SUE L* AUTOUR DE DIEU. ?2JJ
sîrs , à vos passions , à vos débauches , à tant de vanités dont vous êtes le malheureux esclave ? ce grand Dieu, dis-je , qui*, pour la supériorité de son être , mérite lui seul toute votre préférence et tout votre amour.
Ah ! détrompez-vous^ mes frères ; ni les; uns , m les autres , non , non ,. vous ne l'aïmez pas ; puisque dès lors que vous n'êtes»
point dans la disposition de préférer Dieui à tout , et de tout sacrifier pour sa gloire-,, tous n'avez plus l'amour qu'il exige de vous; et que sa loi vous prescrit iDilîgesDomihunw
«con& porifr.
Mais ce n'est pas assez : non-seulementr.
Famour de Dieu doit nous porter à tout:
sacrifier pour lui ; il doit encore nous en*gager à tout faire et à* tout entreprendre* pour son service. Si vous m'aimez , dit Jésus- €hrist , gardez- mes commandement, et observez exactement ma loi. Ce n'est donc point ni par les pensées, ni par tes mouvemens passagers, qu'il- faut juger de l'amour* que nous avons pour Dieu ; mais par lesactions, par la conduite de notre vie , et par tout ce que nous entreprenons pour sfe
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gloire. En effet , soit que nous considérions cet amour dans son principe ou dans les qualités qui lui sont propres , soit que nous l'envisagions dans les symboles et dans les figures où l'Ecriture sainte nous le représente , partout il est aisé de reconnoître que ce doit être un amour vif , agissant , courageux , et capable d'opérer les plus grandes choses. Son principe , c'est Dieu qui agit toujours , qui donne l'être , le sentiment r le mouvement et l'action dans tous les différons sujets où il se trouve. Les qualités propres de cet amour sont d agir , de combattre, d attaquer , de résister , de donner de la force aux autres vertus , d'en être lame et la vie ; ce qu'il ne feroit pas , sans doute , s'il étoit mort , languissant et oisif. Enfin l'Ecriture sainte le compare tantôt au feu, qui est le plus actif de tous les élémens ; tantôt à une semence , qui n'est répandue sur la terre que pour y germer et y produire ; tantôt à une racine , qui ne fait que pousser des rejetons et des branches ; et tantôt à une eau vive , qui ne s'arrête jamais , et qui coule toujours pour apporter de l'agrément et de la fécondité partout où elle passe. D'où nous devons conclure , que l'amour de Dieu est si essentiellement agis-
SUR LAMOUB. de dieu. 33 x
fiant et opérant , qu'il cesse roit d être r dès Jors qu'il cesseroit* d'opérer et d'agir.
La foi , dit saint Augustin , peut être morte , parce qu'on peut croire , sans agir d'une manière conforme à sa croyance : telle est la foi des mondains et des réprouvés* ^L'espérance peut être morte , parce qu'on peut espérer l'éternelle félicité , sans prendre les voies pour y arriver : telle est l'espérance des chrétiens lâches et présomptueux.
Mais où la charité n'est pas vivante , mais où l'amour tle Dieu n'est pas accompagné de la pratique des bonnes œuvres , certainement il n'y a ni charité ni amour. Cherchez tant qu'il vous plaira , mes frères , c'est toujours le même Saint qui parle , cherchez une charité languissante et paresseuse , un amour inutile, oisif , et qui n'agisse point : Da mihi amorem vacantem in anima ; et je vous défie de le trouver jamais : Et non inventes. Ah!
cette vérité est si constante , que quand une fois un cœur est pénétré de cet amour di-.
