‹ Sermons inedits (volume 2)Chapitre 19 sur 35 · LE JOUR DE PAQUES · texte numérisé non relu

LE JOUR DE PAQUES

Mes Frères,

Ce qui fait de l'Evangile un livre unique, c'est qu'à chacune de ses lignes il renferme un enseignement qui s'applique à notre situation morale. Sous le récit de ces grandes choses qui se sont passées il y a dix-huit siècles, nous trouvons le tableau de notre propre vie. Derrière le sens littéral des faits, qui s'offre de lui-même à l'intelligence du lecteur, la méditation nous en découvre un autre plus profond, le sens spirituel et moral. Il en est à cet égard comme d'un fruit dont il faut briser l'écorce pour en savourer la douceur. C'est de cette enveloppe que je voudrais dégager l'Evangile de ce jour, pour en tirer la leçon qu'il contient.

(i) Prononcée, en i865, dans la chapelle du Sénat.

Il ne faut pas, en effet, s'arrêter uniquement au récit simple et nu de la résurrection du Seigneur. Transporté au sens moral, chaque détail de cette auguste scène est un enseignement ; et la conduite des saintes femmes allant au sépulcre doit être une image delà nôtre. Tout d'abord, dit l'Evangile, « elles achetèrent des parfums pour venir embaumer Jésus », emerunt aromata ut venientes ungerentJesum(i). Qu'est-ce à dire, Mes Frères? Des parfums ? Faut-il s'en tenir à ce premier sens tout matériel? Et n'est-ce point là un symbole, une figure des devoirs du chrétien? Oui, à nous aussi, il appartient d'embaumer le corps de Jésus-Christ, son corps mystique qui est l'Eglise ; de l'embaumer, dis-je, du parfum de nos vertus. Car, suivant le mot de saint Paul, « nous sommes la bonne odeur du Christ », Christi bonus odor sumus (2). C'est ce parfum spirituel, cet arôme de la vertu qui doit s'exhaler de notre âme pour se répandre autour de nous. Et, de même que le corps naturel se conserve par le baume qui l'empêche de se corrompre, ainsi l'Eglise, ce corps moral de Jésus-Christ, se conserve et se fortifie par les vertus de ses enfants, par la charité qu'ils entretiennent dans son sein, parle soin qu'ils mettent à préserver leur cœur de toute souillure, par l'humilité qui les maintient dans les sentiments de leur condition, par leur fidélité à remplir les devoirs de leur état, par la foi et la piété qui s'expriment dans tous leurs actes, par les bonnes œuvres qui se multiplient et s'échelonnent le long de leur vie. Voilà les vrais parfums qui embaument le corps de Jésus-Christ ;

(1) S. Marc, xvi. 1.

(2) 2e Ep. aux Corinth., 11, i5.

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