‹ SermonsChapitre 3 sur 29 · I. ère Demande · texte numérisé non relu

I. ère Demande

Quelque bon que je sois naturellement y ei quelque porté que je me sente a faire Van* mone , jamais vous ne réussirez a me convaincre de la nécessité de cette œuvre , a moins que vous ne me montriez une loi in* dispensable qui nous y oblige ; carj y ai toujours regardé V aumône comme une action bonne , mais comme indifférente. Où m* trouvère z- vous > entffet r parmi les dix Comr mandemens de Dieu , que nous sommes obli* gés de garder , un seul précepte qui nou* oblige défaire l'aumône ?

Réponse. >

Faire L'aumône y quand on a de quoi Êr faire , ce n'est ni un simple conseil ni une? •eeuvre de surérogation : ce n'est point un" présent libre et volontaire qu'on fait au pauvre , mais un tribut d'obligation que nou»

rfievons payer aux personnes dont la misère nous est connue. C'est une loi expresse, c'est, un précepte étroit et rigoureux , c'est un commandement indispensable Y qui regarde

te sûr l'aumône.

tous les riches. Il n'est point , en un mot ^ d'obligation ni de devoir plus solennellement marqué ni plus souvent réitéré dans tous les Livres saints , que celui où nous sommes tous de faire l'aumône : en voici la.* preuve. Je vous ordonne , dit Dieu , dans-- M.ncien Testament , d'avoir toujours la/main" ouverte aux besoins de vos frères indfgens , et de répandre partout des aumônes si abon- dantes ^ que dans le lieu de votre séjour il* ne se trouve pas une seule personne quisoit dans la misère : Omrdno indigens et mendiais nonerit ïhtcr vos. (i) Ne dites donc point , ajoute-t-il dans les Proverbes , à vptreami et à votre frère qui se trouve dans lé besoin : Allez , et revenez , je vous donneraidemain ; puisqu'il faut , si vous le pouvez t . que vous lui donniez à l'heure même. Nedicas amico tuo :. Vade , et revertere ; cras dabo tibircum statim possis darè*. (2) Ah! v gardez- vous bien , vous dit le Sage , dans.

»n autre endroit v dè- priver le pauvre de son aumône ; ©ar je vous déclare ^de la part de- Dieu r que celui qui fermera Toreille à ses-' «ris pour ne pas l'entendre , ou qui détournera les yeux, de dessus- son visage pour ne cas le voir i criera un jour lui-même danSs

star làttmô**; a3K

te desespoir de son arae , sans qu'il soit écouté ,. ni môme regardé dû-Seigneur : Qui ebtttrat attrem suant ad clamorem pauperisy et ipse ciamabit y .et non exaudietur. (i) Eh~ quoi ! s'écriait autrefois le prophète Isaïe,., parlant au peuple de Dieu ,. seriez-vous si., cruel et si dénaturé que de mépriser et de haïr ainsi votre propre chair, en refusant aur pauvre, qui est votre frère et de même nature que vous, un vêtement pour le couvrir, . fene portion de votre pain pour le nourrir, et Ventrée de votre maison pour le loger et le retirer auprès dé vous ? Frange- esu-> rientipanem tuurn. (2) mon cher fils , disoit. fe saint homme Tobie à son fils bien-aimé,..

U faut donc que vous soyez toujours charitable de là meilleure manière que vous lepourrez : si vous avez beaucoup de bien r * donnez-en beaucoup aux pauvres ;si vous, ©ïi avez peu , faites leur même part du peu.

que vous avez j car laumône sera pour vous, et pour tous ceux qui l'auront pratiquée y , ajoutait ce saint homme r un grand sujet de confiance devant le Dieu suprême : Fidueia magna erit coram swnmo Deo eleemosyna emnibus facientibus eam. (3) C'est ainsi , mes*

(1) Prov. xxi. i3." (a) IsaL umu 7?.