Tin y il ne demande qu'à se signaler par des épreuves éclatantes. Oui , quand une ame en est une fois éprise , ce n'est plus de sa part que xèle , que feu , qu'ardeur et que flamme. Ses mouvemens secrets sont trop .vifs pour ne pas se déclarer et se produirt
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au dehors ; ses actions extérieures devient nent les interprètes de ses sentimens inté* rieurs. Il faut , en un mot , que partout et dans toute occasion elle donne des marques sensibles de son amour au Dieu qu'elfe adore et qu'elle aime tendrement. Un peut détail va vous le faire sentir. S'agit-il d'ac* complir tout ce que la loi de son Dieu lui prescrit de plus pénible et de plus austère : comme elle sait que la plus forte preuve qu'elle puisse lui donner de son amour, c'est l'accomplissement de sa loi toute sainte, elle court , elle vole , rien ne 1 arrête pour en exécuter les moindres préceptes. Quelque pesant que puisse être ce joug, elle ne le sent point ; rien ne la rebute jamais. Elle ne s'excuse pas sur sa foiblesse , parce que rien n'est au-dessus de ses forces : elle est en effet capable de tout , puisqu'on là voit pratiquer avec ardeur une infinité de choses, qui étonnent et qui dféçouragent tous ceux qui n'ont point d'amour. S'agit-il de dompter ses passions , de réprimer ses penchans„ de crucifier sa chair , et de la crucifier ,. comme dit saint Paul , avec ses vices et ses concupiscences ; de résister aux illusions du monde , au torrent de la coutume , à l'attrait jht mauvais exemple ; de faire une guerre
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continuelle à ses sens , et de se renoncer continuellement soi-même : ah ! comme elfe est convaincue que quiconque ne porte pas sa croix dans cette yie n'est pas digne de Jésus-Christ et ne sauroit lui plaire , on la voit , cette ame fidèle , faire tous ces généreux efforts sans peine et sans contrainte, se vaincre , se contrarier , se mortifier sans cesse , se refuser même avec plaisir toutes les douceurs les plus permises de la vie* Jeûnes , larmes , pénitence , retraite , lecture , privation de jeu , de parties , d assemblées , de spectacles , et de tout ce qui peut être une occasion de péché pour elle, ce sont là ses plus chères délices. S'agit* il de pratiquer avec une fidélité constante toutes les œuvres de la charité chrétienne, de supporter les foibles , de corriger les méchans , de secourir les misérables , de consoler les affligés ,. de protéger la veuve et l'orphelin , et de contribuer de son crédit et de son bien à les délivrer de l'oppression: ah ! persuadée qu'elle ne peut plaire au Dieu de miséricorde , qu'en faisant, elle-même miséricorde x elle ouvre aux pauvres ses mains libérales 9 aux affligés ses entrailles compatissantes ; elle adoucit l'amertume des juaxs x ?Uç soulage l'indigence de* autres. |
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elle instruit ceux-ci, elle corrige et rament •ceux-là ; non contente de leur pardonner à tous , si elle en a reçu quelque injure , elle prie pour eux , et les comble de biens; toujours enfin on la voit prête à exercer la charité envers ses frères malheureux, parce qu'ils sont les images , les enfans , les frères du. Dieu quelle aime uniquement. Enfin, s agit-il de raquer à la prière , à la médita* tion et aux autres exercices de la piété , dé fréquenter Les Sacremens , de remplir les devoirs de son état , et d'accomplir toute justice , soit à l'égard de Dieu , soit à l'é» £ard du prochain , soit à l'égard de soi* même : comme elle ne trouve de l'attrait et du goût que dans tout ce qui peut la rendre agréable et l'unir toujours plus étroitement au divin objet de son cœur , il n'est aussi aucun de ces devoirs ni aucun de ces saints exercices , x>ù elle ne se porte avec toute l'affection et toute l'ardeur dont elle est capable. Voilà , mes frères , les admirables effets de l'amour de Dieu , dans tin cœur qui ne respire que pour lui. Voilà ce qu'il produit et ce qu'il opère nécessai* rement dans une ame qui se .sent animée de sa vertu et brûlée dé sa flamme. D'où il faut tirer encore une fois cette conséquence t
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que l'aihour divin , dans une ame , ne saurait être sans mouvement et sans action , et que dès-là qu'il n'opère rien de semblable dans vous , il ne peut point être véritable : Da mihi amorem vacantem in anima , et non invenies. Je dis qu'il n'opère rien de semblable dans vous : car enfin que faitesvous pour lui plaire , je vous le demande ?
quelle violence faites- vous à vos passions , £t quelles bonnes œuvres pratiquez - vous pour lui témoigner votre amour ? Car enfin, c'est là la pierre de touche à laquelle vous devez vous éprouver vous - même , et qui vous fera connoître si vous aimez véritablement votre Dieu. Je ne vous dis rien , au reste , ici de tant de péchés énormes et de tant d'horribles prévarications dont vous vous rendez si fréquemment coupables ; de tant d'indignes mépris que vous faites tous les jours de ses lois et de ses maximes , et qui sont autant de violemens essentiels de son amour. Non , mais je vous parle seule* ment de tant d' œuvres de piété auxquelles son amour devroit naturellement vous porter, et que vous négligez cependant de pra* tiquer , parce que vous croiriez peut-être tous avilir et vous dégrader en les pratiquant. £jx effet } mes frères , si d'une part nous
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tous exhortons , conformément à la loi de.
Totre Dieu , de pratiquer les vertus chré»
tiennes , d'être plus vigilans , plus attentifs sur Tous-même , plus circonspects dans v<* paroles , plus modestes dans vos habits , plus modérés dans tos repas , plus sincères , plus équitables dans votre commerce , plus réglés dans toute votre conduite , que nous répondez-vous ? Ah ! ne nous répondez-vous pas ce que répondirent à Jésus-Christ ces Dis* ciples lâches et infidèles , que ce discours est dur , que cette doctrine est outrée , que cette morale est trop rigoureuse et trop révère , et que vous ne sauriez jamais vous résoudre à la suivre , parce qu'elle vous paroît trop peu favorable à vos passions ? Si de l'autre nous vous invitons à exercer votre charité envers les pauvres de Jésus-Christ, à vous mettre en état de vous approcher plus souvent du tribunal de la Pénitence et de la sainte Table , à vous rendre plus assidus aux exercices de la Paroisse , et surtout à cette Messe qui s'y célèbre pour les paroissiens chaque Dimanche , et où vos Pasteurs ont soin de vous expliquer toujours quelque article de la loi du Seigneurj quelle foule de raisons n'apportez-vous pas pour manquer à tous ces devoirs que vous
$ur l'amour de dieu. 33y
mettez au rang des œuvres de surérogation, que vous ne croyez propres que pour le .
peuple et pour les âmes vulgaires ? Ne vous » flattez-vous pas ridiculement que vos emplois , votre noblesse , votre esprit , sont autant de titres qui vous en dispensent ?
