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FÊTE DE LA TOUSSAINT

Jérusalem œdificatnr ut civitas cujus participatio ejus in idipsum.

« Jérusalem est bâtie comme une ville à laquelle participent également tous ceux qui l'habitent. »

Psaume CXXI, 3.

Mes Très Chers Frères,

Lorsqu'autrefois les enfants d'Israël montaient vers Jérusalem, aux grands jours de leurs solennités, du plus loin qu'ils apercevaient la ville sainte, la montagne de Sion, le temple de Jéhovah, oubliant leurs foyers, leurs champs, leurs familles, à l'aspect de tant de grandeur et de majesté, ils s'écriaient dans un transport de joie et d'admiration : « Oh ! que je me suis réjoui quand il m'a été dit : Nous allons vers la maison du Seigneur. » Il me semblait dès lors que mes pas s'étaient déjà fixés dans tes

(i) Sermon prêché à Sainte-Geneviève, en i853.

parvis, ô Jérusalem, tellement j'avais le désir de te voir 1 Car Jérusalem est bâtie comme une ville , dont tous les citoyens forment un même peuple et participent aux mêmes biens : Jérusalem œdificatur ut civitas, cujus participatio ejus in idipsum.

Je suppose, Mes Frères, qu'en ce jour si solennel, au lieu de l'ancienne Sion, de son temple, de ses splendeurs, de ses cérémonies, il vous soit donné de découvrir dans toute son étendue la nouvelle Jérusalem, renfermant dans son enceinte tous les peuples de la terre, qu'elle fortifie pendant leur vie, qu'elle purifie au-delà du tombeau, qu'elle couronne au ciel; glorifiant ainsi le Seigneur par leurs combats, par leurs souffrances, par leurs triomphes. A la vue de cette immense cité de Dieu, de cette vaste communion de prières et de larmes, de peines et de travaux , de misères et de gloires ; à la vue de cet échange incessant, de ce commerce perpétuel de ceux qui prient à ceux qui pleurent, de ceux qui travaillent à ceux qui se reposent, de ceux qui gémissent encore à ceux qui jouissent déjà de l'éternelle félicité : ravis d'une si belle harmonie entre les besoins de ceux-ci et les bienfaits de ceux-là, entre le malheur des uns et le bonheur des autres , vous vous écrieriez du fond de votre cœur : Oui, la nouvelle Jérusalem, l'Église catholique, est bâtie comme une ville, dont tous les citoyens ne forment qu'un seul et même peuple et participent aux mêmes biens ; Jérusalem œdificatur ut civitas cujus participatio ejus in idipsum.

C'est sur cette admirable communion des saints que je veux appeler aujourd'hui votre pieuse attention : la solennité de ce jour m'y invite et le plan de nos instructions m'y

SUR LA COMMUNION DES SAINTS i3

conduit tout naturellement. Je dis donc, et c'est là mon sujet, qu'il existe entre tous les membres de l'Eglise catholique un échange mutuel de prières et de mérites. Ave Maria.

L'Église , dit l'apôtre saint Paul , est le corps de Jésus- Christ ; or, les membres d'un corps sont unis entre eux par une réciprocité de services et de fonctions. L'un soutient l'autre, ceux-ci donnent de leur abondance à ceux-là, tous enfin participent aux mêmes biens, qui sont la force, la santé, la vie. Un membre, qui cesserait de concourir au bien-être général ou de puiser à ce fonds commun, serait par là-même frappé d'impuissance et de langueur : il aurait cessé de vivre. C'est pourquoi nul ne peut dire à l'autre : « Je n'ai pas besoin de ton service », opéra tua non indigeo (i); car tous, la tête comme les mains, les mains aussi bien que les pieds, contribuent à l'harmonie de l'ensemble ; chacun d'eux communique aux autres sa force ou sa faiblesse, ses défauts ou ses qualités, sa laideur ou sa beauté ; tous sont solidaires : la maladie de l'un a son contre-coup sur l'autre ; celui-ci demande à celui-là de sa vigueur, tous sont riches de la plénitude d'un seul.

