AVANT LA CONFIRMATION
Mes chers enfants,
Je viens vous conférer le sacrement de confirmation. Qu'est-ce que le sacrement de confirmation ? Ecoutez-moi bien, mes chers enfants, et gravez mes paroles dans votre cœur.
Vous êtes nés il y a douze ou quinze ans. En entrant sur la terre, vous êtes devenus les enfants de votre père et de votre mère, les frères de tout homme qui, comme vous, a un corps et une âme. Mais une naissance de beaucoup supérieure vous attendait à quelques jours de là. Portés dans cette église au sortir du berceau, vous y avez reçu, avec la grâce du saint baptême, le don de la vie surnaturelle : un peu d'eau versée sur votre tête avait fait de vous les enfants de Dieu. Les enfants de Dieu ! ô
le grand mot ! ô la grande chose ! Recevoir le Seigneur pour père, être le frère de Jésus-Christ et l'héritier du ciel, entrer dans la noble famille des saints, participer à tous les biens spirituels de l'Église, acquérir des droits à la grâce en ce monde, à la gloire éternelle et à la suprême félicité dans l'autre, voilà le titre, le caractère, l'honneur, la dignité, le privilège inestimable que le baptême vous a conféré pour le temps et pour les siècles des siècles.
Vous avez vécu dès lors de cette vie divine dont le baptême a été pour vous le principe et le point de départ. Mais le moment est venu où vous devez être confirmés, c'est-à-dire affermis dans cet état magnifique où Dieu avait daigné vous placer tout à l'aurore de votre enfance. Voyez la plante, comme elle croît et se développe : ce n'est d'abord qu'un simple germe dans lequel la Provia renfermé de merveilleuses énergies. Après avoir reposé dans le sein de la terre, elle en sort, elle paraît à la surface, elle allonge sa tige, elle monte peu à peu et par degrés. Jusque-là, elle n'a besoin, pour ainsi dire, que de se laisser aller au travail de cette force primitive qu'elle tenait en réserve dans son noyau. Même pendant l'hiver, sous la neige et les brouillards, ou du moins en l'absence d'une lumière et d'une chaleur plus vives, elle peut traverser cette période initiale de son existence. Mais arrive le moment où la plante, où l'arbre devra s'épanouir en fleurs et porter des fruits. Alors il lui faut un redoublement de force et de vigueur. Les conditions atmosphériques dont elle s'était jadis contentée ne lui suffisent plus : elle a besoin, pour fleurir et pour fructifier, d'un air plus chaud, d'un soleil plus radieux, d'un souffle plus fécond, de pluies plus abondantes; et c'est sous Finfluence
AUX ENFANTS 23g
de ces secours nouveaux venant se surajouter aux énergies premières, que la sève monte, circule, éclate, et que la plante atteint au terme de sa croissance, à la plénitude de son développement.
Voilà votre histoire, mes chers enfants. Vous êtes arrivés à ce printemps de la vie où votre jeune âme devra, elle aussi, s'épanouir en fleurs, c'est-à-dire en vertus, et produire des fruits, c'est-à-dire des bonnes œuvres. Car « vous êtes le champ de Dieu » , comme disait l'apôtre saint Paul : vos agricaltura Dei estis (i). Le Seigneur a jeté dans votre cœur la semence de sa vie propre : il faut qu'elle lève, qu'elle pousse, qu'elle se multiplie. C'est le moment de la fleuraison et de la maturation spirituelle. Voilà pourquoi, à cette heure-ci, cette jeune plante qui s'appelle votre âme a besoin d'un surcroît de vigueur : elle demande à être arrosée par la pluie du ciel, à être réchauffée par les rayons du soleil de la vérité, à se dilater au souffle de l'Esprit -Saint, afin que la sève précieuse qui est en elle, ranimée et renouvelée par ces divines influences, se déploie en fruits de grâces et de bénédictions.
Je viens vous apporter ce complément de vie surnaturelle, cette provision de forces nouvelles qui devra vous aider à atteindre ce que saint Paul appelle « la plénitude de l'âge du Christ (2) », c'est-à-dire la virilité du parfait chrétien. Et quelles sont ces forces nouvelles, mes chers enfants ? Ce sont les dons de l'Esprit-Saint que vous allez recevoir par le sacrement de confirmation. Oui, l'Esprit
(1) Ép. aux Corinth,, III, 9.
(2) Ép. aux Éphés., iv, i3.
2/jo PREMIERE ALLOCUTION
du Seigneur va descendre sur vous, comme autrefois sur les apôtres, et vous communiquer le don de sagesse, qui vous apprendra à vous détacher des vanités de ce monde, à rechercher les biens véritables, ceux de rame, les seuls qui ne passent point , les seuls qui demeurent pour Téter ni té ; le don d'intelligence, afin que vous compreniez les vérités de la foi, que vous en pénétriez le sens et la portée pour en faire votre règle de conduite ; le don de conseil, afin qu'au milieu des difficultés d'ici-bas, vous ne flottiez pas, incertains et troublés, mais que vous puissiez choisir à propos ce qu'il y a de meilleur et de plus utile pour assurer votre salut ; le don de force, qui vous inspirera le courage de professer la religion ouvertement et sans crainte, de fouler aux pieds le respect humain, de surmonter les tentations , de résister , fût-ce même au péril de la vie, aux ennemis de votre âme; le don de science, qui vous fera connaître en toutes choses la volonté de Dieu, ses desseins sur vous, les obstacles qui s'opposent à leur accomplissement, et les moyens d'y répondre sûrement et avec fruit; le don de piété, qui disposera vos cœurs à aimer Dieu comme des enfants aiment leur père, à embrasser avec joie tout ce qui a rapport à son service et à son culte ; et enfin le don de crainte , qui vous remplira d'un souverain respect pour Dieu, pour ses préceptes et pour sa loi, qui vous fera redouter ses jugements et éviter avec soin tout ce qui est contraire à la sainteté de votre vocation.
