SÛR L AMOUR DE DIEU
calomnies , ni disgracies , ni revers de for-* tune , ni mauvais traitement à souffrir dans l'exercice de son amour. Vous voulez aimer Dieu , mais c'est à condition que vous ne serez ni troublé dans votre repos , ni attaqué dans votre bien , ni blessé dans votre' honneur , ni affligé dans votre santé , ni rebuté, ni traversé dans votre zèle , ni fatigué dans votre patience, ni moins bien servi dans votre ménage et dans le secret de vos maisons. Vous voulez enfin aimer Dieu , mais vous voulez l'aimer d'un amour aisé et commode , sensuel et délicat , qui vous permette de jouir de tous les plaisirs et de toutes les .douceurs de la vie ; qui ne demande de vous aucun effort , aucun sacrifice , aucune violence , et qui ne vous coûte rien. Ah l ingrates et malheureuses créatures ! est-ce donc ainsi que Dieu vous a aimés ? et ne lui en a-t-il rien coûté pour vous témoigner, l'amour dont il brûloit pour vous P Portez-; vous , je vous prie , en esprit sur le Cal-; vaire , et jetez un coup d'œil sur sa Croix.
C'est bien là , 6 mon divin Sauveur , que vous nous avez fait sentir combien vous nous aimiez , puisque vous y avez voulu verser tout votre sang jusqu'à la dernière goutte, pour notre amour. Cést là que vous ave*.
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youlu permettre qu'on. tous perçât le sein d'une lance cruelle et meurtrière , pour nous découvrir votre cœur , et nous faire sonder , jusque* dans la source de votre vie, la grandeur et la profondeur de votre charité. C'est là que vous avez comme gravé toutes les tendresses de votre ame sur toutes les parties de votre Corps , par la pointe des çIqus et des épines. C'est là que, tout accablé , tout épuisé , vous avez enduré la violence d'une soif qui ne peut s'exprimer, et qui ne partoit sans doute que de la violence de votre charité pour nous. C'est là enfin qu'accablé d'outrages , étendu sur un bois infâme > tout défiguré , tout flétri, vous ave* souffert , par un excès d'amour pour les hommes , la mort la plus cruelle et la plus barbare. Voilà , chrétiens , ce qu'il en a coûté à votre Dieu , pour vous témoigner son affection et sa tendresse. C'est parce qu'il vous a aimés , c'est parce qu'il a aimé les hommes jusqu'à l'excès , dit saint Thomas , qu'il a souffert pour eux tout ce que les hommes sont capables de souffrir:
la faim , la soif , le travail , la lassitude , la tristesse , les calomnies , les trahisons , les fouets , les épines , les clous , le vinaigre , le fiel , les plus sensibles outrages , les pins
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cruels tourmem* les pins mortelles agonies, la mort la plus infâme et la plus humiliante. Comment donc , après cela , à hommes lâches et sensuels! pouvez -vous avoir l'eûroitterie de nous dire que vous l'aimez*, en ne roulant rien souffrir pour- lui ?- Ah ! non, tous lie l'aimez pas ; non, vous ne l'aimez pas. Mais dès lors que vous n'aimez pas votre Dieu , mes frères y comprenez - vous l'extrême malheur où vous vivez-, et l'affreux abîme où vous êtes plongés ? Hélas ! vous n'êtes plus dans l'heureux état de la gpac&, "mais vous êtes dans le funeste état de ht mort : Qui non diligip , manét in morte. (1) Vous n'êtes point dans la voie du salut , mais vous marchez dans celle, de : la. perdition ; vous n'êtes plus un vase d'élection , d'amour et de miséricorde , nrçis un vase d'ignominie et d'horreur , préparé pour lé feu. Vous n aimez pas votre Dieu ; mais dès lors y comme prévaricateurs de la charité divine y quelle terrible malédiction et quels effrayant fltnathèmes ne devez «vous pas prononcer:
contre vous-mêmes , et à quelle affreuse damnation ne devez*, vous pas -vous attendre -, -puisqu'il faut de toute nécessité que vous brûliez du feu de la charité dans cette
(1) I. Joan. ni. if.-
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vie , ou que tous soyez consumés par le feu de la colère dans l'autre ? Ah , chrétiens , ' tous n'aimez pas votre Dieu. Mais ditesmoi, chrétiens malheureux , chrétiens mortt et insensibles -, chrétiens sans cœur , sans almur , aussi durs que lé marbre et plus" froids que la glace , sous quel climat bizarre," sous quel ciel de fer et de bronze , sur quelle terre barbare et maudite avez - vous donc pris naissance et avez-vous jusqu'ici habité; pour ne pas aimer un Dieu essentiellement bon , souverainement aimable , et qui seul mérite d'être aimé ? Ah ! vous n'aimez pas* ' votre Dieu. O soleil , qui refusâtes votre lumière pour n'être pas le triste témoin de la mort d'un Dieu ; terre , qui tremblâtes ,' rochers , qui vous fendîtes à la vue d'un si lamentable spectacle , eh ! que n'attendiez* vous de faire éclater votre douleur sur Tétonnante insensibilité des hommes , qui , malgré toutes ces puissantes preuves qu'un Dieu leur donne de sa charité en mourant pour eux sur une croix , sont encore assez impies et assez endurcis que de lui refuser leur affection et leur amour ?
