‹ SermonsChapitre 56 sur 88 · LE^ RÉVEIL · texte numérisé non relu

LE^ RÉVEIL

Ecoutez d'abord ces premiers mots de Samuel. S'U €8i vrai, vous dit^il , s'U est trai que. vous vous soyez retournés vers Dieu de tout voire eaur; c'est-à-dire, -si vous êtes sincères , si c'est de bonne foi que vous le recherchez » si vous n'êtes point de ceux dont il a dit : xc Ils s'approchent des » lêvreSi mais leur oœur est encore bie.n loin(1)I » . HétasJ en. effet, combien n'en est-ii pi» parmi nous qui semblent soupirer depyis des années.après l'Eternel , et qui cependant demeurent toujours les mêmes! ConaJi)ien n'en est-il pas qui disent : Je voudrais être un vrai chrétien y je yopdrais être une vraie chrétienne ^ je voudr^iis avoir plus de foiy plus de pureté, plus de vie ; mais j'attends le secours d'en-haut : Ton m*a dit et je lé crois , que cette foi , que ce zèle, que cette pureté et que tous ces progrès dans la sanctification sont un don du ciel et ne viennent pasde nous!

.0 Mes Frères, prenez-y garde! il peut y avoir un mensonge dans votre main dro^e. Sans doute, toutes c^ gr&ces sont des dons de Dieu dans le co&ur du pécheur^ et nous ne saurions trop répéter une vérité si fondamentale pour la vie de lafoi:; mais «i Yous êtes sincères, il y a des démarches à faire que peot-êtJ'e tous t^'^vez point commencées; il y a des idoles è 6ter du temple de votre cœur; d€;s idoles que Youschérifldez et que vous souffrez encore ; il y a des actes que Dieu Yous demitnde et que vous lui refusez jusqu'à cette heure. Ahl/si vous en restiez fà jusqu'au dernierjpur, vous seriez mis «au rang des inGdèles(2), » et tous seriez convaincus d'avoir été deceux dont il a dit*: « Tu n'as point de. » part ni de portion dans cette affaire, parce que ton cœur » n'est pa$ droit devant Dieu (3)» »

(1) Esaîe XXIX, 13. (3) Matlh. XXIV, 51 ] Lac XII, 46. (3) Act. VIII, 81.

DU PGtTPLE 08 MEU. 2C1

Ecoutez donc bien Samuel : S^U e$i vrai qui voué vou$ soyez reiiAtmés vers (Eternel de tout ^otre ^OBfmr et de toute -vôtre ame^ si cela esl'vrai, tous aussi réfôrmez vblice culte et réformez votre vie; vous aussi faites votre tâche, et Dieu » certes , fera la sienne.

Oui, réformez vbti^e culte ! Otez d'abord de dessus Faotel les maximes du monde , et mettez pour toute ohose à leur placeiés maximes de^ la Bible. Réformez vôtre culte! sanci* tifiez ces saU>atsde l'ï^ernèl que vous aviez si long-temps négligés, et que dans la grande journée on appellera cepen* dant tes plus précieux de vos jours. Si Bahal est Dieu , célé^ brez ses sabbals ; mais si VEtemel est i)ieu , ^l^rez ses sabbats, non pas comïne des esclaves sans àoutOy mais comme des fil^; nônjpas cotAme une tâche seulement , sanâ doute » mais comme un privilège. ProQtez de^ces précieux diman-. ches que la bonté de Dieu vous à comptés , pour y nourrir Votre ame trop iong->temps languissante , ponirvous yddn^ lier la pMx, la coasolafion, la vie et toutaumbilde; et puisque TEternel lés a sànbtifiés, sâûctifiez-leâ Vous-inèmes; consacrez-les, non pas &' Astarolhet aux Bafa^HflU, non pas & des joies où Dieu n^est pas; non pas à des pasèe-t-emps <>ù Féternitéêst oubliée, non pas à des fêtes où Jé^us n*est ja^ mais invité, et où Tame fidèle qui soupirerait après Dieu se trouverait au milieu des étrangers; mais à chercher le Dieu qui pardonne , le Dieu qui console , le Dieu de la Bible / le Dieu-Sauveur; mais à lire sa douce parole, mais à irechepcher ses amis , mïiis à vkiter la veuve et Forphelin , mais A ti^ouver la conmiunlon bienheureuse dé Jésus; mais à. voua préparer en un mot au dimanche éternel du royaume des cieux^ Réformez votre culte enfin, c'est-à-dire : Otezdu mi'lieu de vous ces dieux des étrangers, qui reçurent; hélas! si

962 LE RBVISt

loDg^temps le c^lte de yf» premières affsctioos; oesprâ)cca-^ pottras de la polUt<|ue> par eieinple » quf domlD^rçot af loog-teoip» tout le conra de irotre vie, en. eidtèreqt les émo^ tionS, en absorbèrent les^ pensées > ces besoins de splendeur et de vanité , piar exemple eneore , qiri si longtemps onl faussé votre jogement sur les dioses saintes^ et qui remplisfant votre ame de petites ambitionset de courtes joies, l'ont Yendcfe inattentive à la parole de Dieu , insensible à tous le» iq[>pe)s de sa bonté. Mais ôtez^ dto surtout du milieu de vousla grande Idole de notie siècle ^ ta granie jisiaroA, je veux dire, L'opmioif nu ib^ndk, cette grande déesse à laquelle voua rapportiez tout ^ vous sacrifiiez tout, vous soumettiez tout, «t a^rès de laquelle vous altâtes si long-temps cbercfaer vos îoies et vas dpuleurs , vos peines et vos consolalions , votre boobeur et votre gloWe; à laquelle vous demandâtes si longtemps permission de faire ou de ne pas^faire, de croire ou de oe pas croire , d'obéir ou de ne pas obéir. Otez ee Dkm .d€$ étrangers t car c^est au milieu de nous , hélas I la grande ennemie de jDieu ; oui» grande est ici, <« grande est la Diane des Ephésims (f )> » grande est cette idole dans Genève. Et dite^-veus bien qu'il vous est impossible de recevoir TEvan- ^ile dans le même cœur où cette idole est encore adorée f dites^vous bien qu'il vous lest iMPOSsiiBiï même devoir la VBAiE For, c'est-à-dire de croire daps votre cœur à votre salut , de croire dans votre cœur à JésoshChrist ,. comme y croient les rachetés et les élus. «Comment pourriezrvous > croire, n a dit cotre Seigneur;^ a lorsque vous recherchez » la gloire qui vient des hommes et que vous ne cherchez » pas avant tout « la gloire qui vient de Dieu? ft Gomment

(l) Acl.XiX,34» •

DU PEUPLE 0fi mfiu. 26Ï

» poufitetfous eroire? -^ Mais v^i^s ne yimlm |^ fiMle- » meot fenir à moi pojur avote iQ[ir.ie! ^r^AViou^tijrfK f^ n tie glMfedeâbonmes^^elrecMiNiIsbteQ^ » ptiraiDâiirdaDieoieiifattCi)^:!! :.

' ' Réfinrltiéi Otoe^votre eutte^ ^matac réfiftrfidsi mm r<itr& Yie. Fuyez les convoitises do tawi^tkb^ tool i[0tfe4Xi^ à la voloûté de Dieu ^ daes les pétii|tef choaeaieDSimQ doos les grains; ne réservez aacan p^ehé» i àocone ^ésob$i$saBoe ; et commencez dèsaujourd'hai. Ooi, faites ces choses; sofuz sincères ! Vous ne ix>uvez rien par voiuhpiâmeft sans doote » vous n'êtes qu'inconstance et que cOrruptiOD mm doate ; mais allez en avant dans la route dadfiVi9ir ;;>iAUez^et Di^ tiendra A voi»9 et voAs leirpuverez fldél^i e.^ VQ9» serez soutenus; et il vous « déliarwr0 i^h main dits Phili$imt* »

Voyez Israël. Que son exeimple ealL bea^ et qpa son re-. tour à Dieu fut admka^Ie ! Qufîl.est totuà^ot ce ipouy^inent de tout un peuple , Joisqi^astimé d'un ip^iae ^esprit;» iLi;e* nonce aux idoles ^ ines.arïaeh«:de^auit9ls 9 ilfi^ alrfiorre If

souvenir , < Une veutpïui iervir ^,Diim $$uf,ln Jamais dq plus beaux jours ne a'Àatoit tev^S 9m l9Pi6l;:i<waûâplttS de bénédictions ne deao«adifettt sur ce peuple.

Cependant, tout cela ;i»*étBH ^ asgpz po^rjeiage^^;' muel : û craignait }<îQÇDn^aqce trop, s^^iiye^t épf puvée dç CjBpeopieanîoard'hui^ifarvçEit; il savs^it p^r re^ipérieçcç de son propre oossfr » mmbieiiMest jaéçfpaireiquecciÇ^^ qui estdebOttt piennjs garde qvi'U pe tqin^ (2)j » iUofvait par cojiséqaeQtcatqlHeo il !^it.iQ>poi^Qt| danc ce me^ ment :4e (orveur^ 4!Élw^^èîfti«»Mp€!iis^ se?

feèves, et de les engager à su|q[^ar eac^eid'iJDe même voi|c

(I) JcaDV,40-4«.W lCor.X,iâ- . ,

3^ LB AÉven:

fatiteur'de^ toute grAee^ poûf'qii'A né lès abanikHifiàt pas à leot propre fncoiistafiœ^ etpoorqifiV^igiiÂf aèhever dans.sa AiisériGoréerœatre (fn'lt avaft' eomniMiiée'ausài'âaiiS'Sa miséricorde. Samuel donc; &)iUte à4oQ9leschefii>des:trtbu» et Aes féottilles^d^bmët : 't jig^eiàid» toia itnitf à ilfij^ir^ ei )i p pfiérài pour toug BEt^fmL:».. ^ ; /. ' }

* 0^*eUe'ful . touehfto'te^ ^^&\\ù&x fr subi Une ^ t^te soèile /da^ Hitfiipal et qu^y a^t^ilde ^ompiirabie dans l^hiàtoke d'a^ua

Q u-on ise igure , -mr les* plaities . élevéps de Biîtsips tfet t& foulé itiâôttobtiablei arrivant de toutes- les tpibu^d'isràêl aveo des cMnts tout éiaitf»>d'uiie'mâmë perisde! Et (poari(uoJ< ce rendez>-Vûiis àbkërsel? ^^-^11 n Y Ai ^s teng^teipps q^ qôati^

cëbt milfe hèifimé», toûs^égi^iiôht^lTépée, â^ étaî»it ras^: semblé» jHitir IK gùel^^ ^e Benjamin ; maj^ aujotn^'farui, e*est un peuple <lë frèfesi c^mï {)DtiT: prier! Us avaioAt peardu létir x^ommiuB pèf e > ilfr i^oint relr^sfié^, Mé ontiiQ se&brai» tendus pour tes leêevôîrr ils renient à'^ Jeter , Ib v^eulenli redorer tous ensemble.' . . ;;* .^

Et que veulent<*^IIs loi dk^7 VfiNràent^Jts'séYéjoirir en^a présence de Félân: géikéreHi (^ les a ^isis?. ^m\ ils. ne vtennent^arler à Diëij qitè de ses^'mi^âridordi»^ Qo^ni à e^iy ils n*ônt è lufdire que leurs Ibjustiôes. Ite veulent se réjouir <fe cequ^ilîa pardonné^ tfiaîs'tiu&fiit' à 00x4 iinsepti-* ment les presse par-dessus^ ieu4 miref o'''esiJ&>bçaoi|i de s':ie<^ battre dëvak Lut et de se déclara* iAdigaeb^^tëesgsàqes i Dès que ce grand peui)Ie*{titîi^éimi; ils sépltli^ent no^^ devant l^lEternel; asj0ûhêrèMièeféuMd, dtt ncrtre ti^tè; «ft pour exprimer leur bonb^t dans l'assurance' dti pardon qu'ils avaient trouvé auprès de Dieu y c( îU puûéreni de^ » jdaux et iU les répandirent detàni fEUrmU >t comme qa le

DU ]PÈI?rLB DE DDSfJ. 265

£ftisc^ à la; fétç des tabernacles , et: daiks la même pensée ^ sans doute, qurtaisaitilire au prophète Ésale : ic ¥005 puî» H serez des fontaines de cette délivrance des eaux avec joîe» » et vous iiçets: en ce jour : O Eternel! je te célébrerai ^ n paître qu'ayant été couitduGé contre^ xgfoi , (et colère s'e^t » iipaSsée et tu m'as consolé (1)»)» '-:

Mais à peme eureiit'«ils doiiné ce premier çmvs à Ym-pression deiouffl^onb^r , qu'il^^c^mencèrenti^'i^oî^P^r le sentiment dont c^' bonheur même [es pénétrait tws.: piëù de^ nos p^^es^' ce bonheur, nous ne ravonspas. mérité! Qlliea de nos pèrçs, ton pisuple est «in peupk^ d'ingrats! uNoui avons péché , ï> s'écHèrent-ib, nous (^tons m péthé eontpe rEiem^Ln:^ ..'/.,

Mb» Fr>èrés ^^ voilà d^ne f Qtr^ maf^be deyant Dleo; &(,u-v vez-I», et Dieii^Setavolm'SaiairegftrdewdansJa vi^ et ci^nsl^ mort. -^ C'ésk ce qui me?reste À;¥opsdire,':€»3i yousrelran çant tsé&rapidemeftt là; tpoisiËiiE m i^iuiièrp li^opus (|e oiMMi texte.: ?

