‹ Sermons inédits de Bergier. --Chapitre 5 sur 17 · SERMON SUR LA DÉVOTION A LA SAINTE VIERGE · texte numérisé non relu

SERMON SUR LA DÉVOTION A LA SAINTE VIERGE

Egredietur virga de radiée Jesse, et flos de radiée ejus ascendet, et requiescet super eum Spiritus Domini.

« Il sortira une branche du tronc de Jessé, et il » naîtra une fleur de sa tige, et l'Esprit de Dieu re- » posera sur elle. » Isaie, ii, 1 .

C'est de Jésus-Christ, Fils de Dieu et notre Sauveur, que le prophète parlait en ces termes, et dont il prédisait la naissance près de sept cents ans avant qu'elle dût arriver. Jésus-Christ est, par excellence, le fruit de bénédiction qui devait naître de la race de David et de Jessé , en qui devaient s'accomplir toutes les promesses faites aux patriarches depuis le commencement du monde. Il est le Fils bien-aimé sur lequel l'Esprit de Dieu s'est reposé, non pour un temps, mais pour toujours, qui en a possédé toute la plénitude, qui en a répandu les dons sur ceux qui ont cru en lui : Requiescet super eum Spiri-

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tus Domini. L'Église ne pouvait faire une application plus juste de ces mêmes paroles qu'à Marie, Mère de Dieu, dont elle célèbre la naissance comme un des plus grands événements qui puisse fixer notre attention, qui a été le gage des grâces que Dieu destinait au genre humain. Marie est par le sang fille de Jessé et de David, l'héritière des rois de Juda ; c'est elle qui transmet à son Fils tous leurs droits, tous leurs titres, toutes leurs prétentions, qu'elle réunit dans sa personne : Virga de radiée Jesse. Mais ces grandeurs humaines sont le moindre de ses privilèges. Marie est celte fleur mystérieuse dont l'éclat ne fut jamais terni par aucune tache ; sur laquelle l'Esprit de Dieu s'est reposé dès le moment de sa conception; qui en a reçu toute l'effusion lorsque ce divin Esprit a formé dans son sein le Fils de Dieu, dont elle est ainsi devenue la mère : Requiescet super eum Spiritus Domini. Le monde célèbre avec appareil la naissance des rois et des grands de la terre : mais il ignore si c'est un événement heureux ou funeste pour les peuples, si ces princes en deviendront les bienfaiteurs ou les fléaux, s'ils seront des exemples de sagesse ou de dépravation. Nous célébrons à plus juste titre celle de Marie, qui nous prépare d'avance à la naissance du Sauveur, qui est pour nous le commencement du salut, et le gage heureux des bienfaits du ciel. Marie doit être tout à la fois la plus élevée en dignité et la plus sainte de toutes les créatures ; Dieu nous

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donne en elle une protection puissante et un modèle parfait de toutes les vertus.

Voilà, filles chrétiennes, l'important objet que l'Eglise présente à vos réflexions dans le mystère de ce jour, le motif de la solennité qui vous rassemble, et tout le sujet d'un discours destiné uniquement à votre instruction particulière. Comprenezen le dessein. Dieu, par la naissance de Marie, vous donne, je le dis à vous spécialement, une mère dont vous devenez les filles par adoption, et déjà vous concevez les devoirs que cette qualité vous impose : devoirs de respect et d'amour, premier point ; devoirs d'obéissance et d'imitation, second point. Implorons par l'assistance de cette divine Mère les lumières du Saint-Esprit. Ave, Maria.

V* POINT

Ce n'est point une présomption mal fondée qui nous persuade que Marie est la mère commune des fidèles, que nous sommes devenus ses enfants, qu'elle a pour nous toute la charité et la tendresse que la nature et la grâce ont attachées à des noms si touchants, à des liens si étroits : c'est une créance appuyée sur la parole expresse de Jésus-Christ, sur une disposition formelle du Testament de ce Dieuhomme. Rappelons-en les circonstances , elles ne sauraient être plus frappantes. «Jésus était attaché à la croix, prêt à succomber à ses douleurs et à ren-

dre le dernier soupir; il ne lui restait sur la terre que Marie sa mère et le Disciple bien-aimé qui l'avait suivi sur le Calvaire. Il voulut, avant que d'expirer, satisfaire au devoir que lui imposait sa tendresse envers l'un et l'autre et pourvoir à leur destinée. Jetant sur eux un dernier regard : « Femme, » dit-il à Marie, voilà votre fils ; et à son Disciple : » Voilà votre mère : Dixit malri suœ : Millier, ecce » filius taus; deinde dixit Discipulo : Ecce mater » tua. »

Saint Jean, disent les saints Pères, représentait alors toute l'Église de Jésus-Christ; il réunissait, pour ainsi dire, en lui seul tout le corps des fidèles : c'est à eux tous que Jésus-Christ a donné Marie pour mère dans la personne de son Disciple : Ecce mater tua. Dès-lors Marie a reçu dans la personne de saint Jean tous les chrétiens pour ses enfants; nous sommes tous à elle sous ce titre, par le Testament du Sauveur dont nous sommes les frères, qui nous substitue à sa place et dans sa qualité de Fils de Marie : Ecce filius tuus. Dès-lors Marie, soumise aux dernières volontés de son Fils, nous adopte, prend pour nous la même affection qu'elle eut pour Jésus-Christ, devient pour nous la meilleure de toutes les mères : Ecce mater tua.

J'ai ajouté que cette adoption vous regarde spécialement, filles chrétiennes, et je le présente ainsi selon le sentiment des Pères de l'Eglise. Pourquoi, disent-ils, Jésus-Christ a-t-il choisi saint Jean par

préférence pour lui confier le précieux dépôt de sa sainte Mère? Par quelle raison l'heureux Apôtre at-il mérité cette prédilection de son Maître? C'est non-seulement par l'attachement singulier qu'il eut toujours pour Jésus-Christ, mais c'est surtout, dit saint Jérôme par son état de vierge (1). Il convenait, dit saint Ambroise, qu'une mère vierge fût confiée à un fils qui lui ressemblât par cette vertu ; qui, héritier de la chasteté de Jésus-Christ, méritât de l'être encore du seul trésor qu'il possédait sur la terre. C'est, disent plusieurs autres, à cause de la jeunesse de saint Jean, qui était le moins âgé de tous les disciples du Sauveur : il ne lui fallait pas moins que la compagnie et la tendresse d'une mère pour suppléer à son égard les attentions et les bontés de Jésus-Christ. Ces deux qualités, filles chrétiennes, vous sont heureusement communes avec le Disciple bien-aimé ; plus il y a de rapport entre vous et lui, plus vous avez droit de prétendre au don solennel que Jésus-Christ lui a fait de sa Mère : Ecce mater tua.

Par là vous concevez quelle affection vous pouvez espérer de la part de Marie ; la même qu'elle eut pour saint Jean avec lequel elle a passé le reste de ses jours;' la même qu'elle eut pour Jésus-Christ, le plus chéri et le plus tendrement aimé de tous les fils : Ecce films tuas. Par la même conséquence vous

(1 Contr. Jovin., lib. De Instit. Virg.

comprenez toute retendue de \os obligations envers Marie : vous lui devez tout ce que peuvent devoir des filles bien nées à la plus respectable des mères : Ecce mater tua.

Je puis donc interroger ici votre cœur, et prendre les sentiments qu'inspire la nature pour régler ceu\ que prescrit la religion. Je suppose, et c'est vous rendre justice, que vous n'avez jamais manqué à vos devoirs envers la mère dont vous avez reçu le jour; que vous avez pour elle une amitié sincère, une confiance parfaite, un respect profond; que, sensibles à ce que lui ont causé votre naissance et votre éducation, vous ne croirez jamais pousser trop loin pour elle les attentions, la complaisance, les égards : tels doivent être vos sentiments et votre conduite envers Marie : Ecce mater tua.

