‹ Sermons inédits de Bergier. --Chapitre 14 sur 17 · AUTRE DESSEIN · texte numérisé non relu

AUTRE DESSEIN

Erat in desertis usquc in diem ostensionis suœ ad Israël.

Saint Donat, dans sa retraite et dans sa vie publique, mod èle d'une conduite chrétienne.

1. Saint Donat renonce aux grandeurs et aux plaisirs du monde qu'il aurait pu trouver dans sa famille. — 2. 11 se réduit au silence, à la retraite, à la prière, à l'étude.

1. Naissance miraculeuse de saint Donat. La naissance d'un lils est souvent un motif d'ambition dans les familles mondaines. Couragd de Flavia. Vraie grandeur est dans la piété. Folle tendresse aveugle les parents sur la faiblesse et la délicatesse des enfants : ils ne veulent ni les corriger, ni souffrir qu'on les corrige. La maison paternelle devrait être une école de vertu. — 2. Docilité de saint Donat à suivre la vocation de Dieu et la volonté de ses parents : Quis, putas, puer is/e erit? Bonheur d'être vertueux dès l'enfance; vices du bas âge ne se changent presque jamais : Àdolescens juxfa viam suam ambulant, ossa ejus implebuntur vltiis adolescentiœ ejus. Jeunes gens, vos amis sont ceux qui vous reprennent ; vous êtes vous-mêmes vos ennemis. Vos années passeront.

Exemple de saint Donat est pour tous. Nécessité de fuir le monde. De mundo non e.stis. Elegi vos de mundo. Odit vos mundus. Vœ mundo a scandalis. Voila ce qui a peuplé les solitudes. Le monde est toujours le même. Qu'y faut-il donc faire : Tanquam nonutantur:y être avec crainte, avec vigilance, avec horreur de ses vices ; s'y faire une retraite. Cela

est diificile; mais Dieu le veut, notre repos même en dépend. Les saints se trouvaient heureux dans la solitude. Ils n'en sont sortis, comme saint Donat, que par l'ordre de Dieu.

Trois vertus principales ont rendu admirable la vie publique de saint Donat : 1° La mortification : il l'a fait paraître dans toute la modestie de son extérieur, dans la simplicité et l'austérité de sa vie. Etre parvenu aux grandeurs, et surtout y être parvenu sans ambition, par son seul mérite, est une tentation d'orgueil bien pardonnable. Saint Donat fut aussi humble sur le trône épiscopal que dans son cloitre. Il fut aussi mortifié au milieu de l'abondance où il pouvait vivre. L'ambition et l'orgueil percent jusque dans les plus basses conditions et se nourrissent par les plus petits objets. La sensualité même y règne quelquefois.

2" Le zèle pour les travaux apostoliques et le règlement de son diocèse : vigilance, assiduité, fermeté ; grandes entreprises dont la mémoire subsiste encore. Ainsi chacun est obligé de travailler, de régler sa maison, de se faire violence dans son état.

3° Courage au milieu des contradictions : tous les Saints en ont eu. Une vertu faible se décourage : ainsi le moindre obstacle nous rebute et nous fait perdre cœur ; les moindres croix nous dégoûtent de notre état.

Ce n'est donc point précisément la sainteté de l'état qui a sanctifié saint Donat : avec ses vertus il eût été saint partout. Ainsi nous pouvons nous sanctifier chacun dans notre vocation.

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Desiderio desideravi hoc pascha manducare vobiscum.

« J'ai désiré ardemment de manger cette pàque » avec vous. » Luc, xxii, 15.

Pourquoi donc ce grand empressement qu'avait Jésus-Christ de manger la pâque avec ses disciples, et quelle est celte pàque qu'il désirait si ardemment de faire avec eux? Etail-ce seulement de manger cet agneau que les Juifs immolaient en mémoire de leur sortie miraculeuse de l'Egypte? Non, sans doute : Jésus-Christ était sur le point d'abolir cette cérémonie, pour lui en substituer une infiniment plus excellente. C'était donc principalement d'instituer le sacrement auguste de son Corps et de son Sang, et de se donner lui-même

(1) Prêché à la Madeleine, à Paris, en i"48.

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pour la nourriture spirituelle de nos âmes. Vous venez, mes chers Enfants, d'être admis au même bonheur que ces heureux disciples; Jésus-Christ vous dit maintenant au fond du cœur comme à eux, qu'il a désiré ardemment de faire cette pâque avec vous : Desiderio desideravi hoc pascha manducare vobiscum. Pouvez-vous vous flatter d'avoir assez répondu aux empressements de ce divin Sauveur? sentezvous dans votre âme toute la reconnaissance qu'exige un si grand bienfait?

Nous avons tout lieu de le présumer, Seigneur; vous avez trouvé dans cette pieuse jeunesse des cœurs tels que vous les désirez, des cœurs où régnent encore une aimable simplicité, une heureuse innocence, des cœurs empressés de vous posséder, pénétrés de respect, d'amour, de reconnaissance pour la faveur inestimable dont vous les comblez en ce jour. Quelle joie pour votre Eglise de voir ce peuple naissant admis à votre festin délicieux, et rassasié de l'abondance de votre maison ! Ainsi vous accomplissez les promesses que vous lui avez faites de lui accorder dans tous les temps une nombreuse postérité, et la consolation de voir ses enfants, semblables à de jeunes plants d'oliviers, entourer la table de leur père : Filii lui sicul novellœ olivarum in circuilu mensœ tuœ. Ils sont les plus chers objets de sa tendresse et de ses espérances ; c'est de ce qu'ils seront un jour que dépendent son éclat et sa gloire. Aussi n'a-t-elle point de

soin plus empressé que de vous former en eux de fidèles adorateurs, el de leur inspirer l'amour et la reconnaissance qu'ils vous doivent.

C'est pour augmenter encore de si saintes dispositions, que je vais tâcher, mes chers Enfants, de vous faire comprendre la grandeur du bienfait que vous avez reçu, et de vous inspirer les sentiments qu'il exige de votre part. Voici donc les deux objets que je me propose dans les deux parties de ce discours. Dans la première, de vous faire sentir l'excellence du don que Jésus-Christ vous a fait en se donnant à vous dans la sainte Communion. Dans la seconde, de vous apprendre comment vous devez lui en témoigner votre reconnaissance. En deux mots , ce que Jésus-Christ fait aujourd'hui pour vous, ce que vous devez faire pour lui : c'est tout le sujet de ce discours.

Ne perdez rien, mes chers Infants, de cette dernière instruction, gravez profondément dans votre esprit des avis dont vous devez Faire usage le reste de votre vie ; et vous, mes Frères, n'oubliez pas, je vous prie, que je parle ici particulièrement pour des enfants, et que, pour mettre ce discours à leur portée, je ne puis le rendre trop simple, trop familier. N'en soyez cependant pas moins attentifs à ce que j'ai à leur dire : les vérités de notre religion, de quelque manière qu'on les traite, ne perdent rien de leur grandeur et de leur importance. Demandez pour ces enfants et pour moi le secours du Ciel par

l'intercession de celle qui en est la Reine. Ave, Maria.

Ier POINT.