Ces douces émcittons^:des braéiite» à Mitspa nQ4§^a^ent pas dureâr long-terbps; et leur foi> bîQi^que réeei^e « allait étre>soumise à répreuve d'un r^de combat,

'Pendant que (ce peuple se lierait sans^ crainte aux émPt tionstle sa piété; et; s'abattdil d'un même cc^ur devai^ï Celui par qui leârrois cègtient/ tout-à^oupia.briiitse i;4p9ii^dit diaos tei^amp^ d'israfl qu^Mle.paiB9acle ariniée de9.£tiij!jstii^ s'avançait sur Mitspa. .; \ ^i•;;:lî -

Les Philistins ayaîent ëté peuMtre alarmés eas^fnémes

SM6 ViPvMVÈ BT LA vÈÊirmsŒ

de cet immense coacoun d^sraéliies à près de leurs froh-^ tières. Ces incirconcis pouvaient-ils admettra qw tant de milliers d*hommes ne se fassent assemblés que pour gémir sur des péchés, que pour jeûner, et oue pour eheicber tous ensemble la face d'un Dieu invisible. <— D^ailleurs l'oeeanqo» dut aussi leur paraître favorable pour surprendre à la fois tout ce peuple et pour raceiMer d'un même coup. Dès qu'ils avaient appris le projet disrael ; leurs gouverneurs avaient préparé secrètement une paissante armée^ et leurs mesures avaient été prises pour arriver à nmproviste sur Hitspa, pendant que la multitude désarmée et confuse des Israélites y serait encore assemblée.

A cette nouvelle inattendue , le (Nnemier mouvement 4u peuple d'Israël fut celui de la terreur. Qu'allaieot-ils^deyeitir?ils étaient presque tous sans armes; dfaf Heurs, les Philistins avaient depuis vingt ans sur eux l'asceildant de la vietoire; leur armée était proche; déj& l^m entendait aii loin le bruit d^ leur marche et leurs chariots de guerre.' Il était trop tard pour fuir. Aux yeuxile la chair» la délivrance était impossible.

Qu'àllalent-ils devenir, et que pouvaient-ils feke? Mes Frères, ils n'hésitèrent pas long-tèmps. H y a n IMeu qui règne dans le ciel et qui a làtt des promesses; c'est vers ce 4)ieu qu'ils prirent leur refuge; c'està Iaî qu'ils reganièrent. nAtùtSy » nous est-il dit^laôs notre texte »icfe»eiifaiii » éFhraèl tinrenê à Stmuêl^ ei tut dirent i Samuel , fie cessa » pa$ de erierpow ntmt àtEtemét^ etUn<m$ délhrera es la » maindei Philiitint.

Iciy Mes Frères, le Saint-Esprit présente à VoCré méditation Tune des scènes les plus importantes de l'ancien Testament : approchonsfnous pour la contempler.

A la Yae de ce peuple qui remettait toute sa causée TÉteroel son IMeu, Tame tout çntière de Samuel s'éleva yer» le ciel en d^ardentes et aHeocieuses prières. On voyait déjà dans le lointain les Philistins s'avancer contre Israël , en or^ dre de bataille^ tout ie peuple, dans Tattente^ avait les yeux sur le prophète. Alors Samuel , avant de faire entendre sa voix , prit un jeune agneau qu'jl immola s«r Tauteï » afin de rappeler à ses frères que la prière n'est reçue dans le ciel que pour l'amour de Celui qui est ce le véritable agneau d^ » Dieu immolé dès la fondation du monde (i). » Et tandis que le sang de la victime coulait sur l'autel > a Samuel^ » dit Botre texte^ « ma d fEUme^ U erisfour UroUy «I PEUmct

Une leçon très importante nous est ici donnée, Mes Frù« res. Vous l'avez vu ; dès que les enfans d1sra6l ont rejeté leurs idoles, déploré leurs ^garemens, et rangé sincèrement kur cœur à servir l'Éternel, c'est aIors.que rÉtemel se fa&te d'exercer leur foi récente et de la fortifier » en la faisant tour-à«tour passer par de menaçantes épreuves et par la plus éclatante délivrance^

£h bien! Mes Frères, il en l'ut touîours ainsi pour le» élus de Dieu. Quand une ame» bénie du Père, a commencé de soupirer après Lui : 'quand ^ recevant sa parole avec la soumission d'un cceur honnête et bon, elle a lounié vers lui ses plus chers désirs et ses plus protpndesBSeetioBS, olors souvent le Dieu qui Taime vient la visiter par des épreuves fC lui préparer 4es délivrances.

Oui, c'est par là £ne Dieu fait grandir ses élus dans la foi» dans l'esprit de prière et dans 1$ sainteté ; 6'ëst ainsi qu'il

(I) Jean I y Sd«. . .

366 L^RBCYE ET LA OiLlVEANCfi

leur fait connaître le mal de leur cœur, leur impuissance et leur indignité ; c*est ainsi qu'il leur apprend à revenir plus

humblement à leur sainte Bible, à y mettre un seAs, à dési-

rer que toutes les promesses en soient oiil et amen, et à les croire avec abandon; c'est ainsi (tu*il leur apprend par lM« preuve à pWër, et par îa délivrance à bénir* par l'épreUve , leur indiignité ; e^paf la délivrance, sa bonté; pâi" fépreuve, leur néant; et par la délivrance > sa puissance éternelle et sa fidélité.

Sans dpute; il est parmi vous quelques âmes que Dieu fait aujoutd^hùi marcher dains' cette voie; il leè visite ou par la maladie,' ou par le deuil , bu par* des douleurs secrètes > ou par le départ récent d'un enfant, d'un époux , d'un père ou d'une mère, ou bien encore pÀt des épreuves intérieures et spirituelles; l'ennemi les pouo^it; il les envi^ irobne de tentations ; il les remplit d^angM^es.

Mes Frères^ c'est alors qu'une anoie fidêiê appreiidà prier^ à se placer y comme Samuel , devant i'àgnéau dé DIeil , et à erier à TEternel. — Mes Frères, ayez donc bon côulrâge ! II y a ici plus que Samuel. — Israël à Mitâpa fut eSréyé cf a*^ bord; mais il chercha son refuge en f Eternel; «t il reprit bientôt tonte son espérance, quand il vit , au milieu dti la plaine^ l'homme de prière , Samuel , l'ami de Dieu, debout devant l'agneau immolé, élevant son cœur et ses mains Vers le ciel , pour y faire monter des prières ardentes avec la fumée de la victime.

Eh bien ! Mes Frères , ayez bon courage ^ car iliy a ici pour vous plus qu& SamueL Oui! plUdîhaut que lés f>laiiies de Hitspa , nous avons unf Sàfnuel que le Père ëtauce tou* jours, et qui prie pour son peuple. Oui! nous avons dans le ciel, auprèsduPère^ l'Agneau qui fut immolé^ te véritable

agneaq qui ôte Ice pochés du moqde ! — Plua haut que les plaiites de Mitsp?, « nous avou^ un sacriGcateur qui est entré » pour nous dans les lieux sain^ , non avec le sang des » agneaujç» nuiis avec son prpprje sang, après nous avoir ob* » tenu une rédemption éternelle. Aj^rochez-vous dooc de » lui avec un vrai coBpr et une pleine certitude dé foi(l). n r-^ Mes Frères > je le répète, il y a ici plus que Samuel ! a A celui qui met toute sa confiance en moi, >> dit rÉternel^ «je lui fçrai voir la délivrance de son Dieu. »

Cette délivrance^ peut-être, n'aura pas lieu pour vous du même tôté du tombeau qu'a eu lieu Tépreuve; mais alors elle n'en sera que plus belle ^ elle n'en sera que plus complète et plus douce ! -r Oh l qu'elle sera belle, la délivrance, au jour:4u rafraîchissement et de la ççnsolation des enfans de. Dieu, lorsque nous serons revenus dé « 1^ grande trit^ula-* tipn » apr^s avoir blancl^i nos rqbeS| nçq dans nos larmes, maisjK dans le^ang de Tagoeau ; » lorsqu'il n'y aura plus de larjnes, plus de mort et surtout plu&iie péchés ! lorsque, par l'étonpante grftce de Diei^,.» que allégresse éternelle sera

sor nç^|ê}$f« » Ayez4opA^.]^Ç9U^.3S^! Q^i qu'ile.njsoitj,

la délivrapçe est certaine.

> y oyez qup: celle d'Israël Qop§ en offre une frappaAte

ima«e.

Le peuple était dans une attente respectueux et pleine d'éqdotipUjr^peiiâant que ,1e saQg.coulaH.siir ;^'ai]||el , et que Samuel criait à Dieu. L'armée^d^ Pl^l|^^|iji$^Q0.Qr4i^^e)^taille^ bâ^it sa marçlie menaçante, et poussait déjà ses cris de guerre» lorsque tout*-à*coup. V Etemel j^t gronder en ce jour-^là un grand tonnerre^ un tonnerre terrible. Les airs

370 L'ÂPftBCVfi ET LA DÉLITRANCK

sembièreot de déchirer . la terre en trembla ; et parmi les Philistins une profonde épouvante vint glacer tous les cœurs« Qui sont-ils devant Celui qui règne dans lescieux, et dont la voix ébranle toute la nature? Ils jettent leurs armes; ils se ' dispersent; ils fuient de toutes parts. C'est la frayeur de Dieu qui les poursuit. Alors les hommes d'Israël, à la vue de ce prodige , se précipitent sur les pas de ce peuple fugitif; on se revêt des armes qu'il a jetées dans sa fuite » on le frappe depuisMitspa jti«jife« iur ht hautes plainei de Béihear. Dès ce jour, sa grandeur est ^baissée, son orgueil est abattu; et l'on voit commencer la ruine qui doit, en peu d'années, éteindre toute sa race.

Mais que fait alors Samuel? toujours occupé de son Dieu, et toujours occupé de ses frères > pour les ameneir à ^n Dieu , Samuel voudrait que le souvenir d'un tel bienfait ne s'eOaçàt jamais en hrael. Il faut qu'on âève aussitôt, sur le théâtre même de cette dernière délivrance , un monnooent de toutesl les autres. ^— Il faut qu'on prenne une roche , il - fout qu'on la roule Wre JlBUpa tiie roehert a Ce /teu, s'é« crie-t«-il , s'appellera désormais Eben-Héxer, c^est-i-dire te roehe du eeeeun. «- On roule la pierre , on l'élève) et en la consaGrant,.Samnel prononce sur elle, devant tout le peuple, ces paroles solennelles : /mqu^iei FEtemelnoue a êeeourus!

Chrétiens, qui m'écoutez, finissons aussi par ces mots Ju^ qu^ieifEiemel nous a secourus 1

Oui, nous aussi, qui, par la grftce de Dieu, no^s réjouissons , dans la bténfaeureuse assurance que notre ame est rachetée , que nos péchés nous sont pardonnes, et que Jéàus nous a préparé une place dans la maison de son Père , nous aussi, élevons la pierre du secours, et crions j Eben-Hézer !