Voilà, mes chers enfants, les dons et les grâces qui vont devenir votre partage. Gomme une terre bien cultivée, votre âme a été préparée à cette effusion des faveurs célestes par le travail de la parole sainte. Les enseigne-
ments de votre pasteur y ont ouvert des sillons prêts à recevoir ces nouvelles semences de vie divine. Puisse-t-elle se couvrir d'une riche moisson de vertus et de bonnes œuvres ! Puisse l'Esprit-Saint reposer en vous , non pas d'une manière transitoire et passagère , mais d'une façon permanente, suivant la promesse que le Sauveur faisait à ses apôtres : Apud vos manebit et in vobis erit (1), « l'Esprit consolateur sera en vous et il demeurera en vous ! » Manebit, « il restera » ; « il restera pour l'éternité », in œternum manebit. Il vous inspirera jusqu'à la fin ; vous agirez sous son impulsion , vous suivrez ses mouvements ; et, selon cette autre parole de nos Livres saints, cet Esprit bon, cet Esprit secourable vous conduira dans la voie droite : Spiritus tuus bonus deducet me in terram rectam (2) ; dans la voie du devoir et de la sainteté qui mène, à travers les épreuves et les difficultés de la vie présente , jusqu'au séjour de la gloire et de la félicité éternelle. Ainsi soit-il.
(1) S. Jean, XIV, 17.
(2) Psaume CXLII, 10.
Mes chers enfants
Au moment où vous allez recevoir par mes mains le sacrement de confirmation, je tiens à vous rappeler la signification du grand acte qui va s'accomplir dans votre âme et auquel vous avez dû vous préparer avec tout le soin dont vous étiez capables.
Nos Livres saints se plaisent à comparer le chrétien à un temple ou à une maison ; et l'apôtre saint Paul, voulant exprimer cette idée sous une forme sensible, disait aux fidèles de son temps : « Vous êtes une construction divine », Dei œdificatio estis (i). Or, voyez ce qui se passe pour une construction quelconque : on commence par poser les fondements, et le plus solidement possible ; puis l'on élève des murs que l'on enduit d'un ciment capable de résister à l'action du temps, aux pluies et à la mauvaise saison. Ces murs se rejoignent au sommet dans un abri qui les recouvre, et l'édifice paraît achevé. Mais non, tout n'est pas dit, tout n'est pas fait, quand le gros œuvre est arrivé à son terme. Pour qu'un bâtiment soit entièrement fini et qu'il puisse remplir sa véritable destination, il faut qu'on y mette la dernière main; il faut qu'on s'applique à l'orner et à l'embellir. Chaque
(i) ire Ép. aux Corinth., III, 9.
pièce reçoit son mobilier ; tout est disposé avec ordre ; rien n'échappe à ce travail d'appropriation qui embrasse les détails comme l'ensemble. Alors seulement la construction est complète et répond à la fin que l'architecte s'était proposée.
Ainsi en est-il de vous, mes chers enfants. Le jour de votre baptême , Dieu posait les fondements de ce temple sacré que vous êtes. La foi, l'espérance et la charité répandues dans votre âme devenaient la base inébranlable sur laquelle devaient s'élever vos vertus. A mesure que vous avanciez en âge, cet édifice s'est consolidé ; la grâce divine était le ciment qui reliait entre elles toutes les parties et les fortifiait contre les attaques de l'esprit mauvais. La parole de Dieu, c'est-à-dire l'enseignement du catéchisme , a développé dans votre esprit l'intelligence des vérités de la religion ; la prière a entretenu en vous le sentiment et le goût de la piété ; les divins sacrements de pénitence et d'eucharistie sont venus communiquer à votre âme une vigueur et une énergie surnaturelles. Bref, la main de Dieu a posé pierre sur pierre dans cette maison qui est la sienne et où il veut habiter pour l'éternité. Il semblerait donc que tout fût achevé dans ce temple auquel le Seigneur travaille depuis dix ou douze ans avec une persévérance qui ne se lasse point. Eh bien, non, mes chers enfants, le divin Architecte va mettre la dernière main à son œuvre ; et il me charge, moi, votre premier pasteur et votre père, de la couronner par les dons célestes dont il m'a fait parmi vous le ministre et le dispensateur.
