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Sermons inedits

Ce n'est pas sans une raison profonde que l'Eglise a inséré dans l'office de ce jour l'Evangile des huit béatitudes. En adaptant à la solennité de la Toussaint ce sublime fragment du saint livre , elle a voulu nous montrer par là que tout le mérite des bienheureux , c'est d'avoir mis en pratique l'enseignement du Sauveur. Leur vie forme le meilleur commentaire du sermon de la montagne (2) , cet abrégé si substantiel et si complet de toute la morale chrétienne.

Jésus-Christ avait dit : « Bienheureux les pauvres en esprit ! » Fidèles à cette maxime, les saints ont vécu dans un détachement parfait des biens de ce monde. Pauvres,

(1) Prononcée en 1862, dans la chapelle du Sénat.

(2) S. Matth., 5, 3-io.

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ils acceptaient avec résignation la part que la Providence leur avait faite. Riches , ils ne se servaient de leurs richesses que pour le bonheur de leurs frères. Quelquesuns d'entre eux ont poussé cette abnégation jusqu'à l'héroïsme, en se réduisant à l'indigence pour subvenir aux besoins des autres. Tous ont préféré aux biens qui passent avec le temps ceux qui demeurent pour l'éternité.

Jésus-Christ avait dit : « Bienheureux les doux ! » Dociles à cette leçon, les saints se sont appliqués à réformer leur caractère , à éloigner d'eux tout esprit de violence , à étouffer dans leur cœur tout sentiment de haine ou d'aigreur, à acquérir et à conserver dans toutes les situations de la vie cette égalité d'âme qui est le véritable signe de la force morale. C'est à ce travail patient et intime que nous devons la sereine figure des Charles Borromée , des François de Sales, des Vincent de Paul, dont l'irrésistible empire sur leurs contemporains a vérifié cette promesse du Sauveur : « Ce sont les hommes doux qui posséderont la terre. »

Jésus-Christ avait dit : « Bienheureux ceux qui pleurent ! » Cette parole, si dure pour l'homme avide de plaisirs et de jouissances, les saints l'ont vérifiée. Pendant qu'autour d'eux le monde se livrait à ces fausses joies qui ne laissent après elles que le vide et la déception, les serviteurs de Dieu s'exerçaient aux mâles sévérités de l'Evangile ; ils expiaient leurs fautes dans les larmes de la pénitence , ils acceptaient les plus rudes épreuves sans plainte ni murmure. Mais, en revanche, ils goûtaient ces joies de l'âme, cette paix de la conscience, ces consolations intimes de la vertu qui seules procurent à l'homme le véritable bonheur.

Jésus-Christ avait dit : « Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice ! » Être justes, ne blesser personne dans son droit, rendre à chacun ce qui lui appartient, pousser la probité jusqu'à la délicatesse et l'honneur jusqu'au sacrifice de leurs intérêts propres, telle était la conduite des saints. Que leur importait après cela d'être méconnus dans le monde, rebutés, calomniés même? Ils avaient la satisfaction du devoir accompli ; saturabuntur , ils étaient contents, ils étaient rassasiés.

Jésus-Christ avait dit : « Bienheureux ceux qui ont le cœur pur ! » Cette pureté du cœur a été le triomphe des saints. Au milieu des tentations de la chair et des séductions du monde, ils ont résisté aux attraits du vice, ils ont mis sous leurs pieds les excitations du mal, ils ont porté jusqu'au bout, dans un vase fragile, ce trésor le plus précieux de tous ; et s'il en est parmi eux qui n'ont pas su conserver sans tache le vêtement d'honneur que Dieu leur avait confié, ils ont redemandé leur dignité première aux larmes d'une pénitence plus éclatante que leur chute.

Jésus-Christ avait dit : « Bienheureux les miséricordieux !» Ah ! cette loi surtout, cette loi royale de la charité, comme l'appelait saint Jacques, lex regalis (1), les saints l'ont comprise et observée. Jamais la parole humaine ne suffira pour redire ce que les serviteurs de Dieu ont consacré d'efforts depuis dix-huit siècles à l'entretien des pauvres , au soulagement des malades , au rachat des captifs , à l'instruction des ignorants, à l'apaisement de toutes les douleurs , à la diminution de toutes les misères qui

(1) S. Jacq., 11, 8.

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affligent l'humanité. Tout ce que Ton peut dire de ces grandes créations du dévouement des saints, c'est qu'elles ont rendu l'admiration muette et la louange inutile.

Jésus-Christ avait dit : « Bienheureux les pacifiques ! » Oui, les saints ont été vraiment des hommes de paix. En paix avec Dieu, ils se sont appliqués constamment à faire régner parmi les hommes la concorde, l'union fraternelle, la charité. Et depuis ces hommes qui, dans les temps anciens, imposaient aux nations la trêve de Dieu, jusqu'à cet héroïque archevêque de Paris qui se jetait au milieu d'une lutte fratricide pour que son sang fût le dernier versé, qui dira ce que les saints ont réglé de différends , comprimé de haines et réconcilié d'âmes désunies auparavant? Par là, ils ont mérité d'être appelés les enfants de Dieu, du Dieu de la paix et de la charité : quoniam jilii Dei vocabuntur !

Enfin, Jésus-Christ avait dit : « Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice! » Cette parole, les saints l'ont entendue, et le sang des martyrs en est la plus éloquente des preuves. Ces millions d'hommes de tout âge et de toute condition qui, dans les premiers temps de l'Eglise, ont fait à Dieu le sacrifice de leur vie, qui tombent tour à tour pour la cause de leur foi; qui, placés entre l'apostasie et les supplices , se retranchent dans l'asile inviolable de leur conscience et n'en sortent que pour confesser à haute voix le Dieu qu'ils adorent ; cette lignée de martyrs qui, au milieu des tourments, n'opposent à leurs bourreaux dont ils lassent la fureur que le calme de la patience et la sérénité du devoir ; qui, enfin, au sortir d'une vie qu'ils quittent sans faiblesse comme sans ostentation, ne trouvent sur leurs lèvres et

POUR LA FÊTE DE LA TOUSSAINT g

dans leur cœur qu'une prière pour leurs tyrans et une bénédiction, ils avaient compris la parole du Sauveur : « Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice , parce que le royaume des cieux est à eux 1 »

C'est ainsi que l'Evangile des huit béatitudes trouve dans la vie des saints son commentaire vivant et pratique. Voilà nos modèles, Mes chers Frères ! Les saints sont les aînés de la grande famille humaine : ils nous ont précédés dans la patrie céleste, laissant après eux des leçons à méditer et un exemple à suivre ; car il nous servirait de peu d'admirer les héros de la vertu, cette sainte lignée d'apôtres, de vierges, de confesseurs et de martyrs, si nous ne cherchions également à les imiter dans la mesure de nos forces et suivant la condition particulière dans laquelle la Providence nous a placés. Eclairés et fortifiés parleur exemple, il nous sera donné également d'atteindre au but suprême que le Sauveur indiquait par ces paroles qui terminent l'Evangile de ce jour : « Réjouissez-vous et soyez dans l'allégresse parce que votre récompense est grande dans le ciel. » Je vous le souhaite, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

SERiMOKT

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