'en est pas ainsi , et que la croix elle-même ne suffit pas si elle n'est pas accompagnée d'une influence directe et toute-puissante sur le cœur de l'homme. C'est ici le comble de l'ingratitude, de l'indifférence et de l'impiété des hommes, que même en présence de la preuve d'amour la plus éclatante , la plus merveilleuse qui se puisse imaginer, ils conservent à l'égard de Dieu leur indifférence et continuent de vivre sans penser à lui. Oui , c'est en vain que ce Dieu^ non con-

358 LA NÂTOBE HUMAINS.

tent de leur avoir donoé la vie et tous les Ueos qai Taocoiupa^Deaty leur donne son fils unique et bien* aimé; c'est en vain quil livre te éaint et le juste aa supplice de la croix pour les arracher à la coadam* nation : tout cela ne suffit pas encore , la croix même de Jésus*Cbriàt est impuissante pour lea émouvoir, et ^ sacrifice qui confond d admiration les anges du ciel y cet abîme d'amour dans lequel ils s'efibrcenit en vain de regarder jusqu'au fond,, tout cela n'occupe même pas une petite place dans le cœur et dans la vie des hommes. Que faudra-t-il donc, grand Dieu .* pour triompher d'une telle indifférence ? Nous Taveas dit, mes frères, il faut qu'une force divine agisse directement sur le cœur de l'homme ; il faut que Dieu lui-même, non plus seulement par des témoignages extérieurs de son amour , mais par une influence intérieure et toute-puissante, touche ce cœur insensible qui a désappris de battre pour lui ,. ramène à lui cette pensée égarée qui a oublié son^ existence. Eh bien : puisque le salut, des hommes est à ce prix , la bonté paternelle de Dieu, son amour, sa condescendance, son désir de les sauver iront jusque-là. Il leur donnera ^âce sur grâce, il complétera le don de son fils par le don de son Saint-E$prit. « Si vous, .qui êtes mauvais , savez bien donner de bonnes choses à vos enfants , combien plus votre père céleste donnera-t*il son Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent ! » Le JSaintEstprit, c'est-à-dire INeu lui même agissant direc*

LA NATDRF HUMAINE. 3M

lemeDi sar le coeor de rhomme poor le toocher et le régénérer , vQÎlà ce qui met te GOinMe à Tœuvre (te ia grftce deDiea; après le don du Saint-Esprit il n>'y a plus rien, \\ n'existe plus aucune ressource pour le salut; etsî le. pécheur, après avoir résisté à Poonvre de Christ , résiste à Tœuvre du Saint-Esprit, il ne lui reste plus qu'à périr. Cest là sans doute une des applications tout au moins de cette parole- effrayante et mystérieuse du sauveur : « si quelqu'un a péché contre le fils de l'homme, il pourra lui être pardonné; mais s'il a péché contre le Saint-Esprit , » s'il résiste aveuglément et obstinément à cette action sainte que Dieu veut exercer sur son cœur, « il ne lui sera ja^ mais pardonné , ni dans ce siècle , ni dans celui qui est à venir. » Et en effet il im(^ique contradiction qu'un homme puisse être sauvé quand il persiste à rejeter le salut, qujind il repousse volontairement et obstinément non-seulement la grâce extérieure, mais la grftce intérieure de Dieu; non-seulement l'œuvre de Christ^ mais l'œuvre du Saint-Esprit.

Mes frères , ne résistez pas au Saint-Esprit. Quoi" que vous ne puissiez pas voir cet Esprit des yeux de la chair , ni l'entendre de vos oreilles , il est près de vous, n'en doutez^pas, il vous parle tous les jours et diins ce moment même; il vous presse de donnen enfin une place à Dieu , et la pramière place dans votre cœur et dans votre vie ; il vous dit qu.il serait à la fois coupable et insensé de continuer à vivra

comme vous l'avez fait peut-être jusqu'à présent , san» que le Dieu du ciel et de la terre exerce aucune lufluence réelle sur vos affections et sur vos pensées. Ecoutez cette voix divine, cédez à cette influence qui vient d*en haut , cherchez Dieu sincèrement, <( offrezlui vos corps » et vos âmes a en sacrifice vivant , saint et agréable à Dieu, ce qui, est, » vous dit Tapôtre^ « votre service raisonnable. » Vivre pour Dieu , tel est en effet le seul parti raisonnable pour des créatures immortelles qui ont tout reçu de Dieu dans le passé, et qui attendent tout de lui dans l'avenir.

Et vous, chers frères, pour qui les choses de la foi ont déjà commencé à devenir des réalités; vous qui n'êtes déjà plus étrangers à la vie divine, mais chez qui cette vie est faible eucore, et qui êtes obligés de confesser avec humiliation que si Dieu n'est pas entièrement exclu de votre vie, toulôfois il n'y tient pas habituellement cette première place qu'il devrait toujours occuper, c'est encore au Saint-Esprit qu'il vous faut recourir pour remédier à ce défaut de votre vie religieuse. C'est à lui qu'il appartient de rapprocher Dieu de vous, de le rendre à chaque instant présent dans votre coeur , de faire qu'il préside sans cesse à vos actions , à vos paroles , à vos affections , à vos pensées , et que votre vie morale tout entière émane de Dieu et retourne à Dieu. Cet Esprit saint qui peut seul accomplir en vous cette merveilleuse transformation n'est pas éloigné de vous.

il est à votre portée , il dépend de vous de Tobtenir y il ne faut pour le posséder qu'une parole de prière , qu'un cri de la foi. ce Si vous, qui êtes mauvais, » qui avez subi une déchéance morale, <( savez bien donner de bonnes choses à vos enfants , combien plus votre père céleste, » lui qui est la bonté même et la perfection absolue, « donnera-t-il son Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent ! » Demandez donc avec ardeur le Saint-Esprit, cherchez-le de jour en jour comme le plus précieux des trésors, vivez de plus en plus sous sa puissante et sainte influence, et en vous rapprochant toujours davantage de Dieu dans cette vie mortelle, préparez- vous. pour cette vie éternelle où Dieu sera « tout en tous! » Amen.

Novembre 4852.

Que chacun agisse selon qu'il est pleinement persuadé dans son esprit.

(Roii.,XIV^6.)**

Parmi les devoirs de la vie chrétienne , il en est qui ne se présentent pas à noas avec cette clarté parfaite qui ne laisse place à aucun doute. S'il est des choses à Tégard desquelles nous pouvons prononcer avec certitude et en toute occasion qu'elles sont mauvaises et d'autres choses dont nous* pouvons dire avec certitude qu'elles sont bonnes ou permises, il en est aussi à l'égard desquelles le devoir du chrétien n'apparaît pas avec la même évidence, et qui donnent lieu à des diversités de vue entre les enfants de Diea. Les uns n'hésitent pas à condamner ces choses comme

< Voir la note de la page 324.

LES I>LAISiBS DU MONDE. 36S

maavaises^ et à fisiire au chrétien ud devoir, impé* rieax de s'en abstenir. D'antres au contraire, plus larges» plus fociles, pensent que la vie chrétienne n'est pas directement intéressée dans ces choses-là , et que le fidèle conserve la liberté d'y prendre part ou de s'en abstenir , à son choix et suivant les circonstances.

