PARABOLE DES DIX VIERGES
SDR MATTHIEU XXV, 1-13^,
ÇjQRisT est TEpoux de son Eglise : telle est Hmage tou«> chante sous laquelle fEsprit Saint se plaît à nous représenter l'amour du Sauveur pour ses fidèles , et les circonstances de son dernier avènement. H est l'Epoux de son Eglise^ il Ta aimée le premier j il a pour elfe un amour gratuit, constant 9 inaltérable. 11 est venu d'abord dans a une chair semblable à celle qui est assujeltieau péché» , sous la forma d'un serviteur , en des vétemens teints de sang, souffrant, persécuté^ a mis à peine au rang des hommes (t)»; la dm?-
(t) EsaîeLIII.Qéb.Il.
312 Là parabole
cer dans la doaleur^ au milieu des larmes, sous Torage de la Justice divine ; mais il doit revenir au dernier jour^ comme le Roi de gloire, célébrer ses fêtes nuptiales, juger les vivans et les morts, et faire entrer son Épouse dans les palais éternels. — Or, comme l'usage voulait, chez les anciens peuples de l'Orient, dans la célébration des noces, que l'époux: , à la lueur des flambeauic , et suivi de ses amis , allât chercher son épouse , dans Tappareil de la joie et du triom* phe , tandis que les amies de l'épouse, ordinairement au nombre de dix, portant à la main des flambeaux, et magniquement parées, allaient au-devant de l'époux, pour se joindre à son cortège, et pour en accroître la joie et la solennité, notre Seigneur a souvent emprunté cette image et ses différens traits pour peindre son second avènement, — VEpauxy c'est lui-même j Y Epouse^ c'est l'Eglise; c'est l'assemblée des vrais croyans; ^arrivée de TEpoux , c'est le retour de Chtist, au jourdu jugement; /e« amis deTEpoux, ce sont les anges de sa puissance; les tierces^ amies de TEpouse, ce sont les saints et les fidèles , ou plutôt ce sont ici tous ceux qui passent pour être saints et fidèles , tous ceux qui réclament le nom de chrétiens; leurs lampes ^ c'est la profession qu'ils font de la religion de Christ; V huile et la lumière qu'elle produit, c'est la Grâce du Saint-Esprit dans le cœur; c'est la foi qui opère, qui se manifeste par l'amour, parla charité, par la lumière des bonnes œuvres; l'heure de minuit représente ce qu'il y aura de soudain et d'inattendu dans l'arrivée de notre maître; le palais de l'Époux enfin , c'est le royaume des cieux , c'est le séjour de la sainteté, de la paix, des consolations et des joies éternelles. Souverain ! disait le Psalmiste en parlant du Messie, «ton » Epouse est à la droite, parée d'or d'Ophirj elle est inté-
BBS DIX yiERGES. S13
» rieurement remplie de gloire. Les Vierges qui la suirent » et qui sont ses. compagnes, te seront présentées avec « réjouissance et avec allégresse; elies entreront dans le » palais du Souverain (1), »
Tel est l'emblème touchant et solennel sous lequel nous est représenté Tavénement du Seigneur. Voilà les grandes scènes auxquelles , vous qui, m'écoutez , Mes Frères, et moi qui vous parle, nous devons tous assister un jour. Cela est certain , comme il est certain que TEvangile est la Parole de Dieu, comme i( est certain que TËglise de Christ s'est établie sur la terre , comme il est certain que nous sommes ici rassemblés cun son nom. « Ces paroles » , dit l'Esprit Saint , « sont les vraies paroles de Dieu. (2) »
Quel rôle jouerons-nous donc en ce grand.jour? Que deviendrons-nous en ce moment solennel? Quel regard jettera sur nous alors, du haut de son trône, « Celui qui sonde les reins et les cœurs (3) ? »
Oh! qu'il est important de résoudre, dès ici-bas, une telle question ! Combien toute autre recherche paraît frivole et superflue quand on la compare à celle-là ! Combien les « beaucoup de choses dont s'occupe (4) » Marthe sur la^ terre semblent vaines et souvent funestes! Combien il est frappant « qu'une seule chose est nécessaire !. >? Suivez donc le développement simple et familier d'une, parabole où le Seigneur se plaît à se mettre à la portée de tous , et puisse cette méditation porter dans vos cœurs le désir et le besoin de la vigilance, la connaissance de. votre véritable condition, la pensée sérieuse de Tavenir^' la faim et la soif de la justice! Ainsi soit-il!
