‹ SermonsChapitre 2 sur 29 · CONFERENCE · texte numérisé non relu

CONFERENCE

sua

JesuS autan , convocatis Discipulis suis , durit: JWisereor turbœ, quia triduo jam persévérant mocum , et non habent quod manducent ; et dimitteré eos jejuitos nolo , ne deficiant in vid,

Jésus ayant appelé ses Disciples , leur dit : J'ai compassion de ce peuple , parce qu'il y a trois jours qu'ils demeurent continuellement avec moi , et ils n'ont rien à manger ; et je ne veux pas les renvoyer sans avoir mangé , de peur qu'ils ne tombent en défaillance sur le chemin. Matth. xv. 3a,

rès de cinq mille hommes , mes frères,' suivent Jésus-Christ dans le désert , pour écouter ses divins oracles , et le suivent depuis trois jours sans avoir de quoi pourvoir à leur nourriture. Le Sauveuf eh est touché de compassion : il trouve cinq pains sous ses. mains adorables , il lève les yeux au Ciel , il les bénit et les multiplie avec une si prodigieuse abondance , qu'après qu'ils en eu-

S SUR L*AUMÔlf£.

et de secours , soit pour le temps , soit pour l'éternité. Pour vous , pauvres de Jésus* Christ , qui me faites l'honneur de m'entendre , souffrez que je vous dise , dans cette occasion , avec autant de sincérité que de tendresse , ce que saint Pierre répondit à un mendiant qu'il trouva à la porte du Temple :

Mon fils, lui dit-il , je n'ai ni or ni argent à vous donner ; mais je vous donne ce que j'ai^ Quod habeo, hoc tibi do. (i) Je vous en dis de même , chers pauvres de Jésus^Christ ; je n'ai pas assez de bien pouf vous faire toutes Jes aumônes que je soùhaiterofe ; mais je ivous donne tout ce que j'ai : Quod habeo , hoc tibi do. J'ai une foible voix que je consacre bien volontiers à vos besoins , une voix épuisée de travaux et de fatigues que je m'en vais élever au milieu de ce Temple , pour réveiller la sensibilité de tant de riches à votre égard , pour les porter à vous secourir , et à suppléer par-là à la triste impuissance où je suis de le faire moi-même.

Fasse le Ciel qu'au sortir de cette Instruction ils vous ouvrent leurs entrailles , Ieui*s bourses et leurs trésors , qu'ils étenderit* Jours mains charitables jusques danà Vot^s sein , et qu'ils vous apprennent , par îeuf$ (i) Acu nu 6. - ; ' , '"

largesses , que la parole sainte a germé dans leur cœur , et a produit dans eux les fruit»

Jes plus solides et les plus abondans. C'est la grâce que nous tous demandons, ô mon Dieu, par l'entremise de Marie. Ave , Maria,

Avis sur la quête.

Je vous prie de remarquer , mes frères T qu'il n'en est pas de cette instruction , comme des autres. Nous sommes toujours très* incertains du succès. Si nous prêchons le salut , et que nous vous en montrions toute l'importance , hélas ! qui sait si vous y travaillerez avec application et avec zèle. Si nous vous annonçons la pénitence , qui peut nous assurer que vous l'embrasserez avec amour.

Si. nous vous découvrons toute l'horreur du péché , qui peut nous répondre que vous l'éviterez avec soin , et que vous prendrez de justes mesures pour réparer ceux que vous avez déjà commis. Et voilà ce qui nous jette dans le trouble et presque dans le découragement , chaque fois que nous vous annonçons les vérités saintes. Mais il n'en est pas de même de celle-ci. Vous pouvez dès aujourd'hui même , dès demain pour la plus tard , nous rassurer , nous consoler r

tO SUR i/àUMÔJTB.

nous donner les preuves les plus înconte*4 tables et les plus flatteuses des fruits aboi*- dans que tous aurez retirés de notre ministère. Comment cela ? En ne mettant , pour ainsi dire , aucunes bornes à vos libéralités 1 , . dans la quête que nous nous proposons de faire demain en faveur de tous les pauvresde la Ville : et afin que vous sachiez à quoi; vous en tenir y voici de quelle manière nou&* devons y procéder.

C'est donc en conséquence demain que~ nous entreprendrons cette quête. «...

( U heure y la Messe , les Consuls , lès- Chanoines 9 les principaux de la Ville \ lesbourses y les chariots , etc.)