Et en quoi consiste ce couronnement de l'édifice de votre âme, cette opération divine qui doit vous perfectionner
dans la sainteté? Car, vous le savez, vous l'avez appris au catéchisme : vous étiez devenus chrétiens par l'eau du baptême ; mais le sacrement de confirmation a pour but de faire de vous de parfaits chrétiens, des chrétiens dans le sens plein et entier du mot. Et comment doit s'opérer cet achèvement , cette consommation de l'œuvre divine en vous ? Par l'action de l'Esprit-Saint qui va descendre sur chacun de vous, comme autrefois sur les apôtres, avec l'abondance de ses grâces. Oui, l'Esprit de Dieu remplira cette âme qu'il s'est choisie pour sa demeure ; il la pénétrera de son souffle, il l'inondera de sa lumière, il l'ornera de ses dons. Avec l'avènement de cet hôte céleste, tout prendra une nouvelle forme, chaque vertu recevra son complément. Certes, par le baptême vous étiez entrés en possession de la grâce sanctifiante, qui est demeurée en vous, qui vous a purifiés de vos péchés, qui vous a rendus justes et saints aux yeux du Seigneur; mais le sacrement de confirmation aura pour effet de l'accroître et de l'augmenter. La foi, cette vertu surnaturelle par laquelle nous croyons fermement en Dieu et à toutes les vérités qu'il a révélées et que son Eglise nous propose de croire, cette foi « sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu », elle avait été déposée en vous par l'illumination du baptême; mais éclairée des nouveaux rayons que le Saint- Esprit va jeter sur votre intelligence, elle se montrera plus vive, plus ferme, plus énergique; elle deviendra capable de résister à toutes les attaques de l'erreur et du mensonge, elle se fera supérieure à tous les sentiments d'une fausse honte et d'un faux respect humain. L'espérance, cette vertu surnaturelle qui nous donne une ferme confiance d'obtenir par les mérites de Notre-Seigneur Jésus-Christ la vie éter-
nelle et les moyens d'y arriver ; cette espérance fondée sur la bonté et les promesses de Dieu, elle vivait déjà dans votre jeune âme sous l'influence de la grâce et de la parole du Seigneur ; mais cette espérance, qui est l'appui et le soutien de la vie chrétienne , l'Esprit-Saint que vous allez recevoir l'enracinera davantage dans votre cœur, de telle façon que vous n'estimerez plus les choses de ce monde que ce qu'elles valent, pour tenir les yeux constamment fixés sur l'éternité qui vous attend. La charité, cette vertu surnaturelle par laquelle nous aimons Dieu pour lui-même plus que toutes choses, et notre prochain comme nous-mêmes pour l'amour de Dieu, la divine charité faisait déjà le fond de votre âme éclairée et pénétrée de la vertu d'en haut; mais, par l'opération de l'Esprit-Saint, elle deviendra plus large, plus active, plus ardente ; elle se transformera en dévouement pour vos parents, pour vos frères, pour tous ceux qui vous entourent et qui vivent à côté de vous. En d'autres termes, vous serez confirmés, c'est-à-dire affermis dans la grâce, affermis dans la foi, affermis dans l'espérance, affermis dans la charité, affermis dans la piété, dans la crainte de Dieu, dans tous ces sentiments et dans toutes ces vertus qui assurent le bonheur de la vie présente et qui permettent d'espérer la félicité de la vie future.
Voilà l'effet direct et immédiat du sacrement que je viens vous conférer. Recevez-le donc avec un profond esprit de foi et de reconnaissance envers le Seigneur votre Dieu. Et puis, mes chers enfants, restez fidèles aux résolutions que vous avez prises pendant les jours de préparation qui ont précédé ce grand acte. Je vous disais tout à l'heure avec l'apôtre saint Paul que* votre âme va ressembler à
une construction achevée, parfaite, à laquelle il ne manque plus rien. Tout y en est ordre ; Dieu y a mis la dernière main par le ministère de son Pontife. Conservez-la donc dans l'état de perfection où l'aura constituée la grâce de l'Esprit-Saint. Bannissez d'elle le péché qui en est la ruine, parce qu'il y introduit la souillure et le désordre. Confiez-en la garde à la Sainte Vierge qui veillera sur vous, qui protégera votre innocence, si vous continuez à l'invoquer avec une confiance toute filiale. Soyez toujours soumis à vos bons parents qui sont auprès de vous les représentants de Dieu sur la terre. Ecoutez avec docilité la voix de vos maîtres et de vos maîtresses qui vous instruisent avec tant de zèle et de persévérance. Gravez dans votre cœur les paroles de votre évêque qui vous aime comme ses enfants spirituels , qui n'a pas d'autre préoccupation que celle de votre bonheur, et qui sera heureux de vous retrouver sur ces mêmes lieux dans quelques années d'ici, plus avancés, non seulement en âge, mais aussi en piété, en vertus, parce que vous aurez su profiter de cette effusion des dons de l'Esprit-Saint pour croître en grâce et en sagesse devant Dieu et devant les hommes. Ainsi soit-il.
AUX ENFANTS 2/f7
Mes chers enfants,
Au moment où vous allez recevoir des mains de votre évêque le sacrement de confirmation, je tiens à vous rappeler le sens profond et le caractère élevé de l'acte que vous êtes sur le point d'accomplir.
Il y a quelques mois, vous étiez témoins, dans l'intérieur de vos familles, d'une scène qui n'a pu manquer de vous impressionner. Un jour, votre frère aîné ou bien tel jeune homme du voisinage que vous connaissiez recevait l'ordre de quitter ses parents et ses amis, de laisser ses outils et ses instruments de travail pour se rendre dans une ville qu'on lui désignait. Là, on le revêtait d'un uniforme, on lui mettait en mains des armes, on lui apprenait à s'en servir : il devenait ainsi soldat de la France, avec le devoir et la mission de lutter contre les insulteurs ou les envahisseurs de sa patrie.
Eh bien, quelque chose de semblable se prépare pour vous en ce moment, avec cette différence que tout s'accomplit ici dans l'ordre surnaturel et divin. Je suis venu vous consacrer soldats de Jésus-Christ ; je suis venu vous revêtir d'une armure céleste ; je suis venu vous communiquer l'esprit de votre vocation ; je suis venu vous enrôler sous le drapeau de la foi, dans les rangs de la milice chrétienne, afin que vous soyez désormais en état de
combattre avec succès, sans trêve ni relâche, jusqu'à votre dernier soupir, les ennemis de votre âme.
