DE &.*ARCHE
décisive. Du sein de ces réveils nationaux une voix de Dieu s'est fait entendre; Jésus-Christ vous appelle; il va retirer ses filets sur les rivages de Téternité; il va procéder aux séparations éternelles ; il va mettre à part dans ses vaisseaux ce qu'il y a de bon; il va jeter ce qui est mauvais au feu qui ne s'éteint point. L'existence des nations , après tout y n'est que le drame d'une heure. Derrière ces toiles que la mort va nous faire dépasser et que vous touchez déjà presque avec la main j derrière cette scène rapide, commencent des réalités sans terme , où chacun des acteurs , quel qu'ait été le drame, et quelle qu'ait été la place qu'il y a occupée, va recevoir de son Maître selon qu'il aura rempli son rôle individuel, et « selon cequ'il aura fait étant dans son corps (1 ).»
J'ai désiré que ces réflexions, présentes à vos consciences dès les premières paroles de ce discours , vous fissent porter des regards plus graves» je ne dis pas seulement sur le réveil religieux qui vous est exposé dans mon texte, mais bien plus encore sur celui dont la bonté de Dieu nous rend aujourd'hui les témoins dans son Église.
Vous le savez en eOet : pendant que nous traversons la vie , on voit maintenant , dans toutes les tribus du monde protestant, beaucoup d'ames qui, comme les Israélites aux jours de Samuel, rejettent leurs idoles, soupirent après l'Éternel, s'écrient qu'elles ont péché, et retournent de (putes leurs forces vers le Dieu de leurs pères. Elles ont trouvé que les citernes crevassées d'une sagesse toute humaine ne contiennent point d'eau pour laver le péché et pour ôter la souillure (2)^ non plus que pour changer le cœur de l'homme, non plus que pour le consoler et pour le rafraîchir;
<i) 5 Cor! V, 10. (2) Zach. XIII , 1.
elles reviennent aux doctrines révélées de Dieu; elles ne veulent plus d'une demi-révélation j ni d'un demi-cbristia* nisme, ni d'un demi-salut, ni d'un demi-Sauveur, si j'ose ainsi parler; elles ont reconnu n'avoir rien à présenter à leur Juge que des titres de condamnation ; dies vont chercher à Kirjath-Jéharim l'Arche de Dieu long-tempsdétaissée; elles recourent au sang de la croix; elles reçoivent la bonne nouvelle d'une réconciliation toute gratuite; elles trouvent la paix, et tout est changé.
. Maintenant donc > prenons-y garde ! quand vous portez vos regards sur ce vaste mouvement , H ne s'agit pas tant , pour vous, de savoir ce que pourra devenir dans quelques années ou Genève, ou la Suisse, ou l'Europe, ou le monde; mais^ que "deviendra dans quelques mois, lorsqu'elle aura quitté ce corps, cette ame d'un paavre pécheur, cette ame immortelle qui vous fut commise , cette ame dont vous allez rendre compte et que Dieu voulait sauver. Il s'agit pour vous , non pas tant de savoir quand cette nation recevra TEvangile^ ou quand cette Eglise sera ramenée à la pureté de la foi ; mais de savoir si cette ame , si vous-même vous avez reçu l'Evangile du Royaume, et si vous lui appartenez en vie éternelle.
Venez donc contempler avec recueillement ce retour d*Is* raël à l'Étemel son Dieu, pour le comparer à ce qui se passe aujourd'hui sous nos yeux. Venez assister aux scènes touchantes de Mitspa et d^Eben-Hezer^ pour comprendre mieux celles de l'Europe , celles de la Suisse et celles de Genève. Venez suivre dansées courses pastorales, au milieu des tribus^ ce grand prophète, cet homme de prière que Dieu suscita dans ces jours reculés. Allons l'entendre quand il prêche , pour apprendre mieux ce qu'on nous prêche à nou&-
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Blâmes; allons l'entendre quand il prie, pour apprendre mieux comment il faut prier.
Nous méditerons » verset par verset , les paroles de notre texte, sans nous proposer d'autre plan que d*en développer chacune des sentences, et d'y suivre Tordre même où i'Esprit-Saint a voulu nous les donner.
Cette marche, qui nous semble toujours la plus sûre, parce qu'elle est aussi la plus respectueuse , nous fera parcourir les trois périodes successives de ce grand événement^ et nous mettra sous les yeux trois tableaux également instructifs, raidit trois périodes : celle de Tégarement du peuple aux jours de Samuel, celle de son retour à Dieu> eelle enfin de son épreuve et de sa délivrance. J'ai dit, en d'autres termes , trois tableaux : dans le premier , c'est TArche de l'Éternel qui revient, et Samuel qui prêche durant vingt ans, au milieu d'un peuple égaré. Dans le second , c'est ce peuple long-temps égaré qui revient lui-même à l'Éternel ^ qui soupire après Lui , qui rejette toutes ses idoles ^ et qui ne veut plus que de Dieu seul. Dans le troisième enfin, c'est,^ après ce bienheureux retour , le peuple qui marche avec Dieu , et Dieu qui marche avec son peuple.