(l)P«.XLV,10-t6. (2)Apoc. XIX,9.(3)Ps.VII,l0.(4)LacX,4i.
3i& LA PARJLBOLB
Le royaume des deux , aa dernier jour y iera semblable d iix vierges , qui, aydnt pris leurs lampes ^ s^en étaiefU allées (lU'deviint de F Epoux.
Le royqume des deux désigne ici, comme souvent ailleurs y Tensemble des hommes qui portent le nom de Chrétiens; c'est l'Eglise visible^ en tant qu'elle se compose de vrais Gdèles et de Chrétiens apparens.
Le royaume des deux sera semb^qllé d dix vierges. A dix vierges. — Par cette expression , le Seigneur nous donne à connaître^ dès l'abord , & quelle classe d'hommes la leçon de cette parabole est surtout adressée. Nous voyons qu'il j veut désigner des personnes dont la vie app&rente e3t régulière, et dont la conduite extérieure est décente et paisible. Par les vierges folles, il ne faut donc pas entendre des personnes qui vivent dans le d'éréglement : il ne s'agit pas ici de ces hommes avec lesquels l'Àpôtre Paul (1) défend aux Chrétiens d'entretenir aucune familiarité ; dei^ larrons , des impudiques, des profanateurs, desmédisans, des hommes outrageux, des intempérans.
Le Seigneur désigne ici des personnes qui , par la décence extérieure de leur conduite, sont mises au rang des vrais Chrétiens par les hommes qui ne peuvent connaître les secrets des consciences , et qui ne peuvent juger que sur de lointaines apparences.
Non-seulement leur conduite extérieure est régulière et décente ; non-seulement ce sont dix vierges , mais encore elle$ sont allées au^evaht de V Epoux] elles font toutes profession d'attendre Jésus, et de mettre en lui quelqu'espèce de confiance , quoiqu'une partie d'entr'elles ne l'aient point connu ^
(1) 1 Cor. XV, 33.
DES DIX VTEBGES. Si 5
a! qu'elles ne soient point connues de lui , comme il le leur déclarera bientôt lui-même , parce qu'elles s*appuient sur leurs propres mérites, et qu'elles n'ont point senti qu'elles avaient besoin d'acheter de l'huile pour leurs lampes. — Ce sont des Chrétiens de nom ; on les voit dans les temples; ils prennent part à la Sainte Cène ; ils font profession d'espérer jsn Christ, qui les introduira sûrement, pensent-ils, dans Ifss demeures éternelleSi d^s qu^il aura vu les lampes qu'ils portent devant eux.
Mais il est encore un caractère qui est commun aux dix vierges , ce sont ces lampes mêmes qu'elles portent à la main • Les Chrétiens 9 en effet, doivent « briller comme des flam« beaux, » dans le monde; ils doivent <c porter devant eux la parole de vie )) et faire « luire leur lumière devant les hommes , afin qu'en voyant leurs bonnes œuvres , on glorifie leur Père qui est dans le ciel. (1) » Car « la Grâce qui ^onne le salut à tous les hommes a été manifestée , afin que, renonçant à l'impiété et aux passions mondaines , nous viyions dans le présent siède , selon la tempérance , la justice çt la piété (2). » C'est ainsi que les Chrétiens doivent aller au-devant de leur céleste Epoux ; c'est ainsi qu'ils doivent lui faire hqnneur et proclamer ses louanges, en attendant qu'arrivés avec lui dans le royaume des cieux, « ils soient complètement transformés à son image , de gloire en gloire, par l'Esprit du Seigneur (3)», pour parler avec l'Ecriture.