On vous Ta souvent répété, mes chers Enfants, que l'institution de l'Eucharistie était la plus grande marque d'amour que Jésus-Christ pouvait nousdonner. C'est ce que nous témoigne l'évangéliste saint Jean, lorsqu'avant de rapporter la dernière cène que le Sauveur fit avec ses Apôtres, il fait cette remarque, que Jésus-Christ ayant toujours aimé les siens, les aima surtout sur la fin de sa vie : Cùm dilexisset suos qui erant in mundo, in finem dilexit eos (1); parce que ce fut dans cette dernière cène qu'il institua le sacrement adorable de son Corps et de son Sang. En effet, point de preuve plus sensible d'un grand amour que des grands bienfaits ; et on juge du prix de ceux-ci non-seulement par leur valeur, mais encore par la manière tendre et prévenante dont ils sont accordés. Or, à examiner l'Eucharistie sous ces deux titres, Jésus-Christ pouvait-il nous faire un présent plus digne de lui? Non, répond hardiment saint Augustin, Dieu avec sa toute-puissance n'avait rien de plus précieux à nous donner : Cùm sit potentissimus , majus dare non habuit. Dieu, tout sage qu'il est, ne pouvait nous le donner d'une ma-

(1) Joan. xiii, 4.

l'OL'R LA PUEMlÈBE COMMUBlOIf. 433

nière plus admirable : Cùmsit sapientissimus , melius dare non potnit.

Pour vous en convaincre, je ne veux, mes chers Enfants, que vous rappeler les principes qu'on vous a appris avec tant de soin. C'est une vérité de notre foi, vous le savez, que dans le saint Sacrement de l'autel, sous les apparences du pain et du vin, sont contenus le Corps, le Sang, l'Ame et la Divinité de notre Seigneur Jésus-Christ ; que nous recevons dans la Communion le même Corps qui est né de la vierge Marie , le même qui a été attaché à la Croix et enseveli dans le tombeau, le même Sang qui a été répandu pour nous sur le Calvaire ; en un mot, le même Jésus-Christ qui fait maintenant dans le ciel le bonheur des Anges et des Saints.

Il est donc vrai que par la Communion nos corps deviennent le temple de Dieu, et que la Divinité même habite corporellement en nous ; excès admirable de la bonté de Dieu pour nous, qui surpasse infiniment tout ce qu'il fit jamais pour son peuple. Moïse représentait autrefois à ce peuple chéri la bonté de Dieu à son égard, et la préférence qu'il lui donnait sur toutes les autres nations, en établissant un tabernacle pour y recevoir ses adorations et ses sacrifices. Non, disait-il, il n'est point sur la terre de nation aussi favorisée du Ciel que la nôtre, et au milieu de laquelle le Seigneur daigne faire sa demeure comme il la fait parmi nous. Mais qu'était-ce, après tout, que ce tabernacle pour

lequel les Juifs avaient tant de respect, dont ils étaient si jaloux? renfermait-il en effet le Dieu d'Israël? Non, mes chers Enfants, c'était là seulement qu'il faisait paraître sa bonté et sa puissance, qu'il rendait ses oracles, qu'il faisait connaître ses volontés, qu'il écoutait les prières, qu'il répandait ses bienfaits; mais jamais il n'y habita réellement et en personne. C'était à nous que Dieu réservait cette faveur, nonseulement d'habiter parmi nous, mais encore de venir loger en nous; c'est à nous à qui il appartient de dire avec bien plus de raison que ne faisait Moïse : Non, il n'est point sur la terre de nation qui ait comme nous le privilège de posséder, de toucher, de recevoir dans son cœur le Dieu qu'elle adore : Verè non est alia natio tam grandis, quœ habeat deos appropinquantes sibi (1).

Connaissez donc, mes chers Enfants, quel est aujourd'hui votre bonheur, quel est celui qui vous honore de sa présence : c'est le Dieu de puissance qui d'une seule pensée a créé le ciel, la terre et tout ce qu'ils renferment de richesses, et qui, d'une seule parole, peut les faire rentrer dans le néant : le Dieu de majesté et de grandeur, devant qui les rois de la terre ne sont qu'un peu de poussière, qui distribue à son gré les sceptres et les couronnes, qui d'un souffle renverse les trônes et les relève : le Dieu de magnificence et de richesse, qui ouvre la

(1) Deut. iv, 7.

main et qui fait régner partout l'abondance; qui tient dans ses trésors l'affliction et la prospérité, l'abaissement et l'élévation, la santé et la maladie, la vie et la mort : le Dieu de lumière et de sagesse, à qui rien n'est caché, à qui le passé, le présent et l'avenir sont également dévoilés ; qui d'un coup d'œil pénètre au fond des cœurs, qui dispose en maître des volontés et des esprits, des événements et de leurs causes : le Dieu de justice et de sainteté, qui ne peut supporter la vue de l'iniquité, devant qui les Anges mêmes ne sont pas assez purs. En un mot, car nous n'en finirions jamais, c'est le Dieu de toutes les perfections, qui se donne à vous avec tout ce qu'il est et tout ce qu'il possède.

Esprits bienheureux, qui voyez à découvert cette Majesté suprême ; qui, par respect, voilez votre face en sa présence et demeurez prosternés au pied de son trône, quel est votre étonnement, lorsque vous la voyez se communiquer ainsi à de viles créatures ? S'il pouvait manquer quelque chose à votre bonheur, ne seriez-vous pas jaloux de la faveur qu'elle nous fait? ne nous envieriez-vous pas l'avantage que nous avons de la posséder dans lç Sacrement de son amour?

Lorsque Jésus-Christ promit à ses Disciples de leur donner son Corps à manger et son Sang à boire, ils en furent scandalisés : cette promesse ne leur parut pas sincère ; quelques-uns furent tentés d'abandonner un maître qui leur proposait à croire une chose si

étrange : c'est qu'ils ne comprenaient pas encore jusqu'où allait pour eux la tendresse d'un Dieu. Et qui pourrait comprendre en effet, sans être éclairé d'une lumière surnaturelle, que la grandeur même voulût s'unir ainsi avec la bassesse, la puissance souveraine avec la fragilité, la sainteté même avec la corruption et la faiblesse? Nous admirons avec raison qu'un Dieu se soit abaissé jusqu'à prendre notre nature et se revêtir de nos infirmités, que, pour se faire homme, il ait voulu demeurer caché dans les entrailles d'une vierge. Ce n'est qu'avec un étonnement respectueux que l'Eglise parle de cet anéantissement du Verbe divin. Quelque pur que fût le sein de Marie, quelle demeure pour un Dieu ! Xon horruisli virginis aleruml Mais si la plus sainte des créatures ne l'était pas encore assez pour renfermer en elle la sainteté même, quelle demeure pour un Dieu que le cœur d'un pécheur, qu'un cœur qui, comme les nôtres, a été souillé dès l'instant même qu'il fut formé, et qui n'a été lavé de la première tache que pour en contracter sans cesse de nouvelles? C'est là cependant qu'il vient se renfermer, c'est pour cela qu'il prend comme une nouvelle naissance entre les mains du prêtre. Bonté ineffable qui égale en quelque sorte l'âme fidèle à la mère d'un Dieu ! Bonté ineffable qui épuise pour nous ses trésors, qui nous donne tout en se donnant elle-même! Bienfait inestimable après lequel Dieu, tout puissant qu'il est, n'a plus rien à donner! Cùm sit potentissimus, majus darenon ha-

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huit. Bienfait dont nous sentons encore mieux le prix lorsque nous faisons attention à la manière dont il est donné, je veux dire, à la fin que Dieu se propose, aux obstacles qu'il surmonte, à la facilité avec laquelle il nous le donne : Ciim sit sapientissimus, melius dare non potuit.