Enfin si nous vous prescrivons des lectures à faire , des messes à entendre , des jeûnes , des mortifications à pratiquer , un certain nombre d'exercices de piété à suivre , ah !
toujours vous nous alléguez quelque frivole excuse : la foiblesse de votre âge , la déli- • oatesse de votre complexion , l'embarras et la multitude de vos affaires ; et jamais vous ne pouvez vous résoudre à rien faire ni à^ rien entreprendre de ce que le Seigneur attend de votre fidélité ; en sorte que toute votre vie ne se passe et ne se consume qu'en assoupissement pour votre salut et qu'en mollesse , et ne devient enfin qu'un tissu d'œuvres mortes et criminelles. Et cependant vous nous dites après tout cela , que vous avez la charité , et que vous sentez en vous-même de vives étincelles de l'amour divin ; en vérité , n'est-ce pas vouloir tromper les autres par votre hypocrisie , et vous tromper vous-même par l'aveuglement le plus .volontaire et le plus condamnable ? Aveugles
£}8 ftUft L AMOUK DE VTEU*
que vous êtes! tous tous imaginez donc que de pousser vers Dieu quelques soupirs , que de lui faire quelque protestation d'attaché* ment et de fidélité , que de sentir au-dedam de vous-même quelque saillie et quelque léger mouvement d'amour pour lui', c'est l'aimer véritablement ? Mais quelle est votre erreur de prendre pour un mouvement delà grâce, ce qui n'est que l'effet d'une affection naturelle ; de regarder comme un effet de votre fidélité, ce qui n'est qu'un simple mouvement de l'Esprit-saint ; et de confondre l'inspiration qui vous porte à aimer Dieu , avec l'amour même ! Erreur grossière et présomptueuse , qui ne fait qu'un fantôme et une chimère de la plus grande de toutes les vertus qui est l'amour de Dieu. Ah l chrétiens, si vous voulez vous désabuser et être confondus , allez , dit le Prophète , descendez chez ces nations qui adorent de fausses divinités: Transite ad insulas Cethim, etiridete; voyez et examinez de près ce qu'elles font pour elles ; Et considtrate vehementer ; combien de vœux , combien d'encens , combien d'offrandes et de sacrifices , pendant que vous négligez votre Dieu , et que vous ne faites rien pour lui : In Cedar mittite , et videte si factum est hujuscemodi. (i) Mais (i) Jerem* u. xo %
StJR L AMOUR DE DIKU. 33g
Hon, détrompez- vous , âmes mondaines , et désabusez-vous vous-même , amans insensés f e« considérant tout ce que vous faites tous les jours pour un vil objet que vous aimez.
Hélas ! que faites* vous , ou plutôt que ne faites-vous pas pour lui plaire ? Votre esprit et votre cœur n'étant occupés nuit et jour qne de l'objet de votre passion , avec quel, zèle ne parlez -vous pas de ses beautés et de. ses perfections prétendues ? avec quel empressement et quelle vivacité ne vous acquittez • vous pas de tout ce qui peut lui causer le moindre plaisir ? avec quelle chaleur ne prenez -vous pas toujours à cœur ses intérêts et tout ce qui le regarde ? Quelle appréhension d'encourir sa disgrâce et sa froideur ! quelle inquiétude mortelle de lui avoir déplu! mais si vous, avez eu le malheur de lui déplaire , quelles assiduités et combien d'avances et de démarches humiliantes ne faites-vous pas pour rentrer dans son amitié ! quelle attention à vous y conserver ! Biens et richesses , dons et présens , honneur et liberté , tout est sacrifié ; peines, rébuts , veilles , voyages , lettres , soins et fatigues, rien n'est épargné, et rien ne coûte; et pourquoi ? parce que vous aimez. Mais quel jpeut être l'objet d'un amour si fort et
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si agissant ? hélas ! rougissez-en , chrétiens: une indigne créature , qui ne vous prépaie peut-être que de l'ingratitude , que des in- ' fidélités et des mépris ; pendant que votre Dieu , tout grand , tout libéral , tout poissant et tout aimable qu'il est, est négligé, rebuté et abandonné de votre part , et que vous ne voulez faire aucune démarche pour lui marquer votre amour et votre tendresse. Comment donc , hommes aveugles et in* sensés , osez « vous nous dire ensuite avec assurance que vous l'aimez ? Non -, non Y -vous n'aimez pas votre Dieu : l'amour divin, non plus que le profane , ne demeure point oisif. Si vous étiez animés de ce feu tout divin , il vous porteroit sans contredit à tout faire et à tout entreprendre pour Dieu.
J'ajoute enfin qu'il vous engageroit à tout souffrir pour lui.