Nous entrerons partout , et nous nécraindrons pas d'être mal reçus , venant delà part de Jésus-Christ même. Quelle consolation pour moi de pouvoir vous rendre une visite que je vous dois autant par amitié que par justice ! et quelle gloire pour vous de voir Jésus-Christ entrer dans votre maison pour solliciter votre charité en fa-veur des pauvres, ses membres souffrans. Car - "^tfà de quel œil vous devez envisager cette-

W« Nous demanderons à tous, (à moins*

StTft L'AUMÔTfB; tl

xfixîlnj en ait parmi tous d'assez innocens , pour ne devoir pas réparer ses péchés par «es aumônes , ) soit pour ne foire aucun ja* loux , soit pour ne priver personne du mérite de l'aumône ;, nous demanderons jusqu'aux artisans , aux pauvres , aux domestiques , aux enfans , aux servantes ,. puisqu'il M'en est aucun qui, ayant quelque chose pour ses plaisirs, ses divertissemens , ses vanités r ses débauches , ne doive avoir aussi quel- •que chose pour les pauvres. ( V obole dk la veui>e. ) Nous n'excepterons pas même "les plus petits enfans , et nous nous tiendrons infiniment honorés de recevoir de leurs innocentes mains. (Histoire.) Ah! que ne puis - je encore vous raconter ici tant d'autres traits! tant de pauvres inconsolables du refusque nous faisions de leurs aumônes, \jui nous demandoient , qui nous cherehoient par toutes les rues , pour nous conjurer , les- larmes aux yeux , d'accepter une partie de ce qui leur étoit le plus nécessaire pour leur subsistance y afin d'avoir quelque part aux fruits inestimables de l'aumônechrétienne! des enfans de famille, qui, touchés de la plus vive charité , se sont dépouillés de leurs habits en présence de leurs pères , pour nous les confier entre les mains

Ift ses Liuiran.

et en revêtir quelque pauvre de Jisus*^ Chaut ! Comme les pauvres manquent de tout 9 nous demanderons aussi de tout , et pous recevrons avec reconnoissance tout ce qu'on aura la charité de nous donner : argent , blé , vin , linge , meubles , etc. et surtout quelque chose de la profession et du métier , afin que le Seigneur y répande d^ formais sa bénédiction.

Cependant, qu'on nous donne peu, qu'on nous donne beaucoup, nous serons toujours contens ; nous ne regarderons pas même ce que vous nous aurez donné : mais vous nous fcvitA plaisir de nous indiquer tous les diffère n s hahitans qui logent dans vos maisons ; et supposé que vous deviez être absens vous*mêmes, de donner de bons ordres ou à vos domestiques ou à vos enfans , afin que rien ne nous échappe et que tout le monde nous donne.

Tout ce que je vous recommande ici t :

nirs livres , et sur quoi je ne saurois trop iii'ti.ster , c'est de rien négliger, dans cette iMT.tsinti , pour rendre vos aumônes méri«^ toiivs, et de profiter pour cela des salutaires

2 que saint Paul donnoit aux Corinthiens^ |uil sugissoit dune semblable quête Il eux, on faveur des pauvres fidèles dç

svr l'aumône. l3,

Jérusalem qui avoient été volés et pillés par. les Juifs. Ce saint Apôtre vouloit d abord que leur charité fut prompte ; et que comme les besoins des fidèles étoient pressans , ils ce hâtassent aussi de les secourir , et de faire en sorte qu'au moins leur contribution fût toute prête pour le jour de son arrivée :

De peur , dit-il , que ce ne fut une honte pour mon ministère , de voir qu'à mon arrivée je n'eusse rien avancé : Ne cùm vcnerint Macedones mecum , et invenerint nos imparatos ,, erubescamus nos. (i) De là comprenez que c'est au plutôt , et dès ce soir même y que .vous devez vous exécuter , et assigner sur tous vos biens la portion qui est due aux pauvres et que vous devez nous remet* tre {qu'elle doit être prête t quand nous nous présenterons devant vous , et que vous ne devez pas même attendre qu'on vous la demande : Ne cum venerint Macedones 9 etc. Ah ! il me semble déjà entendre dire à ce mari : Eh bien , ma femme r que donnerons-nous au bon Prêtre ? Que lui donne* rons-nous , mon mari ? Tout , tout ce qu'il voudra.. . L'Apôtre demandoit encore aux Corinthiens , que leur aumône fût proportionnée et mesurée selon les biens d'un chacun , et