Les dix vierges, quoiqu'il y ait entr'elles une énorme différence, les dix vierges ont donc toutes le même nom ; elles vont toutes au-devant de l'Epoux ; elles portent toutes ^gaiement des lampes à la main ; elles font toutes la même
(0 Mallh. V, 16. {9)Titc II, 11. (3) S Cor. III, 18.
profession ; elles obtiennent toutes crédit auprès du monde^ qui ne peut juger de la différence qui les sépare; elles se distinguent peu les unes des autres aux yeux des homnies qui ne voient pas que la lumière de. plusieurs de ces lampes est vacillante et passagère, et qui ne peuvent point connaître les motifs secrets des actions humaines.
Vous voyez donc clairement, ô vous qui m'écoutez , corntien cette parabole vous est applicable, et combien elle peut vous être utile, si vous vous en servez pour vous* examiner vous-mêmes^ comme en la prétence du Seigneur.
Or y comme V Epoux tardait à v^^vr^ tes dix vierges s'as^ soupirent toutes et s* endormirent , dit notre Seigneur, c^està-dire, que toutes également s'étaient livrées à la sécurité la plus profonde 9 quoique les unes eussent dans leur cœur un fondement solide à leurs espérances, comme nousnâ tarderons pas à le voir , tandis que les autres n'avaient^ pour les asseoir, qu'une présomption fatale qu'elles appuyaient sur leurs propres mérites, sur leurs lampes, sur leur profession du Christianisme » et sur le nom qu'elles portaient. Toutes a ttendaienl l'avenir sans aucune inquiétude; mais tandis que la. sécurité des unes était fondée, celle des autres ne reposait que sur les illusions les plus funestes et les. plus trompeuses. Or, comme VEpoux.tar-dait d venir , elles s^assoupirent toutes et s'endormirent.
Hélas! que nous trouverons encore cette image fidèle, si nous voulons reporter ici nos regards sur TËglise ! Combien cet assoupissement et ce sommeil des dix vierges, nous représente , d'une manière frappante, l'indifférence et Tinconcevable sécurité avec laquelle tant de personnes attendent la mort, le jugement, l'éternité, sans avoir reçu dans leur cœur « les arrhes de l'héritage éternel, » sans
ÛBS DIX VIERGES. 317
avoir éprouvé Topération de cet « Esprit Saint qui témoi- » gne à notre esprit que nou$ sommes enfans de Dieu (1 ), » pour parler avec TApôtre Paul; sans avoir, comme les vierges sages aucun rondement sur lequel elles puissent appuyer leur fatale tranquillité.
En effet, comme le déclare noire Seigneur, il y en avait cinq qui étaieut sages , et cinq qui étaient folles •
Le vrai sage aux yeux de Dieu , c'est celui qui pense aux (( jours éternels, » qui s'occupe des intérêts de son ame , qui s'attache aux choses d'en-baut, qui aime et qui craint Dieu. La vraie folie aux yeux de Dieu, c*est celle qui néglige la seule chose nécessaire ^ quelque habile qu'elle puisse être d'ailleurs dans la poursuite des vanités de la terre. — - Or, la folie des vierges foliés consistait en ce qu'en prenant leurs lampes^ elles ne prirent point d'huile avec elles; tandis que les sages y avec leurs làtnpes, prirent de V huile dans leurs vases.
' Ce « vase » c*est le cœur « du bon trésor duquel Thom- )) me de bien tire de bonnes choses (2). » Cest du cœur que procèdent les œuvres que Dieu doit juger au dernier jour^ c'est aux* motifs et aux affections du cœur qu'il regarde ; c^est le cœur qu'il faut changer. « Tu aimeras le » Seigneur ton Dieu de tout ton cœur (3). — Mon enfant , )) donne-moi ton cœur. — Et quand je donnerais tout mon » bien aux pauvres, quand je livrerais mon corps aux » flammes » pour ma religion , « si je n'ai pas l'amour dans » le cœur , je ne suis rien (4).