Mais il est une règle plus sacrée encore et un modèle plus parfait : les mômes paroles de l'Evangile qui vous accordent le nom glorieux de filles de Marie, vous mettent sous les yeux deux grands exemples du culte que vous devez lui rendre : puissiez-vous les imiter désormais ! Je dis qu'une fille chrétienne doit faire pour Marie tout ce qu'a fait pour elle le Disciple bien-aimé, son fils par adoption, tout ce qu'a fait Jésus-Christ, son fils par nature, puisqu'elle succède à tous les deux dans une qualité dont ils ont fait gloire l'un et l'autre ' Ecce mater tua. Donnez à ceci, je vous prie, la plus grande attention.

A peine saint Jean eut recueilli les dernierssoupirs de son Maître, qu'il pensa à remplir fidèlement ses dernières volontés, à s'acquitter de tous les devoirs que lui imposait son adoption et le nouveau titre dont il venait d'être honoré. Il comprit tout le prix du dépôt sacré qui lui était confié, tous les avantages attachés au nom de fils de Marie. Il la reçut chez lui dès ce moment, et s'efforça de remplacer auprès d'elle le Fils bien-aimé qu'elle venait de perdre : Et exinde accepit eam Discipulus in sua. 11 est plus aisé de concevoir que d'exprimer jusqu'où le saint Apôtre poussa les soins, les respects, la confiance, la tendresse envers Marie. Il ne la quitta plus dès-lors ; c'est une opinion établie depuis les premiers siècles de l'Église que cette sainte Mère de Dieu accompagna saint Jean dans ses courses apostoliques et se fixa avec lui dans la ville d'Ephèsc où elle demeura jusqu'à sa mort. C'est dans une société si sainte que le fervent Apôtre continua de puiser les principes de cette haute sagesse qu'il avait reçue à l'école de son Maître, les plus vives lumières pour éclairer l'Eglise par ses écrits, les sentiments de cette charité aimable qui fit toujours son caractère particulier.

Voilà , filles chrétiennes , l'exemple que vous devez vous proposer dans le culte assidu qu'il faut rendre à la divine Marie. Une dévotion tendre pour la Mère de Dieu, qui est aussi la vôtre, doit être votre principal caractère : le plus bel éloge que

l'Eglise ait pu faire de votre sexe a été de dire qu'il est porté d'inclination à la piété : pro devoto femineo sexu. Qu'aucun jour ne se passe sans que vous lui ayez rendu le tribut de vos hommages; qu'aucune des pratiques autorisées par l'Eglise pour l'honorer ne vous soit étrangère. Les prières et les offices composés à sa louange, le chapelet institué pour méditer ses grandeurs et les mystères de notre Rédemption, la lecture des livres édifiants où l'on nous propose ses vertus pour modèles, la célébration fervente de ses fêtes , la fréquentation des sacrements pour les sanctifier, quelques moments passés au pied de ses images, l'estime pour toutes les marques de dévotion qui nous consacrent à son service, la sainte habitude de la saluer régulièrement plusieurs fois le jour : voilà ce que des filles mondaines envisageraient comme des devoirs onéreux, comme une servitude gênante; mais voilà ce qu'une vraie fille de Marie regarde comme les instants de sa vie les plus consolants, comme ses occupations les plus utiles.

Un temps si saintement employé ne donne-t-il pas plus de satisfaction intérieure que celui que l'on perd misérablement dans le monde à des visites ordinairement ennuyeuses et toujours inutiles, à des conversations frivoles et souvent licencieuses, à des amusements ou insipides ou dangereux, à une vaine parure quelquefois aussi ridicule aux yeux des hommes que criminelle aux yeux de Dieu?

La dévotion à la sainte Vierge a été la dévotion de tous les saints : de ceux qui ont vécu dans le monde, comme de ceux qui ont passé leurs jours dans la solitude; des plus grands génies qui ont éclairé l'univers par leur doctrine, aussi bien que des esprits bornés se sont contentés de l'édifier par leurs vertus. Pas un seul qui n'ait fait profession d'honorer singulièrement Marie, qui n'ait travaillé à étendre son culte, à en inspirer le goût à tous les fidèles. Pas un qui n'ait regardé cette piété comme une marque de prédestination et une puissante ressource de la grâce. Pas m| qui, comme saint Jean, n'ait adopté Marie pour sa mère, ne lui ait été intérieurement dévoué, ne lui ait donné, comme Jésus- Christ même, des marques publiques et éclatantes de son attachemeut.

Nous n'avons pas à craindre sans doute de donner dans l'illusion ou de pratiquer une piété abusive, lorsque nous suivons l'exemple de Jésus-Christ notre modèle et notre maître. Or l'Evangile nous fait remarquer en plusieurs endroits le respect, l'obéissance, l'amour que le divin Sauveur eut toujours pour sa sainte Mère. Non-seulement pendant sa jeunesse il fut parfaitement soumis à Joseph et à Marie : Erat subditus Mis; mais durant sa vie publique, dans tout l'éclat de son ministère, au milieu du bruit que faisaient dans la Judée sa doctrine et ses miracles, il ne manqua jamais l'occasion de témoigner son affection et sa déférence pour elle. C'est à

sa prière qu'il fit à Cana le premier de ses prodiges 11 ne rougit point d'être appelé son fils et de partager les humiliations de sa pauvreté : Nonne hic est faber filins Mariœ (1 )? Il consacra le dernier moment de sa vie à lui procurer une ressource et un appui. Puisqu'il a voulu, filles chrétiennes, vous associer par adoption à cette filiation glorieuse, vous ne pouvez mieux régler votre conduite envers votre divine Mère que sur celle qu il a tenue lui-même.

Ce ne serait donc pas assez d'être attachées au culte de Marie par une dévotion intérieure et par des pratiques observée^ en particulier : il convient que vous le soyez encore par une association commune et publique, que vous fassiez gloire aux yeux du monde de l'auguste qualité de filles de Marie, que vous la regardiez comme le plus beau titre que vous puissiez porter.

N'en doutons pas, Jésus-Christ n'est pas moins jaloux de l'honneur de sa sainte Mère que de sa propre gloire. Du haut du ciel où il la fait régner avec lui, il voit avec complaisance les pieuses sociétés formées sous ses auspices, les temples augustes bâtis sous son nom, la pompe de ses fêtes, le zèle de tous les vrais chrétiens pour son culte. En vain l'hérésie en frémit, en vain l'irréligion en murmure, l'Église reconnaît Marie pour sa mère : tant qu'elle subsistera (et elle doit subsister jusque la fin des siècles) ,

(1) Marc, vi, 3.

son respect prendra de nouveaux accroissements.

C'est ainsi, filles chrétiennes, que doit croître de jour en jour votre dévotion envers Marie ; ainsi vous en devez donner des preuves solennelles par l'assiduité à vos saintes assemblées, par le zèle à y maintenir cette régularité exemplaire qui y a toujours régné , par le soin d'y conserver l'union , la paix, la charité, le respect mutuel, sans lesquels il ne peut y avoir ni solide piété, ni véritable vertu. Partout vos prières seraient agréables à Marie ; mais elles le sont encore davantage lorsque, par la réunion de vos voix, vous imitez sur la terre le concert de louanges que les bienheureux lui font dans le ciel. Partout vos exemples peuvent répandre la bonne odeur de Jésus-Christ; mais ils ne sont jamais plus puissants que quand par l'heureux accord de vos cœurs et de vos sentiments vous vous montrez les dignes filles de celle que l'Eglise appelle la Mère de la charité parfaite : Ego mater pulchrœ dileclionis.

Resserrez donc aujourd'hui à ses pieds les nœuds sacrés qui vous unissent : que jamais la légèreté, les défiances , la jalousie, la vanité ne troublent entre vous la concorde et la paix ; que l'innocence et la douceur de vos mœurs puissent faire à jamais l'édification de l'Eglise ; qu'elles inspirent une confusion salutaire à toutes celles qui seraient tentées de négliger cette association sainte, de la regarder comme une dévotion propre aux filles du commun,

mais peu convenable à celles qui tiennent un certain rang dans le monde. S'il y en avait ici de ce caractère, ah ! filles dénaturées, leur dirais-je , Jésus- Christ n'a point rougi de sa mère, et vous rougissez de la vôtre ! Jésus-Christ a respecté les liens qui l'attachaient à une famille obscure, à des parents pauvres, et vous dédaignez d'être unies à une famille sainte, à des compagnes respectables par leur vertu ! Craignez que Marie du haut de son trône ne prononce contre vous le même arrêt que son Fils a prononcé dans l'Evangile : Si quelqu'un rougit de moi devant les hommes, je rougirai de lui devant mon Père : Qui me erubuerit, hune Filius hominis erubescet (1). Marie a préféré à toutes les grandeurs de la terre l'humble qualité de servante du Seigneur : Ecce ancilla Domini (2) ; en est-il une plus honorable pour une chrétienne que celle de servante et de fille de Marie ?