$) Tob. iy. ia.

frèresî > que le Seigneur parle dans l'Anaïçrf Testament , au sujet de l'aumône. , La loi peut-elle être plus expresse et plus décisive ? Mais parcourons un moment le Nouveau , et voyons ce qu'en a dit JÉsus-GHmi&r même y te qu'en ont dit et pensé tous ses Apôtres, Donnez l'aumône , nous dit ce divin Sau-?

veur , à fous ceux qui vous la demanderont ,' et ne la refusez à personne : Date eleernosy* nam. ( i ) Omni petenti te f tribue^ (2) Quç* celui , dit-il dans un autre endroit , qui a deux habits , en donne un à celui qui n'en a point. Faites - vous ainsi , mes enfans r nous dit cet adorable Maître , par vos lar-i gesses et vos : charités , des bourses qui ntf /usent point pour le temps > et des trésor* qui puissent vous servir pour l'éternité ; d$B trésors d'où les voleurs ne s'approchent point et que les vers ne puissent jamais corronv».

pre i car je vous dis en' vérité r que quiconque aura seulement donné un verre d'eau froide à un pauvre , pour l'amour de moi , né demeurera pas sans récompense. Qui", cumque potum dederit uni ex minimis istis calicem aquœ frigidœ , amen dico vobis % non pèrdet mèreedem suam. (3) Lés Apôtres*

(1) Luc. x>fï. 33. (2) Luc. vi. 3o.

(3) Matth. x. 4».

stm l'àumÔick. il

Jui reste , instruits à l'école de Jésus-Chris* .et nourris de sa doctrine , ne sont ni moin* feélés ni moins attentifs 4 nous faire sentir toute la force de ce précepte , et à nous in* pirer les mêmes sentimens de charité pour fios*' frères. Ecoutez l'apôtre saint Paul , qui né cesse de recommander à son cher disciple Timothée d'ordonner à tous les riches jdu monde d'être charitahles et bienfaisans .envers les pauyres : Divitibus hujus seculi ffceàipe tliesaurizare sibi fwidamentuni bo* num infutunirn. (i) Voyez ce grand Apôtre lui-même se charger du soin de recueillir fefc charités et les aumônes des fidèles , et -deies conter dans toutes les'Eglises où les •chrétiens '$e$ frères souffroient des besoins pressa ns. Peut ♦•on lire rien de plus fort en- 4$tite que ce 'que ïapôtre saint Jacques nous apprend sur ce' sujet, lorsqu'il nous déclare ^pae la véritable religion consiste à avoir soin âes pauvres , à soulager les misérables , A visiter les orphelins et les veuves , et à les secourir dans leurs afflictions ; et que sans l'accomplissement de ce devoir, l'on ne sau- •rbit avoir , devant Dieu , ni de christianisme ni de piété solide : Religio murtda, et imma» eulata apùd Deum 7 hœc est^ . insitare pu?

{i) 7. Tim. vi. 17. 19, • / • '. .1;

1X> sur l'aumônb.

a jtt/Zps et viduas in tribulatione eorurn. (i) ]j -«n effet, ajoute l'apôtre saint Jean, si quel vqu un voit son frère dans la nécessité , <

• qu'il lui ferme sa bourse , son cœur et sk ♦entrailles , comment peut-il se flatter d'ai mer son Dieu, dont le pauvre est la pli parfaite image ? et s'il n aime son Dieu , cou ment peut-il s aveugler jusques à ce point qu de croire qu41 est catholique et clirétien ?

Tels sont les témoignages que toute l'E

-criture rend au sujet de l'aumône. Or , apri

des témoignages et des preuves si décisive

-et si convaincantes , qui est-ce qui osera i

• défendre d'un précepte si légitimement in

• posé ; si légitimement imposé , cbVje , qu 1 -n'en est pas de mieux fondé dans toute .■] r religion ? Et qui ne s'humiliera -, qui net «confondra de l'avoir si souvent, si souvei ^violé , de l'avoir presque toujours si m

accompli, comme je vous le ferai voir dai Ja suite.

a. de Demande.

Sur quai cette loi se trouve-t~elle fondée 'Car il ne suffit pas de me la faire voir écn -dans l'Ancien, et le Nouveau Testament i faut encore 3 pour dissiper tous les doutes \

(i) Jacoh. i. 27»

. sua: t,*AimÔNB» vtj

•mon esprit et pour briser toute la dureté d* mon cœur , me montrer sur quels fondement

.solides elle sst établie. Il n'est rien qui fasse plus d* impression sur moi que les bonnes

r raisons.

Ri PO N SB.