L'Église est une famille : or, tous les membres d'une famille sont unis entre eux par de semblables liens. Le plus faible implore le plus fort et le plus fort protège le plus faible. Le nom, la fortune, la santé de l'un se reversent sur tous et forment comme une réserve où chacun puise selon ses propres moyens. La

(i) ire Ep. aux Corinth., xn, 21.

i4 SERMON POUR LA FÊTE DE LA TOUSSAINT

puissance du père descend sur la mère et sur les enfants, l'amour de la mère se partage entre les enfants et le père, et l'innocence des enfants rejaillit sur les parents. Là aussi, quand l'un mérite ou démérite, c'est pour les autres presque autant que pour lui-même. Sa richesse devient leur ricnesse, sa pauvreté leur pauvreté, son infamie leur infamie, sa gloire leur gloire. Lorsqu'un membre est en souffrance, tous les autres gémissent avec lui, travaillent à sa guérison , se réjouissent de son rétablissement. Voici qu'un enfant est malheureux : voyez comme ses frères s'empressent de venir à son secours, de lui offrir leurs services, leur crédit et leur protection. Que l'aîné, au contraire, arrive aux honneurs : les cadets recourent à son influence, s'appuient de son nom et profitent de son rang; de sorte que la famille humaine est, comme le corps humain, un échange mutuel de services et de fonctions.

L'Eglise est une cité : elle est « la cité bâtie sur une montagne ( i ) » . Or, là encore, les richesses des uns tournent au profit des autres, et l'abondance de ceux-ci supplée au dénuement de ceux-là. Tel citoyen, par son zèle et son talent, mérite pour tous la paix, la prospérité et la gloire. Tel sollicite, tel appuie ; tel souffre, tel compatit ; tel autre s'immole et se sacrifie, tel enfin répand ses largesses et distribue ses dons. Chacun sans doute a sa fortune propre, sa valeur personnelle et ses titres privés ; mais, à côté de ce fonds particulier, il existe une renommée commune, un trésor public, un bien-être général, auxquels tous participent selon leur droit et

(i) S. Math., v, 14.

SUR LA COMMUNION DES SAINTS i5

leur capacité. Admirable harmonie, par laquelle tout se lie, tout s'enchaîne, tout se coordonne dans une vaste communion de besoins et de bienfaits !

Si donc, comme je viens de rétablir, l'Eglise est un corps, une famille, une cité, il faut qu'elle ait, comme le corps humain, un trésor commun de force, de santé et de vie ; il faut qu'elle possède, comme la famille, un fonds collectif de richesses, de vertus et de mérites ; il faut qu'elle soit, comme la cité, une société de secours et de services mutuels. Sinon, l'Eglise ne serait plus qu'un assemblage de membres isolés les uns des autres, se renfermant chacun dans un égoïsme solitaire, sans lien ni rapport; elle cesserait d'être le corps de Jésus-Christ, la famille des saints, la cité de Dieu, la Jérusalem sainte bâtie comme une ville dont les citoyens ne forment qu'un même peuple et participent aux mêmes biens : Jérusalem quœ œdificatur ut civitas, cujus participatio ejus in idipsum.

Or, Mes Frères, si les membres du corps, de la famille , de la cité , contribuent chacun pour sa part à ce fonds commun, à ce trésor public, où tous viennent puiser à leur tour, il est néanmoins vrai de dire que c'est principalement la tête qui enrichit le corps de ses dons. C'est de la tête, en effet, que descendent sur le corps humain le mouvement, la lumière et la beauté ; c'est le père qui transmet à la famille son nom, ses biens, ses titres ; c'est le souverain qui conserve à la cité l'ordre et la paix, la force et la prospérité. Conséquemment, si la Jérusalem sainte est bâtie comme une ville à laquelle participent tous ceux qui l'habitent, si l'Église catholique a un trésor de grâces et de mérites, s'il existe une corn-

