‹ SermonsChapitre 30 sur 47 · I. — Exécutions par effigie · texte numérisé non relu

I. — Exécutions par effigie

Il y avait un si grand nombre de criminels qu'on en fit j

effigier un jour près de trente à la fois. Il faisait beau voir \

dans la place des exécutions tant de tableaux exposés, dans ]

chacun desquels un bourreau coupait une tète. Ces exécutions l

non sanglantes, et ces honnêtes représentations qui n'ont qu'un |

peu d'infamie, étaient un spectacle d'autant plus agréable qu'il J

y avait de la justice sans qu'il y eût du sang de répandu. Ces %

tableaux restèrent un jour, et tout le peuple par curiosité vint •!

voir cette foule de criminels en peinture, qui mouraient sans 1

cesse et ne mouraient point, qui étaient prêts à recevoir le |

coup sans le craindre, et qui ne cesseront point d'être mé- |

chants en effet, tant qu'ils ne seront malheureux qu'en figure. I

C'est une invention que la justice a trouvée pour diffamer |

ceux qu'elle ne peut pas punir, et pour châtier le crime \

quand elle ne tient pas le criminel. C'eût , été une tapisserie |

fort propre dans la maison d'un lieutenant-criminel. |

(/) Edités par Gonod en 1844, puis par Cheruel en 1 856. Les Grands Jours

sont des assises extraordinaires, très imposantes, tenues dans les provinces, à j

intervalles fort irréguiiers, par des juges directement choisis par le roi, et ï

jugeant sans appel toutes les affaires civiles et criminelles. Plus de 12 000 ;j

plaintes, sans compter les causes de toutes sortes, étaient portées devant les J

Grands Jours tenus à Clermont {26 septembre i665 au 3o janvier 1666) auxquels |

a assisté Fléchier : les plus hauts personnages y comparurent pour rendre J

compte de leurs abus. I

Page 1