. — Au momdntde tôrmlaer cette mâdUatloD» où n&m avond passé comme en revue les voies de notre tendre Père.à regard de ses rachetés» 6 Mes Frères , ne sbrtdos pas d*iei^ ne nous quittons pas , sans poser aussi au raiHeu de nous » en quelque sorte, la pierre d'Eiien^Hézor^.sansy écrire, devant nôtre. Dieii, œ&parolessi profondément vraies, ù profondément touchantes poltr l'ame qui les comprend : a Jusquiaa- » jourd'hni^^ jusquès ici , TÉteroel m'a secouru !»

Oui, mon Dieu! jusqu'aujourd'hui tu m'as béni , tu m'as secouru» tu m'as gardé! «Tu m'as ainié le premier J Ce » n'est pas mot qnl t'ai choisi ^ mais c^f toi qui m'as » choisi! n Tu m'as cherché quand je ne te dierdmis pas; tu m'admis ta sainte Bibiie ëittre l«s mains $ tu m'as ouvert ks yeiix pour tn'y révéler Jésus , mon Sauvieur Bt mon espérance» Tu m'as entouré Ab aecootS: et de bénédiction». Quand j'ai voulti me perdre^ ta m'as gardé; quand j'ai V4>ultt i'abandoiriier» tu m'aspoursuivi^tu m'as rappelé, tu m'as raof né$ quand je t'avais offensé^ tu m'as pardonné; ifuand il m'A faHo des châtimens, tu in'as Visité; et même al^m, en me frappant d'une liu^n » tu me «eotenjats det'autre^ et , ta me-disais : !k Maintenant » maintenant , donne^moi ton cœur! x> Et quand il m'a fallu des consolations, 6 mon Dieu! tu les a fait abonder: Eben-Hézer! ô mon Dieu ! Eben-Hézer!

Yoilâ , Mes Frères , voilà tous les jours le cri d'une ame fidèle : « Jusqu'ici l'Éternel m'a aidée » m'a secourue , m'a supportée, m'a consolée! Eben*-Hézer ! » oui » voilà sa pensée habituelle, à mesure qu'elle avance dans la vie et qu'elle s'approche de l'éternité , « rendant toujours grâce par Jésus-Christ, » bénissant toujours, dans le souvenir du passé, et remettant avec abandon tout son avenir à la tendre garde du bon Berger !

9791 l'^reuyb et la ràurnANCB d'israel.

« Ebep^Hézer! -— Juiqu*aujourd^kui mon Diem tn'â t ecouru !'i^ ^

Âh! tenoRfr-les toujours écrites devaDt nos yeux, ces paroles, Mes Frères, mes compagnons de voyage , ô vous tous qui avez icru ! oui, ayons-les toujours comme écrites devant nos yeux et sur la paume de nos mains, nSn d'apprendre tous les jours aussi à nous confier mieux et à aimer mieux. Je les voudrais écrire , ces paroles , siir la porte de ma maison , sur les premières pages de ma: Bible , sur le* lit où je repose, sur la table où je vais prcfndre mQn pain quotidien. Je les voudrai, écrire à rapproche de tnamort, sur .mon lit de maladie; et quand je serai près de descendre au tc^nbeau, je voudrais pouvoir encore les tr:aicer dema main mourante «or la pierre qu'on m'aura préparée: Eben-Héxer! «c jus- » qu'ici mon Dieu m'a secouru l Eben-Hézer / » Mes amis , en les lisant , élèveront leurs regards en haut pour bénir lïotre commun Çauveur ; et ib sauront que je ne les ai quitr ités, qvie pour aller gsaver encore une fois ces mêmes parole8> mais d'une main triomphante , sur les portes de là cité joéleste» sur ces portes étemelles qui m'ont été ouvertes par !ta grâce, 6 mon Dieu { et uniquement pat ta grftce ! «^ £ben- Héz^! Amen.

ÉPOUSAHT AGAR

SUR GENÈSE , XYI.

Or y Sarai', femme d'Abram, ni lui avait point donné d'enfant^ mais elle avait une esclave égyptienne nommée Jgar, et elle dit à Ahram : « F'oici maintenant, l'Eternel m'a rendue B stérile : viens, je te prie, vers mon esclave -.peut-être aurais » je une maison par elle! » ^Et Ahram acquiesça à laparole de Sarat,

Alors Saraî^, femme d' Ahram, prit Agar, son esclave égyptienne, et la donna pour femme d Ahram, son mari'^ àprêsquUl eut demeuré dix ans au pays de Canaan» »— Il vint donc vers Agar; et elle conçut; et quand elle vit qu'elle avait conçu, elle témoigna du mépris d sa maîtresse.

Alors Sarai dit d Ahram : c Vouirage qui m'est fait est sur

]» M! Je fai donné mon esclave en ion sein; mais quand etl$ n a vu qu'elle avait conçu, elle m'a témoigné du mépris! — » QuH' Eternel en soit juge entre toi et moi! »

Et Ahram répondit à Sarai' : « Voici, ton esclave est en ta » main : fais à son égard ce qui semblera bon à tes yeux, »— • Saraîdonc Chumilia, et Jgar s'enfuit de devant elle.

Mais CAngè de l'Éternel la trouva vers une source d'eau

dans le désert, vers une source qui est au chemin de Sur; et

il lui dit : vAgary esclave de Sarai, d^où viens^tu? et oùvaS'

» tu?^ Et elle répondit : « Je m'enfuis arrière de la face de

» Saraï, ma maîtresse! i^ ^^Et CAnge de^FÉtemel lui dit :

• Ka, retourne à ta maîtresse et t'humilie- sous sa mainl »

— Et l'Ange de VÉternel dit encore ; c Je multiplierai abon-

n dammeni ta postérité, tellement qu'elle ne se pourra nombrer

» tant elle sera grande, » — Et F Ange de CÉternel lui dit :

« Voici, quant à toi : tu as conçu, et tu enfanteras un fils, et

» tu l'appelleras Ismaèl (Dieu exauce); car l'Éternel a en-

» tendu ton affliction. Il sera semblable à Fane sauvage : sa

» main sera contre tous , et la main de tous contre lui» Et

» cependant , it plantera ses tentes à la vue de tous ses frè-

» res. » '

Alors , appelant par son nom F Éternel qui lui parlait, elle • s'écria. : a Toi le Dieu fort de vision ! » Car elle dit : « Ai- je » regardé ju^uHci à Celui qui me voit? » — C'est pour cela qu'on a appelé ce puits n le puits de Vivant qui me voit. » // est entre Kadès et Bered.

Agar donc enfanta un fils d Abram; et Abram appela du nom d'Jsmaël le fils qu'Agar lui avait enfanté.

Or, Abram était âgé de quatre-vingt-six ans, quand Agenr M enfanta Ismaèl.

Tous Tes prophètes qni nous parlent de ces heureux (emp9 prorais à la terre , où tous les peuples du monde se conver-

tiront an Dieu vivant et vrai» nous annoncent aussi qu*aIors la guerre , c'est-à-dire Tart de tuer , cessera sous tous le^ cieux. Ils nous promettent que dans ces beaux jours , dont Taurore naissante semble déjà colorer l'horizon de l'Eglise , toutes les nations, attendries à la bonne nouvelle d'un même pardon par Jésus-Christ > se réuniront comme une seule fa* mille autour de cette Bible qu'on leur porte déjà dans cent cinquante langues différentes , abjureront pour toujours les maximes du démon «qui fut meurtrier dès le commencement (1), )) et marcheront dans la charité comme Dieu est charité.^Ils nous prédisent que la foi» l'espérance et l'amour uniront alors dans une même joie toutes les familles humaines ; que (c la terre n'ouvrira plus sa bouche pour recevoir de la maiode l'homme le sang de son frère; que la voix » de ce sang ne criera plus à Dieu (2) ; et qu'une nation ne » lèvera plus l'épée contre une autre nation (3), car Dieu » fera cesser les guerres jusques au bout de la terre : il » rompra les a^cs, il brisera les lances ^ ilbrûlera au feu le» » voitures de guerre ; on forgera les épées pour en faire des » boyaux et les lances pour les convertir en serpes » et l'on » ne s'adonpera plus à l'art des combats, parce que la terre » aura été remplie de la connaissance de l'Éternel comme » le fond de la mer l'est de ses eaux y et parce que la cha- » rite inséparable de cette connaissance , inondera le mon*

» de (4).»

Ne croyez-vous pas , Mes Frères y qu'en ces temps bienheureux 9 les hommes qui liront l'histoire des fidèles de nos jours auront quelque peine à concilier plusieurs traits de

(1) Jean VIII, 44. (9) Gen. IV, lO.ll. (3) Ësaïe II, 4/ XI, 6-9/ IX, 17; Mîchce, IV, 3. (4) Psaume XLV 1,9. Osée II, 18.

leur vie avec les caractères d*un vrai christianisme^ et pourront être tentés souvent de s'écrier : Hais étaient-cë là réellement des disciples de TEvangile? Ces hommes du dixneuvième siècle avaieirt^ls reçu , « comme tous les élus de » Dieu, des entrailles de miséricorde, » et pouvons-nous espérer que « la paix de Dieu, à laquelle nous somfmes a j^pe^ lés pour n'être qu'un seul corps ^ ait régné dans leurs âmes (<)?» — Ne croyez-vous pas que pour ne pas nous juger avec une injuste rigueur, les fidèles des temps à venir devront alors se dépouiller en quelque sorte de leurs propres lumières^ franchir par la pensée les siècles qui nous séparent , et revêtir pour un moment nos préjugés et nos erreurs?

Quand ils liront que de nos jours on voyait parmi nous des milliers d'hommes qui portaient avec complaisance, aux yeux de tout le monde , sur leur personne y l'uniforme du meurtfér, — des milliers d'hommes qui , se disant disciples de Jésus-Christ, Éé faisaient gloire d'affronter sur un champ de bataille la m(nrt la {Aus soudaine, poor arriver ainsi devant le trêne de l'AgnBau , avec la haine dans tes yeux , l'homicide dans leur cœur et du sang dans leurs mains; — des milliers d'hommes qui, lorsqu'ils avaient^ enun seul jour , percé le cœUr ou la gorgé à quarante mille de leurs semblables , les enterraient aussitôt dans un même cimetière avec des cris de joie , plantaient leurs lauriers sur des ossemens humains et venaient ensuite suspendre des drapeaux dégoutans de sang sous les voûtes de leurs temples, et chanter à ce sujet des cantiques de triomphe devant le ï>ieu de l'Evangile, comme le font ailleurs, devàfnt feur

(1) Êolof. ID; 1M5.

ÉPOUSANT ÉGAR. 277

idole de sang ou devant une image du diable, les nègres de TAchantie ou les cannibales de Fidgi ; — r ne croyez-vous pas qu'à cette lecture tes chrétiens des siècles futurs seront plus étonnés qu'on leur disç : « II y avait cependant là de vrais disciples de lésus-Ghrist ! » que vous ne pouvez Tétre vousmêmes à la lecture de certains traits de la vie des patriar* ches y où vous les voyez, sur quelques, points particuliers de la morale , participer aux erreurs dont les maximes du monde offusquaient encore dans leur siècle les lumières de bifoi?