Oui, les ennemis de votre âme. Car, mes enfants, vous n'êtes pas arrivés à l'âge où vous êtes , sans vous apercevoir que la vie de l'homme, j'entends sa vie spirituelle et morale, est une lutte, la lutte du bien avec le mal. Le saint homme Job l'avait proclamé, il y a quatre mille ans : Militia est vita hominis super terrant (i), « la vie de l'homme sur la terre est un combat continuel ». Vous êtes jeunes encore, vous n'avez fait que quelques pas dans la carrière, et déjà vous avez combattu. Vous avez trouvé des adversaires pour ainsi dire à côté de votre berceau ; et l'on peut répéter de chacun de vous ce que la sainte Écriture disait du jeune David : Hic bellator est ab adolescentia sua (2), « celui-ci a bataillé dès sa plus tendre jeunesse ». Et si, par la grâce de votre baptême, vous avez été préservés jusqu'ici de ces attaques intérieures ou extérieures, il n'est pas moins vrai que vous touchez à l'âge où elles vont surgir inévitablement ; à l'âge où les penchants dépravés de votre nature se dresseront contre la loi de Dieu, où le démon fera tous ses efforts pour vous entraîner dans sa chute, où vous trouverez en face de vous le monde, ennemi de l'Evangile, le monde, c'est-à-dire le mauvais exemple , les mauvais discours , les mauvais camarades, tout ce qui cherche à séduire et à corrompre. Voilà les ennemis qui s'apprêtent à se disputer votre âme, et que vous aurez à combattre jusqu'au terme de votre existence terrestre.
1) Job, vu, 1.
(2) 1er Livre des Rois, xvn, 33.
C'est contre ces ennemis puissants que vous allez recevoir des armes, pour les vaincre et pour triompher. Et quelles sont-elles, mes chers enfants? Ce ne sont pas des armes extérieures ou visibles ; ce n'est pas une épée, un casque, un bouclier, une cuirasse que Ton puisse voir ou manier. Non, l'armure du soldat de Jésus- Christ est tout intérieure, toute spirituelle, toute divine, comme le dit saint Paul : Armaturam Dei (1). Les armes qui vont devenir votre partage dans le sacrement de confirmation, ce sont les dons de l'Esprit-Saint. C'est l'Esprit de Dieu lui-même qui, par une opération toute-puissante et souveraine, vous revêtira de force et d'intelligence, de courage et de sagesse. C'est lui qui vous apprendra à repousser les assauts de l'esprit tentateur ; c'est lui qui vous soutiendra au milieu des périls auxquels votre vertu pourra se trouver exposée. Il affermira votre foi, il touchera votre cœur par l'onction de sa grâce, il communiquera à votre volonté l'énergie nécessaire pour guerroyer avec succès sous les drapeaux de Jésus-Christ.
Car, vous le savez, toute armée reçoit un drapeau qui dirige le soldat au champ de l'honneur et autour duquel on se rallie à l'heure du danger. Quelle est donc cette bannière fièrement arborée en tête de la milice chrétienne ? Ah ! cet étendard est le plus noble et le plus glorieux qu'il
ait ici-bas. Un jour, il y a dix-huit siècles, il apparut sur une montagne de la Judée, empourpré du sang d'un Dieu; et, depuis ce moment-là, il flotte sur le monde comme le drapeau de la vérité, de la justice, de la sainteté et du salut. Ce drapeau, sous lequel vous allez vous enrôler,
(1) Ép. aux Éphés, vi, 11, i3.
25o TROISIÈME ALLOCUTION
c'est la croix. Et c'est pourquoi je vais marquer vos fronts du signe sacré de la croix , afin que vous appreniez à ne pas rougir de votre drapeau, à supporter toutes les peines et tous les affronts plutôt que de lui tourner le dos. Ah ! rougir de son drapeau, déserter son drapeau, perdre son drapeau, c'est pour un soldat, c'est pour une armée le comble de la lâcheté et de l'ignominie. Tel ne sera pas votre sort, mes chers enfants. Vous n'aurez pas honte de la croix de votre Chef; vous resterez fidèles aux préceptes et aux maximes de son Evangile, aux commandements de Dieu et de l'Eglise ; et quoi que l'on dise , quoi que l'on fasse autour de vous, vous n'oublierez jamais que, le jour de votre confirmation, vous vous êtes rangés sous la bannière de Jésus-Christ et que c'est sous cette divine enseigne que vous devez vivre et mourir.
Car, il ne faut pas vous le dissimuler, mes chers enfants, en face de l'étendard de Jésus-Christ, il s'en dresse un autre, qui rallie autour de lui les méchants, les impies, les débauchés : c'est l'étendard de Satan. Ici, sans doute, dans ce petit village où la foi est vive et robuste, vous êtes à l'abri de pareilles attaques. Mais il n'en sera plus de même quand les circonstances vous feront plus tard prendre contact avec les hommes et les choses du dehors. L'esprit de mensonge et de ténèbres revêtira toutes les formes pour vous séduire et vous entraîner au mal. On cherchera à vous circonvenir par des paroles trompeuses, à surprendre votre simplicité, à vous mettre en défiance contre la religion et ses ministres. Rien ne sera épargné pour vous ravir à Jésus-Christ et vous attirer dans le camp ennemi. Mais confirmés, comme vous allez l'être, affermis par l'Esprit-Saint dans la foi, dans la charité, dans
les vertus chrétiennes, vous déjouerez tous ces artifices du démon, vous continuerez à combattre le bon combat avec le bouclier de l'Evangile et le glaive de la parole sainte ; et tous les traits de l'ennemi viendront échouer contre cette armure, que la grâce de Dieu et votre bonne volonté sauront rendre impénétrable.