La sagesse du Seigneur éclate jusque dans ses moindres ouvrages : pas une circonstance, dans tout ce qu'elle fait, qui ne serve à nous faire connaître ses desseins et ses vues; mais où parut-elle jamais davantage que dans l'institution de l'Eucharistie? Pourquoi se donner à nous sous la forme d'un aliment? Pour s'unir à nous d'une manière plus intime, pour nous sanctifier d'une manière plus efficace. Quelle union plus étroite en effet que celle que forment avec nous les aliments dont nous vivons, qui se mêlent à notre substance, et qui deviennent ainsi une partie de nous-mêmes ? Telle est celle que nous contractons avec Jésus-Christ dans la sainte Communion. Union admirable que les Pères de l'Église se sont efforcés à l'envi de nous expliquer, mais qu'ils ont avouée être au-dessus de toutes leurs expressions. Tantôt ils la comparent à deux masses de cire fondue qui se réunissent en une seule, tantôt au feu dont est pénétré un fer brûlant et qui paraît ne faire avec lui qu'un seul corps ; enfin ils vont jusqu'à dire que nous devenons en quelque manière Jésus-Christ par la Communion.

Aurions-nous jamais pu le croire, Seigneur, si vous ne nous l'aviez dit vous-même : « Celui qui mange ma Chair et boit mon Sang demeure en moi et moi en lui ? Qui manducat meam Carnem et bibit meum Sanguinem in me manet, et ego in illo(\).» Quel est donc votre amour pour moi, ô mon Dieu, de vouloir ainsi vous unir à moi, vous changer en moi! « Mais je me trompe, reprend saint Augustin; ce n'est pas vous, Seigneur, qui êtes changé en moi : vous ne pouvez pas devenir pécheur, faible, terrestre comme moi ; mais c'est moi qui suis changé en vous, c'est-à-dire que vous me rendez saint, juste, pur comme vous. Vous ne pouvez pas vous changer en moi, parce que vous ne pouvez plus vous revêtir de mes infirmités ; mais vous pouvez me changer en vous, en me communiquant, autant que j'en suis capable, vos divines perfections. Vous ne pouvez pas vivre de ma vie, elle est trop imparfaite ; mais vous voulez me faire vivre de la vôtre. »

Nouveau et admirable dessein de la sagesse divine : pour guérir plus efficacement les faiblesses de l'homme, pour l'élever au-dessus de lui-même, elle lui fournit une nourriture céleste qui change en quelque sorte sa nature, en fait un homme nouveau en lui communiquant les perfections de Dieu, lui fait mener une vie divine dans un corps mortel.

(1) Joan. vi, 57.

Mais quels obstacles ne s'opposaient point à ce grand dessein ! Il faut que Dieu change toutes les lois de la nature, qu'il prodigue les miracles. Il faut qu'il anéantisse la substance du pain et du vin et qu'il n'en conserve que les apparences. Il faut dépouiller le Corps de Jésus-Christ, non-seulement de l'éclat de sa gloire, mais encore de toutes les qualités sensibles pour le renfermer sous le plus petit espace. Il faut qu'il s'anéantisse, non pas seulement jusqu'à prendre comme autrefois la forme d'un esclave, mais jusqu'à prendre la forme d'un aliment ; qu'il obéisse à la voix d'un homme, qu'il se mette, pour ainsi dire, à la discrétion des pécheurs. Permettez-moi, Seigneur, de prendre ici contre vous-même les intérêts de votre gloire. A quoi vous exposez-vous en suivant les mouvements de votre amour ? Qui sont ceux à qui vous voulez vous donner ? Des ingrats qui n'en seront pas touchés, des cœurs peu chrétiens qui vous recevront sans préparation et sans ferveur, des impies qui profaneront votre corps adorable, qui renouvelleront les outrages et les ignominies de votre passion. Mettez au moins des bornes à votre libéralité, réservez aux seules âmes fidèles le don que vous voulez faire de vous-même. Non, répond cet aimable Sauveur, je ne veux excepter personne : malheur à qui en abusera ! il vaudrait mieux pour lui qu'il ne fut jamais né. Mais la malice d'un petit nombre ne m'empêchera pas de rendre mon bienfait universel. Je veux me donner à tous: au disciple biea-airaé qui

repose sur mon sein elqui m'accompagne sur le Calvaire; au disciple timide qui s'enfuil à l'approche de mes ennemis; au disciple infidèle qui me renie devant les juges; au disciple perfide qui m'a vendu, et s'il le fallait môme, aux bourreaux qui me crucifient. Je choisis la veille de ma passion pour accomplir ce mystère, pour leur montrer que je suis prêt à mourir pour eux toutes les fois qu'ils me reçoivent, et que leur salut m'est plus cher que ma propre vie. Peut-il y avoir des cœurs assez durs pour n'être pas touchés d'une bonté si excessive ! des cœurs assez barbares pour l'outrager, pour abuser de la facilité avec laquelle elle se donne !

Ce serait beaucoup, mes chers Enfants, quand Jésus-Christ ne nous admettrait à la participation de son Corps qu'une seule fois en notre vie, quand il n'accorderait cette faveur que dans un seul lieu de la terre, quand il faudrait pour en jouir des voyages longs et pénibles, des années entières de préparation et d'épreuves. Le don qu'il nous fait de lui-même ne serait pas moins précieux, nous ne lui en devrions pas de moindres actions de grâces. Mais qu'il y a bien de la différence entre les bienfaits de Dieu et ceux des hommes! Avec ceux-ci, il faut bien des sollicitations, des démarches, des services, pour obtenir peu, souvent même pour ne rien obtenir du tout; avec Dieu, au contraire, on obtient tout, souvent à la première demande. Jésus-Christ n'attend pas même qu'on le sollicite pour accorder son Corps adorable, il l'offre

lui-même aux fidèles ; chaque jour il descend sur les autels pour se donner à eux ; du fond des tabernacles où il réside, il les invite à son festin sacré, il les presse, il leur fait une espèce de violence : Compelle intrare (1); il se plaint de leurs retardements et de leur indifférence. Venez tous à moi, s'écrie-t-il : Venile ad me omnes (2), venez avec empressement vous asseoira ma table, vous rassasier du mets délicieux que je vous prépare : c'est le pain des anges, le froment des élus, le vin qui produit les vierges : Properate et comedite : venez vous désaltérer à la source des eaux vives : Omnes silientes verdie ad aquas ; elles rétabliront vos forces et donneront la vie à votre âme : Et vivet anima vestra (3). Je ne vous demande qu'un cœur pur, un cœur animé par l'amour et la reconnaissance. Vous en êtes sans doute pénétrés, mes chers Enfants, par la considération de ce que Jésus-Christ fait pour vous; je dois maintenant vous apprendre comment vous devez la lui témoigner : c'est le sujet du second point.