Sans doute il faudra qu'alors, pour ne pas précipiter sur les fidèles de nos jours des jugemens erronés et téméraires , on se reporte par la pensée aux temps moins éclairés où nous vivons. Il faudra qu'on se rappelle que, si le Seigneur a demandé toujours à ses rachetés un esprjt attentif à ses voies y une volonté toute soumise à la sienne, une ame de prière, un cœur qui regardât sa grâce comme meilleure quela vie, il leur a daigné pardonner en même temps , dans sa itiiséricorde , les fautes qui ne provinrent que de leur ignorance. — Il faudra qu'en lisant la vie de ces capitaines Corneille, qui souvent plongèrent leur épée dans le sein de leurS: semblables, et qui «.ensanglantèrent de ce sang qu'on répand » à la guerre la ceinture qu'ils avaient sur les reins, et les. » lanlj^rs qu'ils portaient à leurs pieds (i^,» on se contente, pour juger leur caractère chrétien, de se demander: tt Ces hommes, cependant, avaient-ils dans le cœur ces d^ux choses : premièrement, une assurance bienheureuse du pardon de leurs péchés par la pure miséricorde que Dieu leur avait révélé en sa Parole ; et secondement , un profond ç|

«) iRoiiIf,*.

pressant désir de glorifier ici-bas , par leurs œuvres et par leurs paroles, le Dieu de l'Evangile? Si tel fut le cri de leur cœur, ils étaient certainement des disciples de Jésus et des citoyens de la Jérusalem d'en-haut , quelle qu'ait été, d'aiN leurSy sur certains points de la loi morale , leur ignorance involontaire. »

Eh bien! MeStFrères, ces réflexions^ où devront entrer dans quelques siècles les disciples de Jésus-Christ ^ pour ne nous^as condamner avec injustice > sachons les faire aujourd'hui nous-mêmes pour apprécier avec impartialité le caractère des patriarches , et pour lire avec un jugement sain Finstruction de œ jour. -^ Et si vous rencontrez quelquefois /dans l'histoire des fidèles de l'Ancien Testament, des récits qui vous causent une première surprise , et 'des traits que l'Espi-it-Saint nous rapporte sans les accompagner immédiatement, peut-être , de fexpression positive de sa désapprobation , gardez-vous de précipiter sur eux la rigueur de vos jugemens; et n'oubliez pas que si les grands principes de la loi morale sont éternels, le Seigneur ne les a cependant voulu faire connaître au zèle empressé de ses fidèles, dans la suite des siècles^ que par des clartés successiyeÉ; en sorte que ce qui pourrait aujourd'hui nous paraître incompatible avec les sentimens d'un enfant de Dieu , a pu néanmoins trouver une place , en des jours plus ténébreux, dans la vie des hommes les plus profondément attachés S ses voies.

Si dans ce siècle, par exemple, oi\ ne peut concilier avec les lumières de la foi Tinfame trafic des esclaves: si de nos jours un homme ne semble plus pouvoir porter, je ne dis pas le nom de chrétien , mais presque le nom d'homme , lorsqu'il réduit un frère en esclavage , lorsqu'il traite comme

une béte de somnie un être semblable h M, un être immor- * tel, un être sensible, un être pour qui son Sauveur est mort, un être que Jésus-Christ lui disait d'aimer comme lui-même; lorsqu'il Tacheté, le revend et l'abandonne comme un vil bétail aux caprices d'un autre maître ; si ces lumières de l'Evangile, qui par un bienheureux reflet répandent même sur les enfans du siècle quelques-unes de leurs clartés ^ si ces lumières partout bienfaisantes ont fait cesser Tesclavage dans notre Europe , comme elles y feront disparaître un jour les meurtres et la guerre, ne nous étonnons cependant pas de voir ici le saint homme Abraham compter la jeune Agar au nombre des esclaves de Sara, et se croire obligé de l'abandotinei: ensuite aux volontés de sa maîtresse comme son exclusive propriété.

Si de nos jours encore, les saintes lois du mariage, telles que Dieu les institua lui-même au païadis d'EJen , ont été rétablies dans leur premier sens par la parole du Nouveau- Testament : si Ton ne peut aujourd'hui les violer sans le plus horrible attentat ; si la femme , jadis aux pieds de sou mari comme son esclave , est venue s'asseoir à ses côtés comme sa compagne, comme sa sœur bien-aimée et presque son égale, ne nous étonnons cependant pas qu'au temps des patriarches les lumières primitives eussent été tellement obscurcies parmi les hopimes , qu'un enfant de Dieu , dans la sincérité de son ame et par TefiTet d'une ignorance qu'où peut excuser sans la justifier /pût, comme Abraham, se croire permis de donner à plus d'une femme le tendre nom d'épouse, et que le père des croyans , sans cesser d'avoir un coeur dévoué sans réserve h la volonté de son Dieu , pût se croire permis de recevoir dans sa tente et de la main même de Sara la jeune Agar comme une seconde compagne.

S80 ABIUHAM

yenei donc, Mes Frères, préparés par ces réfleiicms, mé-' diter a^ec nous les leçons de notre texte; ^ et vous transportant par la pensée aux jours du patriarche, venez d'abord dans la plaine de Mamré, sous les tentes d'Abraham , contempler avec une ame recueillie^ ces scènes domestiques , dans la confidence desquelles TEsprit-Saint n'a voulu nous faire entrer que pour nous y donner degrandes et salutaires leçons i — et venez ensuite au désert de Sur , apprendre , comme Âgar, à vous demander avec I9 sincérité d'une ame qui sait qu'une sçule chose est nécessaire et qui désire la communion de son Dieu : mon ame ! a^-lu regardé à Celuj^ qui vit et qui U voit?.

Mes FrèreSy je supplie « Celui qui vU et qui nous voii, » je. supplie le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Agar^ le Dieu fort de vision d'accompagner aujourd'hui mes paroles auprès de vos ames^ et de me donner de comprendre les siennes pour vous les expliquer.

Oui, Dieu fort de vision. Dieu qui vis et qui mé vois! sois avec nous à cette heure^ avec nous pour toujours!

U n^ avait pas encore plus de quatre cent cinquante ans qu'un déluge universel avait balayé la terre; les cendres de Noé n'étaient pas e^ncor^e refroidies dans som tongibeau , et déjà cependant presque toutes, l^s familles des hommes ,

multipliées par millions , avaient corrompu leurs voies devant Dieu. — En vain ce vénérable patriarche , qui était mortquelques mois seulement avant la naissance d'Abraham^ avait-il été^ nous dit l'Ecriture^ «un prédicateur de la justice qui s'obtient par la foi (i), » rien n'avait pu contenir l'infidélité du cœur de Thomme ; les lumières de la foi répan-,

1) StPlârreII,5^Hébr. XI,7.

dues autour des autels de Noé s'étaient bientôt éteintes , et ne reluisfifient plus que faiblement dans le sanctuaire ignoré de quelques familles ; on adorait cette terre à peine sortie des eaux; on ne voulait pas se convertir; et les ténèbres de I-ombre de la mort étaient déjà répandues sur toutes les nations.

Cependant , il y avait quinze ans que le Dieu de gloire avait révélé son salut^au patriarche Abraham, et que sa grâce Tétait allée chercher sur les bords de TEuphrate , dans la famille encore idolâtre de Tharé. Abraham y sans consulter la chair ni le sang^mais plein d'une calme et profonde assurance en ce Dieu qui l'iivaii; gratuitement apîpelé, gratuitement sauvé, Abraham^ à l'âge de soixante-dix ans, avait quitté son pays et sa famille, sanssavoir où il allait; et déjà depuis dix ans il habitait^ sous des tentes comme un étranger, cette terre deCanaan quilui avait été promise; car «il dési- » rait une patrie meilleure, à savoir, la céleste,)) nous dit Saint Paul, «et il attendait la cité qui a des fôndemens, et de » laquelle Dieu lui-mémeestrarchitecteetlefondateur(l).»

Près de Iqi vivait la femme de sa jeunesse , l'élue de soa cœur, la sage et pieuse Sara, dont l'Esprit de Dieu , dans le chapitre de ce jour, nous révèle, il est vrai , les faiblesses , mais qu'il propose ailleurs à toutes les femmes chrétiennes comme un modèle de douceur et de sensibilité.

Douée aux yeux des hommes, ju8.ques dans sa vieillesse,

d'une extraordinaire beauté, Sara était plus belle encore aux

yeux des anges par les dons spirituels dont le père de toute

^grâce avait enrichi son ame. « Ses ornemens n'étaient point

T» ceux du dehors , nous dit l'Ecriture ; ils ne consistaiei\t

(i;Hcbr.XI,16,10.

y> pas dans rarraiigemeut des cheveux /ni dans la magniii- » cence des habits; mais dans l'homme caché dans le cœur^ » et dans la pureté incorruptible d'un esprit doux et pai- )) sible. Ainsi se paraient autrefois» nousdit Saint Pierre (1 )^ n les saintes femmes qui espéraient en Dieu | et telle était » Sara qui obéissait à son mari, l'appelant son seigneur, et » de laquelle les femmes chrétiennes sont les filles quand » elles font le bien. » ^

Compagne inséparable d'Abraham , Sara lui avait été donnée pour être dans son exil la consolation de ses jours. Ib se nourrissaient du même pain de vie ; ils avaient épousé les mêmes espérances/ ils attendaient la même patrie ; et se tenant par la main , ils marchaient d'un même pas vers la cité céleste, ne se séparant jamais dans la vie, et s'attachant ensemble à Celui qui devait les réunir après la mort , pour accomplir leur union dans les tentes éternelles- Abraham semblait appelé à descendre avec calme le cours uniforme d'une vie consacrée à son Dieu^ dans la douce retraite des champs , et dans la tranquille jouissance des joies domestiques. Qui l'eût pu croire que deur êtres si tendrement unis allaient ouvrir bientôt eux-mêmes l'un sur l'autre une source abondante d'amertumes et de douleurs?

Cependant il en fut ainsi : la paix allait s'enfuir pour un long temps de cet asile où l'on eût dit qu'elle avait à jamais fixé son séjour *r et le spectacle qui va nous être offert dans la plus sainte des familles qui fût alors sur la terre nous donnera y Mes Frères, une grande leçon. L'Ecriture va nous révéler du péché jusque dans la foi du père des croyans ! En effet , bien qu'Abraham fut convaincu que Celui qui

(!) tPier.lII, 3-6.

lui avait fait les promesses les accoroplirtit certainement/ il . se laissa surprendre , ainsi que Sara , par les conseils d'une sagesse toute humaine, et sortit pour un temps de cet abandon filial que TEcriture appelle «impticâ^ ekréiwnn»} et par lequel le croyant , ne regaiVant qu'aux promesses qui lui sont faites , attend comme un petit enfant les directions ^ les dispensations , les momens et les volontés de son Dieu.

Cependant y Mes Frères , mettez-vous un instant par la pensée à la place de ces saints personnages; rappelez-vous par quels longs retards le Seigneur avait exercé leur con-

fiance en ses promesses , et vous comprendrez que leur foi s'étonnât et reçût quelque trouble dans l'obscurité des voies par lesquelles ils étaient conduits.

Abraham avait déjà soixante-dix ans lorsque le Seigneur, se révélant à son ame dans le pays de la Ghaldée> lui promit que le Sauveur du monde naîtrait de sa postérité. « il n'a- » vait point formé de doute sur léT promesse de Dieu par défiance» » nous dit Saint Paul (1 ), et montrant aussitôt sa foi par ses œuvres^ « il était parti sans savoir où il allait, » jusqu'à ce que le Seigneur arrêtât ses pas en la ville de Gbaran : cependant la promesse ne s'était point accomplie. — Cinq ans s'étaient écoulés dans ce premier exil ; Abraham avait vu mourir son père; mais la promesse ne s'était point accomplie. •— Alors ^ sur un nouvel ordre du Seigneur , il s'était encore mis en voyage ; il était venu jusqu'à Sichem de Canaan , puis jusqu'à Béthel , et bientôt après jusques à . Hébron : mais la promesse àe Dieu ne s'était point accomplie. — Enfin y dix nouvelles années d'une vie errante s'étaient écoulées ^depuis le départ de Charan ; et comme rien

(I) Rom.ïV, ÎO.

284 ABRAflABf

encore n'avait annoncé que ces longs retards fussent à letir terme, le patriarche, sans douter un instant de la ûdélitéde • Dieu, avait commencé cependant à penser que le fils qui lui était promis ne lui appartiendrait que par adoption , et que l'enfant d'Elibézer serait son héritier; miiis la parole de FEtemel lui avait répondu: « Non ! c'est celui qui sortira de » tes entrailles-qui sera ton héritier.» Abraham encore une fois avait cru; mais la promesse ne s'était point accomplie! ^lors ei^fiQ, comme le Seigneur en la prononçant n'avait jusque-là fait aucune mention de Sara y cette sainte femme,^ et le patriarche lui-même peut-être^ commencèrent à croire qu'une autre épouse plus heureuse était destinée à mettra au monde l'héritier des promesses- Cette pensée était naturelle ; elle était innocente ; mais, que va faire Abraham? et que fera Sara?