Sous la protection de cette auguste Mère quelle abondance de grâces ne devez-vous pas espérer? Marie, en visitant sa cousine Elisabeth et faisant chez elle un séjour passager, y attira les bénédictions du Ciel , y remplit toute cette famille de l'esprit de Dieu et d'une lumière surnaturelle ; accordera-telle moins de faveurs à la famille sainte de ses filles par adoption, dont la piété l'honore, dont le salut lui est cher ? Marie, pour avoir été invitée à

(1) Luc, ix, 26. — (2) Luc, i, 38.

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l'assemblée des noces de Cana, procure aux deux époux la protection de son Fils, l'engage à faire usage en leur faveur de tout son pouvoir. En ferat-elle moins pour une assemblée de religion où elle préside , où l'on n'est occupé qu'à la louer, l'invoquer, implorer son assistance ? Si quelqu'une d'entre vous doutait de sa bonté , cette Mère de miséricorde lui ferait le même reproche que Dieu lui-même faisait à son peuple par la bouche du pro. phète Isaïe : Une mère peut-elle oublier l'enfant qu'elle a porté dans son sein et manquer de tendresse pour celui qu'elle regarde comme une partie d'ellemême? Numquid oblivisci potest millier infantem suum, ut non misereatur filio nteri sui (1) ? Sachez que quand elle en serait capable, pour moi je ne le ferai jamais. Si Marie es le refuge des pécheurs, si sa charité s'étend même sur ceux qui offensent Dieu et qui l'outragent, en manquera-t-elle pour les âmes pieuses qui la prient, qui mettent en elle leur confiance, qui ont recours à elle comme à leur mère? Non, filles chrétiennes ; tant que vous persévérerez dans cette dévotion qui en a déjà sanctifié tant d'autres, on peut tout espérer de votre

salut.

Que le monde blâme votre conduite ou qu'il

l'approuve, qu'il traite votre piété d'affectation et

de vain spectacle, qu'il se fasse un jeu profane de

(1) Isaïe, xlix, 15.

vos saints exercices : qu'avez-vous à espérer de son approbation ou à craindre de sa censure? — Préférerez-vous au titre glorieux de filles et de servantes de Marie, la vile et odieuse qualité d'esclaves du monde? Mais non; le monde, tout corrompu qu'il est, ne peut s'empêcher d'estimer une conduite édifiante et de rendre hommage à la vertu. Quand il s'agit de juger du mérite d'une jeune personne, toutes les opinions se réunissent, les plus déréglés même s'accordent à penser qu'une piété constante et exemplaire est la preuve la moins équivoque d'un esprit solide et d'un cœur bien fait; qu'une fille chrétienne, affermie dès ses plus tendres années dans la religion et dans le culte de la Mère de Dieu, sera toujours beaucoup moins exposée à se déranger et à contracter des défauts essentiels; que le goût pour la dévotion est incompatible avec le goût du libertinage, que c'est le plus sûr garant de la purelé des mœurs; qu'un caractère dissipé, mondain, indévot, annonce ordinairement une âme ou déjà vicieuse, ou prête à le devenir.

A Dieu ne plaise cependant qu'en servant Marie vous cherchiez l'estime du monde; celle de Dieu doit vous suffire : jamais Marie n'en a ambitionné d'autre. Le devoir d'une fille chrétienne est nonseulement d'honorer, de respecter, d'aimer cette divine Mère, mais encore de l'imiter. C'est le sujet du second point.

IIe POINT.

Nous sommes portés d'inclination à imiter ceux dont nous avons reçu le jour, et à suivre les modèles que nous avons eus sous les yeux dès l'enfance. Heureux ceux qui trouvent dans les exemples domestiques une règle vivante de leurs devoirs, et qui s habituent de bonne heure à la suivre! Cet avantage inestimable leur donne, pour persévérer dans le bien, une facilité plus grande, et leur en impose une obligation plus étroite. — Quiconque est né avec des sentiments se fait un point d'honneur de ne pas démentir les principes d'éducation qu'il a sucés avec le lait, de ne pas dégénérer de la vertu de ses aïeux.

Filles de Marie, je puis vous appliquer ici en particulier ce que saint Léon disait aux chrétiens en général : Reconnaissez la dignité de votre condition et la grandeur de votre destinée : Agnosce dignitatem tuam. Adoptées par la plus sainte de toutes les mères, associées à son auguste famille, prenez des sentiments dignes d'elle et dignes de vous, apprenez à suivre votre modèle : Agnosce dignitatem tuam. Entre toutes les vertus dont Marie a été un exemple parfait, il en est deux surtout qu'il ne faut jamais perdre de vue, son humilité profonde, sa chasteté inviolable. L'une et L'autre sont le plus bel ornement d'une fille chrétienne, le fondement de laper-

fectiori, le seul mérite capable de la rendre agréable aux yeux de Dieu , et estimable aux yeux des hommes.

Tous les docteurs de l'Eglise se sont accordés à dire que l'humilité de Marie a été la source de ses grandeurs, que cette rare vertu a fixé sur elle les regards du Tout-Puissant, et l'a rendue digne, autant qu'une créature peut l'être, du choix dont il l'a honorée et de la dignité suprême de Mère de Dieu. Marie le reconnaît elle-même dans le cantique sublime où elle célèbre les miséricordes du Très- Haut et les desseins adorables de sa sagesse. Le Seigneur, dit-elle, a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante, il m'a rendue un objet d'étonnement et d'admiration pour tous les siècles; toutes les nations publieront à l'envi mon bonheur : Respexit humilitatem ancillœ suœ. Que peut-on ajouter à ces paroles divines pour relever le mérite et le prix de l'humilité?

En vain, filles chrétiennes, vous posséderiez les qualités les plus brillantes de l'esprit et du cœur, en vain vous réuniriez tous les avantages de la nature et de l'éducation ; l'orgueil suffit pour défigurer le plus beau caractère, pour empoisonner tous les dons, pour rendre odieux tous les talents. Sans humilité il n'y eut jamais un mérite parfait : l'humilité seule est le principe de toutes les vertus, le préservatif de tous les défauts.

L'humilité d'abord fait naître la docilité. La pre-

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mière disposition pour profiler des leçons les plus utiles est de sentir que l'on en a besoin ; le premier pas pour se corriger de ses imperfections est de les reconnaître et d'en faire l'aveu. Jésus-Christ, la sagesse éternelle, a daigné se laisser instruire; Marie, toute remplie des lumières du Saint-Esprit , n'a oublié aucune des instructions de son Fils, n'a laissé perdre aucune de ses paroles : Maria conservabat omnia verba hœc. La présomption qui croit tout savoir, être capable de tout, qui ne sait rien craindre ni rien prévoir , est la source ordinaire des chutes et des égarements de la jeunesse.

C'est l'humilité qui accoutume à l'obéissance. Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, s'est rendu obéissant jusqu'à la mort ; Marie , la plus favorisée du Ciel de toutes les créatures, a été en même temps la plus éprouvée et la plus soumise. Filles de Marie, l'obéissance est dans le partage de votre étal; elle est pour une une jeune personne l'école de la sagesse : quiconque n'a pas appris à obéir avec soumission, ne saura jamais commander avec prudence. Elle ne paraît un joug et un esclavage qu'aux esprits vains et superbes , mais elle ne coûte rien à une fdle qui n'a pas oublié la religion , et c'est la plus sûre gardienne de sa vertu.

