DE LA VISITATION D'ANGERS
Car c'est là le côté saillant et comme le trait caractéristique de cette grande vie : le désir ardent et continu de la perfection. Vous le savez, elle s'était obligée par un vœu à faire en toutes choses ce qui lui semblait le plus parfait. C'est en restant fidèle à cet engagement qu'elle est parvenue à une si haute sainteté. Assurément, il n'est pas donné à tous de prendre de ces résolutions héroïques, qui sont le fruit d'une inspiration particulière de la grâce. Mais il a été dit à chacun de nous : « Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait (1). » Tendre à la perfection, c'est le devoir de chaque chrétien et le but assigné à ses efforts. Or, qu'est-ce que tendre à la perfection ? C'est ne jamais s'arrêter dans les voies de la vertu, mais aller de progrès en progrès sur le chemin de la sainteté. Car la vie humaine doit être une ascension continuelle vers la patrie d'en haut. Notre-Seigneur Jésus- Christ compare le royaume du ciel à une cité placée sur la montagne : civitas supra montem posita (2). Pour y atteindre, il faut monter, monter encore, monter toujours, c'est-à- dire nous rapprocher sans cesse de Dieu par une foi plus vive, une charité plus ardente, un détachement plus complet des choses d'ici-bas. Ainsi marcherons-nous « de vertu en vertu », comme disait le psalmiste, de virtute in virtutem (3J, sans nous arrêter jamais ni nous laisser rebuter par les difficultés de la route, jusqu'au sommet de cette montagne sainte où finit l'épreuve et où commence la béatitude.
(1) S. Mathieu, v, 48.
(2) Ibid., i4-
(3) Psaume LXXXIII, 8.