Cette observation s'applique en particulier à ce qu'on est convenu d'appeler les plaisirs du monde, tels que les danses , le jeu , les spectacles — non pas, bien entendu , les spectacles immoraux , à l'égard desquels la question ne peut pas même être posée pour une conscience chrétienne, mais les spectacles honnêtes, s'il s'en trouve encore aujourd'hui, comme nous aimons à le supposer. Est-il . permis au chrétien de prendre part aux divertissements de ce genre? Cette question se pose naturellement pour toute âme sérieuse, et qui commence à se préoccuper de ses intérêts éternels. Il est probable que parmi les personnes qui m'écoytent, il eu est ud certain nombre -qui ont agité plus d'une fois cette question avec leur conscience , et qui accueilleraient volontiers quelques directions à ce sujet. ^

Et pourtant, mes frères , quelle que soit l'actualité du sujet , ce n'est pas une réponse catégorique à cette question que je viens vous apporter aujourd'hui. Je ne vous dirai pas s'il vous est permis , ou s'il vous est défendu de prendre part aux plaisirs du monde. Je*

viens bien plutôt vous montrer que cette question-là n'a pas rimportance qu'on y attache communément^ et qu'il en est une autre, bien autrement sérieuse et qui vous touche de bien plus près y dont il faut avant tout vous occuper.

En mettant sur le premier plan la question des plaisirs du monde, on s'expose à donner une idée feusse de la vraie piété et de son caractère. Si je vous disais d'une manière absolue, comme beaucoup n'hésitent pas à le faire , que le chrétien , pour être Gdèle, doit s'abstenir de participer aux réunions mondaines, je craindrais de vous porter à perdre de vue ce qu'il y a d'essentiel dans la piété pour vous attacher à l'accessoire; je craindrais que vous ne fissiez consister la vie chrétienne dans certaines abstinepces, dans certaines pratiques extérieures, tandis qu'elle consiste essentiellement à donner son cœur à Dieu. J'aurais obtenu de vous bien peu de chose , si j'avais obtenu seulement que vous renonciez aux plaisirs du monde. On peut s'abstenir du bal et du spectacle, et avoir un cœur égoïste, orgueilleux, impur, un cœur attaché au monde. Qu'importe que vous renonciez à la mondanité extérieure si vous gardez un monde au-dedans de vous ; si le centre de votre vie , de vos affections et de vos pensées est toujours sur la terre ; si votre cœur et votre trésor ne sont pas dans le ciel; si vous ne vivez pas en vue de l'éternité; si toute votre activité morale se rapporte à la vie présente, et

noD pas à la vie éternelle? Vous aurez beau vous abstenir des plaisirs du monde, si vous conservez de telles dispositions, vous resterez étranger à la vie chrétienne; votre piété sera une affaire de commande, un rigorisme artificiel ; elle n'aura rien de ce caractère heureux et libre, de ce saint abandon qui est essentiel à Tévangile. L'évangile est une loi d'amour et de liberté , vous en aurez fait une loi de contrainte et de servitude ; vous ne vivrez pas sous la grâce, mais sous la loi; vous ressemblerez à ces chrétiens judaïques dont parle saint Paul, qui faisaient consister la piété à dire : « ne mange, ne goûte, ne touche point; » et voire abstinence, purement extérieure, des habitudes de la mondanité, n'aura d'autre résultat que de vous faire illusion à vous-mêmes sur votre véritable état devant Dieu : .vous vous imaginerez être un vrai chrétien parce que vous vivrez en dehors des pratiques du monde, tandis que votre cœur sera peut-être aussi éloigné de Dieu , aussi attaché à la terre, aussi étranger à la vie nouvelle que celui du mondain le plus déclaré.

Si donc vous devez renoncer aux plaisirs du monde — et c'est bien là notre désir à votre égard , mes chers amis — si vous devez renoncer aux plaisirs du monde, il faudra, pour que ce renoncement soit salutaire, qu'il soit amené par une autre voie que celle d'un commandement direct et absolu. 11 faudra vous abstenir de ces choses, non point pour obéir à

3«6 LES .PLÂ19IRS DU MONDE.

la parole d'an pastecrr , ni d'aucun homme , mais par un efTet paisible et spontané de votre développement religieux. Il faudra que lé renoncement au monde , comme une plante délicate, naisse et se développe sur le sol mèntë de votre coQur, au lieu d'y être transporté d'une manière artificielle el par une main étrangère. Quand un homme est « né de nouveau » selon la parole de Jésus-Christ ; quand par le cbangemienl de son cœur il est passé de la mort à la vie, et du monde à Dieu ; quand il a cessé de porter ses premier res aflections vers la terre pour les donner aux choses du ciel ; quand il a compris la seule chose nécessaire, saisi la bonne part et trouvé la perle de grand prix , alors , tout naturellement et sans effort , il cesse de chercher sa joie dans les plaisirs du monde, ilne les comprend plus. Alors il vit dans une sphère élevée et radieuse où ses regards contemplent Dieu luimême ; il entend déjà comme un écho lointain des concerts célestes, et ni les sons de la musique la plus enivrante, ni les accents les plus subKrnes de la poésie, ne valent pour lui les charmes de celte harmonie divine qu'il a commencé à goûter. Qu'irait-il faire dans ces réunions bruyantes où les enbnts du siècle vont chercher des amusements qui n'ont plus de saveur pour lui? il n'est pas besoin d'un commandement pour l^n détourner. Le principe qui dirige sa conduite, c'est l'essor libre ^ spontané d'une affection nouvelle, et non pas une soumission rigide et forcée

us PLAISAIS DO MONI». 867

à des pratiques foroiaUstes. S'il s'abstient désormais de la daDse et da théâtre , oe n'est là qo'un résultat de détail entre beaucoup d'autres , c'est une des conséquences * les moins importantes des principes nouveaux et puissants qui agissent en lui. SU renonce aux plaisirs du monde, oe n'est^pas qu'il y attache une kniportaaoe exagérée, ni que ces plaisirs soient pour lui l'objet d'une sainte horreur, ni qu'il condamne avec une sévérité farouche ces choses , qui ne sont pas l'olqet d'un commandement formel dans la parole de Dieu. Mais il a d'autres occupations et d'au-^ très plaisirs. Ses affections et ses joies sont ailleurfiC Son codur n'est plus dans une salle de danse on de spectade : il est dans la maison du Seigneur , dans les réunions des enfants de Dieu , dans le lieu secret où il s'approche par la prière de son père céleste, dans les œuvres de charité, dans les devoirs sérieux de sa vocation , et aussi par intervalles — car il ne s'interdit pas des récréations innocentes et nécessaires — dans les joies paisibles et pures de la vie de famille ou de Tamitté chrétienne, dans les nobles jouissances de la littérature ou des arts. Et si vous lisiez dans son coeur . ce qu'il éprouve à l'égard de ceux qui cherchent encore leur bonheur dans les plaisirs du aH>nde , vous y trouveriez non pas un blâme sévère, ni une condamnation rigoureuse, mais bien plutôt un sentiment de charité et de compassion à la pensée qu'as ne connaissent pas de meilleures joies. /