C'est l'humilité qui est la source de la douceur. Jésus-Christ les a toujours réunies dans ses leçons comme dans ses exemples , parce qu'elles

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sont inséparables. La hauteur, la fierté, le Ion impérieux, les airs désobligeants, l'humeur capricieuse et bizarre, sont les fruits empestés de l'orgueil ; caractère dangereux , qui trouble la paix des familles, éteint la charité dans tous les cœurs, remplit la société d'ennuis et d'amertume. En vain l'on s'applique à le déguiser sous des apparences de politesse : une seule parole suffît pour faire tomber ce masque emprunté, pour faire éclater les plus énormes défauts. L'orgueil, qui croit que tout lui est dû et qu'il ne doit rien à personne, ne sait jamais ménager le prochain ni s'en faire aimer. Marie, élevée à l'auguste dignité de Mère de Dieu, prévient sa cousine Elisabeth, prend part à la joie que lui cause une fécondité miraculeuse, lui rend des services, se fait admirer par sa complaisauce autant que par sa vertu.

C'est l'humilité qui perfectionne la piété ; dès que l'orgueil vient à s'y glisser, elle n'est plus d'aucun mérite devant Dieu. Il veut qu'en le servant nous ne pensions qu'à lui plaire , sans chercher ni à être applaudis des hommes ni à nous contenter nous-mêmes. Quiconque mêle aux pratiques de religion des vues étrangères a déjà reçu sa récompense. Une fdle sincèrement pieuse ne cherche point à le paraître; elle n'affecte dans sa dévotion ni l'éclat ni la singularité; elle se souvient que Marie, enrichie des dons du Ciel, appelée par un Ange pleine de grâce et la plus heureuse des inères, demeure confondue dans la

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foule des femmes de Nazareth', ne va au temple que dans la compagnie de ses parents et de ses voisins : In ter cognai os et nolos.

C'est l'humilité qui inspire la modestie. V\\e humble servante de Marie ne donne ni dans les bizarreries des modes, ni dans le goût d'une vaine parure ; elle se tient en garde contre les sociétés suspectes, contre l'air contagieux du monde; elle ne pense ni à se donner en spectacle, ni à fixer sur elle les regards, ni à rassembler autour d'elle de ridicules adorateurs; elle craint autant le poison des louanges que les outrages de la calomnie ; elle se console d'être inconnue et ignorée comme Marie, qui ne sort de chez elle que lorsque la piété, la bienséance ou la charité l'exigent, se tient renfermée dans l'intérieur de sa famille et les occupations de son état : Reversa est in domum suam.

C'est l'humilité qui conserve la tranquillité et la paix intérieure. Jésus-Christ l'a promis, et sa parole ne peut être vaine; il faut être comme lui doux et humble de cœur , si nous voulons avoir la paix avec le prochain et avec nous-mêmes : Discite a me quia mitis sum et humilis corde, et invenietis requiem animabus vestris (1). Une fille vraiment humble est incapable des faiblesses de la jalousie et des aigreurs de la malignité, de la curiosité qui veut tout savoir et de la témérité qui veut tout blâmer; elle ne connaît

{\) Matth. xi, 29.

ni les préventions, ni les haines, ni les contestations, ni la médisance ; elle cherche, comme Marie, plutôt à s'entretenir avec Dieu qu'à converser avec les hommes : Conférons in corde suo.

2° Enfin , l'humilité est le moyen le plus efficace pour garder sans tache la sainte vertu de chasteté. Filles de Marie , c'est ici le plus beau privilège de votre Mère, et le plus précieux don que le Ciel puisse vous faire. Marie en a si bien connu le prix, que, selon le sentiment des Pères de l'Église, elle aurait renoncé à l'éminente dignité de Mère de Dieu , s'il eût fallu l'acquérir aux dépens de sa virginité. La délicatesse de sa pudeur est troublée du discours que lui adresse l'Ange du Seigneur pour lui annoncer le mystère ineffable qui doit s'opérer en elle ; elle demande comment ce prodige peut s'accorder avec le vœu qu'elle a fait d'observer une continence perpétuelle : Quomodo fiet istud quoniam virnm non cognosco ? Il faut que l'Ange lui promette de la part de Dieu que tout s'accomplira par l'opération surnaturelle de l'Esprit saint pour la rassurer et obtenir son aveu : Fiat mihi secundum verbum tuum.

Quel témoignage plus éclatant Dieu lui-même pouvait-il donner de l'estime qu'il a pour cette sainte vertu, que le choix qu'il a fait de la plus pure des vierges pour être la mère de son Fils ? Il renverse l'ordre constant de la nature, il multiplie les prodiges, il fait, pour ainsi dire, un effort de sa toutepuissance pour conserver la pureté de cette Mère

divine dans toute sa perfection. « Non, s'écrie làdessus saint Bernard, si un Dieu devait se revêtir de notre nature, il ne pouvait naître que d'une vierge ; et si une vierge devait devenir mère, elle ne pouvait enfanter qu'un Dieu. »

Par une singularité remarquable, le monde se trouve ici d'accord avec le Ciel sur l'estime due à la sainte virginité, et le préjugé public se réunit aux lois de la religion pour en faire sentir l'importance. Sur cet article essentiel, le monde ne pardonne rien: la moindre indécence, le plus léger soupçon suffit pour flétrir la réputation d'une fille chrétienne, pour y imprimer une tache que rien ne peut effacer, pour la couvrir d'un opprobre dont elle ne se lavera jamais. La naissance ni la fortune, l'esprit ni les agréments, ne remplaceront jamais dans l'opinion des hommes le mérite inestimable de la pudeur. Le libertinage même, au milieu des efforts qu'il s'obstine à faire pour en triompher, méprise en secret celles qui ont la faiblesse de succomber à ses poursuites.

Préjugé bien fondé, sans doute; fasse le Ciel qu'il ne s'affaiblisse jamais! Filles chrétiennes, il est de votre intérêt de le maintenir pour servir de barrière au torrent de la dépravation, qui vous entraînerait enfin vous-mêmes. Souvenez-vous que c'est de votre exactitude à observer scrupuleusement les règles de la décence, que dépend principalement l'innocence des mœurs publiques et l'honneur de vos familles; que c'est un double dépôt que Dieu a confié à votre vigi-

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lance, el dont il vous demandera compte; que si vous y laissiez donner atteinte, vous en seriez les premières victimes; que vous cesserez d'être respectables dès que vous négligerez un moment de vous faire respecter.

Mais inutilement on prétend conserver cette fleur délicate de la pudeur au milieu de l'air contagieux que Ion respire parmi les amusements du monde ; la vanité et l'empressement de plaire, le goût poulies compagnies de la jeunesse et pour les plaisirs, les airs évaporés et volages, la liberté de tout dire et de tout entendre, sont les signes trop certains d'une chasteté équivoque. Ce n'est point ainsi que les saints sont parvenus à conserver la leur. La mortification et la prière, la vigilance sur ses sens et la fuite du monde, le recueillement et le travail : voilà les armes dont ils se sont servis pour combattre avec succès contre les ennemis de la sainte virginité. Celles qui affrontent le péril sont déjà plus qu'à demi vaincues , elles ne tarderont pas à porter la peine de leur témérité. Déjà le public annonce leur chute, et les en punit d'avance par la malignité de ses censures.

Vainement encore on croit être à l'abri de la médisance par une conduite régulière dans le fond, ou s'en consoler par le témoignage prétendu d'une conscience tranquille. Le soupçon seul est une tache; y donner lieu par imprudence, c'est déjà un crime. Filles de Marie, ne l'oubliez jamais, l'honneur de votre Mère est ici compromis aussi bien que le vôtre.

Marie est jalouse, non-seulement de l'innocence de ses servantes, mais encore de leur réputation. Ce serait peu qu'une société formée pour sa gloire fut exempte de crime, si elle n'est en même temps à couvert de reproche ; toutes celles qui la composent doivent être non-seulement vertueuses à ses yeux , mais encore irrépréhensibles aux yeux des hommes.