Oui, j'ai cette douce confiance, mes chers enfants, en vous voyant si pieux, si recueillis, si bien préparés à recevoir les grâces de l'Esprit-Saint. Soldats de Jésus- Christ, vous vous rappellerez toute votre vie les paroles qui vous ont été dites par votre évêque le jour de votre confirmation. Quand vous serez tentés par l'esprit du mal, quand vous aurez à faire des efforts pour conserver votre innocence, quand il vous en coûtera de réprimer les mauvais penchants de votre nature, vous vous rappellerez que « le royaume des cieux souffre violence et qu'il n'y a que les forts qui l'emportent (i). » Telle est la loi du monde. Nous sommes nés pour la lutte ; c'est la lutte qui nous grandit, c'est la lutte qui nous élève, c'est la lutte qui nous glorifie, car « à vaincre sans péril on triomphe sans gloire ». La liberté est la condition du mérite, et le mérite ne s'acquiert qu'au prix d'un combat. Voilà pourquoi la lutte du bien et du mal se déploie sur ce vaste théâtre qui s'appelle l'Univers et se poursuit également dans cette sphère restreinte et limitée qui est nous-mêmes. Mais, si le combat commence avec la vie pour ne finir qu'avec elle, rien n'est plus beau, rien n'est plus fécond, rien n'est plus méritoire que ces batailles où Dieu nous assiste, où les anges nous contemplent, où les saints nous
(i) S. Matth., xi, 12.
encouragent, où l'Eglise nous bénit et où Jésus-Christ, du haut des cieux, nous montre, comme prix et récompense de nos efforts, le repos dans la victoire et le triomphe dans la béatitude éternelle. Ainsi soit-il.
Mes chers enfants,
Avant d'imprimer sur vos fronts le signe de la croix et de vous confirmer dans la vertu par l'onction du saint chrême, je voudrais graver dans votre esprit renseignement qui se rattache au grand acte par lequel vous allez devenir de parfaits chrétiens et être marqués du caractère ineffaçable de soldats de Jésus-Christ.
Vous le savez, c'est le propre des sacrements d'opérer ce qu'ils signifient et de signifier ce qu'ils opèrent. Ce n'est donc pas sans une raison profonde que Notre- Seigneur Jésus-Christ a choisi l'huile et le baume comme signe sensible et efficace de la grâce spéciale attachée à la réception du sacrement de confirmation.
L'huile est, en effet, dans l'ordre extérieur et sensible, un principe de lumière ou de chaleur et un principe de force. Elle sert à éclairer nos pas, elle nourrit et entretient le feu sur lequel on la jette. Or, n'est-ce point là le double résultat que l'Esprit-Saint doit produire en vous? Vous êtes arrivés à un âge où vous avez besoin de lumières pour connaître les desseins de Dieu sur vous, pour vous maintenir dans la voie droite de ses commandements et ne pas vous égarer dans les sentiers du vice où l'esprit de ténèbres voudrait vous conduire. Vous êtes arrivés à un âge où le feu sacré de l'amour divin doit embraser vos
âmes et les remplir d'une noble ardeur pour le bien, pour les choses de Dieu et de la religion. Voilà ce que signifie cette onction extérieure, à laquelle correspond Fonction intérieure par laquelle TEsprit-Saint éclaire l'intelligence, touche et réchauffe le cœur.
Mais, dans Tordre extérieur et sensible, l'huile est également un principe de force, soit qu'on l'emploie comme aliment, soit qu'on s'en serve pour communiquer au corps de la vigueur et de la souplesse. Jadis, dans l'antiquité, quand les athlètes se préparaient à des joutes glorieuses, on répandait de l'huile sur leurs membres ; et cette friction bienfaisante les rendait plus agiles, plus dispos, plus flexibles, en leur donnant plus de facilité à se mouvoir et à se plier. Eh bien, vous aussi, mes chers enfants, vous allez descendre dans la lice, pour y combattre les ennemis de votre âme. Soldats de Jésus-Christ, vous devrez lutter contre vous-mêmes, contre l'enfer et le monde, c'est-à-dire contre les penchants déréglés de la nature, contre le mauvais exemple, contre les tentations qui peuvent surgir du dedans comme du dehors, en un mot, contre le péché sous quelque forme qu'il se présente. Voilà pourquoi l'huile sainte va couler sur votre front, afin que, par l'onction de sa grâce, le Saint-Esprit vous communique le don de force, le pouvoir de soutenir le bon combat jusqu'à la fin de votre vie.
C'est encore avec l'huile que l'on consacre les rois, les prophètes, les prêtres, les pontifes. Eh bien, ce jour est aussi celui de votre sacre, de votre investiture militaire. Oui, votre corps et votre âme vont être voués au service de Dieu. Vous serez rois de vous-mêmes ; vous acquerrez par la grâce de Dieu la souveraineté sur vos sens, sur
les instincts inférieurs de votre nature, suivant cette parole que Dieu disait au fils du premier homme : Sub te erit appetitus, et tu dominaberis illius (i) ; « tes appétits seront sous toi, et tu les domineras. » C'est avec l'huile, enfin, que Ton consacre les églises et les autels. Or, qu'est-ce que votre âme sinon un temple où Dieu se plaît à habiter, dont il veut faire sa demeure de choix et de prédilection? Qu'est-ce que votre cœur, sinon un autel, d'où l'encens de la prière doit s'élever vers les tabernacles éternels? C'est pourquoi le Pontife consécrateur s'apprête à marquer de l'huile sainte ce temple, cet autel, afin que rien d'impur ne vienne les souiller, mais qu'ils demeurent un lieu saint, une chose sacrée qui ne puisse plus perdre ce caractère auguste que la grâce divine leur imprime.