Ainsi, mes frères, vous devez le comprendre , ce n'est point par des attaques directes et véhémentes que nous voulons combattre le goût que vous pouvez éprouver pour les plaisirs du monde , et la part que vous y prenez peut-être. Nous ne vous cacherons point que Tétat moral de ùotre église sous ce rapport est pour nous un sujet de regret et d'humiliation. Sans attacher une importance exagérée à telle ou telle manifestation particulière de Fesprit de mondanité, nous ne pouvons pas nous dissimuler que Tamour du monde est répandu chez une portion nombreuse de cette églisa Nous voudrions qu'une église intéressante et bénie à bien des égards, une église qui aime la prédication de l'évangile, qui ne supporterait pas un enseignement contraire à la parole de Dieu, qui se plait aux œuvres de charité, qui sympathise à tout ce qui est bon , pur, aimable et digne de

louange — nous voudrions qu'une telle église fûit plus sérieuse, plus sainte, plus séparée du monde, plus conforme dans son caractère moral à celui de son chef crucifié. Nous nous affligeons et nous nous humilions devant Dieu en voyant tant de jeunes gens et de jeunes filles , qui ont promis solennellement de renoncer aux convoitises du monde, conserver les goûts et les habitudes de la mondanité. Un des plus ardents désirs de notre cœur est qu'il s'opère à cet égard une réforme dans notre église, et que les familles prolestantes arrivent à se distinguer dans

celle grande ville par leur sérieux et leur sainteté. Mais nous voulons que cette réforme vienne du dedans et non pas du dehors. Nmis vouions quelle renoncement au monde soit chez vous le produit spontané d'une afTection nouvelte, te choix libre et ffîtisfait d'on oœûr changé ,: plutôt que >svce renoncement vous était imposé comme un 'joug pe«aiit^ accepté seulement piar l'homme extérieur. On .peut appliquer ici la- parabole du vîn* nouveau déposé da«is de vieux vaisseaux. Le vin n^avaît pas encore opéré tout son travail ; et les vasesëans lesquels on le déposait au temps du : sauveur, qui étaient des outres de cuir, ayant perdu, par l'effet de la vétusté , la faculté de se dilater et de 's'étôndre , désistaient à la ifM-ession du vin en fermentation ; dès^lors cette pression devait nécessairement avoir pour résultat de les rompre et de les déchirer; en- sorte que le vin et > les vaisseaux étaient perdus à «la fois, il en arrive de même lorsqu'on veut imposer prématurément ^àlhomme^rrégénéré ces pratiques nouvelles ^iqui^ônt si bien d'accord avec les affections du chrétien. Les maximes qui ont cours dansiemônde chrétien , relativement à Tabstinence totale des plaisirs' du monde, paraissent à l'homme Irrégénéré des sévérilés excessives et arbitraires. Elles ne sont pas 'à sa portée morale , elles ne répondent pas à la lumière- intérieure qu'il possède. Son espriteststimulâ à la révolte contre des exigences qu^il ne comprend pas, et contre un renon-

cernent dont il ne sent pas la nécessité. Il s'agite et regimbe dans les entraves dont on a essayé de l'enchaîner; et il est à craindre que, dans un accès d'iaipatience, il ne rejette loin de lui le christianisme en même temps que ces exigences prématurées , qu'il est porté à confondre avec la piété elle-même. Il faut que le vin nouveau soit déposé dans des outres neuves , qui puissent céder et s'étendre au gré de la pression de ce vin nouveau. En d'autres termes, il faut que rhomme soit régénéré. Il faut que son cœur soit changé par le Saint-Esprit. Il faut qu'il passe par ce changement intérieur et profond que le sauveur appelle une nouvelle naissance. Il faut que les joie& de Tamour divin, et les espérances de la vie éternelle , entrant dans le cœur 5- y prennent la place de l'amour du monde et de ses faux plaisirs. Alors le commandement de renoncer aux habitudes de la mondanité cesse d'être pénible , ou plutôt on n'a plus besoin d'en faire Fobjet d un commandement. Alors le chrétien abandonne ces choses, non point pour obéir à des croyances qui n étaient pas justifiées à ses yeux, mais en vertu d'un choix libre et sans contrôle. Comme le vin nouveau est en rapport avec le vaisseau neuf, ainsi les habitudes de la sainteté sont en rapport avec les .besoins intimes de celui qui est devenu une nouvelle créature en Jésus-Chrisl. En délaissant les frivolités et les amusements d'un snonde qui passe, il ne fait que suivre les affec-

tioos DOuveHes qui ont pris possession de son cœur. Quelques exemples familiers vous montreront dans leur application pratique les principes que nous venons d^exposer. Un jeune homme, qui commençait à s'inquiéter sérieusement de son salut, vint un jour trouver un chrétien avancé en âge , et lui demanda s'il lui était permis de continuer d'aller au spectacle. Le pieux vieillard lui répondit simplement qu'il pouvait y aller aussi longtemps qu'il se sentirait libre de le faire. Celte réponse , qui étonne au premier abord, et que nous ne voudrions pas prendre pour règle dans toutes les occasions de même nature, était profondément sage dans ce cas particulier , et bien en rapport avec l'esprit de l'évangile. Ce chrétien expérimenté connaissait l'histoire de ce jeune homme, et lisait dans son cœur; il le connaissait droit de cœur et de conscience, désireux avant tout d'accomplir son devoir et la volonté de Dieu; il le voyait sous l'influence d'un travail intérieur et de l'œuvre du Saint- Esprit; il savait par une longue expérience que dans de telles conditions le développement religieux du jeune chrétien était assuré : que bientôt les amusements frivoles oiîi il avait longtemps cherché sa joie n'auraient plus de saveur pour lui ,^ et qu'il lui deviendrait moralement impossible d'y participer. Mais il voulut attendre le tem.ps du Seigneur et laisser le Saint-Esprit faire son œuvre , sans la hâter par nn développement prématuré.

' C'est dans le môme esprit qu'Elisée répondit à Ntiaman lorsque celui-ci, aussitôt après sa conversion,. lui demanda s'il pourrait continuer à suivre son maître dans le temple des faux dieux et à se prosterner avec lui devant Tidole , coninie j'y obligeaient les devoirs de sa charge *. Elisée, sans l'approuver ni le condamner, se contente de lui dire : <( va en paix.)) Il le laisse à sa conscience ; il attend qu^ sa conscience mieux éclairée lui ren de impossible celte participation .extérieure à un culte qu'il n'approuvait plus au fqnd du cœur ; il attend aussi que Naamao , plus avancé dans la Vie nouvelle où il entrait à peine , ait acquis plus de force pour supporter les sacrifices et^pjBut-être les souffrances auxquels devait l'exposer sa fidélité.

Laissez-nous encore vous rappeler un trait qui n'est pas étranger à notre sujet. On raconte que le célèbre prédicateur WhiteBeld se rendit un jour au milieu d'une foire bien connue à Londres , et , qui était le théâtre de bien des divertissements frivoles. Il eut le courage de dresser une chaire au. milieu de cette foule bruyante , et d'adresser à ces hommes, durant plusieurs jjours^ des exhortations sérieuses et pressante^ sur leurs intérêts éternels. S'il eût voulu prendre pour texte les plaisirs et les vanités qui se donnaient libre carrière dans un pareil

1 2 Rois , V.

lieu 9 il lai eût été facile de les condamner de la manière là plus sévère; et peut-être , avec là puissante éloquence dont il ^tait doué , fût-il parvenu à disperser ses frivoles auditeurs/et à mettre un terme à la fête mondaine qui les rassemblait. Mais il avait en vue des résultats plus profonds et plus durables, if prêclià, non pas le devoir de renoncer aux plaisirs du monde , mais la nécessité de la conversion pour obtenir la vie éternelle ; et un certain nombre de personnes, touchées au cœur par ses exhortations , se convertirent en effet et passèrent a de la mort à la vie. » La foire en question n'a pas été abolie : elle existe encore de nos jours , sans doute avec ses vanités et ses joies bruyantes. Mais l'œuvre de Whilefield n'en a pas moins porté ses fruits; et les âmes qui ont été amenées par lui dans cette circonstance à la conversion et au saïut, l'accueilleront au dernier jour dans les tabernacles éternels.

