‹ SermonsChapitre 22 sur 29 · SUR L AMOUR DB D1XU · texte numérisé non relu

SUR L AMOUR DB D1XU

pour être le modèle de notre sainteté ; dans votre mort , pour .être le prix de notre rédemption ; dans votre Sacrement, pour être le salut et la vie de notre ame ; dans votre gloire enfin , pour :être l'objet de notre félicité et tout notre bonheur même ; en sorte qu'on peut dire , avec deux de vos plus grands Serviteurs , que vous êtes tout à nos usages, et qu'il semble que vous n'êtes Dieu que pour nous.

Quelque désagréable que paroisse l'adversité , qu'elle est délicieuse , dit saint Augustin , quand on la souffre pour Dieu!

L'amour divin eut toujours le secret d'assaisonner tout ce. qui semble le plus amer et le plus insipide : Tu es, t Domine, dulcedo/ illa per quant omnia amara dulcor.antur.

Mais écoutez saint Bernard , qui s'exprime sur ce sujet d'une manière si tendre : Qai ne goûte, qui ne savoure, qui ne met toutes ses délices dans les afflictions et «dans les croix , quand on les souffre pour l'amour de ; Jésus-Christ? Quis non sapiat quœ pra Christo est tribulatio P O qu'il m'est bien plus doux , 6 mon Dieu , de m'affliger avec vous > que 4? rae réjouir avec- le monde!

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J'aîmerois bien mieux être arec vous dans le torrent de la douleur , que de vivre saos ▼ous au milieu même de la volupté ; et je préfèrerois une prison où tous séries , au palais de la gloire si vous n'y étiez pas, parce que je ne puis trouver hors de vous qu'un enfer , et que je trouverons toujours avec tous le paradis même : Bonum mihi in tribulatione magis ampleeti te , quam esse sine te vel in cœlo.

Ah ! que lie ferions-nous pas, si l'amour divin régnôit dans nos coeurs, s'il nous auimoit de sa vertu , s'il nous consumoit de sa flamme ! Nous irions par toute la ^t erre , comme tant de saints Personnages , porter tous les hommes , autant qu'il seroit en nous/, à l'amour de Jésus - Christ. Nous dirions à tous les tyrans , qu'ils n'ont pas assez de supplices pour arracher de nos cœurs l'amour de Jésus-Christ. Nous nous plaindrions , au milieu de nos peines , de nos croix , de nos souffrances , de n'en endurer pas assez pour l'amour de Jésus-Christ. Nous ferions comme tant d'illustres amantes de Jésus - Christ , qui , dans leurs amoureuses extases et dans les* divins einporte-

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mens de leur amour , disoient à tous ceux qu'elles rencontroient : O âmes , n'aimez- -vous point Jésus*Chhist ? O cœurs, que tous êtes durs, si vous n'aimez point Jésus-Chbist qui vous a tant aimés ! O amour ! ô amour t 6 amour de Jésus , s'écrioient les autres , que vous êtes incompréhensible !

Quand une fois un cœur est pénétré de ce divin amour , vous le savez , mesdames, ne demande-t-il pas toujours à se signaler par des preuves éclatantes ? Oui , quand une ame en est éprise comme il faut , ce n'est plus de sa part que zèle , que feu , qu'ardeur et flamme , sans que rien soit jamais capable d'arrêter et de suspendre ses amoureux transports. Point de précepte de la loi si difficile qu'elle n'accomplisse ; point de pénitence si rigoureuse qu'elle n'embrasse ; point de vertu si austère qu'elle ne pratique ; point d'oeuvre de charité qu'elle n'entreprenne ; point d'obstacles et de difficultés du salut qu'elle ne dévore ; point de passions et de penchans si violens qu'elle ne réprime ; point enfin de sacrifices si généreux quelle ne fasse pour donner des inarques sensibles, de son amour au Die» qu elle adore e\ qu'elle aime tendrement

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Quel exemple également récent et éclatant n avons-nous pas de tout ce que j'avance, dans la personne de cette pieuse et illustre dame de la Cour, qui,* au grand étonnement de tout Paris , Tient de renoncer au monde avec tant d'édification et d'éclat , pour se consacrer tout entière à l'amour divin parmi les austérités dé la retraite. C'est de madame la comtesse d'Egmond , de la famille des Villars , que je parle. Elle étoit veuve ; elle étoit encore jeune , et douée d'une rare beauté ; elle étoit riche , et possédoit des revenus immenses ; elle avoit de l'esprit; sa réputation , de même que celle de Judith , étoit si bien établie, que personne dans toute cette Capitale du royaume ne parléit d'elle qu'avec estime. Il étoit difficile qu'ayant tant d'agrément pour le monde , le monde aussi n'en eût beaucoup pour elle. Aussi compritelle bientôt que c'étoit un ennemi qu'il falloit fuir , et que toutes les belles qualités qu'elle avoit , étoient des armes dont il pourroit bien se servir pour la perdre , si elle ne . se cachoit. Qu a-t-elle donc fait pour se mettre à couvert de tous ses dangers ? elle s'est enfin jetée et comme ensevelie toute vivante dans le fond d'un cloître , pour y vivre dans un continuel exercice de pénitence et d'amour. . . .

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