; Je répons , avec saint Thomas , que lai lé» .; qui nous oblige à faire l'aumône est égale** ment fondée sur la charité et sur la justice : -deux motifs, mes frères , bien capables de ..toucher tout homme raisonnable. Précepte fondé. sur la charité. : car il est constant, dit saint Paul , que tous les chrétiens unis .. .par la grâce ne font qu'un jseul corps mys*tique donc Jésus-Christ est le Chef. ; or comme dans un corps naturel tous les mera-»

bres compatissent à la douleur de celui qui souffre par l'union qui est entre- eux, de même , conclut le grand Apôtre , il faut que par l'union et. la charité qui doit ré-?

gner parmi tous les chrétiens, chaque fidèle prenne des sentimens de compassion et de charité pour ceux qui sont dans l'affliction et dans la souffrance. Précepte fondé sur la justice : car enfin, riches Au monde, si vous êtes riches , aisés et commodes , soyez bien persuadés que tous ne l'êtes pas poux

û8 siTB i\vvibm.

Tous-mêmes , mais que vous ne l'êtes que pour les pauvres ; ensorte que s'il n'y avoit point de pauvres dans le monde , j'ose vous fissurer que Dieu ne vous eût jamais donn4.

.ces biens , ces richesses et ces domaines que ▼ous possédez, Qu a-t-il donc prétendu encore une fois le Seigneur , et que prétend-il encore en vous laissant jouir en paix désirions et des commodités de la vie ? Il a voulu , dit saint Paul , que votre abondance suppléât à la disette de vos frères , et que par-là vous étaîblissiez entre eux et vous une juste égalité. Et peut-on penser autrement de la conduite d'un - Dieu souverainement sage , bon et équitable! 1 Eh quoi ! jnes frères , t)ieu n'auroit-il dono créé les pauvres que pour les rendre malheureux ? Ne leur auroit-il donc fait voir le jour que pour leur faire regretter le néant et les ténèbres dont il les a retirés ? Seroit-il de Tordre de sa Providence, de les laisser manquer des choses les plus nécessaires à la vie , tandis qu'il vous laisseroit vivre vous-mêmes dans toute sorte d'abondance ? Non , non , mes frères, ce Dieu de miséricorde , ce Père commun de tous les hommes , y a pourvu :

il s'est souvenu qu'il avoit d'autres enfans que vous, et ces enfans sont les pauvres, qu'il vous a chargés de nourrir , de loger , d'ha-

îbrller, d'entretenir. Voilà ce qu'il exïgfcder TjOUs^ et à quoi il a destiné une partie d# *çes fonds , de ces biens et de ces trésors «dont il est le Maître souverain , et dont à .proprement parler il ne tous a faits que les économes et les dépositaires. C'est donc à yous à présent de justifier sur ce point les -ordres adorables de son amoureuse Providence. Ah i ne l'oubliez donc jamais : le Seigneur vous a confié le soin du pauvre, •Oui , il vous a confié le pauvre : Tibi dere- Uctus est pauper. (i) Il vous a confié, à vous, le patrimoine de cet orphelin ; à vous , la dot de cette pauvre fille.; à vous , le soin de *cette veuve désolée et ruinée par la mort de son mari ; à vous , la subsistance de -cette famille honteuse ; à vous, la délivrance *de ce malheureux chargé de fers ; à vous $ la conservation de ce Bureau de charité , de cette Œuvre de miséricorde 5 à vous , le rétablissement de cet Hôpital, qui est sur le point de tomber ; à vous tous , enfin , le soulagement de tant de pauvres infortunés, -dont la vie offre tous les jours à vos yeux , un si triste , un si douloureux spectacle.

Voilà , mes frères , les indispensables obligations dont le Seigneur vous a chargés, en

(1) Ps. ix. 36.

Dé SUR L*AUMÔlf«.

tous confiant les richesses que vous possédez : en sorte que lorsque vous en faites l'aumône aux pauvres ou que vous les em»

ployez en des œuvres de charité , vous n* devez point vous flatter en cela de gratifi»

cation ni de libéralité ; non , vous dit saint Ambroise , après le Sage , puisque vous ne donnez alors aux pauvres que ce que vous leur devez , que c'est de leur bien que tous êtes libéral et non pas du vôtre , que c'est une justice , et non une grâce , que vous leur faites : Reddis debitum , non largiris indebitum ; jet que c'est , en un mot , un devoir essentiel que vous remplissez , une dette rigoureuse dont vous vous acquittez f enfin la légitime du pauvre que vous lui restituez , et que vous ne pouvez lui refuser sans crime et sans injustice. 11 est vrai que les pauvres sont quelquefois incommodes et importuns, vous dit saint Chrysostôme ; mais* après tout, c'est leur droit qu'ils exigent,

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