Assurément il faudrait plus que le courage et Téloquence d'un Whitëfield, pour oser élever la voix à son exemple dans quelqu'un des lieux où les enfants du siècle se réunissent aujourd'hui à la poursuite du plaisir. S'il s'agissait de prêcher l'évangile dans une de nos salles de spectacle, ou au milieii d'un de ces bals nombreux et brillants qui se multiplient à cette époque de l'année ^ , il n'est pas im ministre de Christ

< Prêché pendant le carnaval.

qui ne reculât devaot une tâche pareille couime devant une chose absolument impossible. Et pourtant la conduite de Wbitefieid peut nous servir de modèle à certains égards : car nous ne sommes pas sans moyens d'action sur ceux qui prennent une part active aux plaisirs du jour. 11 en est que nous pouvons rencontrer daps la maison de Dieu. Il est un certain nombre de personnes qui, associant le monde et Dieu, passent tour-à-tour du théâtre au temple, et du temple à la salle do bal. Parmi les personnes qui m'écoutent aujourd'hui il en est probablement plusieurs, et peutêtre un assez grand nombre , qui mêlent ainsi les plaK sirs du monde aux devoirs de la piété; il en est peut-être qui dans ce moment même sont préoccupées de leurs préparatifs pour les fêles de cet hiver. Si vous êtes, dans le cas dont je parle, mon cher auditeur, rassurez-vous : aucune censure sévère ne sortira de notre bouche : ce n'est pas pour prononcer ana thème contre vos plaisirs que nous sommes montés aujourd'hui dans celle chaire. Nous sommes décidés à vous laisser sur ce point-.entièrement à vous-mêmes, à votre conscience , à votre cœur. Si vous avez le cœur à la joie, et aux danses, et aux travestissements frivoles dans les jours où nous vivons, allez prendre votre part de ces plaisirs-là. Peut-être il nous serait facile de vous les présenter sous un point de vue triste et défavorable. Il nous serait facile de faire ressortir un contraste navrant entre le malheur des temps et les

fêles de la saison : entre les souffrances des pauvres et les joies dispendieuses des riches. Hais laissons cejla : ce n'est point par des considérations de cette nature que nous voudrions vous détourner des plaisirs du monde, s'ils possèdent encore vos affections. Soyez libres : allez oii votre cœur vous porte » suivez les lumières morales que vous possédez, faites ce que vous permet votre conscience. Nous ne vous donnerons pas d'autre règle de conduite que celle de Fapôtre : « que chacun agisse selon qu'il est pleinement persuadé dans son esprit. » Nous ne voulons aujourd'hui ni condamner nj approuver les plaisirs du monde : c'est une question sur laquelle nous passons à l'ordre du jour. Autre est la question qui nous préoccupe ; autre est le message solennel dont nous sommes chargés auprès de vous par le Seigneur.

Ce message , que nous devons vous délivrer fidèlement avant de descendre de cette chaire, le voici. Le sauveur déclare que « si nn homme ne naît de nouveau il ne peut entrer dan$ le royaume des deux: » êtesvoils nés de nouveau? êtes-vous devenus de nouvelles créatures en Jésus-Christ ? votre cœur a-t-il été changé par le Saint-Esprit? votre trésor n'est-il plus sur la Wre , mais dans le ciel? vivez-vous en vue de l'éternité? avez- vous saisi , comme Marie, la bonne part qui ne sera jamais ôtée , la seule chose néces* saire, la vie éternelle? êtes-vous ce affectionnés aux choses qui sont en haut plutôt qu'à celles qui sont sur

la- terre? » Dieu est^-ii le oentre de vos afTections , et son atDour le mobile» de votre vie ?'

S'il n'en est pas aîtieide voua, mes bieo-aimés frères, si votre cœur et votre trésor sonk encore sur la terre; si la pensée de Dieu et 1^ désir de &ire sa volonté D^occupeat dans votre vie qu'une place iasiguifiaote; si vous travaillez seulecoeot pour le temps , et non pas pour l'éteroUé; si vous ne connaissez ni les joies de la prière , ni les combats de la sanctification ; si eu un mpt vous ^'avez pas éprouvé ce cbangemen.1 întérieur et profond que Jésus appelle une nouvelle oaissance , et saih( Paul « une création nouvelle , » alors, ne vous y trompez pas, vous êtes en dehors d» royaume des cieux , et si vous demeurez dans votre état actuel , vous serez infailliblement et éternelle» ment perdus. Vous serez perdus, non point parce que vous allez au bal ou au spectacle, m^is parce que votre vie est en dehors de Dieu ; parce que, tout en faisant profession de l'adorer et de le servir, vous vivez dans l'indifférence à son égard ; parce qu'il tient en réalité moins de place, dans votre cœur et dans votre vie morale , que le premier venu d entre les hommes avec lesquels vous êtes en relation d'affaires ou d'affection. Votre participation aux plaisirs du monde n'es^ qu'un détail relativement insignifiant dans l'ensemble de votre état moral , qui est un état de rébellioja , ou tout au moins d'indifférence à l'égard de Dieu. Songez-y bien : l'indifTér^ce à l'égard du mattr^ souve-

raÎD da ciel, et ^q 1^ terre , de celui qui vous a créés, qm dispose d^. votre existence tout eptière., et duquel seul dépend vot^e boi^eur ou votre malheur, daqs le t^iQpS: et dai)p réierBitéî l'indifférence à Tégard du Dieu qui est amour, de celui qui vous a comblés de ae$ bijenfait^ , qui est venu vous çbçrcher et vous sau- \^ quand vous étiç? perdus, qui a livré pour vous son filg à la, ijQort di? la croix I ah ! c'e$,t là, c'est là qy'eçt 1^ mal sérieux, profond], immense; c'est là qu'il faut ae hâter de porter remède. Qu'importe le pa^rti que vo,u3 prendreaç relativement à tel ou tel détail minutieux de la conduite chrétienne, aussi longtemps que '^ptre cçeur est loin de ^)lieu? c'est votre cœur qu'il Tçul pogséd^r : et il sait bien qu^ du oioment qu'il possédera voire cœur, tout le rçsie suivra ce don suprême, tpys les çjétails de^ votre, viç, s'arr^angeront d'eux-mêmes coqformément â| sa volonté. Voilà pourquoi , mes bieri-aim.é$ frères , au lieu de vous engager aujourd'hui à vous abstenir des plaisirs du monde , BOUS venons simplement vous demander de donner à Diau votre cœur : rien de plus , ripn de fupins. Pfous vçqons vQus placer epcore une fois ep présence de la croix de Jé$u$-Chri$t , et ap nom d^ j'amour inûni que Dieu VQpç a témoigné sur cpttp croi^, pou? venons vous ^olljçit^r de l'fiim.çr à yptrp tour; nou3 venons vous supplier d'gntrer par l'amour de Dieu dans cette yie DQuv^IlQ S9ps laqi;i,ellq pprsoppe nç pçut voir le royaume dea cieux. )) dépend de vous de naître de

nouveau et d'entrer dans la vie des eofauls de Dieu«. II dépend de vous que vos afTections soient détachées de la terre el portées vers le ciel. Â la vérité vous ne pouvez point accomplir voire conversion par les seules forces de votre nature ; mais la grâce de Dieu esl là j toute prête à vous seconder , à vous donner tout ce qui vous manque , à produire en vous el la volonté et Texécution , et les bons désirs et les bonnes œuvres. Dieu vous dit , comme le roi aux conviés de la parabole : « venez, car tout esl prêt! » Oui, tout est prêt du côté de Dieu : le père a préparé votre salut, le fils Ta accompli par sa mort , le Saint-Esprit y dispose votre cœur et vous presse de Taccepter dans ce moment même. Vous seuls ^ par votre impénitence et par voire endurcissement volontaires, vous pourriez rendre inutile un si grand salut. Âh! qu'il n'en soit pas ainsi, mes bienaimés frères! « cherchez le Seigneur pendant qu'il se trouve, invoquez-le tandis qu'il est près ! )) « aujourd'hui que vous entendez la voix de Dieu, n'endurcissez pas voire cœur! » Le temps est court , l'éternité approche ; les plaisirs du monde peuvent bien vous la faire oublier, mais ils n'en retardent pas d un seul instant la venue certaine et toujours plus rapide; chaque heure qui s'écoule, sérieuse ou frivole ; dans le temple ou dans la salle de bal, vous avance d'ui) pas vers ce jugement éternel qui vous attend. Préparez- vous donc, pécheurs trop longtemps incrédules et impénitents, préparez-vous à la