Vous voyez, mes chers enfants, ce qu'il y a de solennel et d'élevé dans le rite mystérieux de la confirmation. Et pourtant là ne se borne pas l'effet que produit l'action du pontife. Car, à côté de cette huile mystérieuse qui signifie de si grandes choses, il y a le baume salutaire qui s'y trouve mélangé : le baume qui adoucit, qui calme, qui guérit, qui exhale un parfum suave. Or ce sont là autant d'opérations qui accompagnent et qui suivent l'onction du saint chrême. Elle adoucira ce qu'il y a parfois d'amer dans la pratique du devoir ; elle calmera vos passions naissantes, elle guérira les blessures dont le péché peut avoir ensanglanté votre cœur ; elle parfumera votre jeune âme en lui faisant répandre ce que saint
(i) Genèse, iv, 7.
Paul appelle « la bonne odeur de Jésus-Christ (i) », c'està-dire l'aimable influence des vertus chrétiennes. Car, à partir du moment de votre confirmation, vous devrez édifier tous ceux qui vous entourent par votre modestie, par votre piété, par votre soumission envers ceux qui ont la charge de vous commander, par le soin que vous mettrez à veiller sur vos sens, à vous tenir éloignés des occasions du mal et à fuir tout ce qui pourrait ternir la pureté de votre cœur. Et ces résultats que chacun aura la joie de remarquer en vous ne se borneront pas, je l'espère, à un jour, ni à une semaine ; car l'onction de l'Esprit-Saint va vous consacrer au Seigneur pour le temps et pour l'éternité.
Pénétrez-vous donc en ce moment de la haute signification et de l'importance du grand acte qui va s'accomplir dans votre âme. Soyez bien attentifs, bien recueillis pendant toute la cérémonie, et ramassez toute la foi dont vous êtes capables pour recevoir l'Esprit-Saint avec l'abondance de ses dons et la plénitude de ses grâces. Puissiezvous être heureux dans tout le cours de votre vie et profiter des courtes années que nous passons sur la terre pour assurer votre bonheur ! C'est le vœu ardent de mon cœur, c'est le souhait que forme pour vous votre évêque et votre père en Dieu, au moment où, par l'imposition des mains et l'onction du saint chrême, il va confirmer votre âme dans la foi, dans la grâce et dans la divine charité.
(1) 2e Ép. aux Corinth., n, i5.
Mes Chers Enfants,
Au moment où l'Esprit-Saint va descendre sur vous, en vertu de l'imposition des mains et de Fonction du saint chrême, il m'a paru convenable et utile de vous rappeler deux circonstances du récit évangélique qui me semblent indiquer merveilleusement les effets du sacrement de confirmation.
Les saintes Écritures nous apprennent qu'à l'instant même où Notre-Seigneur Jésus-Christ eut reçu le baptême dans les eaux du Jourdain, l'Esprit-Saint descendit sur lui sous forme de colombe. Or, vous le savez, la colombe est l'emblème de l'innocence. Cette action symbolique voulait donc signifier l'ineffable pureté qui, dans l'humanité sainte de Notre-Seigneur, résultait d'une effusion mystérieuse des dons de l'Esprit-Saint. Eh bien ! n'est-ce pas un effet analogue que produira dans vos cœurs l'auguste sacrement que l'Eglise vous confère en ce jour? Oui, l'Esprit-Saint va descendre sur vous, non pas, comme autrefois, sous la forme extérieure et visible de la colombe, mais pour répandre dans votre âme les vertus dont cette douce créature est l'image, c'est-à-dire la chasteté, la candeur, la simplicité, toutes ces vertus qui sont le plus bel ornement du jeune homme et de la
jeune fille, leur céleste parure, leur mérite devant Dieu et devant les hommes.
Ah ! puissiez-vous comprendre, mes chers enfants, de quel prix est cette beauté de colombe dont l'Esprit-Saint veut revêtir votre jeune âme et qui consiste dans l'innocence du cœur! Non, rien n'est plus aimable, rien n'est plus séduisant que l'homme qui a su embaumer sa jeunesse de ce parfum de vertu qu'on appelle la chasteté ; qui n'a laissé tomber à terre aucune des perles de sa couronne virginale ; qui a vu passer l'orage des passions sur son âme tranquille et forte ; qui est là, sous l'œil de Dieu, comme le roc battu par la tempête que les flots blanchissent de leur écume sans pouvoir en ébranler la base. Quoi de plus semblable à la divinité, disait saint Grégoire de Nazianze en prononçant l'oraison funèbre de Pulchérie, la jeune fille de l'empereur Théodose ? Et quand je cherche la plus haute manifestation de Dieu sur la terre, je ne m'adresse ni à la science, ni au génie, ni au pouvoir ; je laisse derrière moi toutes ces choses, les plus grandes que Dieu ait faites : je la cherche et je la trouve sur le front et dans le cœur de l'homme pur.