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munion des saints, c'est à la tête de l'Église qu'il faut remonter, comme à la source principale de toutes ces faveurs. Or, « la tête de l'Église, dit l'apôtre saint Paul, c'est Jésus-Christ », Christus est caput Ecclesiœ (i). C'est donc à Jésus-Christ que l'Église doit la plénitude de ses biens. Oh ! je ne m'étonne plus que cette réserve de vie soit inépuisable, que ce fonds de secours soit infini. Le sang de Jésus-Christ , ce sang adorable , dont une goutte eût suffi pour racheter le monde entier; ses larmes précieuses qui ont lavé nos fautes, ses prières toutes puissantes auxquelles rien ne résiste, sa vie entière, ses paroles et ses œuvres, ses peines et ses travaux, ses sueurs et ses souffrances, voilà ce qui nourrit et alimente le trésor de l'Église : c'est une chaîne de mérites qui s'étend d'une extrémité de la terre à l'autre, et dont les divers anneaux enlacent tous les cœurs ; c'est un fleuve de grâces qui découle sans cesse sur toute l'humanité, et dont les mille canaux portent à travers l'Église la fécondité. Que tu es riche, ô assemblée des saints! Tu n'as pas, il est vrai, les biens de la terre ; à d'autres un vil métal, à d'autres un sol fertile, à d'autres les grands domaines : pour toi, ton trésor, ton capital, ton revenu, c'est le sang d'un Dieu, ce sont les larmes d'un Dieu, ce sont les prières d'un Dieu ! Voilà ton opulente fortune : quiconque n'a point de part à tes trésors spirituels, fût-il possesseur de tout l'or de ce monde, n'est qu'un pauvre et un indigent, comme aussi quiconque participe à l'abondance de tes grâces, fût-il le plus dénué de ressources matérielles , peut

(i) Ep. aux Éphés., v, 23.

s'estimer content, puisqu'il est riche en Dieu, riche comme Dieu, riche de Dieu.

Mais, Mes Frères, si c'est la tête surtout qui produit la communion des membres, si c'est de la tête que descendent tout d'abord sur le reste du corps la force et l'activité, ce n'est pas à dire pourtant que les membres euxmêmes ne puissent concourir à former ce fonds de vie commune où tous ensemble viennent puiser leur énergie et leur vigueur. Car, dit l'apôtre saint Paul, « Dieu a mis un tel ordre dans tout le corps, que les membres sont pleins de sollicitude les uns pour les autres », Deus temperauit corpus, . . utpro invicem sollicita sint membra (1), « afin que l'abondance des uns supplée à l'indigence des autres », ut illorum abundantia vestrœ inopiœ sit supplementum (2) . Eh bien ! si telle est la condition naturelle du corps, du corps de l'homme, du corps de la famille, du corps de la cité, le même phénomène doit se produire dans l'Église catholique, qui est le corps de Jésus-Christ, la famille des saints, la cité de Dieu.

Il n'y a qu'un instant, je vous faisais voir dans le trésor de l'Eglise le sang du Verbe incarné, ses larmes et ses supplications, ses paroles et ses actes, ses peines et ses travaux, ses souffrances et ses douleurs ; et j'en concluais que ce fonds est d'une incommensurable richesse. Regardez maintenant cette innombrable lignée de saints qui viennent y porter tour à tour leurs mérites et leurs bonnes œuvres. Ah ! M. T. G. F., que de prières, que de

(1) ire Ép. aux Corinth., xn, 24.

(2) 2e Ép. aux Corinth., vm, 14.

sacrifices, que de vertus ! Je vois dans ce trésor le sang des martyrs, qui appela sur l'Eglise la force et la fécondité ; j'y vois les austérités des anachorètes, qui valurent à des milliers d'âmes la grâce de la conversion et le courage de la pénitence ; j'y vois la foi des confesseurs, cette foi intrépide, si propre à raffermir les esprits chancelants, à ramener les intelligences égarées ; j'y vois les palmes des vierges, ces palmes de la virginité qui ont défendu tant de cœurs contre les séductions du monde et les penchants de la chair ; j'y vois la prière d'Etienne qui terrasse Saûl sur le chemin de Damas; j'y vois la prière de Monique qui arrache Augustin à ses faiblesses et le retire de ses égarements ; j'y vois la prière de Glotilde qui brise les idoles des Francs et fait monter le christianisme sur le trône de Clovis ; j'y vois les prières de Geneviève qui arrêtent Attila aux portes de Paris et qui , suspendues pendant quinze siècles sur cette ville, conjurent les rigueurs du ciel et détournent les fléaux de la terre. J'y vois cette humble prière que vous venez de déposer dans le trésor de l'Eglise, il n'y a qu'un moment : en vertu de la communion des saints, elle sort de cette assemblée, elle vole sur l'aile des anges, elle va droit au cœur de nos frères absents, de nos frères impénitents, de nos frères séparés ; elle leur porte le baume de la consolation, la grâce du remords, le don de la persévérance ; ou bien elle traverse les mers , elle s'en va dans des contrées idolâtres, elle fait descendre le rayon de la foi sur des fronts infidèles, elle réveille une étincelle de vie dans des cœurs glacés par la mort. Qu'est-ce qui lui poserait des limites? La communion des saints s'étend partout : pour elle, il n'y a pas de bornes, il n'y a pas de

distance, il n'y a pas d'espace ; elle expire là où expire le temps, là où cesse la vie.