Avant d'aller plus loin cependant , Mes Frères , remar? quez lûenici que TEsprit-Saint, pour qu'on n'eût pas Fidée de chercher dans la funeste résolution d'Abraham à l'égard de son esclave l'entraînement d'une passion qui subjuguât ses sens et sa raison , l'Esprit-Saint a pris soin de nous dire que la première pensée en naquit à Sara , qui ne put sans doute lui donner accès dans son esprit que par l'entraînement du zèle le plus ardent pour la gloii:e de Dieu , et qui dans. la noblesse de ses premiers mouvemens^ mais dans la précipitation d'une sagesse toute humaine , sacrifiait à ce qu'elle croyait être son devoir tout ce qui touche de plus près au cœur d'une femme. Oh ! qu^elle dut cruellement souffrir , cette ame si noble et si tendre ! et quelle angoisse dut survenir en tout son être , dans le rude combat qui s'y givrait entre les sentimens erronés de son devoir et toutqs^ |çs répugnances c|&son cœur conjugal !

KPÔUSANT A«Alt. 2g5

Ecoutez, en effet, les réflexions de cette sainte femme, et voyez combien (à la considérer par cet endroit, et à n'en parler qu'humainement), sa conduite était à la fois humble^ pure et grande. Ecoutez-la dans notre texte.

« Or Sarafy femme t Abraham , y est-il dit , ne lui avait » point donné d'enfanî; mais elle avait une esclave égjiptienn$ n nommée Agar; et elle dit d Abraham : jToiei maintenant y D f Eternel m*a rendue stérile; viens, je te prie, veri mon es' » elave .^peut^Are serohje édifiée (c'est-à-dire^ peut-être au- » rai-je une maison) par elle. » —En d'autres termes : « Depuis quinze années j'attends vainement que la promesse qui vous fut faite s'accomplira dans moi\»sein ; mais l'Éternel, dans ses voies ton jours adorables, m'a, je le vois, refusé la douceur d'être mère : Y Etemel m^d hndue stérile ! Cependant voudrais-je que les ménagemens de votre tendresse, ou que les intérêts de ma propre gloire se fissent entendre, quand la vôtre, quand celle de Dieu, quand la voix dudevoir,exigentdemoilesacrificede moi-même? Non, mon

ami! périsse plutôt Sara votre compagne souinise, et que la volonté de Dieu semasse, que son règne vienne, que son nom soit glorifié ! Prenez donc de ma propre main mon esclave Agar : elle m'appartient; elle m'est dévouée; elle connaît notre Dieu. Vous la recevrez de celle à qui votre personne appartient, et qui lui transmet elle-même ses droits. «Peu/être serai-je édifiée par elle : » je serai la mère des fils que Dieu vous donnera par Agar : ils seront à vous, et le sacrifice par lequel Sara vous les aura fait obtenir fera peut-être aussi qu'à vos yeux ils seront à Sara ! »

Et Abraham y dit notre texte, n acquiesça à la parole de » Sàrat. » Il s'y rendit dans le même esprit sans doute qui la lui avait dictée; « et Saraty femme d' Abraham ^ prit Agar,

» son esclave égyptienne^ et la donna pour femme à Abraham ^ » son mariy après qu'il eut demeuré dix ans au pays de Ca* » naan» »

Ce fut donc ainsi qo' Abraham, qa*Agar et que Sara s'ac* cordèrent » sans consulter rÉternel , pour contracter une union qui contrevenait à sa parole dans la première institua tion du mariage, et que jusqu'alors les hommes pieux des anciens jours n'avaient point autorisée par leur exemple; une union qui devait produire des fruits empoisonnés, et soulever bientôt les plus funestes orages dans leur cœur et dans leur vie.

En effet,. Mes Frères, si les motifs qui surprirent le con« sentement d'Abraham furaot étrangers à la passion et s'ils furent purs au moi us à cet égard , combien sous d'autres rapports la conduite de ce vénérable patriarche nous semble Inexplicable!

Il cède sansré^stance; sa foi devient impatiente; iljaisse la Parole de Dieu pour écouter la créature; et méconnaissant la sainteté du mariage, il va souiller a ce lit sans tàcbe, honorable entre tous les hommes, » pouf parler avec Saint Paul(1)!

Qq'est devenu son esprit de foi? (c 11 espérait contre es* « pérance; il était persuadé que celui qui avait promis était )) puissant pour accomplir; il voyait celui qui est invisi* D ble (2) : » et maintenant au. lieu de ne s'occuper que du devoir, et de laisser à Dieu l'événement qui lui appartient^ il se charge de l'événement, et laisse le devoir! -^ Il s'inquiète pour le Dieu tout puissant ! -^ et comme si raccom>» plissement des promesses embarrassait la Toute^Puissance. ^

(1) flébr. Xllf, 4. (î) Rom. IV, 18-831.

il prétend lui faciliter TeiéQulion de ses desseins, en se conformant par un mariage illicite aux usages d*un monde qui ne le connaît pas!

Et quVt devenu surtout son esprit de prière? — Ah! s'il était allé dans sa tente s'agenouiller, y déposer aux pieds de son Seigneur tous ses projets et toutes ses pensées: Les voilà toutes , ô mon Dieu; je le les soumets sans réserve ; ordonne et dispose. Cette union, qu'on me conseille, est-elle selon ton cœur? Serait-ce par Agar que tu me veux rendre le père de ton peuple? N'y aurait-il aucune séduction dans mon ame? Ah ! ne permets pas que ton serviteur s'égare » quand il se conGe en toi ! — Certes, s'il eût ainsi consulté le Père de toute bonn&pensée, alors son chemin lui eût été montré ; et que de douleurs, et que de fautes il se fût épargnées l

Mais ici, je m'arrête; et je me sens confus d'en avoir dit autant! «—Est-ce bien moi qui parle? — et de qui parlé-je? — Et qui suis-jepour oser élever la témérité de mes juge* mens contre le plus saint des enfans de Dieu , contre le père des croyans, contre un homme auprès duquel tout mon espoir, ô mon Dieu, est de trouver une place au dernier jour et d'être transporté devant toi par les atiges comme l'heureux Lazare (1)! — contre un homme ^ dont quatre cent» ans après sa mort, le Dieu des vivans a dit: oJe suis son Dieu (2)! » et pour tout dire , — contre un homme qu'on vit plus tard, ayant dans ses mains le feu et le couteau d'uo holocauste , monter silencieusement, à côté de son fils , de son unique, de son bien^aimé, la montagne de Morija (3)! Toutefois, Mes Frères^ écoutons la Parole; ne refusons pas

(0 Luc XVI, 22. C^} EiLode ÏII, 6. Luc XX, 37. (3) Gen. XXII, î-

de recevoir instruction ; et que les scrupules d'une humilité qui nous sied à tant de titres ne nous rendent pas iuattèdtifs aux leçons du Seigneur. L'humilité de la créature > la yraie humilité devant lui , c'est d'écouter , c'est de croire , c'est d'obéir. — Ecoutons la Parole !

En effet ; divinement inspirée dans toutes ses pages » la Bible a voulu nous instruire par les fautes mêmes qu'elle signale à aotre vigilance chez les enfans de Dieu, autant que par les exemples saints qu'elle propose à notre imitation. — Elle nous adresse même à cet égard dé trè^grandes leçons ; elle nous révèle de larges plaies et de profondes souillures chez les plus saints et les plus dévoués des serviteurs de Dieu. Elle nous les montre même succombant par l'endroit où nous sommes appelés d'ailleurs à les admirer le plus. -— Et par là y Mes Frères, que veut-elle nous apprendre? Deux choses « deux grandes choses : Elle veut nous apprendre à voir dans les plus justes des hommes notre extrême indignité, et dans les plus forts des hommes notre extrême (éir blesse. Elle veut nous apprendre à poussser devant le trône de la grâce d*abord ce premier cri : mon Dieu ! je suis un être coupable et condamné^ sauve-moi par ton Fils! et puis ce second cri : (ymon Dieu , je suis un être qprrompu et impuissant, sanctifie-moi par ton Esprit de vie!

Ah ! certes, je le pousserai de toutes mes forces le premier de cescrjs, quand j'entendrai le.grand Abraham et les plus saints des serviteurs de Dieu s'écrier eux-mêmes coniroe du fond d'un abîme : Miséricorde et grâce, ô Dieu descieux! — ' quand je verrai qu'eux aussi sont obligés comme moi de laisser à la porte et de jeter loin d'eux comme un sang im^ pur les sales haillons de leur propre justièe, pour recevoir de la main de Dieu la robe de noce , le manteau de sa jus*

ticc, un vèletnent (oui blanchi dans le sang de l'Agneau ; -^ quand j'entendrai dins à Saint Paul « que fA le patriarche y) Abraham eût été tenu pour juste par ses œuvres, il au- » rait en sujet de se glorifier, mais qu'il n'en a point eu de^ «) vaut Dieu (I); >> — et quand «nfin je verrai ce grand Apôtre lui-môme, qui depuis plus de vingt ans courait toute ]a terre pour y porter au milieu des opprobres le nom de mon maître , s'écrier du fond de sa prison qu'il ne met sa <^onfiance devant Dieu en aucune de ces choses ; qu'il les laisse en arriére; et qu'il regarde toutes <fes justices comme de la boue pourvu qu'il gagne Christ (2); *^oh! alors, ne eompreodrai-je pas abondamment que devant Dieu, pour répondre en faveur de mon ame au dernier jour , je n'ai que le sang de mon Sauveur !

Mais^i de pareils exemples nous sont produits pour nous faire poussif ce premier cri dans le sentiment de notre indignité, ils ne le sont pas moins pour nons faire écrier dans ce*lui de notre falbie^e : « mon IHeu , garde-moi , puri6e mon ame, » crée en moi un cœur pur, et renouvelle an*dedans de moi un «sprit bien disposé (3) !

Quel est cet homme que je vois succomber au jour de la tentation? •— • Quel esft ce colosse que la Bible me montre renversé jiKsqu'en terre? C'est an géant dans l'armée d'Is» laël ; c'est un des puissans de Jacob; c'est le généreux David dont l'ame , jusque-là si noMe et si tendre , semble de boue dans l'affaire d'Urie ! — C'est le brûlant , le loyal Siraon Pierre, qui tremble devant une servante^ qni renie son maHre dans la cour de Caîphe, qui ne marche pas de droit

(1) Rom. IV, 1-4. (9) Philip. 111,6-9-14. Rom. lïl, 53; IV, 16; V,9.Tit.III,'y. (3)Ps.LI, 10.

pied, qui manque de franchise dans Téglise d'Antioche (1 ) [ — C'est le disciple qqe Jésus aimait^ le tendre Saint Jean , qui manque de charité , et qui reçoit de son maitre cette réprimande sévère : « Vous ne savez de quel esprit vous êtes animé (2) ! » — Et pour tout dire en un mot, c'est le père des croyans, c'est Abraham qui manque de foi ! — Ah ! s'il en est ainsi , quelles ne doivent pas être devant mon Dieu ma vigilance et mes prières ! Si les cèdres du Liban au jour de l'épreuve sont couchés par le souffle des vents , que sera-ce de l'hysope et du roseau de la campagne? « Et si ces » choses arrivent au bois vert, que ne fera-t-on pas au bois » sec ! »

(( Abraham acquiesça donc d laparoh de Sara$, » dit notre texte. Subjugué par l'ascendant qu'avaient coutume d'exercer sur son esprit les conseils ordinairement sages de sa pieuse compagne, Abraham se rendit sans résistance ; et ce fut ainsi que cette sainte femme eut la triste prérogative d'avoir sur l'ami de son ame une influence désastreuse , qui le fit sortir des sentiers de la paix, et qui le rendit si coupable devant Dieu.

Il n'est que trop fréquent^ hélas ! cet entraînement des amitiés terrestres ! Trop souvent l'enftemi de notâmes, pour donner à nos tentations des couleurs plus séduisantes , se plaît à mettre en usage auprès de nous la voix abusée de ce que nous avons de plus cher et de plus respecté. Trop souvent, il emploie de préférence, pour surprendre nos volontés, les conseils aveugles d'une afiection toute humaine, les ménagemens et ies craintes mondaines d'un père ou d'une mère, et surtout l'attrait de ces indicibles liens qui unissent

(1) Gai. II, 14. (2) Luc. IX, 56.