II" POINT

Ce serait une erreur bien dangereuse, mes chers Enfants, de croire que tous vos soins ont dû se terminer à vous préparer à la Communion, que tout est

(1) Luc. xiv, 24. — (2) Matth. xi, 28. — (3; Is. lv, 1,3.

fait dès que vous y avez été admis, que vous pouvez désormais vous relâcher de cette régularité, de cette contrainte que vous imposait l'attente de votre Communion prochaine. Ce serait là le vrai moyen de rendre inutiles la plupart de vos soins passés : le fruit de cette grande action ne dépend pas moins de la conduite qui la suit que des dispositions qui la précèdent. A quoi bon tant de préparations et de démarches, si la venue de Jésus-Christ n'avait dû produire en vous qu'une ferveur passagère, une piété de quelques instants? Les fruits de ce bienfait doivent se répandre sur toute votre vie, et ils s'y répandront en effet si vous observez ces quatre choses auxquelles je réduis la reconnaissance que vous devez témoigner à Jésus-Christ : un grand soin de conserver la grâce, un désir ardent de vous unir souvent à lui, des visites et des entreliens fréquents avec lui, l'attention de sanctifier chaque année le jour de votre première Communion. Renouvelez ici toute votre attention.

Il est rapporté dans l'Evangile que Joseph d'Arimathie ayant reçu le corps de Jésus-Christ lorsqu'il fut descendu de la croix, l'enveloppa dans un drap blanc et le mit dans un sépulcre taillé dans le roc, où jamais personne n'avait été enseveli; qu'ensuite il mit à la porte de ce tombeau une grande pierre pour en fermer l'entrée. Voilà la figure de ce que vous devez faire, mes chers Enfants. Vous avez reçu comme lui le Corps de Jésus-Christ presqu'au même

moment qu'il a été descendu de la croix, puisqu'il n'y a que peu de jours que l'Eglise a célébré le mystère de sa mort; vous l'avez placé dans votre cœur comme dans un tombeau pur et exempt de toute corruption ; mais ce n'est pas assez, il faut comme lui fermer exactement ce tombeau où Jésus- Christ repose, en défendre l'entrée au péché et à tout ce qui pourrait en souiller la sainteté.

Quel scandale, en effet, si, après votre Communion, l'on n'apercevait aucun changement dans votre conduite ; si l'on vous voyait toujours sujet aux mômes imperfections; si, après que vous vous êtes nourri du pain des forts, on remarquait encore en vous les mômes faiblesses? N'aurait-on pas lieu de juger que vous l'avez reçu avec un cœur bien mal préparé? Ne vous y trompez pas, c'est par les fruits qu'il produira en vous qu'on jugera des dispositions que vous y avez apportées. Jésus-Christ nous a assuré que celui qui le reçoit vivra en lui et pour lui, comme il vit lui-même pour son Père : Sicut vivo propter Patrem, qui manclucat me vivetpropter me (1). Examinez-vous donc sérieusement dans la suite : si vous avez reçu Jésus-Christ avec les dispositions nécessaires, vous vivrez de sa vie, c'està-dire que vous mènerez une vie sainte comme la sienne; vous serez saints comme lui, autant qu'il est possible de ressembler à ce divin modèle ; vous

{i) Joan. vi, 58.

croîtrez en âge et en sagesse devant Dieu et devant les hommes comme il y croissait ; vous serez obéissants et soumis à ceux de qui vous dépendez, comme Jésus enfant l'était à Joseph et à Marie; vous aimerez la prière comme il l'aimait ; vous serez modestes, doux et humbles de cœur comme il l'était; vous éviterez avec soin tout ce qui pourrait lui déplaire, comme il évitait lui-même tout ce qui aurait pu déplaire à Dieu, son Père.

Mais entre tous les crimes que vous devez fuir, souvenez -vous que vous devez avoir particulièrement en horreur ceux qui attaquent la pureté. Quelle profanation, si un cœur où le Dieu de sainteté a bien voulu habiter devenait la demeure de l'esprit impur! Avec quel respect ne devez-vous pas désormais traiter un corps devenu par la Communion le sanctuaire de la Divinité ? Nous respectons avec justice tout ce qui a été sanctifié par la présence de Jésus-Christ et par l'attouchement de sa chair divine : la crèche où il est né, la croix à laquelle il a été attaché, le tombeau où il a été enseveli, les vases sacrés qui contiennent son Corps et son Sang ; pourquoi nos corps après la Communion seraient-ils moins dignes de respect? Saint Paul nous avertit que Dieu perdra celui qui aura profané son temple; quel châtiment sera donc réservé pour celui qui aura souillé un corps où le Seigneur a fait sa demeure? Quelle injure ne fait pas au Dieu de pureté celui qui profane par des paroles contraires à la

modestie une langue sur laquelle a reposé l'Agneau sans tache? Une pureté inviolable a toujours dû être votre vertu favorite, mes chers Enfants; l'Eucharistie que vous avez reçue doit la conserver à jamais en vous; et elle l'y conservera en effet, si vous faites un fréquent usage de ce vin céleste qui produit les vierges.

L'intention de Jésus-Christ, en nous donnant son Corps et son Sang adorables, a été que nous en fissions notre nourriture ordinaire. Pourquoi nous les donner en effet sous les apparences du pain et du vin, sinon, disent les Pères de l'Eglise, pour nous apprendre que comme le pain et le vin sont les aliments les plus nécessaires à la vie, de môme l'Eucharistie est la nourriture la plus nécessaire à notre âme : pour nous faire sentir que comme le pain et le vin sont les mets dont nous nous dégoûtons le moins, dont nous usons le plus communément; de même nous ne devons jamais nous dégoûter de la sainte Eucharistie, mais nous en approcher le plus souvent qu'il est possible, et avec une ardeur toujours nouvelle?

Commencez donc dès à présent, mes chers Enfants, à avoir en horreur la conduite de ces mauvais chrétiens qui s'excommunient, pour ainsi dire, eux-mêmes ; qui n'approchent des sacrements que lorsque la nécessité les y oblige, qui s'en privent pendant des années entières. Vous ne les reconnaîtrez que trop par le dérèglement de leur conduite.

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Comment pourraient-ils mener une vie régulière? En quel état leur âme est-elle réduite ? A l'état où serait un corps à qui on refuserait la nourriture : il perdrait d'abord ses forces, languirait pendant quelques jours, mourrait enfin. Et voilà ce que deviendrait votre âme si vous la priviez pendant longtemps de la sainte Communion : elle perdrait ses forces, tomberait dans une langueur spirituelle, et mourrait bientôt de la mort du péché. Point de vie spirituelle sans la Communion ; c'est Jésus-Christ qui nous en assure : Si vous ne mangez pas ma Chair et si vous ne buvez mon Sang, vous n'aurez point la vie en vous : Nisi manducaveritis Carnem Filii hominis et biberitis ejus Sanguinem, non habebitis vilam in vobis (1); parce que c'est dans cette nourriture divine que l'âme puise des forces pour résister aux tentations et aux obstacles du salut.