rencontre de votre Dieu! Couvrez-vous, pendant qu'il en est temps encore, du manteau de la justice de Christ; repentez- vous et vous convertissez afin que vos péchés soient effacés; donnez votre cœur et votre vie à celui qui vous a tout donné. Alors vous posséderez au-deûaus de vous la source vive de la sainteté , et tous les devoirs de détail découleront de votre cœur comme des ruisseaux fécondants. Alors vous trouverez en vous une joie, une lumière , une harmonie, une fête perpétuelle, auprès de laquelle pâliront toutes les splendeurs de la terre, et toutes les joies des enfants du siècle! Amen.-

Février 4855.

LE TEMPS EST- CttUBT.

Voici ce que je vous dis, mes frères, c^est que le temps esl court.

{\ CoB. , VII , 29.) K .

Le temps est court : en d'autres termes^ il nous faut bieulôl mourir. Je ne viens pas aujourd'hui chercher à établir auprès de vous cette vérité : ce serait perdre mon temps à démontrer l'évidence. En théorie^ la certitude et la proximité de la mort n'ont jamais été contestées par personne , el elles ne peuvent pas l'être. La durée moyenne de la vie humaine peut être fixée mathématiquement; et s'il existe pour diacun des chances de dépasser cette moyenne, il y a des chances égales de ne pas l'atteindre. 11 est d'ailleurs à la plus longue durée de la vie une limite extrême que nul homme ne peut dépasser; en sorte

* ' Voir la note de la page 324.

que nous sommes rigoureusement certains qa'après un nombre d'années déterminé nous ne serons plus de ce monde. De plus Texpérience est là pour nous prouver chaque jour que la mort frappe à tous les âgés, et que ni îa jeunesse ni la santé ne sont une garantie contre ses coups. Allez'visiter un cimetière^ vous y trouverez des tombes de toutes les dimensions : vous en trouverez davantage de jeunes gens ou d'enfants que de vieillards. Les parents ont plus fréquemment à pleurer la mort de leurs enfants, que les enfanis celle de leurs parents. Il faudrait donc véritablement être insensé pour mettre en doute que

le temps est court, et que nous devons bientôt mou-

rir. Mais s'il n'est point de vérité qui soit plus ùniver-

sellement admise en théorie, il n'en est point qui dans

la pratique soit plus rpéconnue. Les hommes savent

qu'ils doivent bientôt quitter ce monde, et pourtant

lis vivent comme s'ils y devaient rester toujours. En vain la' niort multiplié autour de nous ses avertissem.ënts les plus sérieux ; en vain elle vient souvent interrompre nos occupations ou nos plaisirs, et barrer notre' chemin sous la formé d'un convoi funèbre; en vain elle frappe à côté de nous , sous nos yeux , chez nos amis , dans notre famille : tous ces avertissements sont pour npus comme non avenus, aussi longtemps que notre cœur n'a pas été touché par l'Esprit de Dieu. L'homme naturel est à l'égard de la mort sous l'empire d'un charme fatal qui l'aveugle^

et il oublie sans cesse qae lui aussi doit mourir. Ou le verra, chose étrange! suivre jusqu'à sa dernière demeure la dépouille mortelle d'un ami ou d'un parent^ sans que Tidée lui vienne de faire un retour sur luimême ; il ira verser des larmes sur une tombe, mais il ne songera pas à se dire d'une manière quelque peu sérieuse : toi aussi ce sera bientôt ton tour ; et revenu du cimetière il reprendra ses occupations et ses projets temporels avec la même ardeur, avec le même oubli de la mort et de Téternité que si rien ne s'était passé. Ce n'est pas , remarquez-le bien , que les hommes soient incapables de prévoir l'avenir, ni que cette prévision de l'avenir soit sans influence dans leur vie : car c'est toujours en vue de l'avenir que s'exerce l'activité humaine. C'est pour s'assurer dans l'avenir certains avantages , ou pour se mettre à l'abri de certains maux, que les hommes travaillent, usent de vigilance, s'imposent même des privations et des souffrances volontaires. Mais cette prévision vigilante, qu'ils déploient d'une manière si remarquable dans l'ordre des choses temporelles, leur fait absolument défaut quand il s'agit de la mort. Les mêmes hommes qui prévoient avec une sagacité admirable, et préviennent avec la plus active sollicitude tous les incidents fâcheux qui peuvent se présenter dans la vie, oublient de faire entrer dans leurs calculs le plus redoutable de tous les incidents et en même temps le plus certain, qui est la mort. Tant il est vrai que

rhumaDité est plongée, à l'égard de ses intérèls éternels, dans un sommeil funeste et profond , dont elle ne peut être réveillée que par TEsprit de Dieu! Cet étrange phénomène de notre nature , l'oubli de la mort, est un témoignage éclatant de la nécessité d'une régénération , et je n'aurais pas besoin d'autre preuve pour démontrer que » si un homme ne natt de nouveau , il ne peut voir le royaume de Dieu. » Dans ce moment même où je viens encore une fois remettre sous vos yeux les conséquences pratiques de cette grande vérité, le temps est court, je sais d'avance que mes paroles seront sans effet si elles ne sont accompagnées dans vos cœurs de l'action toutepuissante du Saint-Esprit. Vous les écouterez, vous les approuverez peut-être, vous en reconnaîtrez la justesse : mais si Dieu lui-même , par un miracle de sa toute-puissance, ne les applique pas à vos cœurs, vous en ferez l'application à tout le monde excepté à vous-mêmes. C'est pourquoi je supplie en ce moment le Seigneur de vous faire la grâce à tous de vous rappeler que les choses dont nous nous occupons ensemble sontdes réalités, des réalités qui vous touchent personnellement; et qu'il n'est rien de plus certain au monde, pour chacun de vous en particulier, que ce fait sérieux et simple : le temps est court, c'est-à-dire, il faut bientôt mourir.

Les applications de cette grande vérité sont telle-

ment nombreuses que c'est à peine si j'aurai le temps, je ne dis pas de les développer, mais de les énumérer seulement devant vous. Essayons pourtant d'indiquer les principales.

