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POUR UNE CÉRÉMONIE DE VÊTURE

Mes Chères Filles

La prise d'habit est le premier pas dans la vie religieuse, et ce premier pas, vous le faites aujourd'hui. Par cette cérémonie, d'un sens si élevé et si profond, l'Eglise a voulu indiquer que, une fois arrivée au seuil du noviciat, l'âme qui se croit appelée à la perfection monastique doit se dépouiller du vieil homme et se revêtir de l'homme nouveau « qui a été créé dans la justice et dans la vraie sainteté » , qui creatus est in justifia et sanctitate veritatis (i). Ce changement d'habit nous apparaît

(i) Épitre aux Ephés., iv, 24.

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constamment, dans l'Ecriture sainte, comme le symbole de la rénovation intérieure et spirituelle. Quand le patriarche Jacob monta vers Béthel pour y ériger un autel au Dieu vivant, il dit à toute sa suite : « Purifiezvous et prenez d'autres vêtements » ; mundamini ac mutate vestimenta vestra (i). Quand le lévite de l'ancienne alliance allait être consacré au service de Dieu, « il devait se dépouiller de l'habit qu'il portait jusqu'alors et en revêtir un nouveau », spoliabitur prioribus vestimentis

indutusque aliis (2) Et pourquoi, mes chères filles,

ce changement de costume, à l'entrée d'une vie plus sainte et désormais toute vouée à Dieu? C'était pour signifier la transformation mystérieuse opérée dans cette âme dont « le Seigneur serait à jamais la portion et l'héritage », Dominus pars hœreditatis meœ et calicis mei (3).

Ainsi doit-il en être de vous, mes chères Filles, au moment où vous allez quitter les vêtements du monde, pour adopter l'habit de votre séraphique Père saint François d'Assise. Car vous auriez peu de mérites à vous revêtir de la livrée du saint patriarche, si vous ne preniez également son esprit. Or, l'esprit de saint François est, avant tout, un esprit de pauvreté, d'humilité, de renoncement à soi-même et aux vains plaisirs du siècle. Il avait compris cette parole du Sauveur : « Bienheureux les pauvres selon l'esprit, parce que le royaume des cieux

(1) Genèse, xxxv, 2.

(2) Lévitique, vi, 11.

(3) Psaume XV, 5.

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est à eux (i). » Voilà pourquoi il appelait la pauvreté son épouse, sa sœur. Voilà pourquoi, après avoir repoussé volontairement tous les biens de ce monde, il s'estimait heureux de pouvoir dire avec plus de vérité encore que par le passé : « Notre Père qui êtes aux cieux ! » Et ne croyez pas qu'il y ait de la bassesse dans ce sentiment qui portait saint François à se mettre aux pieds des autres ; c'est précisément en cela que se vérifie la parole du Sauveur : « Quiconque s'humilie sera exalté » ; qui se humiliaverit exaltabitur (2). En vous humiliant donc à l'exemple de votre admirable modèle, vous grandissez avec lui, vous vous élevez à une hauteur où n'atteignent pas les dignités de la terre.

Et parce que l'esprit de saint François est un esprit de pauvreté et d'humilité, il est également un esprit de charité et de dévouement. Eg-aré par de fausses préventions, le monde s'imagine volontiers que l'on entre dans la vie religieuse par un motif d'égoïsme, pour se soustraire aux devoirs de la société et aux charges du foyer domestique. Or, c'est précisément le contraire qui est le vrai. L'on se revêt de l'habit monastique, pour mieux se dévouer, pour se mettre davantage, et avec plus de facilité, au service d'autrui. Aussi les héros de la pénitence et de la mortification ont-ils été les créateurs des plus grandes œuvres qui se soient accomplies ici-bas. Sans parler de saint François d'Assise, le père et le fondateur de cette légion d'apôtres qui ont évangélisé le monde , voyez

(1) S. Matthieu, 5, 3.

(2) Ibid.y xxiii, 12.

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saint Dominique, saint Ignace de Loyola, saint Vincent

de Paul Quelle activité et quelles entreprises! Et je

n'en suis pas étonné. Écoutez l'Évangile : « Si le grain de blé qu'on jette en terre ne commence par mourir, il demeure seul ; mais quand il est mort , il se met à porter le fruit de sa fécondité (i). » Ainsi en sera-t-il de vous, mes chères filles. Devenir les mères spirituelles des petites orphelines, c'est-à-dire de ce qu'il y a de plus pauvre et de plus délaissé dans le monde ; vous dépenser, du matin au soir, pour l'éducation de l'enfance chrétienne ; prêter le concours de votre zèle aux prédicateurs de l'Évangile dans les missions lointaines, s'il plaît à Dieu ; et, en attendant, prier pour ceux qui ne prient pas, former à la sainte eucharistie une garde d'honneur et une cour royale, telles seront les occupations de votre vie, pleine de mérites devant Dieu et devant les hommes.

Ah! sans doute, pour remplir cette haute fonction, il faut dire adieu au monde, à ses plaisirs et à ses amusements frivoles. Et voilà pourquoi l'habit religieux est un habit de deuil : stola luctus (2), suivant l'expression de la sainte Ecriture ; mais ne puis-je l'appeler aussi un vêtement de joie : vestimentum lœtitiœ (3), suivant un autre mot de nos Livres sacrés? Car, en échange de ces fausses délectations que suivent la tristesse et le remords, Dieu vous donnera, mes chères Filles, la douce tranquillité de l'âme, la paix d'une conscience pure, images de l'immuable félicité. C'est ce qui fait que ce jour de votre

(1) S. Jean, xii, 24.

(2) Baruch, v, 1.

(3) Judith, xvi, 9.

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vêture est un jour d'allégresse pour tous : pour vos parents d'abord qui doivent s'estimer heureux d'avoir pu consacrer un de leurs enfants au service du Très-Haut ; car les mérites de votre sacrifice rejailliront sur tous vos proches ; ils leur seront comptés pour le temps et pour l'éternité. C'est une source de bénédictions pour une famille, que cette offrande, que cette oblation d'un de ses membres au Dieu de toute bonté et de toute miséricorde. Mais ce jour doit particulièrement vous paraître aimable, à vous , mes chères Filles , qui avez été choisies parmi tant d'autres pour embrasser l'état de la perfection religieuse. Rendez-en grâces à Notre-Seigneur Jésus-Christ, le divin Epoux de vos âmes. Témoignez-lui votre reconnaissance, en profitant des exercices de votre noviciat, pour avancer de jour en jour dans les voies de la sainteté. Et alors, après ce temps d'épreuve, après cet apprentissage du cloître, vous mériterez d'être définitivement admises parmi les vierges du Seigneur, pour partager avec elles le bonheur de la vie présente et les félicités de la vie future, que je vous souhaite, au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il !

ALLOCUTION

PRONONCEE

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