Je me trompe : la communion des saints n'expire ni avec le temps, ni avec la vie. Elle dépasse la durée des siècles, elle franchit la tombe. Et pourquoi s'arrêteraitelle aux portes de l'éternité ? Pourquoi ceux qui triomphent dans le ciel ne seraient-ils pas unis à ceux qui combattent sur la terre, par un échange mutuel de prières et de grâces, par une communion réciproque de besoins et de bienfaits? Eux, les vainqueurs de l'éternité, et nous, les soldats du temps, ne sommes-nous pas tous du même corps de Jésus-Christ, de la même famille des saints, de la même cité de Dieu ? Serait-ce que leur état de bonheur les rendît indifférents à nos peines et à nos épreuves, à nos joies et à nos tribulations ? Mais la gloire n'éteint pas l'amour, puisque c'est la plénitude de l'amour ; la gloire n'engendre pas l'égoïsme, puisque c'est l'épanouissement de la charité. Et comment croire que cette Vierge-Mère, qui nous adopta pour ses enfants au pied de la croix de son Fils, pût nous oublier maintenant qu'elle est debout devant le trône du Christ glorifié? Pensez-vous donc que saint Louis, qui sur la terre affectionna la France jusqu'à donner son sang pour elle, a cessé de l'aimer depuis que sa couronne de saint surmonte son diadème royal? Ou bien que Geneviève, qui jadis fit à Lutèce un rempart de ses prières et de ses larmes, se désintéresse de Paris, maintenant que la gloire a dilaté son cœur de vierge dans l'extase de l'amour ? Oh ! non, le bonheur des saints ne les rend pas indifférents à nos besoins. Mais, à défaut de l'oubli, serait-ce peut-être que

l'impuissance rompît la communion entre le ciel et la terre, entre l'Église triomphante et l'Église militante? Nos prières n'arrivent-elles pas jusqu'au séjour des bienheureux, ou bien les faveurs des saints ne descendentelles pas jusqu'à nous ? Mais, Mes Frères, le triomphe n'est-il pas l'apogée de la puissance? N'est-ce pas pour régner que les saints sont associés à la gloire du Seigneur , et serait-ce vraiment régner que de n'avoir ni le droit de rien dire ni le pouvoir de rien faire? Qui donc s'imaginerait que la Mère de Dieu , dont un mot suffisait jadis pour faire jaillir un miracle du cœur de son Fils, n'a plus gardé au ciel que des paroles impuissantes et une protection stérile? Pourquoi donc le sang des martyrs aurait-il perdu son éloquence et sa vertu ? Pourquoi leurs cicatrices toujours ouvertes cesseraient-elles de plaider en notre faveur auprès de Dieu ? La palme des vierges ne serait-elle plus féconde? Et ne s'échapperaient-elles plus de la poitrine des saints, ces prières victorieuses qui appelaient ici-bas sur leurs frères, sur leurs amis, sur leur famille, sur leur patrie, les grâces et les bénédictions du Seigneur? Non, non, la gloire ne détruit pas la communion des saints : elle ne fait que la resserrer davantage, en armant les bienheureux d'une plus haute puissance et en pénétrant leurs cœurs d'un plus ardent amour.

Mais quoi, M. T. G. F. ! entendez- vous ces cris lamentables qui arrivent jusqu'à nous des profondeurs de l'abîme ? Miseremini mei, saltem vos amicimei (i), « ayez

(i) Job, XIX, 21.