Le temps est court d^bord pour 1^ jouissance dés biens de cette vie. La santé, la fortuue, lès ^tisfâCtions d'à mou r- propre , les joies du cœur et dés afféôtiôns, toutes ces choses ne vous sont que' prêtées pour peu de temps, et bientôt, oui bientôt elles vont échapper d'entre vos mains pour faire place aux choses qui doivent durer éternellement. Côm'ment donc pouvez-vous, mes ^'frères,' donner 'tout votre dœur, consacrer tout votre temps, dépenser toute votre énergie à la poursuîte des biens terrestres , au préjudice des biens invisibles qui sont étehièls? II est vrai que cette recherche exclusive des biens temporels se couvre d'un prétexte plausible , qui est la nécessité de pourvoir à la subsistance de votre fa tÉfille. C'est par amour paternel que vous agissez ainsi , c'est pour assurer le bien-être a venir de vos enfants. Maïs vos enfants sont aussi des êtres immortels. Eux aussi sont engagés avec vous dans un voyage court et rapide, qui les conduira bientôt à un domicile éternel. Faudra-t-il donc, daris la préoccupation de lear préparer un bien pàâsagër, oublier d'amiasser pour eux ce trésor invisible qui les enrichirait pour toajours ; et pour leur rendre le voyage plus facile^

négliger de leor assurer une place heureuse dans le séjour d'où ils ne sortiront plus? Hélas! je ne connais que trop par mon expérience personnelle cette illusion de notre cœur, vain prétexte qui ne sert qu'à déguiser notre incrédulité 1 S'il est vrai que tout homme s'aime lui-même , la prépondérance qu'il accorde au temps sur l'éternité pour ce qui le regarde personnellement, est une preuve décisive qu'il ne croit pas à l'éternité , ou qu'il n'y croit que faiblement. Et s'il est vrai que les hommes aiment leurs enfants, la prépondérance qu'ils donnent au temps sur l'éternité pour ce qui regarde leurs enfants, est un témoignage non moins irrécusable de la même incrédulité. Cette sollicitude vigilante et infatigable avec laquelle les parents pourvoient au bien temporel de leurs enfants, estr la condamnation la plus éclatante qu'ils puissent prononcer contre eux-mêmes , au sujet de leur négligence pour l'âme immortelle de ces enfants qui leur sont si chers. O mes frères! anticipons par la pensée sur les temps qui sont devant nous, étendons davantage nos calculs d'avenir pour ceux que nous aimons , faisons entrer dans ces calculs les éléments de la mort et de l'éternité. Songez combien rapidement les entreprises les plus heureuses , les fortunes les plus brillantes , les positions les plus enviées et les plus- prospères , combien rapidement tout cela sera renversé par la seule marche du temps, qui bientôt nous aura relégués, nous et nos

enfants, et les enfants de nos enfants, parmi les cho-

ses passées et oubliées ici-bas; songez à la venoe cerlaioe et rapide de ce moment où les corps de ceux que nous aimous deviendront la proie de la dissolution , et où leurs âmes , si elles n'ont pas été revêtues à présent de la justice des saints, seront plongées alors , dénuées et sans ressource , dans Tempire des ténèbres ; essayez de vous représenter le désespoir qui alors deviendra le partage des familles sans piété, ~ et les reproches amers que les enfants adresseront aux parents par la faute desquels ils auront perdu leur avenir éternel. Âb ! si nous pouvions contempler à l'avance Tangoisse, la misère et la douleur qui tomberont alors sur ces êtres tant aimés, mais aimés seulement pour cette vie , et dont leurs parents n'auront assuré, au prix de tant d'amour et de tant d'efforts, que la prospérité temporelle, combien cette sombre perspective, ouverte sur l'avenir lointain, efiacerait à nos yeux les teintes brillantes de l'avenir rapproché! alors sans doute l'éternité reprendrait dan» nos préoccupations la place qui lui appartient; au milieu même des joies de la prospérité temporelle, nous apprendrions à nous a réjouir avec tremblement, » et nous apporterions un esprit de modération , un cœur détaché de la terre, dans la recherche et dans la jouissance de tons les biens de la vie.

Si le temps est court pour les joies de cette vie , il l'est aussi pour ses douleurs. Ici encore on voit se manifester l'incrédulité de la plupart des hommes et

lear oabli de l'éterDÎté. Cette même disposition qui fait qu'ils s'attachent aax biens du monde , quand ils les possèdent y comme slls devaient les garder toujours y les porte , quand ils en sont privés , à s'abandonner au découragement et au désespoir comme si tout était perdu pour eux. Comme la maladie de Fâme est la même dans les deux cas , c'est aussi par le même remède qu'il faut la combattre. Nous avons opposé la brièveté de la vie à l'attachement exagéré pour les biens du monde : c'est aussi la brièveté de la vie que nous opposerons à la douleur exagérée que produit la perte de ces biens. Quelles que puissent être les épreuves dont vous avez à souffrir^ mes bienaimés frères , anticipez par la foi sur la marche du temps, contemplez les scènes de l'éternité qui doivent bientôt succéder à celles de la vie présente , et la résignation vous deviendra facile si votre foi est réelle. Peut-être vous avez eu des revers de fortune ; vous avez échoué dans vos efforts pour acquérir les biens de ce monde , vous avez la douleur de voir votre famille réduite aux privations de l'indigence. C'est là une épreuve qui n'est pas sans amertume : mais rappelez-vous que « le temps est court. » Encore un peu de temps, encore quelques années, et si vous êtes de ceux qui ont mis leur espérance en Christ, si vous avez marché avec votre famille dans les voies du Seigneur, vous entrerez en possession de cet héritage incorruptible dont nulle puissance au monde ne pourra vous dépouiller ; vous puiserez dans les Iré-

sors de Dieu lui-même ; vous serez recueilli , avec ceux que vous aimez , dans cette cité céleste où la pauvreté n'est plus , on les privations sont inconnues^ où tout est richesse, joie et gloire éternelles.

Peut-être vous pleurez sur d'autres douleurs, plus intimes et plus profondes. Vous avez été appelés à rendre au Seigneur des êtres qui vous étaient bien chers et dont la vie semblait nécessaire à la vôtre. Vous les avez vus souffrir, languir et s'éteindre sous vos. yeux quand toutes les puissances de votre âme auraient voulu les retenir; et maintenant, de toutes les joies attachées à leur présence, il ne vous reste plus qu'un souvenir mélancolique, qui vous suivra jusqu'au tombeau. C'est là une épreuve bien amère : m^is rappelez-vous que a le temps est court. » Encore un peu de temps, et si vous avez marché avec vos bien-aimés dans les voies du Seigneur, vous les retrouverez; vous serez de nouveau rapprochés d'eux et pour toujours ; vous les retrouverez , non plus tels qu'ils vous ont quittés , sujets aux infirmités et à la mort, mais affranchis pour toujours de toute souffrance, brillants d'une santé immortelle et d'une beauté divine. (^ Ils ne viendront plus vers vous » : car ce serait redescendre du séjour de la sainteté et de la gloire sur une terre de péché et de douleurs; (( mais vous irez vers eux, » transfigurés comme eux à l'image du corps glorieux de Jésus- Christ.

Peut-être vous avez d'autres épreuves^ plus diffici-

les encore à supporter paisiblement. Des personnes tendrement aimées ont répondu à votre affection par l'indifférence ou l'ingratitude; des hommes sur lesquels vous pensiez pouvoir compter vous ont offensés de la manière la plus sensible , et si vous obéissiez à votre penchant naturel , ce n'^st pas le pardon qui sortirait de votre cœur. C'est là encore une épreuve amère : mais (( le temps est court. » Encore un peu de temps , et les enfants de Dieu seront recueillis dans un séjour où les affections du coeur ne seront plus sujettes à aucune déception ; où les joies qu'elles procurent seront profondes et inaltérables, autant qu'elles seront pures et saintes. Encore un peu de temps , et celui qui vous a offensé sera couché sur un lit de mort : son enveloppe mortelle entrera en lutte avec la puissance de la dissolution ; hors d'état de nuire à personne , livré à la plus extrême détresse , il ne fera plus entendre qu'une faible voix qui ne pourrait que vous implorer si vous étiez présent, bien loin de pouvoir vous offenser encore ; puis après un dernier et affreux combat, ses lèvres exhaleront leur dernier souffle , son regard terni s'éteindra ^ et tout son être sera plongé dans la région du silence et des ténèbres. Suivez-le plus loin encore par la pensée : contemplez son âme, séparée du corps, paraissant en jugement devant Dieu; voyez-la, si elle a été infidèle pendant sa vie terrestre, subissant de la part du souverain juge une sentence de condamnation éternelle — et dites si en présence de telles pensées il vous sera pos*

sible encore de conserver de Tirritation dans votre cœur , et de ne point pardonner.