Il ne vous sera pas difficile d'y réussir, puisque nous n'avez besoin, pour cela, que de vous soutenir dans la régularité qui a distingué jusqu'ici votre société sainte; dans la confiance et la dévotion à Marie, à laquelle vous êtes redevables de tant de grâces; dans la charité sincère qui vous unit, dans le respect et la docilité pour le vertueux Directeur dont les soins ont un si heureux succès. Il me suffit donc de vous exhorter, en finissant, à ne pas dégénérer de votre ferveur passée ; après l'exemple de votre divine Mère, le plus parfait que je puisse vous proposer, est votre propre exemple.

Continuez donc, Vierge sainte, à protéger cette famille aussi fervente que nombreuse qui vous honore comme sa mère, qui vous regarde après Dieu comme son unique refuge , qui s'efforce de vous imiter comme le plus parfait des modèles. Par votre intercession toute-puissante continuez d'y faire descendre les bénédictions du ciel et des grâces de sainteté pour la gloire de votre Fils, pour votre propre gloire, pour la consolation de tous vos servi-

teurs. Que cette association pieuse, formée sous votre protection, soit à jamais l'édification de l'Eglise, une école féconde en vertus et en bons exemples. Que tous ceux qui se réunissent ici-bas pour chanter vos louanges puissent être un jour réunis de même dans le sein de Dieu pour y jouir avec vous du bonheur éternel î Ainsi soit-il.

MÊME SUJET

fùm vidisset Jésus matrem et cliscipulum stantem quem diligebat, dixit matri suce : Millier, ecce filins tuas ; cleindè dicit discipulo : Ecce mater tua.

« Jésus ayant vu sa mère et son disciple bien-ai- » mé au pied de la croix, dit à sa mère : Femme » voilà votre fils; ensuite il dit à son disciple : Voilà » votre mère. » Joan. xix, 26.

Voici, M. F., une disposition solennelle du testament de Jésus-Christ et l'une des paroles les plus remarquables qui soient sorties de la bouche de notre divin Sauveur. La circonstance où il l'a proférée, l'intérêt que nous y devons prendre, la grandeur du don qu'il nous a fait, l'obligation qu'il nous impose, tout doit exciter ici notre attention. Jésus était attaché à la croix, prêt à succomber à ses douleurs et à rendre le dernier soupir; il ne possédait rien sur la terre : un Dieu pauvre, abandonné, dépouillé même de ses habits, n'avait rien à léguer à personne. Mais il lui restait une mère tendrement

aimée et un disciple fidèle 'jui l'avaient suivi sur le Calvaire : il fallait pourvoir à leur destinée. Jetant sur eux un dernier regard, il ordonne à Marie d'adopter saint Jean pour son fils, et à saint Jean de recevoir Marie pour sa mère : Ecce filins tuus : Ecce mater tua.

Cet Apôtre, disent les saints Pères, représentait alors toute l'Église ; il réunissait pour ainsi dire en lui seul tout le corps des fidèles; c'est à eux tous que Jésus-Christ a donné Marie pour mère dans la personne de son disciple; dès-lors Marie a reçu dans la personne de saint Jean tous les chrétiens pour ses enfants : nous sommes tous à elle sous ce titre par le testament du Sauveur, dont nous sommes les frères, qui nous substitue à sa place et dans sa qualité de Fils de Marie. Dès-lors Marie en prenant pour nous des sentiments de mère en acquiert aussi tous les droits, et en vertu des dernières volontés de Jésus-Christ nous lui devons tout ce que des enfants adoptifs peuvent devoir à la plus respectable des mères : Ecce mater tua.

Indépendamment de cette adoption solennelle, il n'est aucun de nous, M. F., qui ne se soit engagé à la divine Marie par de nouveaux liens. En nous agrégeant à ses confréries, en nous revêtant de ses livrées, en assistant aux assemblées de ses serviteurs, nous l'avons choisie de nouveau pour notre mère, et pour avoir part à la protection qu'elle accorde à ses enfants, nous avons promis de nous glo-

rifier de cette qualité et d'en remplir exactement tous les devoirs : Ecce filins Unis.

Déjà vous les comprenez , ces devoirs ; vous en concevez toute l'importance et l'étendue. La nature nous les prescrit et nous les inspire envers ceux dont nous avons reçu le jour : la religion doit nous les inspirer de même envers Marie, mère de Dieu, et qui est devenue spécialement la noire : Ecce mater tua. C'est ce qui va faire en peu de mots le sujet et le partage de cette instruction. Devoirs de respect et d'amour, premier point. Devoirs d'obéissance et d'imitation, second point. Sujet bien convenable à la solennité qui nous rassemble, M. F., et que l'on a toujours célébrée dans cette paroisse avec empressement et avec zèle. Que ne puis-je les augmenter encore i affermir pour jamais la dévotion à Marie dans les âmes justes, et la faire naître dans le cœur des pécheurs ! Demandons-lui cette grâce et les lumières du Saint-Esprit. Ave, Maria.

r POINT.

Je l'ai déjà dit, M. F., pour comprendre quel respect, quel amour, quelle reconnaissance nous devons à la Mère de Dieu dont nous sommes les enfants adoptifs, il suffirait d'interroger notre cœur, s'il était plus docile à la voix de la nature, et de nous rappeler ce que nous sentons ou ce que nous avons senti autrefois pour la mère que Dieu nous a

donnée sur la terre, qui nous a portés clans son sein, qui nous a nourris de sa propre substance, qui s'est fatiguée à nous tenir dans ses bras, dont nous avons si souvent troublé le sommeil et la tranquillité par nos pleurs, à laquelle, en un mot, nous sommes redevables de la naissance et de l'éducation. Mais, comme au milieu même du Christianisme il ne se trouve que trop souvent des cœurs dénaturés qui oublient ce qu'ils doivent à leur famille, et qui en deviennent ainsi la honte et le fléau, il faut chercher une règle plus sûre et un modèle plus frappant. Les mêmes paroles de l'Evangile qui nous accordent le nom glorieux d'enfants de Marie nous mettent sous les yeux deux grands exemples du culte que nous devons lui rendre : puissions-nous les imiter désormais ! Je dis donc qu'un chrétien doit faire pour Marie tout ce qu'a fait pour elle le disciple bien-aimé, son fils par adoption, tout ce qu'a fait pour elle Jésus-Christ môme, son fils par nature ; puisque nous succédons à tous les deux dans une qualité dont ils ont fait gloire l'un et l'autre. Ecce mater tua. Donnez à ceci, je vous prie, la plus grande attention.

A peine saint Jean eut recueilli les derniers soupirs de son Maître qu'il pensa à remplir fidèlement ses dernières volontés, à s'acquitter de tous les devoirs que lui imposaient son adoption et le nouveau titre dont il venait d'être honoré. 11 comprit toute la valeur du dépôt sacré qui lui était confié, tous les

A LA SAIINTi*: VIERGE. 111

avantages attachés au nom de fils de Marie. Il la reçut chez lui dès ce moment, et s'efforça de remplacer auprès d'elle le Fils bien-aimé qu'elle venait de perdre : Et exindè accepit eam discipulus in sua. Il est plus aisé de concevoir que d'exprimer*jusqu'où le saint Apôtre poussa les soins, le respect, la confiance, la tendresse envers Marie. Il ne la quitta plus dès-lors; c'est une opinion établie depuis les premiers siècles de l'Eglise que cette sainte Mère de Dieu accompagna saint Jean dans ses courses apostoliques et se fixa avec lui dans la ville d'Ephèse où elle demeura jusqu'à sa mort. C'est dans une société si sainte que le fervent Apôtre continua de puiser les principes de cette haute sagesse qu'il avait reçue de son Maître, les plus vives lumières pour éclairer l'Eglise par ses écrits, les sentiments de cette charité aimable qui fit toujours son caractère particulier. Voilà, M. F., l'exemple que nous devons nous proposer du culte assidu qu'il faut rendre à la divine Marie. Une dévotion tendre pour la Mère de Dieu, qui est aussi la nôtre, doit être le caractère de tout chrétien qui a son salut à cœur. Qu'aucun jour ne se passe, sans que nous lui rendions le tribut de nos hommages ; qu'aucune des pratiques autorisées par l'Eglise pour l'honorer ne nous soit étrangère. Les prières et les offices composés à sa louange, le chapelet institué pour méditer ses grandeurs et les mystères de notre rédemption, la lecture des livres édifiants où l'on nous propose ses vertus pour

modèle, la célébra lion fervente de ses fêtes, la fréquentation des sacrements pour les sanctifier, quelques moments passés au pied de ses images, l'estime pour toutes les marques de dévotion qui nous consacrent à son service, la sainte habitude de la saluer régulièrement plusieurs fois le jour : voilà ce que des chrétiens indévots envisagent comme des devoirs onéreux, comme une servitude gênante; mais voilà ce qu'un fidèle enfant de Marie regarde comme les instants de sa vie les plus consolants, comme ses occupations les plus utiles.