L^huile qtii doit remplit nos vases pour entretenir dans
(1) Rom. VIII , 16. (9) Mallh. XII , 35. (3) Idem XXII, 37, (4J 1 Cor. XIII, 3.
âl8 La pa&abolb
nos lampes une liimièrè qui puisse subsister en la présence du Seig^aenr , c'est la Grftcede Dieu dans le cœur; c'est a Tonction de TEsprit Saint dans le cœur (i)-, » c'est la foi dans le cœur ; et la lumière que produit cette huile sainte , c'est « la charité )> , c'est-à-dire , « l'amour » soit de Dieu , soit du prochain ; ce sont les œuvres de l'amour ; c'est la vraie « charité qui procède d'un cœur pur et d'une » foi non feinte (2). n
L'huile y chez les Hébreux^ était l'emblème de la GrM du Seigneur, et de l'onction de son Esprit Saint; on de^ vait oindre d'une huile sainte tous les vases du sanctuaire,* tous les rois, tous les sacrificateurs ^ tous les prophètes; l^oa devait avoir constamment dans le tabernacle une provision d'une huile pure pour y entretenir les lampes dq ehandeUer d'or ; et le prophète Zacharie^ en nousespli^ ^uant tous ces emblèmes^ nous apptend que Christ est l'olivier d'où procède cette huile spirituelle qui 4oit iremf plir le cœur des vrais Chrétiens. C'est lui ce qui nou^.oint^i^' dit l'Ecriture , « c'est lui qui nous baptise du Saint-Esprit » et de feu (Si). »
Nous n'entrons dans ces détails que pour ;oùs faire cpm« (^rendre ce que notre Seigneur veut signifier ici. Pour nous expliquer sans figure , cinq des vter§ei éùihni eativeriùs H hgénéréei par le Saint-Esprit ; et les cinq aiÉtres ne l'étaient pas. Les unes avaient le cœur puïifié par la foi| et les aur. ires n'étaient poiut a nées de nouveau » selon ce qutes$ écrit : « Nul , s'il n'est né de nouveau d'eau et d'esprit^ ne £ peut entrer dans le Royaiume des cieux (4) ; » ^le^ étaient toujours au monde , au péché, à elles-mêmes. Le^
(1) 1 JeaûII, 20. (2) l Tim. ï, 5- (3) Luc ill, 16, (4) Jean. Ul.
DES DIX vifiHOBS. 3191
unes 9 « formées pour ^éternité, avaient reçu l'Esprit Saint h dans leur cœur, pour arrhe de leur héritage (1),» comme le dit Saint Paul aux Corinthiens; et comme il le dit aux Romains , elles avaient « reçu cet Esprit qui té- » moigne à notre esprit que nous sommes enfans de Dieu pi tandis que les autres n'avaient point l'Esprit d'adoption, et n'avaient rien qui pût autoriser leur luneste couGance. Les unes avaient cette vraie foi j a par laquelle Dieu purifie lé » cœur des fidèles (2) , » pour me servir de l'expression de Saint Pierre; et les autres, s'appuyant sur leur proprejustice , ne connaissaient pas Christ, et n'étaient pas eon* hues de lui y comme il le leur déclarera bientôt après luimême.
Tel était donc l'état des vierges sages et des vierges M^ les, lorsque, voyant que f Epoux tardait à venir ^ eÙee eai" èoupinni toutes et s endormirent. Mais, sur le n^inuH il se fii 4m cri y diiàni : Voici, fEpoiàa: vient; sortez d sa rencontrée
Ce cri se fit entendre a minuit, c'est-à-dire, au moment où Ton s'y attendait le moins^ c'est-à-dire, au moment du sommeil le plus profond , c'est-à-dire , au milieu de la plus complète sécurité.
