‹ SermonsChapitre 3 sur 47 · SERMON SUR L'AMBITION · texte numérisé non relu

SERMON SUR L'AMBITION

I. — Les honneurs ne devraient être qu'un assujettissement à servir le prochain.

Il n'y a que Dieu, chrétiens, qui soit grand absolument et par lui-même ; tout ce qui est grand hors de Dieu et parmi les hommes, ne l'est qu'avec dépendance, et par rapport au prochain, je veux dire, pour le bien et pour l'utilité du prochain ; et il n'est rien dans le monde de plus odieux ni de plus injuste qu'une fortune qui devient fière à mesure qu'elle s'élève, et qui se prévaut de ce qu'elle est, puisque ce qu'elle est, bien loin de lui inspirer un esprit de hauteur et

(i) Ce sermon permet de faire une comparaison très précise entre Bossuet et Bourdaloue. Le premier a prêché trois fois sur ce sujet, en 1661, en 1662, en 1666, aux Carmélites, au Louvre, à Saint-Germain : c'était une matière que tous les orateurs chrétiens devaient traiter, et qui au xvn» siècle était plus particulièrement encore « actuelle ». Le plan de Bourdaloue est le suivant :

« Les honneurs du siècle que notre ambition nous fait rechercher avec tant d'ardeur, peuvent être considérés en trois manières ou selon trois rapports qui leur conviennent : par rapport à Dieu, qui en est le distributeur; par rapport au prochain, au-dessus de qui ils nous élèvent ; et par rapport à nous-mêmes qui les possédons ou qui nous les procurons. Sous le premier rapport, les honneurs du siècle sont, dans Tordre de la prédestination éternelle, autant de vocations de Dieu; et notre ambition les profané, en les recherchant comme des avantages purement temporels : ce sera la première partie. Sous le second rapport, les honneurs du siècle sont de vrais assujettissements à servir le prochain ; et notre ambition en abuse en les recherchant pour exercer un vain empire et une fière domination : ce sera la seconde partie. Sous le troisième rapport, les honneurs du siècle sont des engagements indispensables à travailler et à souffrir ; et notre ambition les corrompt, en les recherchant dans la vue d'y trouver une vie tranquille et agréable : ce sera la conclusion de ce discours. »

BOURDALOUE

d'orgueil, doit être pour elle-même un fond de modestie, de condescendance, de charité et d'humanité. En effet, dit

excellemment saint Ambroise, dominer pour dominer, c'est \

le privilège de l'être de Dieu ; mais le propre de la créature \

est de dominer pour servir, et autant de fois qu'il arrive à \

V homme de séparer ces deux choses en s'attribuant ce qu'il |

n'a pas, il détruit même ce qu'il a : pourquoi ? parce que la {

domination de l'homme, prise dans les desseins de Dieu, j

n'étant qu'un véritable ministère, du moment qu'il en ôte ^|

l'esprit de zèle et de charité pour le prochain, il en ôte la 'i

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