Un temps si saintement employé ne donne-t-il pas plus de satisfaction intérieure que celui que Ton perd misérablement dans le monde, surtout les jours de fêtes, à des conversations toujours inutiles et souvent licencieuses, où la pudeur est blessée, où le prochain est méprisé et diffamé, où les vices et les scandales d'une paroisse sont divulgués et exagérés ; .à ces parties d'intempérance et de débauche où l'on dérange également sa conscience, sa réputation , sa fortune ; à ces assemblées tumultueuses de jeux d'où naissent ordinairement les querelles , le libertinage des jeunes gens, le dérangement des familles ; à ces pèlerinages même suspects dont la dévotion n'est que le prétexte , auxquels la piété a moins de part que l'envie de courir et de se dérober pour quelque temps aux devoirs de son étal?

La dévotion à la sainte Vierge a été la dévotion de tous les saints, de ceux qui oui vécu dans le monde,

comme de ceux qui ont passé leurs jours dans la solitude; des plus grands génies qui ont éclairé l'univers par leur doctrine, aussi bien que des esprits bornés qui se sont contentés de l'édifier par leurs vertus. Pas un seul qui n'ait fait profession d'honorer singulièrement Marie, qui n'ait travaillé à étendre son culte, à en inspirer le goût à tous les fidèles. Pas un qui n'ait regardé cette piété comme une marque de prédestination et une puissante ressource de la grâce. Pas un qui, comme saint Jean, n'ait adopté Marie pour sa mère, ne lui ait été intérieurement dévoué, ne lui ait donné, comme Jésus-Christ même, des marques publiques et éclatantes de son attachement. Nous n'avons pas à craindre sans doute de donner dans l'illusion ou de pratiquer une piété abusive, lorsque nous suivons l'exemple de Jésus-Christ notre modèle et notre maître. Or, l'Évangile nous fait remarquer, en plusieurs endroits, le respect, l'obéissance, l'amour que le divin Sauveur eut toujours pour sa sainte Mère. Non-seulement pendant sa jeunesse il fut parfaitement soumis à Joseph et à Marie: Krat subditus Mis; mais durant sa vie publique, dans tout l'éclat de son ministère, au milieu du bruit que faisaient dans la Judée sa doctrine et ses miracles, il ne manqua jamais l'occasion de témoigner son affection et sa déférence pour elle . C'est à sa prière qu'il fit à Cana le premier de ses prodiges ; il ne rougit point d'être appelé son fils et de partager les humiliations de sa pauvreté : Nonne hic est faber filins

Mariœ (1)? Il consacra le dernier moment de sa vie à lui procurer une ressource et un appui. Puisqu'il a voulu, M. F., nous associer par adoption à cette filiation glorieuse, nous ne pouvons mieux régler notre conduite envers notre divine Mère que sur celle que Jésus-Christ a tenue lui-même.

Ce ne serait donc pas assez d'être attachés au culte de Marie par une dévotion intérieure et par des pratiques observées en particulier : il convient que nous le soyons encore par des associations communes et publiques, que nous fassions gloire aux yeux du monde de l'auguste qualité d'enfants de Marie , que nous la regardions comme le plus beau titre qu'un chrétien puisse porter.

N'en doutons pas, Jésus-Christ n'est pas moins jaloux de l'honneur de sa sainte Mère que de sa propre gloire. Du haut du ciel où il la fait régner avec lui, il voit avec complaisance les pieuses sociétés formées sous ses auspices, les temples augustes bâtis sous son nom, la pompe de ses fêtes , le zèle de tous les vrais chrétiens pour son culte. En vain l'hérésie en frémit, en vain l'irréligion en murmure : l'Église reconnaît Marie pour sa mère ; tant qu'elle subsistera (et elle doit subsister jusqu'à la consommation des siècles), son respect prendra de nouveaux accroissements.

C'est ainsi, M. F., que doit croître de jour en jour votre dévotion envers Marie ; ainsi vous en de-

(I) Marc, vi, 3.

vez donner des preuves publiques par l'assiduité aux saintes assemblées qui se forment dans toute la paroisse pour honorer la Mère de Dieu. Partout vos prières lui seraient agréables; mais elles le sont encore davantage, lorsque par la réunion de vos voix vous imitez le concert de louanges que les bienheureux lui font dans le ciel. Partout vos exemples peuvent répandre la bonne odeur de Jésus-Christ ; mais ils ne sont jamais plus puissants que lorsqu'ils sont unanimes, que quand, par l'heureux accord de vos sentiments, vous vous montrez les dignes enfants de celle que l'Eglise appelle la Mère de la charité parfaite : Ego mater pulchrœ dilectionis.

Reserrez donc aujourd'hui, pieux confrères du Scapulaire, resserrez aux pieds de Marie les nœuds sacrés de dévotion et de fraternité qui vous unissent. Que jamais aucun intérêt temporel ne soit capable de désunir des fidèles qui composent la famille sainte de la Mère de Dieu. Que l'innocence et la douceur des serviteurs de Marie puissent faire à jamais l'édification de l'Eglise. Qu'ils inspirent une confusion salutaire à tous ceux qui négligent cette pieuse association, qui la regardent comme une dévotion indifférente, sans laquelle on peut également faire son salut. S'il y avait ici des chrétiens de ce caractère, ah! enfants dénaturés, leur dirais-je, Jésus-Christ n'a point rougi de sa Mère, et vous en rougissez ! Jésus-Christ a respec-

té les liens qui l'attachaient à une famille obscure, à des parents pauvres, et vous dédaignez d'être unis à une famille sainte, aux pieux serviteurs de la Mère de Dieu ! Craignez que Marie, du haut de son trône , ne prononce contre vous le même arrêt que son Fils a prononcé dans l'Evangile : Si quelqu'un rougit de moi devant les hommes , je rougirai de lui devant mon Père : Qui me erubuerit, hune Filius hominis erubescet (1). Marie a préféré à toutes les grandeurs de la terre l'humble qualité de servante du Seigneur : Ecce ancilla Domini (2,; en est-il une plus honorable pour un chrétien que celle d'enfant et de serviteur de Marie ?

Sous la protection de cette auguste Mère , quelle abondance de grâces ne devez-vous pas espérer? Marie en visitant sa cousine Elisabeth, et faisant chez elle un séjour passager, y attira les bénédictions du Ciel, remplit toute cette famille de l'esprit de Dieu et d'une lumière surnaturelle : accordera-t-elle moins de faveurs à la famille sainte de ses enfants par adoption, dont la piété l'honore, dont le salut lui est cher? Marie , pour avoir été invitée à l'assemblée des noces de Cana, procure aux deux époux la protection de son Fils, l'engage à faire usage en leur faveur de tout son pouvoir : en fera-t-elle moinspour les assemblées de religion où ellepréside,

(I) Luc. ix, 16.— (2) Luc. u, 48.

où l'on n'est occupé qu'à la louer, qu'à l'invoquer, qu'à implorer son assistance? Si quelqu'un d'entre nous doutait de sa bonté, cette Mère de miséricorde lui ferait le même reproche que Dieu faisait à son peuple par la bouche du prophète Isaïe : Une mère peut-elle oublier l'enfant qu'elle a porté dans son sein et manquer de tendresse pour celui qu'elle regarde comme une partie d'elle-même ? Numquul oblivisci potes t millier infantem siium, utnonmisereutur filio uteri sui? Sachez que, quand elle en serait capable, pour moi je ne le ferai jamais. Si Marie est le refuge des pécheurs, si sa charité s'étend sur ceux même qui offensent Dieu et qui l'outragent, en manquera-t-elle pour les âmes pieuses qui la prient, qui mettent en elle leur confiance, qui ont recours à elle comme à leur mère ? Non , M. F. , tant qu'un chrétien persévérera dans cette dévotion qui en a déjà sanctifié tant d'autres, on peut tout espérer de son salut.

