POUR LE JOUR DE PAQUES
c'est l'arôme préservateur qui bannit la corruption et suspend Faction de la mort.
Ce travail, Mes Frères, doit être celui de toute notre existence. Aussi, quand les saintes femmes se rendirent au sépulcre, elles n'attendirent pas jusqu'à la fin du jour; c'est « de grand matin », valde marte (1), qu'elles se mirent en marche. Ah ! c'est que, pour aller à Jésus-Christ, il ne faut pas attendre jusqu'au soir de la vie ; il ne faut pas remettre au lendemain l'œuvre de notre sanctification, encore moins la différer jusqu'à ce moment où les coups imprévus de la justice divine trompent si souvent l'attente de ceux qui renvoient dans l'avenir ce qui doit être le travail du présent. Non, c'est de bonne heure, c'est de grand matin, valde marte, qu'il faut aller à Jésus-Christ. Notre jeunesse appartient à Dieu comme l'âg-e mûr, comme la vieillesse. Heureux, dit l'Ecriture sainte, heureux l'homme qui a su porter le joug de la loi divine dès sa jeunesse : bortum est viro, cum portauerit jagum ab adolescerttia sua (2) . Accoutumé qu'il est à marcher dans la voie du devoir, il y trouve moins d'obstacles, il avance d'un pas plus ferme et plus sûr. Comme l'arbre qui^ à peine sorti du sol, a pris sa vraie direction, il n'attend pas qu'un effort pénible vienne le redresser plus tard. La vertu est pour lui une douce habitude : en lui restant fidèle, il fait moins un sacrifice qu'il ne satisfait un désir de son cœur. Au lieu d'être oblig-é de rompre avec son passé, ce qui est toujours difficile, il n'a besoin que d'y persévérer. C'est un navire qui traverse l'océan de ce monde, au
(1) S. Marc, xvi, 2.
(2) Lamentations, m, 27.
souffle d'un vent propice, sans secousse ni tourmente, jusqu'au port de l'éternité.
Sans doute, Mes Frères, l'homme rencontre quelquefois des obstacles sur le chemin qui conduit à Jésus-Christ ; et, sous le voile d'un récit plein de mystères, l'Évangile de ce jour nous offre une image de ces difficultés. En se rendant au sépulcre , les saintes femmes se disaient entre elles : « Qui écartera la pierre de l'entrée du monument? » Quis revoluet nobis lapidera ab ostio monument i(i)? Symbole manifeste de l'état de beaucoup de chrétiens. Oui, il est des âmes qui trouvent, entre elles et Jésus-Christ, comme une pierre qui les empêche d'arriver jusqu'à lui ; cette pierre, qui ferme l'entrée du droit chemin, c'est une habitude invétérée, une inclination vicieuse, je ne sais quel poids d'indifférence ou de torpeur ; et alors, quand l'homme se voit placé devant cet obstacle, avec l'expérience qu'il a de sa faiblesse, il s'écrie à son tour : Quis revoluet nobis lapidem ? « qui ôtera cette pierre? » Mes Frères, cette pierre, l'homme ne saurait l'enlever de ses propres forces, mais il le peut avec la grâce de Dieu ; car rien ne résiste à la bonne volonté aidée du secours divin. Par le moyen de la grâce, cette pierre, qui nous empêche d'atteindre jusqu'à Jésus- Christ se fend, se soulève, s'écarte ; et alors se reproduit le miracle dont furent témoins les saintes femmes : et respicientes, viderunt revolutum lapidem (2), « en regardant, elles virent que la pierre avait été enlevée ». L'on peut appliquer à l'homme ce que l'ange disait aux saintes
(1) S. Marc, xvi, ni.
(2) Ibid., 4-