Le temps est coart aussi pour achever Tœnvre de votre sanctification , pour accomplir ce travail si vaste et si sérieux dont la conversion chrétienne ifest que le commencement. La course du chrétien est une lutte perpétuelle contre le temps ; et il n'a pas une heure à perdre pour atteindre le but qui est assigné à ses efforts. Sans doute c'est la justice de Christ qui nous a obtenu le droit d'entrer au ciel ; mais il y a une autre justice qui doit devenir inhérente à notre personne, pour que nous soyons rendus capables de goûter les joies du ciel. Christ a recouvré pour nous notre héritage ; mais nous avons besoin de passer par une éducation progressive pour devenir aptes à entrer en possession de cet héritage céleste. « Sans la sanctification personne ne verra le Seigneur. » Notre place au dernier jour sera fixée, non d'après nos doctrines, mais d après nos œuvres; et nous n'aurons aucune part au salut qui est acheté par le sang de Christ, si nous n'avons point eu part au salut personnel qui s'obtient par « le baptême de la régénération et par le renouvellement du Saint-Esprit. » Il s'agit de « crucifier le vieil homme » et de développer en nous l'homme nouveau ; il s'agit d'échanger peu à peu le caractère charnel et terrestre , qui est notre état naturel, contre le caractère céleste qu'il nous faut absolument acquérir si nous voulons entrer au ciel/

LE TEMPS EST COURT. ' 39li

Ouaod nous serona devenas saints , alors seulement nous serons sauvés dans le sens vrai et complet de ce mot. Pour que nous puissions nous approprier ce salut intérieur et personnel , il faut y « travailler avec <:rainle et tremblement ; » il faut des prières ferventes adressées à celui qui peut seul (( produire en nous la volonté et Tëxécution selon son bon plaisir ; » il faut une vigilance continuelle et des efforts infatigables sur nous-mêmes , pour que nous soyons trouvés ^ans tache au jour de Jésus-Christ ; il faut lutter sans cesse contre les penchants de notre nature, en sorte que Tesprit de Tévangile finisse par en trioDipher, et ^ue nous soyons enfin affranchis, sinon de la présence^ du moins de la tyrannie du péché. Pensezvous que ce soit là un travail dont il suffise de s'occuper , comme on dit , à temps perdu , et dans les courts moments de loisir que peut laisser une vie absorbée tout entière par les préoccupations temporelles? Une telle manière d'envisager le travail de la sanctification peut bien contenter ceux qui s'imaginent qu'une vie honnête et réglée selon le monde est une préparation suffisante pour la sainteté du ciel. Mais elle ne satisfera jamais ceux qui comprennent <;e que c'est que d'acquérir un cœur nouveau et une vie nouvelle ; ceux qui aspirent à réaliser dans leur personne les grâces qu'on a vues briller aux jours de la primitive église ; ceux qui désirent sincèrement se •consacrer tout entiers au service de leur Dieu sauveur, et lui offrir leurs corps et leurs âmes « ea

sacrifice vivant et saint ; » ceax qui savent que devant Dieu rincrédulité est un péché; que le murmure contre la providence est un péché ; que Tidolâtrie de ta créature est un péché ; qu'une pensée mauvaise est un péché; que la langueur spirituelle est un péché; qu'une bonne œuvre négligée est un péché ; ceux qui se rappellent qu'un seul péché favori suffit pour frapper de stérilité toute une vie chrétienne; et que nous ne sommes appelés à rien de moins qu'à combattre et à vaincre le mal sous toutes ses formes, à ton» ses degrés > dans tous les moments et sans une seule exception.

Voilà le travail qui nous est imposé avant de mourir. La distance entre le ciel et l'enfer n'est pas plus grande que celle qui sépare le péché de la sainteté» Mais si grande que soit la distance entre ces deux états d'âme, il faut qu'elle soit franchie de ce côté-ci du tombeau : de l'autre côté il ne serait plus temps. C'est un long voyage que celui qui est devant nous : et les moments qui nous sont comptés pour l'accomplir sont courts. Pour beaucoup d'entre nous le jour est déjà sur son déclin ; déjà les ombres du soir commencent à nous atteindre : et nous sommes là hésitants , languissants , nous contentant de quelques désirs faibles et stériles en présence de la tâche immense qui nous est assignée 1 Et pourtant , je le répète^ avant que ces corps mortels tombent en dissolutiqn,

il faut que la vie de Christ soit manifestée en enx l aotremeni ^ quand ils ressusciteront et qu'ils paraî-^

tront devant son trône de gloire, ils ne seront pas trouvés dignes d'habiter avec lui le séjour de la félicité éternelle.

. 11 n'est qu'un seul moyen , mes frères, d'accomplir ce travail et de développer en nous le principe de la sainleté : c'est de marcher dès à présent , d'un pas ferme et persévérant , dans les voies de la sainleté. Le Saint-Esprit est donné à ceux qui lui obéissent; et chaque grâce de Dieu fidèlement employée devient la source et le motif d'une grâce nouvelle. Chaque œuvre de charité développe dans nos cœurs le principe de la charité. Chaque œuvre de support et de pardon nous fortifie davantage contre l'esprit d'irritation et de vengeance. Chaque œuvre de confiance en Dieu , chaque effort de notre âme pour rejeter sur lui nos inquiétudes , nous forme davantage à l'heureuse habitude de tout remettre à sa providence paternelle. Chaque tentation évitée ou vaincue nous rend plus forts pour ^combattre la tentation. Tous les actes de la vie chrétienne tendent à affaiblir chez l'enfant de Dieu les principes mauvais, et à fortifier les grâces dont il fait usage. Par l'effet de ce saint exercice, il acquiert de jour en jour un discernement plus facile de ce qui est bien , et une préférence plus décidée pour l'accomplir; comme aussi il éprouve un éloignement toujours plus prononcé pour ce qui est mal. C'est ainsi , disciples du Seigneur , qu'il faut vous frayer la voie parfois laborieuse et difficile , mais toujours salutaire et bénie, de la sanctification. N'épargnez ni prières, ni

394 LE TEMPS EST œURT.

vigilance , ni efforts pour accomplir cette tâche donC le temps est coart y et qui décidera de votre éternité. Faites-vous une affaire sérieuse des intérêts de votre âme, écartez tous les obstacles qui pourraient entraver vos progrès , placez-vous sans cesse en présence de celui qui sonde les cœurs , fuyez sans cesse la tentation, poursuivez sans cesse les œuvres de la vie nouvelle. Rappelez-vous cette parole de FEcriture, si sérieuse et si effrayante : « le juste sera difficilement sauvé K » Il obtiendra la vie éternelle; mais , comme le vainqueur qui remportait le prix de la course, il ne l'obtiendra qu'à grand peine , et il s'en faudrait de peu qu'il ne la perdît. Hâtez-vous donc et courez de telle manière que vous remportiez le prix. Mettes à profit le temps qui vous est donné, travaillez pendant qu'il est jour, et ne laissez pas la nuit vous surprendre avant que vous ne soyez mûrs pour le royaume des cieux.