Voilà, M. F. , ce qui avait excité autrefois le zèle de vos ancêtres et leur tendre piété envers la sainte Mère de Dieu. On se souvient encore de l'ancienne confrérie érigée dans cette église à son honneur, il y a près de deux siècles ; du nombre prodigieux de confrères , tant de la paroisse que des environs, qui y étaient agrégés ; de la pompe et de l'éclat avec lesquels on y célébrait les fêtes de la sainte Vierge. Alors, M. F., remarquez-le, je vous prie, alors la paroisse était bien réglée, et

118 SERMOK SUR LA DÉ\OTION

faisait l'édification du voisinage. Alors l'ivrognerie n'y était ni publique ni héréditaire, et l'impudicité n'avait pas encore osé s'y montrer. Alors Dieu protégeait les familles : on les voyait se soutenir et prospérer pendant plusieurs générations. Quels reproches n'aurait-on point à vous faire, M. F., si vous dégénériez de la piété de vos aïeux ? si , tandis qu'ils étaient si dévoués au culte de Marie, nous ne pouvions réussir à vous l'inspirer? Tant que les congrégations ne seront pas fréquentées avec plus d'assiduité , tant que nous verrons le grand nombre des paroissiens s'enfuir de l'église dès que l'on commence ce pieux exercice , nous ne pouvons nous flatter de rétablir jamais la pureté des mœurs dans la paroisse. Mais si, au contraire, l'ancienne ferveur venait à se réveiller, alors nous croirions toucher à l'heureux changement après lequel nous soupirons depuis si longtemps : en prenant le goût d'honorer assidûment la sainte Mère de Dieu, on s'accoutumerait insensiblement à l'imiter. C'est le second devoir des fidèles enfants de Marie et le sujet du second point.

Ile POINT.

Nous sommes portés d'inclination, M. F., à imiter ceux dont nous avons reçu le jour et à suivre les modèles que nous avons eus sous les yeux dès l'enfance. Heureux ceux qui trouvent dans les

A LA SÀttTE VIERGE. 1 1 '.)

exemples domestiques une règle vivante de leurs devoirs et qui s'habituent de bonne heure à la suivre! Cet avantage inestimable leur donne pour persévérer dans le bien une facilité plus grande et leur en impose une obligation plus étroite. Quiconque est né avec des sentiments se fait un point d'honneur de ne pas démentir les principes d'éducation qu'il a sucés avec le lait, de ne pas dégénérer de la vertu de ses aïeux.

Enfants de Marie, je puis donc vous appliquer ici en particulier ce que saint Léon disait aux chrétiens en général : Reconnaissez la dignité de votre condition et la grandeur de votre destinée : Âgnosce dignitatem tuam. Adoptés par la plus sainte de toutes les mères, associés à son auguste famille, prenez des sentiments dignes d'elle et dignes de vous: apprenez, à suivre votre modèle: Agnosce dignitatem tuam. Entre toutes les vertus dont Marie a été un exemple parfait, il en est deux surtout qu'il ne faut jamais perdre de vue, son humilité profonde, sa chasteté inviolable. L'une et l'autre sont le plus bel ornement d'une âme chrétienne, le seul mérite capable de nous rendre agréables aux yeux de Dieu et respectables aux yeux des hommes.

Tous les docteurs de l'Église se sont accordés a dire que l'humilité de Marie a été la source de ses grandeurs ; que cette rare vertu a fixé sur elle les regards du Tout-Puissant, l'a rendue digne, autant qu'une créature peut l'être, du choix dont il l'a ho-

120 SERMOn SUR LA IlLVOTIO.f

norée et de la dignité suprême de Mère de Dieu. Marie le reconnaît elle-même dans le cantique sublime où elle célèbre les miséricordes du Très-Haut et les desseins adorables de sa sagesse. Le Seigneur, dit-elle, a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante : il m'a rendue un objet d'étonnement et d'admiration pour tous les siècles; toutes les nations publieront à l'envi mon bonheur: Respexit hwnilitalem ancillœ suœ. Que peut-on ajoutera ces paroles divines pour relever le mérite et le prix de l'humilité?

En vain, M. F., une personne posséderait les qualités les plus brillantes de l'esprit et du cœur, en vain elle réunirait tous les avantages de la nature, de la fortune, de l'éducation; l'orgueil suffit pour défigurer le plus beau caractère, pour empoisonner tous les dons, pour rendre odieux tous les talents. Sans humilité il n'y eut jamais un mérite parfait, l'humilité seule est le principe de toutes les vertus, le préservatif de tous les défauts. L'exemple de Marie suffît pour nous en convaincre.

L'humilité d'abord fait naître la docilité; celle-ci est nécessaire, non-seulement aux jeunes gens, niais à. tous les hommes. La première disposition pour se conduire sagement est de sentir que l'on a besoin d'avis et de conseils, que nos inférieurs même peuvent quelquefois nous en donner de très-salutaires : le premier pas pour se corriger de ses imperfections est de les reconnaître et d'en faire l'aveu. Jésus- Christ, la sagesse éternelle, a daigné se laisser in-

A LA SAISTK VIEKGE. 121

struirc ; Marie, toute remplie des lumières du Saint- Esprit, n'a oublié aucune des instructions de son Fils, n'a laissé perdre aucune de ses paroles : Maria conservabat omnia verba hœc. La présomption, qui croit tout savoir, être plus éclairée que les autres, qui ne sait rien craindre ni rien prévoir, est la source ordinaire des chutes et des fausses démarches que l'on fait dans tous les états de la vie.

C'est l'hu milité qui accoutume à l'obéissance. Jésus-Christ, le fils unique de Dieu, s'est rendu obéissant jusqu'à la mort; Marie, la plus favorisée du Ciel de toutes les créatures, a été en même temps la plus éprouvée et la plus soumise. L'obéissance, M. F., est nécessaire dans tous les états, parce que dans tous nous avons des supérieurs ; celui qui ne sait pas se soumettre aux hommes en vue de Dieu, ne sera pas plus fidèle à obéir à Dieu lui-même et aux ordres de sa Providence. Elle est pour tout le monde l'école de la sagesse : quiconque n'a pas appris à obéir par raison ne saura jamais commander avec prudence. La subordination ne paraît un joug et un esclavage qu'aux esprits vains et superbes, mais elle ne coûte rien à une âme qui n'a pas oublié sa religion; et c'est, dans les jeunes gens surtout, la plus sûre gardienne de la vertu.

C'est l'humilité qui es! la source de la douceur : Jésus-Christ les a toujours réunies dans ses leçons comme dans ses exemples, parce qu'elles sont inséparables. La hauteur, la fierté, le ton impérieux, les

airs désobligeants, l'humeur capricieuse et bizarre, sont les fruits empestés de l'orgueil. Caractère dangereux qui trouble la paix des familles, éteint la charité dans tous les cœurs, remplit la société d'ennuis et d'amertume. L'orgueil, qui croit que tout lui est dû et qu'il ne doit rien à personne, ne sait jamais ménager le prochain ni s'en faire aimer. Marie, élevée à l'auguste qualité de Mère de Dieu, prévient sa cousine Elisabeth, prend part à la joie que lui cause une fécondité miraculeuse, lui rend des services, se fait admirer par sa complaisance autant que par sa vertu.