Et dans quelles circonstances de votre vie en aurezvous plus besoin de ces forces, mes chers Enfants, que dans celles où vous êtes maintenant ? Vous voilà près d'entrer dans cet âge d'erreur et de séduction où, par un funeste privilège, le libertinage semble être pardonnable , et fait d'autant moins d'horreur qu'il y est plus commun ; dans cet âge de licence où tout porte au désordre, le feu du tempérament, la vivacité de l'humeur, la violence des

(1) Joan. vi, 54.

passions, les occasions continuelles de se pervertir Vous allez commencer à voir de plus près un monde où vous trouverez à chaque pas des pièges et des dangers. Vous y verrez les jeunes gens de votre âge se porter au crime avec une espèce de fureur, et qui, loin d'en rougir, se font gloire de le pousser jusqu'à l'impiété. Vous y verrez des hommes qui conservent dans l'âge avancé les égarements et la folie de la jeunesse, qui ne sont occupés que de leurs passions et de leurs plaisirs. Vous entendrez partout des discours licencieux, souvent même des discours impies. Vous trouverez des gens qui railleront votre simplicité, qui vous feront rougir de votre innocence , vertu qu'ils n'ont jamais connue. Vous en trouverez, hélas ! peut-être en avez-vous déjà trouvé, qui se feront un plaisir malin de vous corrompre le cœur, de vous apprendre ce que vous devriez ignorer toute votre vie. Compagnies dangereuses, discours séducteurs , exemples pernicieux : hélas ! mes chers Enfants, y résisterez-vous ? Que va devenir cette pureté de mœurs qui fait le bonheur de votre âge, qui est l'effet précieux de la bonne éducation que vous avez reçue, le fruit des soins assidus, des touchantes leçons de vos parents et de vos maîtres ? Pourrez-vous jamais la conserver au milieu de tant de dangers?

Oui, si vous approchez souvent de la sainte Eucharistie, si vous vous nourrissez du pain des forts, il vous soutiendra contre cette foule d'ennemis dont

vous allez être environnés. C'est dans la Communion que les martyrs puisaient autrefois cette force admirable qui les faisait triompher des tyrans et des bourreaux ; ils sortaient de la sainte Table, dit un Père de l'Eglise, semblables à des lions, terribles au démon même , qui tremblait devant eux lorsqu'ils avaient reçu le Corps et le Sang de Jésus- Christ. On a souvent vu, Filles chrétiennes, de jeunes vierges de votre âge aller après la Communion se présenter aux persécuteurs , étonner par leur constance les hommes les plus intrépides, sortir victorieuses des pièges que J'on tendait à leur innocence.

C'est ainsi qu'on vous verra vaincre le monde et ses tentations, si vous joignez à la fréquentation des Sacrements des visites fréquentes à Jésus-Christ reposant dans nos tabernacles. C'est ici une pratique de piété qu'on ne saurait assez nous recommander, mes chers Enfants, et plût à Dieu qu'on pût la persuader à tous les chrétiens! Pourquoi faut-il qu'une action si sainte, si salutaire, soit négligée à ce point, qu'à peine on trouve un petit nombre d'àmes fidèles qui se fassent un devoir de passer chaque jour quelques moments au pied des autels, qui mettent leurs délices à converser avec notre divin Sauveur! Si l'on jette les yeux sur les promenades publiques, combien voit-on d'hommes y entretenir leur oisiveté, y repaître leurs yeux de l'appareil frivole des vanités du monde ! Si l'on approche des spectacles, quelle af-

fluence de peuple qui court s'y enivrer du poison funeste de la volupté ! Si le hasard nous conduit dans les cercles et les lieux d'assemblée, on y trouve une multitude de mondains empressés à y venir étaler le luxe, la magnificence, la gaîté, l'enjouement ; si l'on entre dans les palais des grands, une foule de courtisans s'y présente attachée sur leurs pas, attentive à leur rendre des respects, à solliciter des grâces. Mais si l'on entre dans nos temples, quelle solitude ! Prendrait-on jamais un lieu si abandonné pour le palais du Roi des rois, où il écoute nos demandes, où il répand à tous moments ses bienfaits? Jésus- Christ demeure en vain dans nos tabernacles pour y recevoir nos adorations, il y appelle en vain les hommes pour parler à leur cœur, pour entrer dans leurs besoins , pour guérir leurs faiblesses ; on l'y laisse seul, et souvent à peine trouve-t-on à ses pieds un seul adorateur.

Pleurez, ville de Sion, disait autrefois Jérémie, de ce que vos murs sont abandonnés et que personne ne vient à vos solennités saintes ; pleurez, ville de Sion, Eglise du Dieu vivant, pourrait-on dire à son exemple, de ce que vos temples sont à peine fréquentés aux jours solennels, de ce que, dans une des plus grandes villes du monde, au milieu d'un peuple nombreux, on est obligé de les tenir fermés plutôt que de laisser voir l'abandon dans lequel ils se trouvent. Seriez-vous assez peu chrétiens, mes chers Enfants, pour donner lieu vous-mêmes à de semblables regrets, vous qui

ne devez avoir désormais de moments plus doux que ceux que vous passerez, comme Madeleine, aux pieds de Jésus-Christ à écouter ses divines leçons. C'est lui qui doit désormais être votre maître, et quels progrès ne ferez-vous pas dans la vertu à l'école de ce divin Sauveur? C'est au pied de ses autels qu'il vous fera comprendre les grandes maximes de la sagesse chrétienne, le néant du monde, le prix des biens éternels. C'est là qu'il vous apprendra que la simplicité et l'innocence, que les hommes méprisent peut-être en vous, est infiniment plus précieuse, infiniment plus agréable à Dieu que cette supériorité de connaissances et de raison dont ils se piquent. C'est là qu'il vous fera connaître que le sort des mondains, que vous enviez peut-être déjà, est infiniment plus malheureux que le vôtre ; que les objets qui les occupent sont en eux-mêmes aussi frivoles que ces jouets dont vous avez fait jusqu'ici votre amusement. C'est là que Jésus-Christ vous détrompera d'une infinité de fausses maximes que vous entendrez sans cesse répéter, et dont on vous a peutêtre déjà infatués : que la jeunesse est l'âge des amusements et des plaisirs, que ce n'est pas le temps d'être dévot et de faire des réflexions sérieuses. C'est là qu'il vous donnera le goût de la vraie piété et de tous les moyens qui peuvent la nourrir, comme les instructions chrétiennes, la prière, les lectures spirituelles; c'est là enfin que vous devez souvent méditer en sa présence sur le grand bienfait qu'il vous ac-

corde aujourd'hui et dont vous ne devez jamais perdre la mémoire.

C'est une sainte pratique des âmes pieuses de sanctifier particulièrement chaque année les jours auxquels elles ont reçu du Seigneur quelque grâce spéciale; et quelle faveur mérita jamais mieux cette marque de reconnaissance que celle que vous recevez aujourd'hui? Que ce jour soit donc à jamais pour vous ce que fut autrefois pour les Israélites le jour auquel ils mangèrent, pour la première fois, l'agneau pascal, un jour de solennité et d'actions de grâces: Diem solemnem Domino in generationihus sempiterm's(l). Que tous les ans le saint temps de Pâques, en vous rappelant la mémoire de votre première Communion, ranime toute votre ferveur; qu'il vous rappelle le don précieux que Jésus-Christ vous a fait de lui-même, les prodiges de grâce qu'il a opérés en vous, son amour prévenant, sa libéralité à votre égard. Qu'il vous rappelle les obligations que vous avez contractées, les saintes résolutions que vous avez formées, les protestations que vous avez faites à votre Sauveur de l'aimer, de le servir toute votre vie avec une fidélité inviolable. Qu'il rallume en vous un désir toujours nouveau de vous unir à lui, de le posséder dans votre cœur, et de n'en être jamais séparés. Heureux jour! s'il est ainsi pour vous la source d'une ferveur toujours renaissante, et si la première

(1) Exod. xii, 14.

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Communion que vous faites aujourd'hui sert à sanctifier toutes celles que vous ferez dans la suite de votre vie !