Àh ! Seigneur , il est vrai , je le confesse dans toute l'amertume de mon ame , c'est' trop long -temps résister et à vos ordres
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pressans , et aux charmes de votre bonté , et à toutes les marques de votre tendrease:
Malheureux , perfide , ingrat que je suis !
j'ai pu vous aimer , j'ai dû vous aimer, tout le temps.de vie. N'ayant point encore rempli un si juste devoir, y a-t-ii à délibérer, un moment , ô mon Dieu , sur ce que. je dois faire ? C'en est donc fait , Seigneur , puisque vous me commandez de vous aimer, que vous méritez si fort d'être aimé , que vous, m'engagez à vous aimer par tant de bienfaits , puisque vous êtes tout charité et tout amour pour moi, que je sois donc désormais tout charité , tout feu, tout flamme et tout amour pour vous f Que cet amour divin m'engage à tout sacrifier pour votre hon~.
neur ! qu'il me porte à tout entreprendre pour votre service , et qu'il me fasse enfin . tout souffrir pour votre gloire! c'est là l'uni-, que: objet de mes souhaits et de mes vœux., . et tout ce que je désire le plus ardemment, dans .ma vie. Ah ! retirez- vous donc d'ici ,, et retirez-vous-en pour toujours, indignes passions , richesses périssables , funestes., plaisirs , malheureuses créatures , qui avez occupé et ensprcelé jusqu'ici, mou perfide coeur. Sortez , sortez de ce .cœur , amour .
profpne , puisqu'il n'est pas fait pour vous;
3J>o sot i/jjfom m ntwu.
et qu'il ne se parle plus cbea moi que de ï amour divin. Que tout y respire ee saint amour , que tout y agisse par son esprit , et que tout y obéisse à ses lois» Hélas ! il est bien juste que , puisque je ne ris et que je ne subsiste que pour aimer mon Dieu , son amour soit désormais ma vie , mon occupation , mon entretien , mon repos , ma joie, ma consolation , mes délices et mon salut. Il est bien juste que , puisque je ne suis fait que pour aimer un Dieu si aimable et si bon , je ne rire aussi que de son amour , je ne respire que son amour , je ne me conduise que par son amour , je ne tende qu'à son amour , et que je mette enfin dans son saint amour toute mon ambition , toute ma félicité et toute ma gloire. O Dieu d amour ! ou vous aimer donc enfin , ou mourir à ce moment mêmer car je ne dois plus vivre , si je ne vous aime de toute l'étendue de mon cœur , de toutes les forces de mon ame , de toute l'ardeur et de toute la perfection dont je suis capable. Ah ! mes frères , aimons donc notre Dieu , et protestons-lui , pleins d'une sainte confiance , avec l'Apôtre , que ni la mort , ni la vie , ni la grandeur , ni l'abaissement , ni la pauvreté , ni les richesses , ni la violence , ni l'injustice , ni les principautés ,
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ni les puissances, ni quelque autre créature que ce puisse être , ne pourra jamais nous séparer de son saint amour. Cest ainsi qu'après l'avoir aimé tendrement et constamment sur la terre , nous mériterons dé l'aimer éternellement dans le Ciel , que je *rous souhaité , mes frères , Au nom du 'ï^re, etc.
FRAGMÈNS