AUX RELIGIEUSES
savoir si l'heure n'est pas venue de couronner tant de mérites et de services, en faisant reluire au front de ce grand homme l'auréole du Docteur et du Père de l'Église ! Quel honneur, mes chères sœurs, et quelle consolation pour vous qui êtes les filles spirituelles du saint évêque de Genève ! Et cependant je ne crains pas d'affirmer que votre pieux Institut ne reçoit pas un moindre éclat de cette femme forte que vous vénérez comme votre mère selon l'esprit. Il semble que Dieu ait voulu offrir dans une seule vie un exemple à tous les âges et à toutes les conditions. Jeune fille, Françoise de Chantai s'élève au-dessus des frivolités du monde par le sérieux et la gravité d'une foi vraiment virile, qui ne se laisse pas plus troubler par les sophismes de l'hérésie que par les séductions du vice. Epouse chrétienne, elle s'applique constamment à faire régner Jésus-Christ dans l'intérieur de la famille ; après le foyer domestique, il n'est pas de maison dont elle connaisse mieux le chemin que le temple de Dieu et la demeure du pauvre : l'église où s'alimente sa piété, et l'humble réduit où s'exerce sa charité. Veuve et isolée au milieu du monde, elle partage son temps entre le travail et la prière, également appliquée à l'oraison et aux œuvres du dévouement, sans que jamais son activité extérieure nuise en rien à son recueillement. Et enfin, unie à Dieu plus étroitement encore par les liens de la vie religieuse, elle s'efface derrière ses compagnes avec la même ardeur qu'elle met à les dépasser par les austérités de sa pénitence. C'est ainsi qu'il a plu au Seigneur de faire briller en elle, sous les aspects les plus variés et dans les situations les plus diverses, l'image de la perfection chrétienne.