Je ne puis mieux finir cette instruction , mes chers Enfants, qu'en vous adressant les paroles de la Sagesse au livre des Proverbes ; elles semblent laites pour la cérémonie de ce jour, et elles sont un abrégé de tout ce que je viens de vous dire. Après avoir appelé à la Table sacrée les enfants, c'est-àdire ceux qui ont l'innocence et la pureté des mœurs propres de cet âge : Si qais est parvulus, veniat ad me ; elle les invite à se rassasier de la nourriture céleste qu'elle leur a préparée: Comedite panem meum et bibite vinum quod miscui vobis. Sortez enfin de l'enfance, leur dit-elle, quittez les amusements frivoles pour mener une vie plus sérieuse et plus chrétienne : Relinquite infantiam et vivite. Le pain dont vous vous êtes nourris est le pain des forts, l'aliment des hommes faits. Après l'avoir mangé, vous devez faire paraître toute la sagesse et la maturité de l'âge avancé: Ambulate per vias prudentiœ. Souvenez-vous que c'est la crainte de Dieu qui en est le principe, qu'il n'est point de vraie sagesse que la sagesse chrétienne, point de vraie lumière que celle de la foi, point de vraie science que celle qui fait les saints : Principium sapientiœ limor Domini , et scientia sanctorum prudentia : c'est en suivant ses voies que vous trouverez le vrai bonheur ; que vous attirerez sur vous les bénédictions

du Ciel ; que vous mériterez cette longue vie qui est l'objet des espérances et des désirs de \otre âge : Per me multiplicabuntur dies lui; c'est par là que vous vous assurerez cette \ie éternelle dont l'Eucharistie est la nourriture et le gage : Et addentur tibi unni vilœ (1) ! Ainsi soit-il.

(1) Prov. îx, 4,5,6,10,11.

eoc BoogoccoacoocgoooooôccoscoccoooaaoooBOCBocgaccoacoocoacoo

MÊME SUJET

Desiderio desideravi hoc pascha manducare vobiscum.

« J'ai désiré ardemment de manger cette pâque » avec vous. » Luc, xxn, 15.

Pourquoi donc ce grand empressement qu'avait Jésus-Christ de manger la pâque avec ses disciples, et quelle est cette pâque qu'il désirait si ardemment de faire avec eux? Etait-ce seulement de manger l'agneau que les Juifs immolaient en mémoire de leur sortie miraculeuse de l'Egypte? Non sans doute : Jésus-Christ était sur le point d'abolir cette cérémonie et de lui en substituer une infiniment plus excellente. C'était donc principalement d'instituer le sacrement adorable de son Corps et de son Sang, et de se donner lui-même pour la nourriture spirituelle de nos âmes. Vous êtes appelés, mes chers Enfants, au même bonheur que ces heureux disciples; Jésus-Christ vous dit aujourd'hui comme à eux qu'il désire ardemment de faire

là pâque avec vous : Dcsiderio desideravi hoc pascha manducare vobiscum. Avez-vous autant d'empressement de posséder Jésus-Christ qu'il en a de s'unir à vous? Sentez-vous dans votre âme les dispositions que demande celte sainte union? Nous avons tout lieu de le présumer, Seigneur, vous trouverez dans ces Enfants des cœurs tels que vous les désirez, des cœurs où régnent encore la simplicité et l'innocence, des cœurs pénétrés de respect, d'amour, de reconnaissance pour le bienfait inestimable dont vous les comblez en ce jour. Quelle joie pour votre Eglise de voir ce peuple naissant admis à votre festin délicieux et rassasié de l'abondance de votre tre maison ! Ainsi vous accomplissez les promesses que vous lui avez faites de lui accorder dans tous les temps une nombreuse postérité et la consolation de voir ses enfants, semblables à de jeunes plants d'oliviers, entourer la table de leur père : Filii tui, sicat novellœ olivarum in circuita mensœ tuœ(\). Puissent-ils, ô mon Dieu, faire un jour la gloire de leur mère et l'honneur de la religion ! Puissent-ils être un peuple saint et vous servir avec plus de fidélité que nous !

C'est pour animer encore votre ferveur , mes chers Enfants, que je vais vous répéter en abrégé les principales instructions que vous avez reçues sur les dispositions nécessaires à la Communion et

(1) Psalm. cxxvh, 4.

le malheur d'une Communion sacrilège ; gravez profondément dans votre esprit des vérités qui doivent vous régler pendant toute votre vie et dont vous ne sauriez être assez pénétrés. Et vous, M. F., ne perdez rien de ce que je vais dire à ces Enfants; cette instruction vous regarde autant et peut-être plus qu'eux.

On vous l'a souvent répété, mes chers Enfants, que tous ceux qui communient reçoivent le Corps et le Sang de Jésus-Christ; que ce divin Sauveur se donne indifféremment aux justes et aux pécheurs ; mais il produit en eux des effets bien différents : s'il est dans les premiers une source de sanctification et de vie, il est dans les autres la cause de leur condamnation et de leur mort éternelle. Que l'homme s'éprouve donc lui-même avant que de se présentera la table de son Dieu, et qu'il ne soit pas assez téméraire pour oser manger sa chair sans avoir examiné s'il en est digne ou non : Probet autem seipsum homo (1). C'est la conclusion que tire saint Paul de cette grande vérité, et que vous devez tirer avec lui ; examinez sérieusement si vous avez la pureté d'âme nécessaire pour recevoir Jésus-Christ.

Vous savez que cette pureté d'âme consiste à n'avoir sur sa conscience aucun péché mortel ; disposition si essentielle et si indispensable que, communier sans elle, c'est commettre le sacrilège le plus

(1)1 Cor. xi, 28.

énorme ; faire à Jésus-Christ le plus sanglant des outrages, et s'exposer soi-même aux plus affreux châtiments. Quelle profanation! quel sacrilège de placer le Saint des saints, l'Agneau sans tache, le Dieu de pureté dans une âme criminelle ; de loger dans un même cœur Jésus-Christ et le démon ! Un chrétien peut-il faire une plus grande injure à son Dieu ? Nous frémissons d'horreur quand nous lisons que des hérétiques, des impies ont poussé la fureur jusqu'à fouler aux pieds la sainte Eucharistie ; est-il possible , disons-nous, que la malice des hommes ait pu se porter à de tels excès? Est-ce un moindre crime pour un chrétien de recevoir le Corps et le Sang de Jésus-Christ dans une âme infectée du péché mortel ? Jésus-Christ a-t-it moins d'horreur de cet outrage que du premier? Non ; je ne crains pas de le dire : c'est celui qui lui est le plus sensible et le plus amer. Ces impies, dont nous venons de parler, étaient les ennemis déclarés de Jésus-Christ ; il ne pouvait attendre d'eux que des outrages. Mais qu'un chrétien , enfant de Dieu, ose fouler aux pieds le Fils de Dieu, suivant l'expression de saint Paul, traiter comme une chose immonde le Sang de la nouvelle alliance; voilà ce qui doit porter au cœur de Jésus-Christ le coup le plus mortel ; voilà ce qui doit rouvrir, pour ainsi dire, toutes ses plaies.