Mais aussi le démon, qui n'ignore pas le prix de cet incomparable éclat, multipliera tous ses efforts pour vous en dépouiller. Heureux s'il peut découronner cette innocence première, défigurer cette beauté d'ange, inoculer son venin à une âme si pleine de vie et de santé divines. A cet effet, il emploie toutes les ruses : il prend la forme du mauvais livre ou du mauvais journal qui distille son poison goutte à goutte dans la solitude de la pensée ; il prend la forme du mauvais camarade, dont la perversion se cache
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sous le voile de l'intimité ; il prend la forme du mauvais exemple, dont la contagion gagne et s'insinue de proche en proche. Hélas ! pourquoi ne pas vous le dire? C'est à l'âge où vous êtes que le démon s'ingénie le plus à vous ravir l'amour de Jésus-Christ. Comme cet insecte malfaisant, qui s'attaque de préférence aux plus jeunes plantes, aux fleurs les plus délicates, le vice cherche à se glisser dans un cœur encore ouvert à toutes les impressions. Voilà pourquoi l'Esprit-Saint, cette colombe céleste, va descendre sur vos fronts pour fortifier en vous le goût et l'attrait de la vertu. Aidé de son secours, vous n'aurez rien à craindre de l'esprit tentateur, pourvu toutefois que vous veilliez sur vos sens, que vous gardiez avec soin toutes les avenues de votre âme, que vous évitiez les occasions périlleuses, et que vous ne laissiez pas la poussière du inonde se déposer sur le vêtement d'honneur que vous avez reçu de Dieu ; car, vous le savez bien, quand l'orage éclate, si mince que soit la poussière, elle devient facilement de la boue. Il faut donc que vous travailliez avec ardeur à sauvegarder votre innocence ; or, c'est là un deuxième résultat du sacrement de confirmation.
Il est dit, en effet, dans le Nouveau Testament, que l'Esprit-Saint qui était descendu sur Jésus-Christ sous la figure d'une colombe vint reposer sur les apôtres, le jour de la Pentecôte, sous forme de langue de feu. Or, le feu matériel est le symbole de l'ardeur, du courage, de l'énergie, qui pousse en avant, qui transporte, qui enflamme. Aussi, voyez les apôtres : quelle transformation le feu divin n'a-t-il pas opérée dans leur âme? Ce qui éclate dans leur conduite avant ce jour mémorable, c'est leur faiblesse et leur timidité. Ils n'osent pas affronter la
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colère de leurs ennemis ; à l'heure du danger, ils s'enfuient, ils abandonnent leur maître ; le plus intrépide d'entre eux le renie trois fois. Après la mort de Jésus-Christ, ils craignent de paraître en public, ils se renferment dans un cénacle, ils se cachent. Mais, à partir du moment où le feu divin est venu embraser leurs cœurs, ce sont des hommes nouveaux. Eux, naguère si hésitants, si pusillanimes, les voilà qui prêchent ouvertement et sans crainte ce qu'ils ont vu et entendu. Ils portent devant les tribunaux de la terre un cœur ferme et une âme non troublée. Poussant leur courage jusqu'à l'héroïsme, ils s'élancent à la conquête du monde : rien ne les arrête, rien ne les effraie ; dorénavant, ils oublient la fatigue, ils bravent la souffrance, ils méprisent les supplices et la mort. Voilà ce que l'effusion de l'Esprit-Saint a fait de ces hommes, la veille encore si irrésolus, si craintifs. Le même prodige s'accomplira pour vous, mes chers enfants : on vous verra désormais décidés à combattre jusqu'au bout les ennemis de votre salut et à remporter la victoire sur vous-mêmes, sur l'enfer et sur le monde. Oui, à partir du jour de votre confirmation, on devra remarquer en vous plus d'ardeur au travail, à la prière, aux exercices de piété ; plus de fermeté à surmonter vos défauts dominants ; une vigilance plus active sur vous-mêmes, une application plus constante à éviter et à fuir tout ce qui pourrait ternir la pureté de votre âme. Vous n'aurez pas devant vous, comme les apôtres, les édits des César, ni la flamme des bûchers, ni le glaive des persécuteurs. Mais d'autres adversaires vous attendent dans la lice. Car la vertu ne s'acquiert qu'à prix d'efforts, elle ne se conserve que par un sacrifice perpétuel. Il en coûte de dompter sa volonté, de l'enchaîner au devoir, de
réprimer ses sens, de réduire toute son existence sous l'empire de la loi divine. Courage, mes chers enfants! Profitez des grâces qui vont devenir votre partage ; ouvrez votre cœur à la vertu d'en haut, et vous conserverez l'innocence de la colombe sous le feu divin qui remplira votre âme ; et la descente de l'Esprit-Saint , en vous purifiant et en vous fortifiant pour la vie présente, vous préparera au bonheur éternel que je vous souhaite à tous. Ainsi soit-il.
Mes chers enfants,
Vous voyez journellement des vaisseaux remonter et descendre le fleuve sur les bords duquel vous êtes nés. Eh bien, c'est là une image fidèle de la vie humaine. Regardez comme la Loire emporte les navires qui s'abandonnent à ses flots. C'est ainsi que, de jour en jour et d'année en année, le temps nous entraîne vers l'éternité. Impossible de nous arrêter : un courant irrésistible nous pousse en avant jusqu'au terme final où nous devrons atteindre, c'est-à-dire à Dieu, de qui nous venons et vers qui nous allons tous.