L'humilité accoutume à souffrir et forme en nous la patience chrétienne : nous ne sommes révoltés contre les croix que parce que nous croyons que Dieu doit nous prodiguer ses bienfaits ou ménager notre faiblesse dans les châtiments. Commençons par nous persuader que Dieu ne nous doit rien, que quand il nous fait du bien c'est une pure grâce, que quand il nous châtie il le fait toujours beaucoup moins que nous ne l'avons mérité. Nous ne serons plus surpris quand même il nous traiterait aussi rigoureusement que Marie. Jamais elle n'a péché, et jamais elle n'a cessé de porter la Croix avec son Fils : dès le moment qu'elle l'a mis au monde, Dieu lui a montré d'avance le glaive de douleur qui devait lui percer le sein sur le Calvaire: Tnam ipsius animampertransibit gladius. L'humilité perfectionne la piété ; dès que l'orgueil vient à s'y glisser, elle n'est plus d'aucun mérite de-

vant Dieu. Il "veut qu'en le servant nous ne pensions qu'à lui plaire, sans chercher à être applaudis des hommes ni à nous contenter nous-mêmes. Celui qui mêle aux pratiques de religion des vues étrangères a déjà reçu sa récompense. Une âme sincèrement pieuse ne cherche point à le paraître ; elle n'affecte dans sa dévotion ni l'éclat ni la singularité; elle se souvient que Marie, enrichie des dons du Ciel, appelée par un Ange pleine de grâce et la plus heureuse des mères, demeure confondue dans la foule des femmes de Nazareth, ne va au Temple que dans la compagnie de ses parents et de ses voisins : Inter cogna/os et notos.

C'est donc l'humilité qui procure la tranquillité et la paix intérieure. Jésus-Christ l'a promis, et sa parole ne peut être vaine ; il faut être comme lui doux et humbles de cœur, si nous voulons avoir la paix avec le prochain et avec nous-mêmes : Discite a me quia mitis sumethumilis corde, etinvcnietis requiem animabus vestons (1). Un cœur vraiment humble est incapable des faiblesses de la jalousie et des aigreurs de la malignité , de la curiosité qui veut tout savoir et de la témérité qui veut tout blâmer; il ne connaît ni les préventions, ni la haine, ni les contestations, ni la médisance. Il cherche plutôt, comme Marie , à s'entretenir avec Dieu qu'à converser avec les hommes : conferens in corde suo.

(1) Matth. xi, 29.

124 SEKMON SLR LA DÉVOTION

Enfin, l'humilité est le moyen le plus efficace pour garder sans tache la sainte vertu de chasteté. Enfants de Marie , c'est ici le plus beau privilège de notre divine Mère, et le don le plus précieux que le Ciel puisse faire à un cœur chrétien. Marie en a si bien connu le prix que , selon le sentiment des Pères de l'Église , elle aurait renoncé à l'éminente dignité de Mère de Dieu, s'il eût fallu l'acquérir aux dépens de sa virginité. La délicatesse de sa pudeur est alarmée du discours que lui adresse l'Ange du Seigneur pour lui annoncer le mystère ineffable qui doit s'opérer en elle; elle demande comment ce prodige pourra s'accorder avec le vœu qu'elle a fait d'observer une continence perpétuelle : Quomado fiet istud , quoniam virum non cognosco? Il faut que l'Ange lui promette, de la part de Dieu , que tout s'accomplira en elle par l'opération surnaturelle de l'Esprit saint , pour la rassurer et obtenir son aveu : Fiat mihi secundùm verbum tuiim.

Quel témoignage plus éclatant Dieu lui-même pouvait-il donner de l'estime qu'il a pour cette sainte vertu , que le choix qu'il fait de la plus pure des vierges pour être la mère de son Fils? 11 renverse l'ordre constant de la nalure, il multiplie les prodiges; il fait, pour ainsi dire, un effort de sa toute-puissance pour conserver la pureté de cette Mère divine dans toute sa perfection. « Non, s'écrie là- dessus saint Bernard , si un Dieu devait se revêtir de notre nature, il ne pouvait naître que d'une vierge , et si une

A LA SAIiVlE VIERGK. 125

vierge devait devenir mère , elle ne pouvait enfanter qu'un Dieu. »

Par une singularité remarquable , le monde, tout corrompu qu'il est , se trouve encore d'accord avec le Ciel sur l'estime due à la sainte virginité , et le préjugé public se réunit aux lois de la religion pour en faire sentir l'importance. Sur cet article essentiel le monde ne pardonne rien , surtout aux personnes du sexe ; la moindre indécence , le plus léger soupçon, suffit pour flétrir la réputation d'une fille chrétienne, pour y imprimer une tache que rien ne peut effacer, pour la couvrir d'un opprobre dont elle ne se lavera jamais. La naissance ni la fortune, l'esprit ni les agréments ne remplaceront jamais, dans l'opinion des hommes, le mérite inestimable de la pudeur. Le libertinage même , au milieu des efforts qu'il s'obstine à faire pour en triompher , méprise en secret celles qui ont la faiblesse de succomber à ses poursuites.

Préjugé bien fondé sans doute, fasse le Ciel qu'il ne s'affaiblisse jamais ! Filles chrétiennes , filles de Marie , il est de votre intérêt de le maintenir pour servir de barrière au torrent de la dépravation qui vous entraînerait à la fin vous-mêmes. Souvenezvous que c'est de votre exactitude à observer scrupuleusement les règles de la décence que dépendent principalement l'innocence des mœurs de toute une paroisse et l'honneur de vos familles ; que c'est un double dépôt que Dieu a confié à voire vigilance et

dont il vous demandera compte ; que si vous y laissez donner atteinte, vous en serez les premières victimes; que vous cesserez d'être respectables, dès que vous cesserez un moment de vous faire respecter.

Mais inutilement Tun et l'autre sexe prétendraient conserver cette fleur délicate de la pudeur au milieu de l'air contagieux que l'on respire parmi les amusements du monde ; la vanité et l'empressement de plaire, le goût pour les compagnies de la jeunesse ou pour les entretiens secrets, les airs évaporés et volages, la liberté de tout dire et de tout entendre, sont les signes trop certains d'une chasteté équivoque. Ce n'est point ainsi que les saints sont parvenus à conserver la leur. La mortification et la prière, la vigilance sur ses sens, la fuite du monde, le recueillement et le travail : voilà les armes dont ils se sont servis avec succès pour combattre contre les ennemis de la sainte virginité. Tous ceux qui affrontent le péril sont déjà plus qu'à demi vaincus, ils ne tarderont pas à porter la peine de leur témérité.

Enfants de Marie* ne l'oubliez jamais, l'honneur de votre Mère est ici compromis aussi bien que le vôtre; le libertinage, déjà inexcusable dans un chrétien, devient encore plus monstrueux dans un serviteur de Marie, revêtu de ses livrées et qui fait profession de la servir. Elle est jalouse, non-seulement de l'innocence de ceux qui lui appartiennent, mais

A LA SAIiNTE VIERGE. 127

encore de leur réputation. En eux le soupçon seul est une tache: y donner lieu par imprudence, c'est déjà un crime. Ce serait peu que les sociétés formées pour sa gloire, fussent exemptes de désordres, si elles ne sont en même temps à couvert de tout reproche. Tous ceux qui ont l'honneur d'y être enrôlés doivent être non-seulement vertueux aux yeux de Dieu, mais encore irrépréhensibles aux yeux des hommes; et si quelqu'un malheureusement a scandalisé le prochain par une conduite peu régulière, c'est une faute qu'il doit pleurer le reste de ses jours.

Car ce serait s'abuser, M. F., de croire honorer suffisamment la Reine des saints par des respects et des hommages extérieurs, sans y joindre l'innocence des mœurs et la pratique des vertus chrétiennes ; de se persuader que, moyennant quelques pratiques de dévotion, elle nous protégera au milieu même de nos désordres ; qu'en vertu des prières que l'on récite dans ses confréries et dans les assemblées de religion, elle obtiendra de Dieu des miracles pour changer tout-à-coup en autant de saints les pécheurs les plus obstinés et les plus incorrigibles : présomption aveugle, piété hypocrite qui ne peut honorer Dieu, ni sa sainte Mère, qui est plus propre à nous perdre qu'à nous sauver. Pour servir dignement Marie, pour mériter d'être du nombre de ses vrais enfants, il faut s'efforcer de lui ressembler; et ce doit être là le grand objet de nos prières.

Continuez donc, Vierge sainte, à protéger la nom-

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