Oh! profitons du temps fugitif qui nous est donné, car bientôt les Samuel et les tribus qui les entendent auront passé devant leur Juge ; bientôt ce Dieu que les Samuel nous prêchent sur la terre sera devant eux et devant nous. « C'est ici le temps favorable : les chose» visibles s'enfuient; les jours vont finir; les siècles vont commencer. Mettons-les donc à profit , ces jours rapides , ces jours si petits par leur durée, mais si grands par leur avenir; soupirons aussi après l'Éternel ; tendons nos deux mains vers ce Dieu qu'on priait avec tant d'efficace, il y a trois mille ans, à Mitspa^ et que
nous trouverons toujours le même, parce que trois mille ans sont pour Lui comme trois jours, et trois jours comme trois mille ans. Et puisque nous voyons aussi de nos jours tant d'ames converties monter à Mitspa pour se réjouir en l'É-^ ternel , et pour y poser avec adoration la pierre d'Eben*' Hezer, ne restons pas endormis dans nos demeures ; ne nous enfermons pas dans nos tentes avec nos idoles que rÉtemel abhorre ; suivons le peuple de Dieu ; montons avec lui ; corn* battons le bon combat !
.0 si beaucoup d'âmes , Seigneur, apprenaient d soupirer après toi ! si ces jours, où tes Églises se raniment , devenaient aussi pour notre tribu des jours de réveil ! si nous, apprenions tous à te chercher avec plus d'instance, plus d& sincérité , plus de prières ! O si tu daignais pousser de nouveaux Samuel dans cette moisson déjà blanche et prêté à moissonner !
Le premier tableau que nous présente notre texte , c'est l'Arche sainte revenue , et Samuel préchant avec ardeur, au milieu d'un p«uple rebelle et démoralisé ; c'est ce long période de dérèglement et d'incrédulité qui précéda le réveil des Israélites , et dont le beau ministère de Samuel ne put les sortir qu'après vingt années de travaux et de prières.
Pour en bien comprendre le récit , rappelons-nous l'état d'Israël fiux premiers jours de cet homme de Dieu.
Tout devait être alors un sujet de profonde amertume pour le cœur d'un véritable Israélite , de quelque côté qu'il portât les yeux. S'il regardait à la terre , ce peuple avait abandonné son Dieu ; s'il regardait au ciel, Dieu avait aban*
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donné son peuple. Le relàcbcnaent et la oorrupiion avaient envahi toutes les familles Israélites; et l'Éternel , pour les diâtier, les avait abandonnées, en-dedans à toutes les convaitises de leurs âmes , et en-dehors à toute Tinimitié des Philistins. Gomme ils ne s'étaient pas souciés de lé connaî» tre, Dieu les avait livrés à leurs sens dépravés (f); il les avait punis de leurs ténèbres par dés ténèbres ; il avait laissé s'épaissir celles qu'on avait préférées à la lumière ^ « la Parole de Dieu était rare dans ces tristes jours (2); >v et Ton n'entendait plus de prophètes en Esraeh Hélas! en effet , les prêtres eux-mêmes avaient égaré le peuple. Au iteu d'honorer leur ministère , au lieu de se lever pour la cause de Dieu , au lieu d'annoncer sa Parole et de proclamer ses puissantes vérités, ils ne voulaient plus de la Bible^ ni des vérités de la Bible; et l'on avait vu même les deux fils du sacrificateur Héii, souiller jusqu'aux abords du sanctuaire par les plus abominables débordemens. Aussi les maux du dehors égalaient-ils les désordres du dedans. Les Philistins avaient été deux fois vainqueurs; trente-quatra mille Israélites avaient été égorgés sur le champ de bataille avec les fils d'Héli; enfin Targhe, l'Arche sainte , l'Arche même de l'Éternel , était demeurée dans leurs mains ! A peine avait^elle été traînée en triomphe dans leur temple , que par deux fois leur grand idole, Dagon , renversé de soa trône , avait roulé dans la poussière ; et que bientôt des fléaux surnaturels les frappant coup sur coup , les avaient forcés à renvoyer sur la frontière des tribus ce redoutable trophée. L'Arche de Dieu, traînée miraculeusement, avait fait sa rentrée en Canaan, seule pour ainsi dire, et comme
(ORom.I, 28. f2) i Sam. ni, l.
dans le triomphe de la victoire. Mais c'était en yain ! .les Israélites , depuis long-^temps exercés aa mépris des choses saintes y ayant osé la regarder avec irrévérence , une plaie soudaine et àévère était tombée sur eux ; et ces malheureux, au lieu de reconnaître leur faute y ne s'étaient empressés qu à se défaire de ce dépôt inestimable , et connaissant la piété des babitansde Kiriath-Jéharim, ils s'étaient hâtés de leur envoyer dire : « Les Philistins ont ramené l'Arche de » l'Eternel ; descendez et faite&-la monter dans votre ville. »
C'est jusque-lày Mes Frères, que nos exercices précédons ont dû porter l'histoire qui nous occupe; et c'est là que je viens la reprendre, ea ouvrant devant vous le chapitre de ce jour.