Tan à Tautre une femme et son époux. Il fait alors parler cette voix conjugale si puissante sur le cœur de rhorame , et C*est ainsi que souvent il s'insinue dans notre sein comme un serpent, et qu'il y darde ses venins avec une mortelle efficace. C'est dans la main d'Eve qu'il Gt présenter à notre premier père le fruit défendu ; c'est de la bouche de Saphira qu'il conseilla le mensonge au malheureux Ananias; et ce fut la sainte Sara qu'il chargea de conduire une épouse adultère dans les tentes du Patriarche.

Mais c'en est assez sur la faute d'Abraham, d'Agar et de Sara; il est temps maintenant de poursuivre le récit de notre texte pour en considérer les fruits.

Hélas! qu'ils furent prompts à paraître, ces fruits, et qu'ils furent amers! — Compteai-les dans le chapitre de ce jour. — Voyez ce qu'en peu de temps est devenue cette demeure, naguère Tasile de la paix et de toutes les joies domestiques.

Voyez Agar : — .Dès quelle vit qu^elle avait conçu, dit notre texte ^ elle témoigna du. mépris à sa maîtresse . » Quoique cette jeune Egyptienne eût appris dans la famille d'Abraham à connaître le Seigneur, comme nous l'indique assez la suite de ce récit , la nature humaine chez elle se trouva trop faible pour porter sans quelque ivresse tant de prospérités inattendues. Se voir tout-à-coup l'épouse d'un homme que lès nations voisines honoraient comme un grand prince; se sentir la mère de celui qu'elle croyait être l'héritier des promesses et de qui devaient sortir, pensait-elle^ tant de natiens et tant de rois, c en était trop pour le cœur d'une jeune esclave; et l'on ne s'étonnera pas que de la hauteur inaccoutumée où sa nouvelle fortune l'avait si promptement élevée , ses yeux aient éprouvé quelque vertige, et perdu

trop tôt de Yue ce qu'elle devait à Sara. — Aa liea donc de consoler sa maîtresse, dont elle avait pris, à quelques égards la place , elle ne sut pas lui cacher Torgueil de ses préten* lions nouvelles ; . elle lui témoigna du mépm » dit notre texte ; et peut-être même alla*t-elle jusqu'à lui reprocher la honte de sa stérilité comme un jugement de Dieu.

Mais voyez aussi Sara : — toute son ame se soulève contre l'ingratitude et les mépris de son esclave; elle s'indigne y elle s'oublie , elle sort d'elle-même ; on ne reconnaît plus Sara»

pauvre cœur de l'homme! que tu recèles de misères , et que Diea te révèle de faiblesse , dès qu'il t'abandonne quelque temps , pour te faire connaître toi-même à toimême , et^ pour te rendre plus instant à la prière et phis affamé de sa justice!

Écoutez cette sainte femme; écoutez jusqu'où va la porter, auprès d'Abraham , l'aigreur du chagrin qui la possède. Voyez comme elle sort de cette décente réserve qui la lui rendait à la fois si chère et si respectable.

£(ft-ce donc là cette même femme que l'Écriture propose ailleurs comme un rgodèle du respect qu'une épouse chrétienne doit à son mari , et de cet esprit de douceur auquel Dieu prend tant de plaisir? Voyez l'injustice de ses soupçons : elle s'en prend au patriarche lui-même; elle craint d'avoir perdu son cœur avec sa personne ; il lui semble qu'il est de moitié dans les mépris dont on l'abreuve^ elle oublie qu'elle fut la première à verser dans leur um'on cette source d'amertumes ; elle n'écoute plus rien ; elle éclate en durs re« proches.

O bonheur domestique! saintes joies de l'amitié! tendre commerce des ames^ incompar^le abandon ^ douces prières

ÉPOusAmr ACAR. 293

de ramille> prélude des chœurs éternete, qu*6tes-Y0US dcreiius? Les passfions qui s'agitent dans le monde , le dépit, le» noirs soupçons sont entrés dans cette demeure ; et Tégoîsme du vieil homme y reproduit au jour se^ traits repoussans. Le doux sourire de Tintlmité des cœurs a fait place au froncement de la défiance et d'un sombre chagrin. Un rayon du ciel semblait éclairer jour et nuit la tente du patriarche y image bienheureuse de TÉglise de Dieu parmi les hommes^ et maintenant une vapeur deTabime y répand ses fumées. Les chants de féternité, Tharmonie des cieux y étaient descendus; et maintenant ce sont les dissonnances de Tenfer qui semblent s'y faire entendre.

triste Abraham! tendre Abraham! que de larmes tu verseras dans quelques années sur ces lamentables jours , lorsqu'auprès de la caverne de Macpela, « tu pleureras ton mort! » — lorsque tu porteras en la terre, en ^attendant la bienheureuse résurrection » l'enveloppe chère encore de ta chère Sara ! — lorsque Sara ne te verra plus et ne t'entendra plus! — Quels regrets profonds accompagneront pour toi le souvenir lamentable de ces cruels jours! Que tu voudrais alors à tout prix les revivre avec elle pour les remplacer paf d'autres , s'il était possible ; et que tu gémiras d'avoir pu verser tant d'amertume dans ce cœur qui ne bat plus, mais qui t'aimait avec tant d'abandon !

Hélas ! Sara dans son trouble n'était plus Sara ! Écoutezla dans notre texte : « Voutrage qui m'eit fait est sur toi ^ lui dit-elle ; je fai donné ma servante en ton sein; mais quand elle a va qiCelle avait conçu ^ elle m^a témoigné du mépris» Que VE* fernel suit donc juge erttre toi et moi! n — C'est ainsi que dans ritat)rudence de sa douleur elle précipite ses plaintes ; elle ne craint même pasd^en appeler au jtigeinent de Dieu 3 elle va

jusqu^à s'écrier : « L'outrage qui tnai faU eH iur toi! Que r Eternel ioitjuge entre toi et moi! lorsqu'elle aurait dû dire : « mon Abraham ! si tu m'as offensée , et si tu fus pour quelque chose dansToutrage qui m'est fait, ô mon ami! que le Juge éternel te pardonne comme je le fais moi-même^ et comme je lui demande aussi qu'il ait pitié de moi!

Mais admirez ici la réponse d'Abraham : Voyez son calme religieux , son inaltérable douceur et les patieas égards de sa tendresse; il ne récrimine point avec Sara; il ne sort point de son caractère , il respecte sa douleur. « JToici , lui M dit- il , ton esclave eit en ta main s fais d eon égard ce qui )) iemhhra bon d tes yeux. »

« Ainsi, dit à ceproposSaint Augustin, la suite de cette » action, qui fut aussi pure qu'en avait été le commence*- » ment , nous montre à l'évidence qu'Abraham , en recela vant Agar de la main de Sara , ne s'était proposé que la » naissance du fils de la promesse^ sans qu'il se mêlât » chez lui dans une action si pure le moindre nuage de la » passion.»

Sara reprit donc tous ses droits sur Agar ; et c'était par là que le Seigneur, qui voulait ramener cette pieuse famille à la paix des enfaus de Dieu par la voie de l'humilité, avait résolu de les châtier les uns par les autres, et de les exercer ainsi tour à tour à l'école salutaire du malheur. -^ Nous avons déjà vu Sara châtiée par Agar, et Abraham par Sara ; il nous reste maintenant à voir les corrections que les mômes miséricordes réservaient à la jeune Agar.

En effet , cette ame , naturellement ardente et altière , n'était pas encore domptée; et lorsqu'elle se vit replacée sous l'autorité de sa maîtresse , elle ne put endurer longtemps un joug qu'elle croyait avoir secoué pour toujours ;

ÉPOUSAirr AGIR. 395

et qui lui semblait aussi pesant que si Jamais elle ne Teût porté.

Sara de son côté, qui peut-être ressentait trop vivemen encore l'ingratitude de ses mépris, et qui^ d'ailleurs, voulait réduire son orgueil en la ramenant aux convenai^ces de sa condition première, « Sara taffligtaj » dit notre texte, pu VhumUia (car le mot hébreu porte ces deux sens). Alors cette jeune esclave, impatiente d'un tel joug et viyement af fiectée d'un changement si contraire à ce que lui avaient promis des rêves trop ambitieux , n'en put à. son tour souf*

firir l'humiliation ; et dans le premier emportement de sa douleur elle résolut de prendre la fuite.

G'était ainsi que le Dieu patient qui l'avait élue Tabandonnait pour un temps à la fougue de sa passion, et la laissait fuir au désert loin des tente3 et des autels d'Abraham ; parce qu'elle avait besoin de leçons plus sévères que celles de sa maitresse, et qu'il voulait la soumettre, pour la dompter, à une discipline plus rude encore. Il laissait pour un temps cette brebis indocile suivre son propre chemin, afiu de la réduire en quelque sorte bientôt après par les priva* tiens, par la fatigue, par les ardeurs du désert. . ' En effet , Agar , sans penser h ^es dangers, ni à ceux de * l'enfant qu'elle portait dans son sein , sans penser surtout aux intérêts de son ame et à cette inestimable faveur que le Dieu de toute grâce lui avait accordée » en la tirant des ténèbres de l'Egypte pour la placer dans la famille d'un prophète (1), et l'y nourrir de sa vérité, l'imprudente Agar s'engageait dans le désert^ et c'était vers l'Egypte qu'elle portait ses pas pour aller mendier ses consolations au pays

(I) Gea. XX, 7.

196" MBnxnAm

des idûles , au milieu des moodaifis. Son ame était aigrie; ta paii de Dieu n'y était plus; elle fuyait son deyoiip.

Cep^dant, il arriva que la fatigue du chemin, les ardeurs de la soif ai surtout les angoisses de son ame Teurent bientôt épuisée. — £Ue s'arrêta, pour reprendre ses forces, . auprès d'un puits célèbre de tout temps dans c^ contrée» arides, <c le puib qui est au chemin de Sur. »

Pauvre esclave , triste , fugitive , que va-t-elle devenir T Persécutée par Sara, abandonnée d* Abraham, sans parens , sans aucun asile , oubliée du monde entier, elle ^ croyait seule ^ elle ne voyait devant elle qu'un immense désert,, qu'un long désespoir; cepaodant, non, tu n'étais pas seule, Agar! — Sans que tu: le susses^ il y en avait un qui te suivait. — Il y en avait un qui ne t'avait jamais laissée , qui accompagnait tous tes pas , qui comptait tes soupirs , qui recueillait tes larmes dans ses vaisseaux (l)u II y en avait un plus tendre que Bas hommes , qui marchait après toi ! « Et » comme Agar a^enfuyaU, dit notre texte, fAngpéU t Eternel )» to trouva^ n — la trouva ! oh ! qu'elle est douce cette expression do bon Berger , qui court à travers champs après sa brebis perdue jusqu'à ce qu'il l'ait trouvée! •— txVAn^t )» de f Eternel la tramay prêt d^^ne sauree £eau dan» le déeert » de Sur. » •

Il parait que cet Ange glorieux^ne se présenta pas d'abori à ses regards sous une autre apparence que celle d'un fib des hommes^ et que ce ne fut qu^en se séparant d'elle qu'il hii révéla sa majesté.

Mais , quel était-ii donc cet Ange de l'Éternel , et qu'ea. taut-il penser? car nous entendons que dans notre texte il

(>} B5auiuoLVI,9.

est nommé directement : :*« VEUrnel^ Jéhova^ k Dieu fort de » vision : » — EUb appela, nous est-il dit, V Eternel qui par'- Imt à elle en ê^émant : « Le Dieu fort de vision; » •— > et nous* entendons encore vers la fin de cette apparition ce même Ange s'attribuer une œuvre qui n'appartient qu'à la puis* sançe divine : « Je muU^tkrai ta poetérité , tellement quelle » %e eepowra nombrer. »

Quel était donc, je le demande, cet Ange mystérieux, ce Jéhova, « ee Dieu fort de vieion fn

Mes Frères, nous n'hésitons pas à répondre que c'était le Fils unique du Père , celui que les prophètes ont appelé PJnge de Pjillianûey VAi^e de ht face de Dieu (1 ) ; celui qui devait entrer plus tard , nous disent-4ls , dans le temple de son corps (2) ; celui que rEcritare appelle la Parole , lar Parole qui était au commencement, la Parole qui était avec Dieu, la parole qui était Dieu , et qui, plus tard, a été faite chair (3). — JEcoutez cet Ange de rEteroel^ dans toutes ses apparitions aux patriarches : vous l'entendrez s'attribuer con-^ stamment les noms, les titres^ le cillte et les œutres du Dieu tout-puissant. — Ecoutez-le, lorsqu'il apparat à Abraham^ i la porte de sa tente , sous les chênes de Mamré (4). '— Ecoutez-le , quand il apparut à Jacdi> en Mésopotamie , et qu'il lui dit : Je suis l'Etemel , le Dieu fort de Béthel , le Dieu d'Abraham ,^ ton père(&). — Ecoutez-le , lorsqn^d ap-^ parut à Moïse , sur la sainte montagne , et qu'il lui dit t le suis celui qui est ! va vers tes frères , et dis-leur que le Diei» de tes pères t'est apparu ! «Car c'était l'Angedu Seigneur, » dit Saint Etienne(6), qui se montrait à Mofse, dans les flam-*

(t) EsaîeLXIII, 9. (9)Malach. III, 1. (3) Jean 1, 1-3-14. (4)Gfii». XVIU , 1 . (5) tien. XXXI , 1 1 , 13. (6) Act. VU , 30 38.

