‹ SermonsChapitre 29 sur 47 · IV. Mort de Le Tellier · texte numérisé non relu

IV. Mort de Le Tellier

Il l'avait bien connu, messieurs, que cette dignité et cette gloire dont on l'honorait n'était qu'un titre pour la sépulture. Au milieu des grandeurs humaines, il en découvrit le néant ; il se vit mortel, et se sentit tel que nous le voyons aujourd'hui. Illustres tètes qui m'écoutez, voyez cette pompe funèbre, lisez ces tristes caractères qui font l'éloge de ce ministre et apprenez où doivent aboutir vos desseins, vos prétentions et

iros fortunes, si vous ne les soutenez par vos bonnes œuvres, et si vous ne préparez comme lui par vos prières, par vos larmes, par l'usage des sacrements, une mort qui ne laissera pas un long espace à la correction et au repentir, ou à la sanctification de vos âmes.

Comme il avait vécu sans passions, il mourut tranquille. Il n'y eut point dans son esprit de faiblesse à ménager. La chair et le sang n'amollirent pas son courage. La mort ne Itii fut pas amére, parce qu'il n'avait pas mis sa paix dans ses prospérités ni dans ses richesses. On n'eut pas besoin de chercher pour lui ces tours ingénieux qui ne font entrevoir aux malades le danger oix ils sont qu'au travers de feintes promesses, ou de vaines espérances de guérison. Il ne fallut pas emprunter la voix d'un prophète inconnu pour lui dire comme à Ezéchias : «. Vous mourrez. » Un fils osa rendre ce triste et charitable office à son père ; et la fidélité de l'un fit voir la résignation de l'autre.

Il reçut sans trembler la réponse de mort, comme parle l'Apôtre (1) . On vit en lui cette tristesse de pénitence qui opère le salut, et non pas cette douleur d'inquiétude et d'abattement qui porte au péché ; une confiance sans présomption, et une crainte sans faiblesse, une sublimité chrétienne, sans aucun mélange de vanité philosophique, d'autant plus dangereuse à l'extrémité de la vie, que l'homme, près d'être jugé, doit s'humilier davantage devant son juge.

Que si le commerce des hommes et la dissipation de l'esprit, inévitables dans les grands emplois, ont laissé quelque impureté dans une vie aussi sage et aussi chrétienne, achevez, mon Dieu, de purifier par le sang de votre Fils cette âme que vous avez conduite dans les voies de la vérité et 4^ la justice, et que vous avez élue pour jouir sans fin de votre amour et de votre gloire.

Sacré ministre de Jésus-Christ (2), qui, dans la chaire évangj^ lique, avec une éloquence vive et chrétienne, avez, avant moi, consacré la mémoire immortelle de ce grand homme, achevez d'offrir pour lui cette hostie innocente et pure qui lave les péchés et les fragilités du monde. Peuple, qui ressentez encore les effets de son exacte équité, reprenez le cantique

(i Saint Paul : II Corinth.^ I, 9.

(2) C'est Bossuet qui officiait à cette cérémonie.

EOURDALOUH.

FLÈCHIER I

qu'il avait commencé des miséricordes éternelles. Et vous, '|

vaillants et malheureux guerriers qui, dans cet hôtel royal, |

traînant les restes de vos corps au pied de ces autels, atten- i

dez avec patience une mort que vous avez si souvent bravée, ?

sacrifiez au Dieu de la paix les lauriers que vous avez cueil- i

lis dans les armées, et faites des malheurs de votre ambition \

et de votre gloire les fruits de votre pénitence ; redoublez \

pour son repos éternel, ces vœux ardents que vous avez si j souvent faits pour une vie si utile et si précieuse.

(Péroraison.) i

MÉMOIRES SUR LES GRANDS JOURS (1) j

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