Oui, mes chers Enfants, tous les mauvais traitements, tous les mépris, toutes les insultes que Jésus- Christ a reçus dans sa passion et pendant sa vie

mortelle sont renouvelés, en quelque manière, par une Communion sacrilège. Nous détestons le malheureux Judas qui trahit son maître dont il n'avait reçu que des bienfaits, qui le vendit aux Juifs pour trente deniers, qui le livra aux Juifs pour un baiser. C'est la figure du chrétien ingrat ; il vient à la table de la Communion trahir le Fils de Dieu, dans le temps même que cet aimable Sauveur veut s'unir à lui et le combler de biens. Le perfide ! il fait semblant d'adorer Jésus-Christ, de lui donner le baiser de paix, et il le livre dans son cœur au démon, son plus cruel ennemi. N'est-ce pas là ce que fait un enfant hypocrite qui, après une vie libertine, a fait volontairement une confession nulle, et qui aime mieux recevoir indignement Jésus-Christ que de paraître moins instruit ou moins vertueux que les autres? Il vend son Sauveur pour un moindre prix que Judas ne le vendit. Cette idée seule vous fait horreur sans doute, mes chers Enfants, puissiezvous toujours penser de même !

Nous ne pouvons retenir notre indignation lorsqu'on nous dit que, chez Caî'phe, un valet eut l'insolence de donner un soufflet à Jésus-Christ, lorsqu'on nous représente une troupe de soldats et de bourreaux acharnés à déchirer à coups de fouet son corps innocent Notre indignation doit-elle éclater moins contre celui qui vient outrager ce même Sauveur dans la Communion ? son crime n'est-il pas plus énorme? Ne cherchons pas à excuser la malice

des premiers ni à diminuer l'horreur qu'elle inspire; mais enfin ces malheureux connaissaient-ils Jésus- Christ aussi clairement que nous le connaissons? étaient-ils persuadés de sa divinité comme nous le sommes? Non, sans doute. C'est donc avec plus de connaissance, plus de malice, plus de noirceur que les Juifs, qu'un chrétien manque de respect à Jésus- Christ.

Nous sommes pénétrés de douleur en voyant ce divin Sauveur ignominieusement attaché à la croix et expirant entre deux voleurs ; ah ! mes Enfants, déplorons encore davantage le supplice que lui fait endurer une Communion sacrilège. Oui, le pécheur qui le reçoit est une croix pour Jésus-Christ, et une croix plus douloureuse que celle à laquelle il fut attaché sur le Calvaire. Si Jésus-Christ revenait sur la terre et qu'il pût encore y mourir, il choisirait plutôt d'être crucifié une seconde fois que d'entrer dans un cœur souillé par le péché. Quelque douloureuse que fût la croix pour Jésus-Christ, il s'y était offert volontairement, il l'avait acceptée, il l'avait désirée. Il savait que son sang allait désarmer la justice de son Père, réparer le péché, sauver les hommes; dans une Communion sacrilège, rien ne peut consoler Jésus-Christ, tout contribue à redoubler son indignation. Son Père y est outragé, son sang y est profané, sa mort rendue inutile, le pécheur s'y damne et reçoit le sceau de sa réprobation.

Voulez-vous en voir une preuve, et un exemple

terrible des châtiments dont ce crime est suivi ; jetez les yeux sur le traître Judas qui l'a commis le premier, et tremblez sur les suites affreuses d'une Communion sacrilège. A peine ce malheureux a-t-il reçu la sainte Eucharistie avec les autres Apôtres, que le démon s'empare de son âme : Post buccellam introivit in eum Satanas (I). Les reproches de son maître, pleins de douceur, ne servent qu'à l'endurcir. Il va consommer son crime. Il part des pieds de Jésus -Christ pour aller chercher les soldats qui devaient le saisir. Enfin, voyant le Sauveur condamné , et réfléchissant sur la grandeur de son péché, il va se pendre de désespoir : Et abiens laqueo se suspendit (2). Sacrilèges profanateurs, voilà votre modèle, et le sort que vous devez attendre.

Oui, toutes ces marques de réprobation qui suivirent le sacrilège de Judas se vérifieront peut-être à la lettre dans un enfant qui profanera comme lui le Corps et le Sang de son Dieu. Le démon s'emparera de son âme pour y exercer un empire absolu. La Communion, loin de le rendre plus sage, le rendra plus méchant. Sorti de la sainte Table, il se plongera dans le libertinage avec moins de retenue que jamais. Avant son sacrilège, il ne péchait qu'avec répugnance et en se reprochant son péché, mais ce dernier crime affaiblira ses remords, il péchera désormais presque sans crainte et sans horreur. Il iu

(1) Joan. xin, 27. — (2) Matth. xxvn, 5.

nouvellera les sacrilèges, il les multipliera à l'infini ; la honte de les confesser croîtra de jour en jour; ni remontrances, ni exhortations ne le toucheront plus. Les hommes expérimentés dans la conduite des âmes, nous assurent qu'il faut un miracle de la grâce pour convertir un pécheur sacrilège, surtout quand il a commencé dès sa jeunesse. Enfin, réfléchissant à l'heure de la mort sur la multitude et l'énormité de ses crimes, il tombera peut-être dans le désespoir et l'impénitence ; et il ne lui restera, selon l'expression de l'Apôtre, qu'une attente terrible du jugement de Dieu : Terribllis quœdam exspec-

tatio judicii(i).

Mais je me trompe ; il n'y a plus de jugement à

attendre pour lui ; il est déjà jugé, il est déjà condamné; en mangeant indignement le Corps et le Sang de Jésus-Christ, il a mangé, comme le dit le même Apôtre, son jugement et sa condamnation : Judicium sibi mandiicat et bibit (2). Il a reçu au dedans de lui-même son juge et son juge irrité, son juge outragé ; son juge qui est en même temps son accusateur et son témoin , son juge qui a déjà prononcé contre lui le terrible anathème qu'il prononça contre le disciple qui le trahissait : Malheur à cet homme : Vœ homini Mi (3). Oui, malheur à cet enfant, et le plus grand des malheurs. Malheur pour l'autre vie où il souffrira éternellement les

(1) Hebr. x, 27.— (2) I Cor. xi, 29. — (3) Matth. xxvi, 24.

peines de l'enfer, s'il ne fait en ce monde une pénitence proportionnée à son crime. Malheur même pour cette vie, où le Seigneur commencera peutêtre déjà à lui faire sentir le poids de sa justice !

Il n'attend pas toujours après la mort pour venger la profanation de l'Eucharistie ; il la punit souvent, dès cette vie, des plus rigoureux châtiments. Saint Paul lui-même nous en assure; il attribue à cette profanation les maladies et la mort de plusieurs d'entre les fidèles de Corinthe. Saint Cyprien et saint Augustin ont été les témoins oculaires des châtiments dont Dieu a souvent puni les Communions indignes.

Si tous ces malheurs sont à craindre toutes les fois qu'on approche de la sainte Table, combien ne sont-ils pas plus à craindre, mes chers Enfants, dans une première Communion? Si, la première fois qne vous vous présentez au festin du Seigneur, vous étiez sans la robe nuptiale, quel funeste préjugé pour toute votre vie! Si, après tant d'instructions, tant de soins, tant de réflexions sur l'action que vous allez faire; après tant de confessions et tant d'épreuves, après tant de résolutions et de promesses de votre part ; après avoir paru touchés de ce qu'on vous a dit; si, après tout cela, vous receviez Jésus-Christ sans être suffisamment disposés, que pourrait-on attendre de vous pour les Communions suivantes, où vous aurez moins de secours, où vous apporterez sans doute bien moins de préparation ?