(1) II. Cor. jx, 4^

r4 *** * AtfwfcrE,

lél/m les nécessité* des pau t i c s : «Toi to«hf art (ta conclure que les riches doivent donner abondamment , et que les pauvres même»

doivent donner une partie du peu qu'il»

jWMfalttftt, en conservant le désir de donner davantage s'ils le pouvoient ; parce qu'au sentiment de l'Apôtre , quoique l'aumône se proportionne aux biens de chaque particulier , le fruit et le mérite qu'on en retire sYtcml aussi loin que la bonne volonté qu'on tturoit de In (aire : Sccundhm id quod habet, MPWftîa est } non secundùm id quod non ha* Iwt. (t) Quoi de plus propre que cette raison tir l'A pâtre, pour encourager les pau> Yro» , qui n'ont pas beaucoup à donner pour IWdiuaitv ! Saint Paul voulait , en troisième \W\\ % quelle fut honnête et abondante , et non nuuuu> une dépense de ménage , ou eouune un tribut de l'avarice : Sic quasi f* k H*fVn s fis*H**N » tftMi ttiHtittiv* ttivtrirùtnu (a) Sur quwi il le* fuit souvenir % que qui sème pou on tvlto tie * moissonnera peu dans \ awUv , qw qui «rmera abondamment ,

iï

ce saint Apôtre exigeoit que cette aumône r cette quête , se fît de bonne grâce , chacun donnant gaiement et de bon cœur ce qu'il auroit résolu de donner , et non avec tristesse et avec chagrin , comme s'il y étoit forcé «u par la honte de ne suivre pas l'exemple des autres ou par la crainte d'une puissance- -supérieure v et la raison en est , disoit-il r que Dieu aime celui qui donne avec joie :

Unusquisque prout destinavit in corde suo r non ex tristitiâ aut ex nécessitâtes hilarent enim datorem diligit Deus.- (i) Et ne craignez pas, mes frères, ajoutoit-il, qu'à forcede donner*, les choses nécessaires puissent jamais vous manquer. Car enfin , le Dieu, que vous soulagez dans la personne des pauvres , est assez puissant pour vous mettredans une abondance également suffisante , et pour fournir à vos bonnes œuvres , et pour pourvoir à votre entretien et à votre nourriture : Potens est autem Deus omnem gratiam abundare facere in vobis ; ut in emrdbus sempcr omnent sujrficientïam haben— tes } abundetis in omne opus bonum. (2) West* il pas d'ailleurs écrit des justes quï font l'aumône ^.continue 1T Apôtre, que Dieumultiplie leur bien j et qu'il augmente dé:

(1) H. Cor. ix. 7. (2) iL Cor r xx. 9*

l6 SUR LAUMONE.

plus en plus les fruits de leur justice : Sicut scriptum est : Dispersit , dédit pauperibus j justifia ejus manet in seculum seculi.

Tels sont r mes frères , les importa ns avU cpie l'apôtre saint Paul donnoit aux premiers fidèles y au sujet d'une quête générale qu'il avoit ordonnée dans la ville de Corinthe r pour soulager les Saints de Jérusalem , qui se trouvoient dans la misère. Quelle quête abondante nedois-je pas me promettre parmi vous , si vous voulez bien vous y rendre dociles*. Ah ! bien loin de vous prier, comme faisoit l'Apôtre aux Corinthiens ,. de me don»* ner ,. à la face des Eglises, des preuves écla^ tantes de votre charité , et de me faire voir que ce n'est pas sans raison que j'ai comptesur vos largesses : Ostensionem ergo , qiuB est charitatis vestrœ y et nostrœ gloriœ pro vobis y inillos ostendite in faciem Ecclesiarum;{i) j'espère , au contraire , de pouvoir vous rendre avec lui ce glorieux témoignage qu'il rendpit au peuple de Thessalonique , que tout ^pauvres que vous êtes pour la plupart , vous donnerez non - seulement autant que vous pourrez , mais même audelà de ce que vous pourrez \ et que bien loin que j'aie besoin de vous presser ? vous (i) IL Cor. YHU24.

StfK I^AÛMONB. If

me prierez , comme ce peuple fidèle , avee les dernières instances , de recevoir vos laiv gesses et vos aumônes : Quia secundùm *>irfutem testimonium Mis reddo , et supra ^jirtutem voluntarii fuerunt , cum multa ^jchortatione obsecrantes nos gratiam , et communicatioiiein mysterii y quod fit in unctos. (i) Eh !' puis-je penser autrement 3e vos sentimens , vous voyant ici volontairement assemblés , avec autant d'assiduité ^jue de zèle , pour entendre parler de Tim- "portante matière de l'aumône. N'ai -je paslieu de croire que vous êtes favorablement disposés à pratiquer cette vertu ,. quand je vous vois chercher de vous - mêmes à être également convaincus de sa nécessité et de ses avantages?

