DE LA MESSE
Il semble même que le Sacrifice de la
Messe , l'emporte en quelque chose sur celuiéî , par ce que je vais dire. Car le Sacrifice de la Croix ne s'est offert que dans un lieu , qui est la montagne du Calvaire ; et le Sacrifice de la Messe s'offre dans tous les lieux du monde où le nom de Jésus-Christ est connu : In omni loco sacrï/îcatur. (i) Le Sacrifice de la Croix ne s'est offert qu'une fois; et celui de la Messe s'offre tous les jours et à tous les momens ; c'est un Sacrifice perpétuel : Juge Sacrificium. (2} Le Sacrifice de la Croix n'a duré que peu dTieu* res ; et celui de la Messe durera jusqu'à la consommation des siècles : Usque ad consummationem seculL (3) Le Sacrifice de la
1) McUach.i. 11. (a) Dan* vni. 11.
3) Matth. xxvm. a$.
35ti fini ikJL sâihts musB.
Croix Ait sanglant et douloureux ; et celui de la Messe se fait sans douleur et sans effusion de sang. Enfin , le Sacrifice de la Croix fut l'effet de la barbarie la plus noire et du plus horrible attentat qui pût se commettre ; et le Sacrifice' de la Messe s'accomplit par l'action la plus sainte , . la plus glorieuse à Dieu , et la plus méritoire pour l'homme , qui soit dans la religion. Voilà , mes frères , quelle est la grandeur et la dignité du Sacrifice de la Messe. Mais quelle profonde vénération , quel respect, , ne devez-vous pas avoir pour un Sacrifice si saint et si. auguste P car enfin , dit un savant homme du dernier siècle , quand nous aurions vécu , selon l'expression de saint Paul , $ous les élémens du monde , c'est-à-dire , sous les figures de l'ancienne Loi , et que nous n'aurions eu d'autres sacrifices que les sacrifices imparfaits des Juifs , il faudroit toujours y assister avec crainte et avec tremblement ; il faudroit toujours respecter ces chairs mortes , toujours vénérer ces taureaux égorgés et sanglans , toujours se prosterner devant ces autels chargés des oblations et des prémices de la terre. C'étaient des créatures , il est vrai , mais ces créaturcs étoient les victimes et les holocaustes
sua là sainte messe. 359
du Dieu vivant , et cela seul les élevoit à un ordre supérieur, et les consacrait. Aussi , poursuit le même Docteur, voyez avec quelle révérence , avec quelle religion , les Juifs entroient dans le Sanctuaire pour offrir à Dieu leurs sacrifices et le sang des animaux qu'ils immoloient ! combien de cérémonies et de purifications n'étoient-ils pas obligés de faire ! C'étoit assez , dit saint Augustin , pour leur rendre vénérable jusqu'à ces ombres et ces figures , qu'elles fussent les figures et les ombres du grand Sacrifice des Chrétiens. C'étoit assez , pour les saisir d'une sainte horreur , que ces victimes immolées , quoique viles et abjectes , leur représentassent cette Victime pure et sans tache , cette Hostie divine , qui devoit être immolée pour eux et pour nous. Or , qu'eussent-ils pensé , qu'eussent-ils fait , s'ils eussent vu , comme nous , la vérité ? et que devons-nous penser , que devons-nous faire nous-mêmes , de quel tremblement , de quelle frayeur ne devons-nous pas être pér nétrés , lorsque nous avons l'honneur d'as* sister à ce redoutable Mystère ? Toutes les .fois que je vais au Sacrifice que célèbre l'Eglise , je vais au Sacrifice de la mort d'un Dieu | le même qui fut offert sur le Cal-
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▼aire ; le même que Jésus-Chris? consomma sur la Croix. Ce n'est point une supposition : c'est un point de foi. J'assiste à un Sacrifice dont réellement et sans figure la Victime est le Dieu même que je sers et que j'adore. . ♦
SECOND POIff*«
Les avantages que nous retirons du Sacrifice non sanglant de la sainte Messe , sont inestimables. Ils sont tous renfermés dans les fins pour lesquelles Jésus-Christ a institué cet adorable Sacrifice , qui ne sont autres que celles pour lesquelles le Seigneur avoit établi les sacrifices de l'ancienne Loi. Ces principales fins étoient , premièrement , d'honorer Dieu , à raison de sa suprême Majesté ; en second lieu , de le prier , en vue des biens qu'on en attendoit ; en troisième lieu , de le remercier , en conséquence des grâces qu'on en avoit reçues ; quatrièmement enfin , d'apaiser sa colère irritée par les péchés commis contre lui. Ce sont là , dit saint Thomas , quatre sortes de dettes que nous avons contractées envers Dieu , et que nous pouvons acquitter avec
SUR LA SAINTE MESSE. 36l
la sainte Messe , incomparablement mieux que les Juifs ne le faisoient avec leurs sacrifices*
. Nous devons donc , premièrement , honorer. Dieu ; et nous lui devons un honneur et un respect infini , parce qu'il est digne d'une gloire infinie. Louons-le selon l'immensité de sa grandeur , dit le Prophète.
Mais qu offrirons-nous à Dieu , qui soit digne de lui ? devons-nous nous écrier frappés de respect et d'étonnement. Sera-ce en nous abaissant , en . nous prosternant devant sa Majesté , que nous lui rendrons hommage ? mais qu'est-ce que tout cela pour un Monarque dont l'empire s'étend sur tout l'univers ? Lui offrirons-nous des oblatictns et des holocaustes , toutes les créatures du monde , pour reconnoître le souverain domaine qu'il a sur nous ? mais où trouver de pures créatures qui soient capables d'honorer parfaitement un Dieu ? Il n'y a qu'un Dieu-homme qui puisse le faire , et qui le fasse en effet en se mettant sur nos autels dans un état dô victime et de mort. Si donc les grands hommages honorent les. grands rois , quelle gloire pour le Seigneur de voir le Tout-puissant même humilié en sa présence ! Ah ! chrétiens , voulez - vous
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rendre à votre Dieu tout le respect et toute l'adoration qu'il mérite ? vous le pouvez :
assistez au redoutable sacrifice de la Messe, Une seule Messe lui rend plus d'honneur et de gloire que ne lui en peuvent rendre tous les Anges et tous les homnies unis ensemble , quand ils sacrifieraient à sa grandeur , leurs biens , leur réputation , leurs richesses , leur vie , tout ce qu'ils sont et tout ce qu'ils possèdent. Apprenez donc aujourd'hui quel est le prix de ce Sacrifice et quel est le fruit que vous en pouvez tirer. Nous devons , en second lieu , prier le Seigneur pour obtenir de lui les biens et les grâces que nous en attendons : devoir que la religion nous impose , pour marquer à Dieu , par nos demandes , notre entière dépendance. Invoquez-moi , dit ce Dieu de bonté , dans le jour de l'affliction , et vous me trouverez prêt à vous secourir*. Mais comment oser de nous-mêmes recourir à lui ? Chargés de péchés et accablés sous le poids de nos misères , ce grand Dieu voudroit-il nous écouter ? Grâces immortelles soient rendues à notre aimable Rédempteur , d'avoir laissé à son Eglise Un Sacrifice qui nous fait toujours favorablement écouter de son Père , et où , selon