298 , ABBAHAAf

mes de Sioaî (1 )y et qui ft'écriajt : ci brael y je t'ai tiré » d^Egypte, tu n'auras point d'autre Dieu devantma face.» — £t maintenant écoutez Saint Jean qui vous dit : « (^ » personne n*a jamais vu Dieu j mais que le Fils unique » qui est dans le sein du Père , est celui qui nous Ta ré- » vêlé (2). » — Ecoutez Saint Paul disant aux Corinthiens : « Ne tentez point Christ, comme les Israélites le tentèrent » dans le désert , lorsqu'ils furent détruits par des serpens » brûlans (3); » — et pour tout dire enfin, écoutez le Sei* gneur lui-même refondante Philippe qui lui disait : «Sei- » gneur, fais-nous voir lé Père : Il y a si long-temps que je » suis avec vous, Philippe^ et tu me dis : Fais-moi voir le » Père ! Celui qui m'a vu^ Philippe, il a vu le Père» Moi et » le Père nous sommes un (4). Abraham a tressailli de joie » de voir mon jour, et il Ta vu; car en vérité, en vérité, m avant qu'Abraham fût , je suis (5). »

Oui, Mes Frères, tellessont les profondes condescendances que la Sainte-Ecriture nous a révélées en Dieu. Elle nous les montre dépassant toutes nos pensée^ ; elle nou3 déclare qu'il a mis ses tendres compassions par-dessuis tontes ses oeuvres (6). Elle nous lesi'évèle étendues comme un ciel de gloire au [dessus de toutes ses grandeurs. — Elle l'ap* pelle le Bon Berger; elle nous dit qu^il ne se lasse dé courir après ses bi^ebis égarées. Elle nous le révèle cherchant ses élus dans la geôle des esclaves, dans les solitudes du désert, ou dans les chalets des montagnes , comme dans les ôpulens tabernacles d'un patriarche , dans les palais d'une Babylone, ou dans les chambres royales d'un Nébuchadnetzàr. — Elle

(l)Exode III, 3, 4, 6, 14, 18. (2) Jean I, 18. (3) 1 Cor, X^ 9, (4) Jean XIV, 9. ,{5) Jean VIII, 66-58; (6) Psaume CXLV,1>.

nous assure que s'il daigna se manifester à Abraham^ à Isaac et à Jacob, s*il apparut sur le chemin de Sur à une pauvre esclave fugitive et coupable , il était encore le mémey dixbuit cents ans plus tard ^ lorsque dans une maison d'Emmaûs il se faisait voir à Gléopa , ou lorsqu'il se présentait devant Saul de Tarse sur le chemin de Damas, et qu'il lui a{q[>araissait ensuite dans le temple de Jérusalem et dans la forteresse Antonie. — Elle nous assure qu'il est le même encore aujourd'hui, et que maintenant, comme aux anciens Jours , là où deux disciples fidèles s'assemblent en son nom , il y assiste encore, quoique invisible, avec toute sa puissance et toute sa gloire , « car il est le même v a dit un Apôtre , ,)i hier, aujourd'hui et éternellement (1)* »

Voyez-le devant Agar.'— Voyez avec quelle touchante douceur , au lieu de l'accabler des reproches qu'elle avait mérités, il veut l'amener aq sentiment de ses péchés. Voyez s'il n'est pas le même que le trouva la Samaritaine, dix-Jbuit siècles plus tard, près du. puits de Sichem(2). — Voyez comme il la rappelle délicatement à son devoir, si j'ose ainsi parler, par cette question si simple , mais qui disait tant de choses : fnAgary esclave deSaruîj ifoù««enMu«<ottva<-ltt?» — Et lorsque Agar a dit avec candeur : « Je m*enfuis ar^ » rière de la face de mamaUresêe, » écoutez cette réponse du « Dieu fort de vision ; Va^ lui dit-il, ta, reXourn» à ta mai-^ » iresee, et f humilie tous sa tnam. » . . Qu'elle est instructive cette parole du Seigneur , et en inême temps qu'elle est douce et touchante ! — » Le Dieu de gloire apparaît à sa créature; inais dans quel but, et que vient-il lui dire ? — Humilie-loi ! --» « t;a retourne d ta mai*

(1) Hébreux Xill, 8. (9) Jean IV, 90.

300 A6RAHA1I

)X ireisey et t'hiàmiiie ioui ga main! » va> mon enfant, humilie-toi : c*est ici-bas le chemin de la paix ! et c*est devant moi le chemin de la gloire.

Qu'il est grand et qu*il est beau le principe de cette humble obéissance ordonnée ainsi de Dieu même aux esclaves , aux sujets, aux femmes, aux enfans , devant leurs supérieurs! — (c Esclaves, leur est-ll dit, obéissez dans la sim- » plicité de votre cœur , à ceux qui sont vos maîtres selon )^ ia chair^ non comme si vous cherchiez à plaire à des hom- » mes , mais comme étant les esclaves de Christ ; comme y> faisant de bon cœur la volonté de Dieu; comme servant » avec affection le Seigneur , et non pas les hommes , et » comme sachant bien que tous, soit l'esclave, soit Thomme » libre, recevrontdu Seigneur le bien qu'ils auront fdit(1).»

Oh ! que ce principe est beau ! qu'il met de noblesse et de grandeur dans les offices en apparence les plus abjects du plus humble serviteur craignant Dieu ! et quelles glorieuses fonctions alors que celles d*un esclave! — * Vous le voyez les yeux baissés à la voix peut-être du plus vil des hommes; il attend avec soumission ses ordres impérieux; il regarde à la main de son maître ; il se range humblement au moindre de ses gestes. — Mais si cet esclave est chrétien , ne voyezvous pas qu'il regarde plus haut que ces gestes altiers d'un ver de terre, et qu'il écoute un autre maître? Ne voyez-vous pas qu'il a les yeux de son ame élevés vers le Roi des rois qui lui a dit : « f^a, retourne à ia maîtresse ^ et f humilie sous » sa main, » — Vous croyez peut-être qu'il s'abaisse devant cette vile créature. Non! il s'abaisse sans doute; mais ne voye2-vous pas qu'il est devant le Seigneur des seigneurs^ et

(1) Eph. VI, 5-8. Col. ÎII, 22. 1 Pier. ÏI, 18.

£POU&iNT AGAH. 301

qu'il s'abaisse devant lui? «Il sert le Seigneur et nou pas les hommes y d a dit Saint Paul. Non ! il assiste devant son Roi ; il a Thonneur de servir dans la poussière le même maitre que les anges adorent dans l'a gloire ; et peu importe alors à quelle place il le sert , pourvu qu'il le fasse bien ; peu importe qu'il ait à remplir trente ans sur le théâtre de cette vie le personnage de prince ou de serviteur , pourvu qu'il ait accompli Gdèlement son rôle ; peu importe qu'il ait. reçu dans sa main droite l'abject balai d'un esclave ou le sceptre de diamant d'un roi , pourvu qu'il ait porté l'un ou l'autre à la glbire de son maître; pourvu qu'il ait su que « chacun, soit l'esclave, soit Thomme libre, recevra du Sei« » gneur le bien qu'il aura fait. »

Heureux alors, heureux le chrétien couvert d'opprobres ! heureux » au jour des revues éternelles, le soldat de Christ qui pourra lui montrer les cicatrices du combat , et ses nobles flétrissures ! Heureux alors le plus pauvre esclave maltraité de son maître, pour l'amour de Jésus ; heureuse l'humble femme chrétienne soumise avec une inaltérable douceur au plus injuste mari; heureux le serviteur fidèle ! Oui, bientôt, lorsque le Crucifié viendra dans sa gloire, bientôt vous entendrez leurs noms proclamés à voix d'Archange , depuiS: un des bouts des cieux jusqu'à l'autre bout!

Et l'Ange dit à la jeune Agar : «.Servante de Sarafy «a, )) retourne à ta maitre$ey et {humilie mous elle. » Et comme Agar sans doute déjà touchée disait en son cœur : Oui, pour ^'amourdemonDieu, je le ferai ! le Seigneur s'empressa d'ajouter cette remarquable promesse : « Fùieij je muU^tterai I) tellement ta poitérité que nul ne la pourra nombrer. — yoiciy » tu a$ conçu; et tu enfanteras un fils que tu appelleras Is'

302 ABBIBAM

» maèl (1 )(ear Dieu t Eternel a entendu ion affliction) Usera n iemblable d tdne sauvage : sa main sera contre tous , et la )) main de tous sera contre luiy et cependant il plantera ses i> tentes d la vue de tous ses' frères. m

Mes Frères, si , pour vous prouver l'inspiration de cette Bible que je viens vous prêcher, je faisais sortir maintenant à vos yeux des tombeaux qui sont sous ces voûtes, quelqu'un des morts qu'on y a couchés , je ne pense pas que je pusse ainsi vous donner une preuve plus convaincante que ne peuvent le faire ces paroles prophétiques de notre texte, aux yeux de quiconque voudra les comparer avec la suite des histoires , comme avec Tétat actuel des peuples de TÂrabie (2) — Ces paroles qu'entendit Agar et qu'emporta le vent du désert, il y a trois mille six cents ans qu'elles s'accomplissent avec la plus frappante exactitude, et d'année en année, malgré tous les efforts contraires des peuples et des rois. — 11 a fallu qu'elles demeurassent vraies à travers tous les siècles et toate» tes révolutions des empires; — et il faut encore que de nos jours tous les voyageurs, comme toutes les histoires, en confirment dans toutes ses parties l'accomplissement miraculeux. -^ Il faut que cette extraordinaire nation distingue encore en son sein, par la suite non interrompue de ses généalogies, les descendants d'Âgar, qui forment le grand nombre et qui envahirent en peu de temps toutes ces contrées , d'avec lès Aborigènes qui remontent à Héber. — Il faut que le nom même de ce peuple rappelle à toute la suite des siècles son origine prophétique, puisque les Agaréens de l'Écriture (3), les Agaréniens de Dion (4),

(1) En .hébreu : Dieu a entendu. (3) Voyez Universal, htstory. toI. XX. (3^ Ps. 83 , «. 1 Cliron. V , 10. (4) Dio. lib. LXVIII el LXXV.

les Aracéniens de pline (1 ) , et les Saracéniens de Ptolé* mée (2), ne sont autre chose que ces terribles Sarasins si connus dans le monde qu'ils inondèrent de leurs armées ^ il 7 a prës de mille années. — Il a fallu qu'il s'accomplit dans tous les âges cet oracle de notre texte : « Il sera » setnblabU à Pdne sauvage; sa main sera contre tous , la » matfi de tous sera contre lui y et cependant y il plantera ses » tentes en la présence de tous ses frères; » toujours fier , toujours indomptable, impatient de tout joug, intraitable aux étrangers, libre et nomade comme le zèbre des déserts, errant sans demeure fixe dans les plaines de l'Arabie/ semblable en tout à cet animal élégant et poétique dont la pensée revenait si souvent à l'imagination des prophètes comme un brillant emblème d'une indépendance sauvage , « ama- >> teur du désert, humant le vent à son plaisir, se riant du » tumulte de la ville, n'entendant jamais la voix de Texac- » teur, épiant çà et là les montagnes, étanchant sa soif sur » les hauts lieux , ayant reçu de Dieu la campagne pour » maison, et pour ses retraites la terre inhabitée (3)! » -«- Et tandis que toutes les contrées de la terre sans aucune exception, ont été successivement envahies par des nations étrangères^ il faut que ce peuple , à nul autre