Quelle image indposante de Tavénement du Seigneur lésus en la grande journée ! Quelle image faite pour nou^ frapper salutairement, et pour réveiller dès à présent de leur sommeil, tant d'ames endormies! Et nous aussi ^nou^ l!entendrons tous au dernier jour, cette voix solennelle qui portera l'effroi dans les consciences : Voici ^ (Epoux vient i kdrtez, dù-devafi^ de lui. Oh ! combien sera terrible et majestueux ce moment où le Fils de l'homme viendra « avec desf
(t) 1 Cor. II, 13. (2) Act. XV, 9.
320 LÀ pàHàBols
» flammes de feu y n suivi de ses saints anges , « précédé » de la trompette de Dieu ; » lorsque <c le cri d*en-haut et » la voîx de l'archange » se feront entendre à toute la terre, lorsque tous les morts sortiront de leurs tombeaux j et que toutes les nations comparaîtront en sa présence! Quel réveil que celui de Tunivers en ce moment solennel ! Quel réveil que celui qui sera causé par ce cri pénétrant : « Morts, » réveillez-vous y et comparaissez en jugement! »
Ici, Mes Frères, avant d'aller plus loin, disons-nous bien une chose : c'est que, pour chacun de nous, ce jour est très-proche, et que nous en sommes tout au plus à quelques années. Le jour où la maladie viendra nous apprendre que le temps de notre délogement est arrivé; le jour où elle nous dira , comme au roi de Juda : « Prépare ta mai- » son, car tu t'en vas mourir (1); » ce jour-là sera pour chacun de nous, le jour où commenceront les scènes de l'éternité 5 le jour après lequel il n'y aura plus de temps; le jour enGn où nous entendrons , stvec la trompette du jugement, ce grand cri dont parle le Seigneur dans sa parabole : F'oiei, VEpouay vient; sortez au-devani de lui.
Puis donc que la (in de toutes choses est si proche de chacun de nous, soyons attentifs à la suite de cette parabole.
Quand ce cri se fut fait entendi*e aux dix vierges , alors elles ie levèrent toutes, dit le Seigneur ; elles apprêtèrent leurs lampes , et les sages le firent aussi bien que leurs compagnes; car les hommes lés mieux préparés à la mort par une vie toute consacrée au Seigneur , ont encore besoin de se disposer à la rencontre de leur Dieu, afin qti'ils soient « Irou-
(1) EsaïoXXXVlU, t.
DE9 PIX YIBRGBS. 321
9 T^s vètug et non pas nus (1)» » pour parler avec Saint Paul.
Cependant les tnerges foUes se hviretU aussi , nous dit Jésus , et voulurent affréter leurs lampes $ mais à l'approche de TËpoui et de son cortège, elles virent avQC terreur que leur lumière ^'éteignait. Ces lampes sans huile ont pu donner (Quelque temps une lueur passagère et trompeuse aux regards des hommes; mais, quand la mort est là, quand le Seigneur est proche , quand réterntté s'avance , alors les vierges folles reconnaissent leur imprudence et la vanité des appuis qu'elles s'étaient donnés ; alors on distingue mieux les vraismotifs des actions par lesquelles on avait jusquVors recherché ^approbation des hommes , alors on reconnaît qu'elles n^ont pas procédé d^on cœur dévoué sans partage au Seignenr , qu^elles n'ont pas été faites avec un désir simple et pur de plaire à Dieu; alors on voit s'éteindre dans les sombres vapeurs de la vaUée de l'ombre de la mort , cette lampe sur leiqudle on avait cru pouvoir.fonder une confiance présomptueuse.
Cependant, les vierges folles, saisies d'^effroi^ s'adresse-^ rent à leurs compagnes , et , dans le trouble de leur ame ^ elles leur dirent : Donnez-nous de votre huUe^ car nos Içan^ .pes s^ëteignent.