Voyez quel spectacle frappant il nous présente dès ses premiers versets ! C'est Dieu qui vient par un double bienfait , déployer ses miséricordes sur un peuple qui le hait. C'est l'Arche de son alliance qu'il ramène , et son prophète Samuel qu'il envoie au milieu d'une nation rebelle à sa Parole et souillée de mille vices. C'est la miséricorde divine qui V» se tenir à la porte de ces cœurs endurcis , et qui ne cessera d'y frapper , pendant vingt ans , par la prédication miraculeuse du plus grand de ses prophètes, et par un culte rétabli devant l'Arche à Kirjath-Jéharim. Le peuple dort y, mais la miséricorde veille ; le peuple est perdu , mais la miséricorde vient chercher et sauver ce qui est perdu; le peuple fuit Dieu , mais Dieu poursuit le peuple ; Dieu prend patience, et, pour me servir de ses propres expressions^Diea ne cesse pendant vingt ans n d'étendre tout le joursesmaina » vers un peuple rebelle et contredisant (1)* »
<t}Rom.X,21.
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gratuité du Dieu « de qui f par qui et pour qui sont )) toutes choses (1)! » gratuité qui traverse les siècles, poursuivant ton œuvre, ne t'arrètant jamais > qui ne te reconnaîtrait à ces caractères I
C'était quand tout , chez les Israélites , irritait les yeux de sa gloire , que rÉtemel leur avait préparé son prophète Samuel. C'était quand tout semblait n'appeler sur eux que des vengeances , c'était quand le cri de leurs iniquités s'élevait avec le plus de bruit vers le ciel, qu'on avait vu venir à Silo, devant la porte du tabernacle, une jeune femme, accompagnée d'un très-petit enfant. «Tavais supplié l'Éternel » pour obtenir ce flls^» disait-elle; « il a exaucé ma prière; » c'est pourquoi je le prête à l'Éternel , pour qu'il le serve » tous les jours de sa vie. » Elle arrivait des montagnes d'Éphralm; c'était son fils unique; elle venait de le sevrer; il était le fils de ses prières et de ses larmes; mais elle le don* naità Dieu; et cet enfant était Samuel. Depuis ce jour, en efiet , vêtu d'un éphod de lin , comme les sacrificateurs , il avait vaqué au service du tabernacle, il avait grandi en la présence de l'Étemel , il s'était rendu agréable tant à l'Éternel qu'aux hommes; et bientôt « tout Israël, depuis Dan » jusqu'à Béer-Sebah, » avait reconnu, nous dit l'Écriture, que le Seigneur se manifestait à Samuel en Silo , et l'avait honoré comme un prophète du Dieu vivant.
Dès que le malheureux Hélieut fini sa carrière, Samuel, malgré sa jeunesse , avait commencé la sienne; et pendant vingt ans il Tavaitdû fournir sans en apercevoir les fruits. Il parcourait les villes et les villages de la terre sainte; il conjurait que l'on revînt à Dieu ; il prêchait aux grands et aux
(9) Rem. XI, 36.
petits cette vérité toujours la inême^ bI cependant toujours nouvelle de la réconciliation gratuite d'un pécheur qui croit aux promesses de son Dieu. « Croyez la bonne nouvelle , croyez-i'Évangile; et puisque TÉternel s*y déclare un Dieu qui pardonne y retournez à Lui de toute votre ame, présen* tez-lui des cœurs froissés; venez , et quand vos péchés seraient rouges comme le vermillon, ils seront blanchis comme la laine! » — ^^ Aipsi prêchait Samuel ^ tandis qu'en même temps il priait avec ardeur. Bien persuadé qu'un vrai serviteur du grand Berger des âmes peut autant et plus encore pour le bonheur des troupeaux de son mattre , dans le tabernacle de la prière , que dans la chaire de vérité y tandis
que Samuel criait à ses frères : Revenez à Dieu! il criait plus fort encore à l'Éternel : O Éternel, reviens à ton peuple! Et telle avait été la puissance de ses prières que Dieu lui-même ne les comparait qu'à celles de l'incomparable Moïse y et que cinq cents ans encore après qu'il eut cessé de vivre , Dieu , pour exprimer le comble de son indignation contre Juda^ disait à Jérémie : « Quand Moïse et Samuel se » tiendraient devant moi, je n'aurais pourtant point d'affec- » tion pour ce peuple (1 ). »
Voilà donc le ministère que Dieu daigna maintenir vingt ans au milieu d'un peuple rebelle! Yoilà jusqu'où put aller cette gratuité de l'Éternel, qui passe par-dessus les iniquités de son peuple , cette tendresse du Berger qui court après la brebis égarée , cet amour de Dieu qui fait les premières avances au pécheur le plus ingrat; qui lui demande son cœur comme s'il en avait besoin, et comme si les rôles étaient changés, comme s'il était, Lui, la créature, et nous
(l)Jcrém. XV, 1,7.