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III. — Les vilains contre leurs seigneurs, j

Je remarquai par toute la campagne et dans Ciermonl \

que la terreur était générale. Toute la noblesse était en i;

fuite, et il ne restait pas un gentilhomme qui ne se fût 1

examiné, qui n'eût repassé tous les mauvais endroits de sa ;

vie, et qui ne tâciiât de réparer le tort qu'il pouvait avoir ]

fait à ses sujets, pour arrêter les plaintes qu'on pouvait |

faire. Il se faisait mille conversions qui venaient moins de a

la grâce de Dieu que de la justice des hommes, et qui ne 1 laissaient pas d'être avantageuses, pour être contraintes.

Ceux qui avaient été les tyrans des pauvres devenaient leurs |

suppliants, et il se faisait plus de restitutions qu'il ne s'en ]

fait au grand jubilé de l'année sainte..... 1

On remarqua que les paysans étaient fort hardis, et |

qu'ils déposaient volontiers contre les nobles, lorsqu'ils |

n'étaient point retenus par la crainte. Si on ne leur parle \

avec honneur et si l'on manque à les saluer civilement, ils i

en appellent aux Grands-Jours, menacent de punir et de \

faire violence. Une dame de la campagne se plaignait que I

tous ses paysans avaient acheté des gants, et croyaient qu'ils ^

n'étaient plus obligés de travailler, et que le roi ne consi- |

dérait plus qu'eux dans son royaume. Lorsque des per- |

sonnes de qualité, d'esprit et de fort bonnes mœurs, qui j

ne craignaient point la plus sévère justice, et qui s'étaient |

acquis la bienveillance des peuples, venaient à Clermont, j

ces bonnes gens les assuraient de leur protection, et leur |

présentaient des attestations de vie et de mœurs, croyant que |

c'était une dépendance nécessaire, et qu'ils étaient devenus i

seigneurs par privilège de leurs seigneurs mêmes. Ils étaient j

encore persuadés que le roi n'envoyait cette compagnie que |

pour les faire rentrer dans leur bien, de quelque manière |

qu'ils l'eussent vendu : et sur cela ils comptaient déjà pour j

leur héritage tout ce que leurs ancêtres avaient vendu, re- |

montant jusques à la troisième génération. Ces simplicités \

qui faisaient rire ceux qui ne s'y trouvaient point intéressés, ^

donnaient une fâcheuse contrainte à ceux qui y avaient i

quelque part, parce qu'il fallait souffrir des insolences aux- \

quelles ils n'étaient point accoutumés, et réprimer des \

promptitudes qu'ils n'avaient pas accoutumé de réprimer^ lorsqu'ils voyaient la justice plus éloignée.

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