Mais ,medirez-vous , à qui remettrons-nous ces aumônes, et quel usage en doit-on faire ? A qui vous les remettrez ? non pas à moi , qui neveux point les toucher r quoique je doive les recueillir , mais à Jésus-Christ même , après avoir passé par les mains des Prêtres*,, des Magistrats , des principaux Messieurs de votre Ville % qui me feront l'honneur de m'accompagner dans cette cérémonie, qui vous doivent être extrêmement respectable* (i) II. Cor. vin. 3. 4-

par leur caractère , et dont la religion T feprobité et le parfait désintéressement sont connus de tout le monde , et ne laissent aucun lieu de craindre qu'ils les détournent" à leur profit* Saint Paul , mes frères , prenoit toutes les précautions nécessaires , dans la quête quil avoit ordonnée au peuple de Co- •rinthe , pour se mettre à couvert de tout" soupçon, injurieux^ au Ministère , sur le sujet de cette grande somme dont il étoit dispensateur : car quels magnifiques éloges ne •donne -t -il pas à la vertu de Tite et aux.

deux autres compagnons qu'il avoit choisis pour le seconder dans la charge de recueillir ces aumônes ? Ne soyez donc pars surpris r mes frères , et ne trouvez pas mauvais quenous usions de la même prudence y et' qu'à son exemple nous prenions les plus justes mesures pour ôter tout lieu* à la défiance , et pour nous mettre à l'abri de toute censure^ puisqu'il n'y a point de probité si éprouvéequi ne puisse être en butte aux jugemen»

les plus injustes et les plus téméraires , et que même il ne suffit pas ,. comme dit l'Âpôtre , de faire le bien devant Dieu, en se contentant du témoignage secret de sa propre conscience , mais qu'il faut encore faire < le bien devant les hommes , sans leur donner

jamais le moindre sujet d'aucun reproche.

Quant à l'usage qu'on doit faire de cesaumônes , ne doutez pas' non plus qu elles ne soient distribuées avec toute sorte d'équité , de sagesse , de prudence , de charité et de lumière , puisque ce sera Monseigneur , ou N.... qui sera chargé de ce soin, lies Hôpitaux , les Œuvres de charité et de miséricorde , les Prisons , les pauvres honteux , jusqu'aux mendians , tout s'en ressentira , et tout glorifiera Dieu, mes frères > disoit saint Paul au peuple de Corinthe , de votre soumission à FEvangile et de la charité 'avec laquelle vous aurez communiqué vo^ biens , soit à eux , soit à tous les autres qui •peuvent se trouver dans la nécessité : Per probationem ministerii hujits f glorijicante$' Deum in obedientia confessionis vestrœ \ irr Evangcliiwi Cfiristi y et simplicitaîe commua •nicationis in Mo s y et in omnes. (i)

Commençons donc , mon très- vénérable Père , de traiter cette matière si importante" de l'aumône , qu'il tardé déjà sans- doute à- •ce peuple fidèle de nous entendre développer. Eh l qu'il seroit à souhaiter pour le* pauvres , que tous nos auditeurs imitassent f

(i) //. Cor. ix. i3.

fcé fera' l aiJmÔîce.

dans cette occasion , ou pussent imiter la généreuse conduite de cette personne si distinguée par ses talens et ses vertus , (i) que nous ayons connue vous et moi dan* une de nos Missions , et qui s étant rendue à la Conférence de l'aumône pour s'édifier,.

fut si touchée de tout ce qu'elle entendoit sur cette matière, qu'à chaque réponse que je donnois aux différentes questions que vous aviez la bonté de me faire , elle augmentent l'aumône quelle avoit résolude faire. Oui , à mesure que je découvrois et la né.cessité et les avantages de l'aumône chrétienne , ce charitable auditeur se sentoit aussi toujours plus porté à donner davantage ; on sorte qu'étant venu dans la résolution de ne donner qu'un louis y il se vit comme heureusement engagé à en donner plus dodix, avant que la Conférence fût finie. Plaise au Soigneur, mes frères, d'accompagnor aujourd'hui mes paroles de la même onotion , do la même grâce, et du même

\o\o#, <\ présent* mon vénérable Père , \\\u IK "» demandes el quelle questions vous aw* a mo taire sur le sujet que je viens de

M% Yanaem } chauvin* de Vienne.

SBR i/àUMÔnB* H

proposer , et je tâcherai d'y satisfaire le moines mal qu'il me sera possible.

Page 1