Enfin le temps est court pour la repentance, pour la conversion, pour l'acquisition du salut qui est en Christ. (( Si le juste est difficilement sauvé, que deviendra l'impie et le pécheur? » Peut-être tout ce que nous avons dit jusqu'à présent ne peut-il pas encore s^appliquer à vous. Les exhortations et les promesses de l'évangile ne s'adressent qu à ceux qui ont donné leur cœur au Seigneur, qui ont déjà déposé au pied

1 à Pierre, IV, 18.

de sa croix le fardeau de leurs péchés, et qui ont trouvé dans sa grâce par la foi la vie éternelle. Cest à vous de savoir si vous êtes de ces hommes-là. « Cherchez TEternel , » vous est-il dit, « pendant qu'il se trouve, invoquez-le tandis qu'il est près. » u Aujourd'hui y si VOUS entendez la voix de Dieu , n'endurcissez pas votre cœur! » « C'est à présent le temps favorable , c'est aujourd'hui le jour du salut. » Ce jour de la grâce et du salut, ce temps favorable qui nous est accordé pour la repen tance et la conversion aura bientôt passé pour nous. Encore un petit nombre d'années, peut-être un petit nombre de jours, et nous serons enlevés pour toujours à l'économie où Dieu a placé les appels de l'évangile , oii il est encore temps de se repentir. La voix divine qui nous appelle à la repentance ne se fait entendre que jusqu'à notre mort : après la mort cette voix d'appel nous abandonne pour toujours. Alors la lumière du soleil de justice ne nous éclaire plus de ses rayons; la porte de la salie des noces est fermée aux vierges folles qui viennent y frapper; la « source ouverte à la maison de Juda pour le péché et pour la souillure » est scellée à jamais, et un abtme que nul ne peut franchir sépare les âmes impénitentes du sang de l'expiation . « Dans ces jours-là, )> nous dit l'Ecriture, il y aura des âmes qui « crieront aux montagnes et aux rochers : tombez sur nous , et cachez-nous de la face de celui qui est assis sur le trône , et de la colère de l'agneau ! car la grande journée de sa colère est venue, et qui est-ce

qui poarra subsister? » La colère de Tagneau! quelle étrange association de mots! la colère de celui qui choisit pour son emblème le plus patient et le plus inoiTensif de tous les êtres ; la colère de celui qui est bon , doux , miséricordieux par excellence ; la colère de celui qui a dit : « venez à moi , vous tous qui êtes travaillés et chargés et je vous soulagerai ; » la colère de celui qui est amour; la colère de Jésus!... Colère d'autant plus redoutable qu'elle n'a pu être allumée^ dans un cœur comme le sien , que par une longue série de griefs amers et monstrueux. Cette colère de Fagneau ne peut pas être un vain mot : c'est une réalité terrible, et voilà le trésor que s'amassent pour le dernier jour les pécheurs impénitents. Ils sentiront alors qu'il n'est point d'indignation plus redoutable que celle de la tendresse méconnue, ni de vengeance . plus accablante que celle de la miséricorde offerte et rejetée.

Il n'y a rien là quf doive nous étonner , quand on rapproche l'œuvre de Christ de Taccueil qu'elle rencontre chez la plupart des hommes. S'il est vrai que Christ a tant souffert pour les pécheurs : s'il est vrai que pour eux il a quitté son trône de gloire, a pris la forme d'un serviteur, et s'est condamné à une vie d'humiliations et de douleurs, terminée par la mort de la croix; si dans une lutte mystérieuse avec les puissances de l'enfer, il a souffert en son corps et en son âme la peine de tous nos péchés ; s'il a supporté à notre place tout le poids de la colère divine, et bu jusqu'à

la lie la coupe de notre malédiction ; si après avoir à un tel prix comblé Tabime qui nous séparait de Dieu et nous avoir frayé un chemin pour revenir à lui , il est retourné au ciel, salué par les acclamations de Tarmée céleste comme ayant accompli l'œuvre la plus excellente et la plus merveilleuse qui fut jamais, — quels devront être les sentiments qui rempliront son cœur si après tout cela, ramenant ses regards sur la terre pour voir jusqu'à quel point les hommes apprécient celte immense rédemption, et comme ils se pressent dans la voie du salut qu'il leur a ouverte, il ne rencontre que des cœurs ennemis ou indifférents; si tant d'amour et tant de souffrances et un si grand salut ne sont qu'un objet de dédain de la part des malheureux qu'il était venu chercher et sauver ! songez à tout cela , mes frères , et vous n'aurez pas de peine à comprendre comment ce même Jésus qui maintenant frappe à votre porte avec une si tendre condescendance, qui vous attend et vous prévient dans ses compassions, comment ce même sauveur compatissant deviendra un juge irrité, comment cet agneau du Calvaire se transformera en lion de Juda, et fera tomber une vengeance terrible sur ceux qui auront méprisé sa miséricorde.

Ce jour de la colère est proche : « le temps est court. )) C'est pourquoi l'Ecriture nous exhorte à (( fuir la colère à venir, à « saisir la vie éternelle, » à « nous hâter et ne point différer de garder les commandements de Dieu : » autant d'expressions qui supposent

398 LE TEMPS EST œURT.

la nécessité d'agir avec promptitude et sans retard. Il y a urgence eu effet. Car, sacbez-Ie bien, pécheurs impénitents, votre condition empire de jour en jour, votre conscience s'endurcit de plus en plus contre les menaces de la loi , votre cœur devient toujours plus insensible aux attraits de Tamour divin, vous êtes enlacés toujours plus étroitement dans les liens du péché. Ce jour même peut accroître le danger qui vous menace. L'appel qui retentit à présent même à vos oreilles, s'il reste sans effet sur vôtre cœiir, peut aggraver votre condamnation. Peut-être en ce moment même vous ajoutez à ce trésor de colère que les pécheurs s'amassent pour le dernier jour. Et ce dernier jour est près de vous , et vous êtes au bord de Tabime de l'éternité , et le jugement est suspendu sur votre tête : car « le temps est court. » Ah! ne méprisez pas (( les richesses de la bonté de Dieu, de sa patience et de sa longue attente; » mais « considérez que cette bonté vous convie à la repentance. » Mettez à profit les moments si précieux qui vous sont donnés, et saisissez la vie éternelle. Aujourd'hui Christ a été offert en victime pour vous, aujourd'hui votre salut dépend de vous. Aujourd'hui la porte du ciel vous est ouverte , et le pardon acheté par le sang de l'expiation vous appartient si vous le voulez. Dieu « ne veut pas la mort du pécheur , mais sa conversion et sa vie. » Il ne désire pas glorifier en vous la puissance de sa colère, tout son désir est de glorifier en vous la puissance de sa grâce. 11 ne demande qu'à vous

accueillir, comme le père de l'enfaot prodigue, dès rinstant que vous reviendrez à lui. Venez donc avec confiance réclamer votre part dans ses compassions paternelles. C'est une chose bien simple que te salut évangélique, et je crains toujours de Tobscurcir en cherchant à Texpliquer. Pécheurs et perdus par vos péchés , Dieu vous a donné un sauveur, dont la justice doit suppléer au défaut de la vôtre. Vous n'avez autre chose à faire pour être sauvés que de recevoir simplement le pardon de Dieu, et de vous emparer par une foi sincère des promesses de sa parole. Mais il faut le faire avec un cœur entier et droit devant Dieu, décidés d'avance , quoi qu'il en coûte , à remplir toutes les obligations de l'évangile en même temps que vous en acceptez les promesses. Si vous faites cela, mes frères, dès aujourd'hui, en vain le temps sera court, il sera toujours assez long pour votre salut. Dieu est puissant pour faire son œuvre dans peu de temps comme dans beaucoup de temps. Il mûrit rapidement pour le ciel ceux qu'il appelle à la onzième heure; et dussiez- TOUS mourir aujourd'hui même comme le brigand sur la croix, si comme le brigand vous donniez aujourd'hui votre cœur à Christ, aujourd'hui même vous seriez avec lui dans le paradis ! Amen.

Octobre 4853.

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