Quel serait donc votre étonnement, si Jésus-Christ vous faisait maintenant la même déclaration qu'il fit à ses disciples dans la dernière Cène : Je vous dis en vérité qu'un d'entre vous me trahira aujourd'hui: Unus vestrûm me traditurus est. Ce discours jeta les Apôtres dans une tristesse profonde : ils commencèrent à se regarder l'un l'autre, dit l'Evangéliste ; quelqu'assurés qu'ils fussent de leur innocence et de leur amour pour Jésus-Christ , ils n'osaient en croire leur propre cœur. Ils lui demandèrent tout tremblants l'un après l'autre : Seigneur, sera-ce moi? Numquid ego sum, Domine (1)? Que chacun de vous fasse maintenant dans son cœur la même demande : Seigneur, sera-ce moi qui aurai le malheur de vous trahir en vous recevant indignement : Numquid ego sum, Domine?

A Dieu ne plaise qu'aucun de vous soit capable d'un tel crime! Vous n'approchez de la Communion que parce que vous croyez être suffisamment purifiés et avoir toutes les dispositions nécessaires. Mais prenez garde ! on se persuade que la confession suffît pour cela ; que, dès qu'on est absous, tout est fait : erreur grossière , je vous l'ai dit plus d'une fois, ce n'est là qu'une légère partie de la pénitence. Réfléchissez donc ici sur vous-mêmes. Ètes-vous bien assurés de la sincérité de votre contrition, de la fermeté de votre bon propos, de la réalité de vo-

(1) Matth. xxvi, 21,22.

tre haine pour le péché ? Ètes-vous bien certains que votre cœur est changé ? sans ce changement le reste n'est rien. Avez-vous fait une pénitence proportionnée à vos fautes? Avez- vous réparé le scandale que vous avez peut-être causé? Avez-vous donné à vos pères et à vos mères des marques de repentir de toutes les désobéissances dont vous êtes coupables envers eux, et des assurances d'une parfaite soumission pour l'avenir ? Tout cela était nécessaire.

Employons donc les moments qui vous restent pour y satisfaire ; renouvelez ici votre contrition ; tachez de suppléer par la véhémence de votre douleur à la pénitence que vous auriez dû faire. Que tout le monde soit témoin de la sincérité de votre conversion. Que vos pères et mères surtout soient convaincus que vous voulez désormais leur donner autant de satisfaction que vous leur avez peut-être jusqu'ici fait de peine.

Mettez-vous à genoux.

Et gardez-vous bien, mes chers Enfants, de regarder tout ceci comme une vaine cérémonie. Ce qu'on vous fait faire aujourd'hui publiquement pour votre instruction et pour l'édification de tout le monde, vous devez le faire intérieurement et au fond de votre cœur toutes les fois que vous approcherez de la sainte Communion. Il faut aux pieds de Jésus-Christ renouveler votre contrition , faire amende honorable pour vos péchés, professer que

vous pardonnez au prochain, vous mettre dans la disposition de le satisfaire lui-même sur toutes les offenses qu'il pourrait avoir reçues de vous.

Jetez maintenant les yeux sur le Crucifix; voyez ce divin Sauveur que nos péchés ont attaché à la croix ; voudriez-vous renouveler aujourd'hui les douleurs de sa passion et le crucifier de nouveau en faisant une Communion indigne? Ah! Seigneur, plutôt mourir mille fois que de commettre un si grand crime.

Nous vous demandons pardon, ô mon divin Sauveur, de tous nos péchés, nous les détestons de tout notre cœur, parce qu'ils ont été la cause de votre passion et de votre mort. Nous aimerions mieux endurer tous les supplices que de vous offenser de nouveau. Faites-nous la grâce, ô Dieu infiniment hon, de ne jamais retomber dans le péché.

Réfléchissez maintenant à la conduite que vous avez tenue envers vos pères et mères. Peut-être avez-vous été leur croix depuis que vous êtes au monde; peut-être n'avez-vous payé leur tendresse que d'ingratitude et de manières peu respectueuses; peut-être vous êtes-vous attiré cent fois leurs malédictions par votre indocilité et votre libertinage. Que l'effet de ces malédictions serait affreux, si elles étaient cause que vous fissiez aujourd'hui une mauvaise Communion ! Demandez-leur pardon et promettez d'être plus sages à l'avenir. (Nos chers pères et mères, nous vous demandons pardon de toutes

nos désobéissances; nous promettons d'être plus obéissants et plus soumis à l'avenir.)

Demandez-leur maintenant leur bénédiction; et, s'ils vous la refusent, demandez-la comme Esaù à son père Isaac; il la demanda, dit l'Ecriture, avec des larmes et de grands cris: Flens ejulatu magno, et força son père à la lui donner. (Nos chers pères et mères, nous vous demandons votre bénédiction.) Laissez-vous toucher, pères et mères, aux prières de vos enfants; vous voyez leurs regrets et la sincérité de leur repentir; pardonnez-leur leurs fautes; priez Dieu de détourner l'effet de vos malédictions; gardezvous de leur en donner jamais, de peur qu'elles ne retombent sur vous et sur eux.

Je ne doute point, mes chers Enfants, que vos pères et mères ne vous donnent leur bénédiction du fond de leur cœur: recevez-la avec respect, et prenez garde de leur donner sujet de la rétracter. Pensez maintenant aux fautes que vous avez commises les uns envers les autres. Il n'arrive que trop souvent entre les jeunes gens des disputes et des querelles; n'y en a-t-il point parmi vous qui conservent de la haine, du ressentiment contre quelqu'un, qui soient dans la résolution de lui faire de la peine? Si quelqu'un était dans ces dispositions, qu'il n'approche point de la sainte Table ; Jésus-Christ n'y veut que des cœurs semblables au sien, pleins de douceur et de charité envers leurs frères. Répondez-moi donc tous; vous pardonnez -vous sincèrement les Tins les

POUR LA PREMIÈRE COMMUNION. 4li7

autres? ètes-vous bien résolus de vous aimer, de vous regarder comme autant de frères qui avez participé tous ensemble à la Table du Seigneur? Ce doit être là, mes Enfants, un des effets de l'Eucharistie, de conserver l'union et la charité entre les fidèles. Répondez donc tous; êtes-vous dans cette disposition?...

Vous êtes sans doute édifiés, M. F., de la piété et de la docilité de ces Enfants, de la douleur qu'ils témoignent de leurs fautes , de la sincérité avec laquelle ils se pardonnent, de la crainte qu'ils ont de s'approcher indignement de la Communion. Voilà quelles devraient être nos dispositions lorsque nous en approchons nous-mêmes. Jésus-Christ nous propose ces Enfants pour modèle, et nous déclare que si nous ne leur ressemblons nous n'entrerons jamais dans le royaume des cieux : Nisi conversi fueritis et efficiamini sicut parvuli, non intrabitis in reg7ium cœlorum. Que nous en sommes éloignés ! Nous avons été autrefois dans les mêmes sentiments qu'eux en faisant notre première Communion ; les avons-nous conservés? Nous avons fait les mêmes promesses ; les avons-nous gardées? Quel sujet de réflexions !

Je ne veux pas retarder davantage votre bonheur, mes chers Enfants ; il ne nous reste plus qu'à faire les actes pour vous disposer à la sainte Communion.

Hi S SHÉRWOIN

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