Mais pour arriver à Dieu, c'est-à-dire à la gloire et au bonheur éternel, il faut prendre une voie sûre. On est exposé à se noyer au milieu d'un fleuve : il y a là des bancs de sable contre lesquels une barque peut échouer, des pointes de rochers qu'il importe de savoir éviter en côtoyant les balises plantées par une longue expérience. Ainsi en est-il de nous-mêmes. Les fausses maximes du monde, ses séductions et ses mauvais exemples sont comme autant d'écueils contre lesquels l'innocence et la vertu risquent de venir se briser. On y échappe, en suivant la voie droite des commandements de Dieu et des préceptes
(i) Prononcée à SavenniAres.
de l'Église : voilà pourquoi l'on vous a enseigné vos devoirs au catéchisme, et l'on vous a instruits avec soin dans la doctrine chrétienne. En restant fidèles aux leçons que vous avez reçues dans votre enfance, vous parcourrez sans trop d'obstacles le chemin de la vie, pour arriver heureusement au port du salut.
Et encore ne suffit-il pas pour un navire de suivre la bonne route, à travers les bancs de sable et les écueils qu'il rencontre de distance en distance. Il faut de plus que des pilotes et des mariniers expérimentés tiennent le gouvernail et manient les rames, pour empêcher cette frêle embarcation d'être submergée par les eaux. Voilà pourquoi Dieu a confié la direction de vos âmes aux prêtres qui ont charge de vous conduire dans le chemin de la vertu et de la sainteté. Ils vous ont baptisés, ils ont absous vos premières fautes, ils vous ont fait faire votre première communion, ils vous amènent aujourd'hui au pied de l'autel où vous devrez recevoir les dons et les grâces de l'Esprit-Saint. Ne cessez pas de recourir, toute votre vie, à vos guides, à vos pères spirituels, et vous éviterez les tristes naufrages où sont venus s'engloutir la foi, la vertu, l'avenir éternel de tant d'âmes qui ont cessé d'obéir à la voix de ceux que Dieu avait proposés à leur garde et à leur direction.
Sans doute, mes chers enfants, et beaucoup d'entre vous en ont déjà fait l'expérience, il en est des passions mauvaises comme des flots et des vagues qui assaillent un navire, l'agitent et le ballottent. Les tentations du démon et du monde, de même que celles qui surgissent de notre propre cœur, sont autant de tempêtes qui se déchaînent contre l'âme et cherchent à la bouleverser de fond en
comble. Mais il appartient à Dieu de commander aux vents et de calmer la tempête. A ces mouvements impétueux soulevés par l'esprit du mal, il fait succéder l'action bienfaisante de sa grâce, le souffle de son Esprit, qui règle, dirige et modère le cours de nos pensées et de nos sentiments, comme un vent favorable enfle la voile d'un navire et le mène à sa destination sans secousse et sans choc violent. C'est à cette impulsion d'en haut que vous obéirez désormais, après avoir reçu, avec le sacrement de confirmation, les secours de l'Esprit-Saint, principe de toute lumière et de toute énergie pour le bien.
Et enfin , si les passions mauvaises , ces rafales de l'âme, devaient mettre en péril votre innocence et votre vertu, vous savez, chers enfants, où le chrétien a coutume de chercher sa force et son appui. Lorsqu'une barque est sur le point de chavirer, il lui reste toujours une ressource suprême, celle de jeter l'ancre sur le rivage le plus proche. Eh bien, nous aussi, nous avons toujours notre ancre de salut : c'est l'espérance des biens célestes qui nous attendent après cette vie. On a dit avec raison que cet instrument précieux au nautonier est le symbole de l'espérance ; car c'est l'espérance des réalités d'outretombe qui nous retient, qui nous enchaîne au devoir, qui nous fixe dans le service de Dieu, qui nous empêche de flotter à l'aventure comme un vaisseau qui aurait perdu toutes ses ancres. Si la pensée du ciel reste présente à votre esprit, vous êtes sauvés. Alors vous ne vous attacherez pas à ce monde qui passe, mais vous travaillerez pour l'éternité qui demeure. Que sont devenus vos aïeuls, vos grands-pères, tous ceux qui vous ont précédés dans cette vie? Us sont sur l'autre rivage, où vous
arriverez à votre tour, ceux-ci un peu plus tôt, ceux-là un peu plus tard, mais tous à l'heure qu'il plaît à Dieu. L'essentiel, c'est que vous soyez fidèles à vos bonnes résolutions, que vous avanciez de jour en jour dans la piété, dans la dévotion et dans la crainte de Dieu, de manière à grossir le trésor de mérites que vous devrez amasser pour la solennelle distribution des récompenses. Voilà des réflexions bien sérieuses, mes chers enfants ; mais vous êtes parvenus à un âge où il vous faut commencer à raisonner en hommes, et à vous convaincre que nous sommes sur cette terre pour connaître Dieu, pour l'aimer, pour le servir et pour mériter de la sorte l'éternelle félicité. Gravez ces vérités dans votre cœur, en ce jour de votre confirmation, dont le souvenir devra rester présent à votre esprit pendant toute votre vie. Car c'est en ce moment auguste que l'Esprit-Saint va descendre sur vous afin de vous revêtir de force et d'intelligence, de courage et de sagesse pour le reste de votre carrière. Ah ! daigne la Sainte Vierge, Notre-Dame de Béhuard, dont la protection s'étend tout particulièrement sur cette contrée, daigne la Vierge Marie, votre patronne et votre Mère, solliciter pour vous tous et obtenir de son divin Fils, Notre-Seigneur Jésus-Christ, que ce jour soit réellement pour vous un jour de grâces et de bénédictions ! Ainsi soit-il !