pitié de moi, vous du moins qui avez été mes amis ». Ah ! ce ne sont plus les Alléluia triomphants des célestes parvis, ce ne sont plus les cantiques sacrés où la voix des anges se mêle à celle des bienheureux : ce sont des accents plaintifs et douloureux ; c'est la voix d'un père, d'une mère, d'un frère, d'une sœur, qui monte vers nous du lieu de l'épreuve pour implorer nos suffrages ; car, pas plus que la gloire, la souffrance ne détruit la communion des saints. Et pourquoi la communion des saints seraitelle rompue par les expiations des justes ? Ne sont-ils pas comme nous du corps de Jésus-Christ, ne sont-ce pas des membres vivants de la famille des élus et de la cité de Dieu? Pourquoi donc n'auraient-ils point de part au trésor commun de l'Eglise, à nos satisfactions, à nos sacrifices , à nos secours ? Ah ! Mes Frères , qu'elle est admirable , cette doctrine de la communion des saints ! Le ciel prie, la terre prie, le purgatoire prie ; et ainsi le purgatoire, la terre et le ciel, l'Eglise souffrante, l'Eglise militante , l'Église triomphante sont unies entre elles par un échange mutuel de supplications et de mérites. De l'abîme , la prière monte vers la terre ; de la terre , elle s'élève vers le ciel ; et là , passant par la bouche des saints, elle obtient le rafraîchissement, la lumière et la paix. Le purgatoire prie vers nous, le ciel prie pour nous ; et nous, les voyageurs de l'exil, nous les pèlerins de la Jérusalem céleste, nous prions pour le purgatoire, nous prions vers le ciel, nous sommes les médiateurs entre le purgatoire et le ciel, entre la souffrance et la gloire. C'est par nous que les cris des détenus arrivent jusqu'au trône de Dieu : des demeures éternelles , la coupe des miséricordes divines s'épanche sur la terre ; et,

de la terre, cette rosée céleste retombe goutte à goutte jusqu'au fond de l'abîme où elle se dépose sur des lèvres embrasées du feu vengeur. Et, si cette pluie de grâces n'a pas suffi pour éteindre les flammes , la plainte des captifs remonte vers la terre ; là, elle se mêle de nouveau à nos supplications; et ensemble, le cri de la souffrance et les accents de la prière reprennent le chemin du ciel, pour se perdre dans la voix du pardon. 0 Église catholique, que tu es belle ! Soit que tu souffres, soit que tu combattes, soit que tu triomphes dans tes enfants, tu es toujours le même corps de Jésus-Christ, la même famille des saints, la même cité de Dieu : tu es cette Jérusalem immortelle bâtie comme une ville, dont tous les citoyens ne forment qu'un seul peuple et participent aux mêmes biens : Jérusalem œdificatur ut civitas, cujus participatio ejus in id Ipsum.

Ainsi, M. T. G. F., il existe entre tous les membres de l'Église catholique un échange mutuel de prières et de mérites ; et cette communion des saints, la solennité de ce jour est destinée à la graver dans nos cœurs. Efforçonsnous donc de resserrer de plus en plus les liens qui nous unissent à tous les justes, soit en priant pour ceux qui luttent comme nous, soit en demandant grâce pour ceux qui expient, soit en implorant le secours de ceux qui jouissent éternellement de Dieu. C'est dans ce temple surtout que le culte des bienheureux devrait briller de tout son éclat. Lorsqu'au vne siècle Boniface IV institua la fête de la Toussaint, il consacra à la mémoire de nos héros célestes l'ancien Panthéon romain, afin que tous les saints triomphassent là où avaient régné tous les faux dieux. Eh bien ! que l'ancien Panthéon français retentisse

également des louanges de tous les saints, comme si à tous les saints l'Eglise reconnaissante avait élevé ce temple et cet autel pour associer à sainte Geneviève ses frères d'armes devenus ses compagnons de gloire. Mais surtout travaillons nous-mêmes à devenir ce qu'ils sont. Car il nous servirait peu d'être en communion avec eux par les liens de la foi, si nous ne cherchions également à nous unir à eux par l'imitation de leurs vertus. Si riches, si puissants, si savants que vous soyez, sans la sainteté vous n'êtes rien. La sainteté est la vraie noblesse de l'homme, qui trouve en elle son mérite et sa gloire ; sans elle, le talent n'est qu'une folie, la fortune une brillante indigence, la renommée une éclatante obscurité. Elle est plus haute que le génie, plus précieuse que le diamant, plus forte que les puissances du monde, plus radieuse que la couronne des rois. Elle relève la science du savant, elle retrempe l'épée du guerrier, elle rehausse la toge du magistrat, elle féconde l'offrande du prêtre, elle rayonne sous les haillons du pauvre comme sous la pourpre des princes. Il n'y a sur la terre que la sainteté qui ne se fane ni ne passe. La fortune change, la santé se consume, la beauté se flétrit, l'amitié s'altère, la gloire se dissipe, la vie s'éteint : seule, la sainteté reste, car seule elle est comme Dieu, immortelle, dans un bonheur que rien ne trouble. Puissiez-vous tous, Mes Frères, parvenir à cette radieuse immortalité ! C'est la grâce que je vous souhaite. Ainsi soit-il.

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