. C'çst ainsi qu'où voit aux approches de la mort ces Ghré^ tiens de nom , qui , pendant le reste de leur vie, voulurent servir à la fois « Dieu et le monde (2) ; 9 c*est ainsi,, dis-je^ qu'ofl -les voit envier le sort des humbles Chrétiens qu'ils méprisaient naguèr&;.c'est ainsi qu'après^^avoir iraillé, comme exagération et conmie folie, la sagesse de^ ^ges^ leur déta*
(i) î Cor., 5, 3. («) Matth. VI, 24.
chemeiit du inonde et leur soumission profonde aux préceptes de leur Maître , ils voudraient maintenant changer de sort avec eux; ils s'écrient > comme Balaam : «Que je » meure de la mort des justes, et que ma fin soit semblable )) à la leur (1)! » Ils voudraient pouvoir dire avec eux: « Toute mon espérance est au Seignenr, et cette espérance » ne confond point, parce que l'amour de Dieu est répandu » dans nos coeurs par le Saint-Esprit qui nous a été don* » né (2). »-^ Donnex-nous de votre huile ^ car nos lampeê 9* éteignent!
Mais les sages répondirent : De peur que nous n*en aifons pas assez pour nous et pour vouSy allez plutôt vers ceux qui en vendent.
Remarquez bien ici la douceur et la sage réserve de cette réponse. Elles ne veulent, elles n'osent, elles ne peuvent satisfaire le vœu de leurs compagnes^mais elles n'ajoutent au* cun reproche à leur refus ; elles ne se vaiitent point de leur prévoyance ; elles évitent tout ce qui pourrait ajouter que^ que douleur à leur détresse ; et tout en leur disant que leur demande est vainej que « le juste lui-même ne se sauve » qu'avec peine (3) » et que chacun « doit porter son pro- D pre fordeau , » elles s^empressent de leur donner le seul conseil qui puisse encore les sauver.
« Taudis qu'il en est temps, allez plutôt vers ceux qui en }> vendent :jke fardez pas un instant, nous n'avons nous-mê<» » mes rien que nous n*ayons reçu. Allez promptement au » Père de tout don parfait; allez à Christ, de laplénitude d$ » qui nous avons toutes reçu grdeepour grâce; allez à l'Es- » prit Saint qui distribue ses dons comme il lui plaît ; priez
(1) Nombres XXllI; 10. {2)Rom. V,«, 5! (3) 1 Pierre IV, 18.
DES DIX YIERGES. ^323
41 a¥ec ardearj ((demandez, et il vous sera -donnée çhern chez , et vous trouverez (1); » allez à ce Dieu de bonté , » qui vous crie dans sa parole : « Si quelqu'un manque de i} sagesse, qu'il la demande à Celui qu4 la donne à tous libé- » ralement> et die lui sera4onnée (2). O vous tous qui ét^ n altérés, venez aux eaux ! vous qui n'avez point d'argent, I» venez 9 achetez sans argent et sans^ucun prix, du vin et )) du lait. Pourquoi employez-vous l'argent pour ce qui ne ^ rassasie point? Prêtez l'oreille , et venez à moi. Ecoutez, ,>> et votre ame vivra; et je traiterai avec vous une alliance » éternelle (3). Venez à moi , vous tous qui êtes travaillés n et chargés, je vous soulagerai , vous trouverez du repos .» pour vos âmes (4). »
Mais il n'est pas facile > au dernier période <le sa vie de .savoir chercher et se procurer cette huile précieuse , lors- . qu'on a long-temps n^s toute sa conGance dans sa lampe, dans ses propres forces , dans sa profession extérieure de Christianisme, dans ses propres oeuvres, dans sa propre jus- .tice. Il n'est pas facile de se repentir^ de se jeter dans les bras de la miséricorde divine avec un abandon complet, lorsqu'on s'est endormi jusqu'à l'arrivée de TEpoux dans une sécurité fatale, dans une orgueilleuse confiance.
En effet, ajoute notre texte : Pendant que les vierges folles, dans leur détresse , en allaient acheter ^ l'Epoux arriva dans sa pompe majestueuse et terrible, et celles qui éiài^ai prêtes^ c'est-à-dire, les vierges sages^ couvertes de la robe de noces, <( revêtues (selon l'expression d'Esaîe) du manteau de sa jus'- » tice (5), )> et portant dans leurs cœurs la foi , l'espérance
(I) MaUh. VII, 7-11. (2) 1 Jâcq. 1, 15." (3) Esaïe LV, 1, 2, 3. (4) Matth. XIi-28. (5) Esm UX, t1.
et l'amour; le$ vieirges sages enhréréni avec f Époux dans la salle des noces , dans le repos éternel , dans la société des saints et des anges, avec tés Abraham , les Moïse, les David , !es Saint lean, les Saint Paul , et toutes ces belles âmes que l'Esprit Saint a purifiées , et que le Seigneur s'est acquises pour toujours^ V Epoux ^i^ dit notre texte > el celles qui étaieni prêtes entrirenî avec lui aux noces, et la porte fut fer^ mée.
O bonheur des vierges sages! repos éternel ! sûreté parfaite! O transports de joie! Ma porte fut fermée der« rière les vierges sages , elle fut fermée pour toujours ! Le paradis céleste ne sera donc plus ouvert comme Tétait celui d'Éden , d'où notre premier père a pu sortir ! Quand les fidèles seront entrés au royaume des cieux , la porte sera fermée; aucun ennemi ne pourra ptus les séparer de l'amour du Seigneur; Satan sera lié de chaînes éternelles; a toute » latme sera essuyée de leurs yeux (1) » pour toujours; ils ne pécheront plus; ils ne se sépareront plus; ils vivront dans l'éternel repos des bienheureux ! a Celui qui vaincra,» a dit notre Maître , «feu ferar une colonne dans le temple » de mon Dieu, et il n'en sortira jamais (2) ! »
Mais si c'e$t un jour de triomphe et de bonheur pour les Yierges sages, quel épouvantable moment pour les folles! £.a porte evt fermée y fermée pour toujours! Il y avait un temps pour l'épreuve , et maintenant l'épreuve a cessé : il y avait un temps pour remplir ses lampes , et maintenant « il n*y a » plus de temps; elles sont laissées dans les ténèbres du » dehors, loin de la face du Seigneur, là où il y a des pleurs » et des grincemens de dents (3). »
(1) Apoc. VII, 17. (2) Idem, III, 19. (3) Idem, X, 6. Mattli. 8, 19.
DES DIX VIERGES. 8i2&
Après cela les autres vierges vinrent aussi, et dirent : Sei' gneur. Seigneur y ouvre-nous! Mais leurs instances furent vai* nés, et le Seigneur ne répondit à leurs cris que par ces mots terribles : En vérité^ en eérUë , je vous le dis ^ je ne vous connais pas. Sentence accompagnée d'une affirmation solennelle, et qui revient à celle-ci qu'il prononce ailleurs : «J'ai » juré dans ma colère que jamais ils n'entreront dans moi^ » repos (1). »
Ici, Mes Frères , replions» nous sur nous-mêmes. Héla^I que de personnes parmi nous reconnaissent vaguement qu'il leur manque un principe de vie, que leur cœur n'est point encore changé ; qu'elles ont la même tièdaur pour le service de Dieu , la même langueur dans leurs prières y la même passion pour le monde , et cependant renvoient à la fin de leur vie un recours à Christ , une conversion d'où dépend leur sort éterheM Elles se bercent dans une fatale confiance; elles se rassurent contre la pensée de l'avenir, par la consi* dération de leursainteté négative, de leur assiduité au culte, de la décence de leur conduite extérieure, et par le vain espoir que, tôt on tard, elles seront à temps de fournir leurs iampsê; et d'acheter cette huUe précieuse sans laquelle a nul ne peut entrer dans le royaume de Dieu. »
Oh ! combien de vierges folles attendent ainsi les derniers jours pour aller vers ceux qui en vendent! Mais nous vous en conjurons, écoutez, écoutez notre Juge qui nous déclare ici que si nous différons encore, nous n'en aurons pas le temps, nous ne le pourrons pas , et qui termine sa parabole , en nous disartt : p^eillezy vetliez doncy car vous ne savez ni le jour ni l'heure à laquelle le fils de f homme doU venir !
(l)Hcb.lV, 3.
dS/î £.i PAR.iBOLE>
Vos joars s'envolent et ne reviennent pins ; vos années s*enfoient) « emportées comme par une ravine d'eau (1 ); » vous avancez à grands pas vers le frand jour deChrist , voo» tous , qui que voiis soyez j à quelque âge que vous soyez* dans la vie, bientôt , bientôt, vous entendrez annoncer qu& tEpoux arritft, qu'il vous rappelJe, et qu'il Taut aller a^^e^ vont de lui.
Ab ! n'iattendéz donc pas ces derniers et vains avertisse^ mens que donne l'approche de la mort ; n'attendez pas que ce cri se fasse entendre : f^oiei f Epoux f n'attendez pas ,. comme les vierges fottes, votre defnière maladie. Si vous appelez alors un ministre de Christ auprès de votre lit de mort, M vous dira bien sans doute, comme les vierges sages: Aile» vers ceux qui en vendent; il vous dira bien que si la conversion est sincère et chrétienne, quoique tardive, elle est encore efficace ; il vous dira bien que, jusqu'à la dernière heure de cette vie de patience et d*épreuve , vous pouves recourir au Seigneur Jésus, qui «est venu chercher et sau- » ver ce qui était perdu (2); » il vous dira biea avec l'Apôtre , que « Christ est puissant pour sauver parfaitement ceux >x qui s'approchent de Dieu par lui (3). » Mais ce que perr sonne ne pourra vous dire, c'est que si vous difiérez encore^ vous en aurez le temps; mais ce que personCie ne pourra vous dire , c'est que vous ne trouverez pas la perte fermée ^ avant que vous ayez acquis ce qui vous manque.
Ce quMl y a de certain , c'est qu'il faut des occasions fa^ vorables, c'est quil faut des appels de l'Esprit Saint, pour laîre cette emplette. Ce qu^il y a de certain , c'est que si le Seigneur, le Tout«Puissant, pour nous foire mieux connaître
(1) Psaume XC, 5. (2)MaUh. XVIil, H. (3)Hcl>. VII, «5,
DES DIX TIEROfifi. 3â7
que c'est lui qui change les cœurs, et que sa Grâce est sou* veraine , a voulu quelquefois opérer , sur un Ut de mort , ou dans le cachot d'un criminel, des conversions véritables , çt amener à la foi ^'une manière soudaine l*ame de quelques pécheurs , ces exemples sont très-rares. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'au contraire le temps de I^approche de la mort et d'une dernière maladie, bien loin d'être le plus favorable pour leur conversion, comme se l'imaginent les viergeifottety est précisément celui qui est le plus contraire. Ce qu'il y a de certain, hélas! c'est que sur un millier d'entre celles qui renvoient à ce dernier moment, à peine en est-il une seule qui puisse mettre à profit un temps si précieux. Pendant que cette pauvre ame , réveillée pour un moment de son assoupissement , s'adresse à son Juge sur son lit de mort -, pendant qu'elle s'efforce de recueillir ses pensées pour recourir à notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ; pendant qu'elle s'efforce d'oublier ses maux pour élever au ciel ses regards et ses affections ; pendant que, dans ce trouble qui la possède , elle ne sait par où commencer , et que mille pensées confuses viennent distraire sa dévotion; la mort arrive; l'Ëpoux arrive; le jugement arrive , et ce pauvre pécheur est perduy et la porte est fermée pour toujours. Veillez donc, car tous ne savez ni le jour ni V heure à laquelle le fils de Vhomme doit vemV.
Oh ! que chacun de nous , après cette instruction, se demande donc à lui-même : Ai-je pris de l'huile dans mon vase? Aimé-je réellement Dieu? Trouvé-je ma joie dans son service ? suis-je converti? Mon cœur est-il changé? Pulsje dire que je marche selon VEsprity et que si je mourais cette semaine , je mourrais au Seigneur, et que je ne trouverais pas la porte fertnée? Il est temps encore; vous pouvez