. (1) Pline, lib. VI, ch. 88. (2) Liv. Vï, ch. 17. Le Targum de Jérusalem nomme le^ Ismaélites Sarrasins (in Gènes. XXXVIIi 35. 3 Chron. XVII, 1; XXI, 16. EsaîeXIII, 20.) — (Souvent le même nom propre borte indifféremment an s on une simple yoyelle: Elana, Selana; Almydesse , Salmydesse ; Amnites, Samnites ; Exitania , Sexitania ; Andracoptes, Sandracoptos.).0*aillear8Ptolémée assigne les mêmes lieux aux Saracéniens que Pline aux Aracéniens* — Voyez ce même Mijet savemment discuté dans le 18* Tolume àùJ^Universal, histery» p. 340, 341 , 399, etc. (Dij«er<. upon the independency tfthe Arabs, p. 196 à 250. (3) Jer.n, 24. P0.'lO4, 11. Job. 39, 8-11.

dOi ABRAHAM

comparable , toujours le même , toujours indompté comme Tâiie sauvage , parcoure encore les mêmes déserts qu'habitait Isroael, dédaignant de cultiver la terre et de Tensemensér. — Il faut que $a mam W4iii ttué i^itre eonire tous et tm fMin de tauê eonirè lui, et que , bien qu'en hostilité perpétuelle, depuis trente-six siècles, avec toutes les nations qui Pentourent, par ses brigandages dans les plaines et ses pirateries sur les merSy il n'ait cessé cependant non plus<fojp{aiiier librement se$ tentes en la présence is toutes les nations. — ^ 11 faut que , tandis que la probité la plus exacte (au dire dôs voyageurs) règne dans ces camps où tout est ouvert, il dépouille gaiment l'étranger; et qu'on Tentende encore de nos jours assurer qu'Ismaél son père frustré de ses droits dans la maison d'Abraham, reçut de Dieu pour son partage les plaines du désert et tout ce qu'il y pourrait ravir. — Il a fallu t que , pendant plus de trois mille années , toutes les entre* prises que formèrent pour le dompter les conquéransde TAsie, aient été confondues ; — « et quand les expéditions pro* jetées par Alexandre-le-Grand^ par Pompée, par Auguste, par Sévère , par Trajan » parurent trop puissantes pour qu'on y pût résister » il a fallu que l'bbtoire profane ellemême nous rapportât qu'alors des tempêtes , des maladies ou quelque grande catastrophe vinrent à son secours. — - Enfin, il a fallu, quoique Mahomet se soit levé du milieu de ce peuple comme un géant ; quoique ces terribles fils d'Agar, sous le nom de Sarasins> aient subjugué plus donations, en quelques années , que les Romains n'en avaient soumis durant des siècles ; quoiqu'ils, aient: été les maîtres de toutes les sciences ; il a fallu cependant, qu'ils accomplissent exactement la prophétie , et qu'ils ne cessassent d*être toujours ce même peuple semblable à l'âne sauvage, toujours lama^l,

8)s du désert ; $a main eorUre tous et la main de ioui contre Ud. — Et à celte hjBure. encore > il faut que les caravanes étrangères qui se rendent à la Mecque voient voltiger autour d'elles ces cavaliers farouches , toujours prêts à fondre sur elles» etque lesflers dominateurs de TOrieut paient en. core, chaque année , un riche tribut à ces enfaus d*Agar , pour pouvoir se rendre impunément au tombeau du faux prophète qu'ils adorent- en commun (1).

Ainsi s'dccoqnplisseut donc à travers tons les éges les paroles de cette Bible que nous vous prêchons ^ Mes Frères ; ainsi s'accompliront encore ^ jusqu'au moindre point de lettre, toutes les déclara lions y toutes les menaces et toutes les promesses qu*elle renferme; ainsi se gouverne ce monde, sous l'empire de ce Dieu invisible, qui réprime à son gré les vagues de la mer et 1 émotion des peuples, << qui met un mords dans la bouche des conquérans , et une boucle dans, leurs narines (2), » qui les mène à squ gré çà et là, et qui les élève, s^il le veut, sur vingt trônes, pour le^ reléguer ensuite quand il le faut , sur quelque rocher de la mer, conune « un bâton dont il a frappé , » mais dont il n'a plus à faire (3).

Cependant , après qu'il eut fait entendre à l'heureuse Agar ces remarquables paroles, l'Ange de l'Éternel disparut tout d'un coup, en lui donnant sans doute quelque signe éclatant de sa majesté divine. Mais qui pourrait dire son émotion , sa sainte et profonde joie, ses larmes, ses transports? Jlors, dit notre texte, appdanipar son nom f Eternel qui parlait à elle y elle s^ écria : Toi! le Dieu fort de vision! c'est-à-dire : Quoi! tu serais donc le Dieu qui apparut aux

(I) Ceci9^écnraitenlS94. (9) Esaïc XXXVIl. 29. (3)E9aïcX,5.

306 ABRAUAlf

patriarches, ïeDieu de gloire qu'Abraham, mon maître» vit en Mésopotamie! et ta as daigné regarder à la bassesse Jë fa servante^ à moi^ pauvre fiJIe de Gham, à moi> qui malgré les cris de ma conscience m'éloignais de ta parole^ abandon-^ Àais tes autels, m'enfuyais eh Egypte! O mon Dieu^ quoi ! il est donc vrai , iu a$ entendu mon afflietitm; tu as voulu prendre de force mon cœur ingrat et rebelle! «Tues ici, et » je n'en savais rien ! c'est ici la maison*de Dieu , c'est ici » la porte des cieux !» ÙTuee le Dieu fort de vision!

A cette pensée, son ame se réveille; elle ouvre lès yeu^: Êur le fond d'elle-même ; elle examine les motifs secrets def toute sa vie passée; elle se reconnaît; elle est Confondue. -«• Mais écoutez, je vous prie^ du plutét écoutons tous cettef grave question , qu'Àgar , ainsi réveillée , adresse à Âgar comme en la présence de son Dieu. Écoutons cette grave question, Mes Frères, car nous y trouverons en un seul mot toute la leçon que l'Esprit Saint a voulu nous donner dans le chapitre de ce jour. — Écoutons le premier cri de cette ame à son réveil :

Moîï Agar dit : « Ai-je regardé, jusqu'ici, à Celui quitit » et qui me voit? TU

Ai-je regardé jusqu'ici , dans mes projet», dans mes ain-' bitions, dans mes joies , dans mes peines , à Celui qui, pen« dant qu'il me demandait mon cœur, me suivait partout , voyait mon indifférence, comptait mes égâremens, lisait mea plus secrètes pensées?.— Hélas! non, non, mioh Dieu ! C'é^ tait le monde que je cherchais dans Aies joie», ce n'était paâr foi! — C'était te monde que je regrettais dans mes peioes, ce n'était pas toi ! — C'était au monde que je demandais me^ Consolations, ce n'était pas à toi! — C'était au monde, dont je faisais ainsi mon Dieu, c'était au monde, œn'étàitpas à

toi que je disais réellement dans le secret de ibod oœur : c Mon amë soupire après toi; je te cherche, au point du » jour; — je pei^se à toi dans les veilles de la nuit^ -^ » m'approcher de toi, voilà mon bien ! »

Àh ! désormais je ne veux plus regarder qu'à « Ceint qui hU et qtri fi^évoù; n Je vais retourner aux tentes de Mamré^ je vais m'humilier devant ma maîtresse, devant tous les hommes, le Veux te suivre ^ô mon Dieu! où tu voudras, quand tu voudras , comme tu voudras ! Tuf>is€t tu m vai$ / Que me fàut-ît de {dus? Tbut est bien pour moi!

Ainsi reparut Agar aux tabernacles du pâtriardie. -^ Ce n'était plue Agar; -^ Elle i^venait ayant la paix de Dieu dans son cœiir, et l)ieu Tavait chargée cle ramener aussi bette paix dans la maison de ses maîtres. Elle revenait, et c'était peu que ce retour inattendu vint calmer les viyes alarnies qu^ Abraham avait sans doute conçues et pour elle çt pour son enfanti elle y reparaissait comme un envoyé de bieu ; elle y rentrait avec le récit touchant de te que l'Éternel venait de faire peut ion ame.

Sans doute I qu'à la vue de e& rétour de Taltièré A§arj de sou humble soumission » de sa religieuse douceùi* , de ce cbAOgement surnaturel et de tout ce qui venait de se pas^i èotre elle et le Seigheùr , Abraham et Sara firent dans leur propre coeur un retour ^lennel , se recueillirent en la pré* ' sence de Dieu y et se demandèrent ausM comme Agdr j <( Et )i nouS) et nous I âtofM-nounr^^drtl^ d OA\ii^^.ti fu»

Eh bien ! Mes Frères , que ce soit ausHi là» pour vous tous qui m'écoutez^ le fruit de cette méditation; et elle né sera pas vaine en la présence de Dieu. — Oui ! que ce soit là votre question de tous les. jours : Mon Dieu ! suisrje siiî-

cère devant toi? Tu tis et fume vois ! Est-ce ta volonté que je recherche? ta faveur m'est-elle meilleure que la vîe? Est-ce à toi que je regarde? mon ame! as-tu regardé ^ jusqu'ici , à Celui qui vit et qui te voit ?

IS'y a-t-il point d'Agar dans ce temple , à qui se soil fait entendre cette voix intérieure : Jgar^ Agar^ <foù tims-iu^ etoùvas'tuT — D*où viens*tu? tu es sortie du chemin du devoir! — et où vas-tu ? tu n'aspoint la paix ! — Vous avez trouvé des difficultés dans le service de Bieu^ et vous vous en êtes dégoûtée. II aurait faHu vous humilier , supporter quelques mépris , endurer quelques privations, renoncer h quelque attachement, et dès lors, vous vous êtes ennuyée des choses saintes ; vous vous êtes éloignée du peuple de Dieu ; vous avez tourné vos regards et vos pas vers TEgypte , vers le monde; vous ne lisez plus ou presque plus la Parole ; vous priez mal , ou peut-être vous ne priez plus : la Bonne Nouvelle d'un pardon pour votre ame ne vous touche plus, ne vous occupe plus. — Pauvre Agar , d'où viens-tu? Ecoutez ! je puis vous le dire, car la Bible Ta dit avant moi : Vous n'avez point de paix ; « même en riant votre cœur est triste (1), » parce qu'ayant voulu demander le bonheur à l'Egypte et à ses idoles , vous n'y avez pu trouver après tout qûè des citernes crevassées , qu'un désert de sable y qu'une soif croissante , et parce qu'une voix secrète vous répète de temps en temps : Et ton Sauveur 7 «—et ton âme? et ta mort?— ^t l'éternité qui suivra ta mort? — Si Dieu te retirait cette nuitées- tu prête? ^^ar, Jgar, éCoùviens-' tûf et oùveu-tu?

vous donc , qui que vous soyez, qui vous reconnaissez à

(1) Prov.XlV,13.

EPOUgAMT A6AR. 3(Mt

ces traits, \e oe vous demande ici qu'une seulechose : Cjest qu'au sortir de ce teiupre vous alliez vous recueillir dans le cabinet de la prière, et que> vous y mettant à genoux devant Celui qui vit eiqui vous voit y vous voiiS demandiez' d^ùs la çoiennité de sa préseivce : mon Pieu^ Dieu vivant^ ai-je regardé jusqu^ici ci Celui qui vH et qui me voU?

Mais n'y a-t-il point aussi dans ce temple^quelqae Abraham dont la foi se soit laissée surp^endce aux conseils d'une sa-« gesse toute humaine, et qui sortant^insi des voiesde l'obéis-^ sance, forcera peut-être le Seigneur qui l'aime à le châtier de ses coups, et à dérouiller sa foi dans le feu de la tribula^ tion? — Si je faisais ce que vous dites, je serais peut-être plus conforme à la parole du Nouveau-Testament; mais îMloignerais ceux que je veux attirer à Jésus-Christ. Si je confessais plus ouvertement l'Evangile^, je blesserais, je ferais moins de bien ; si je n'usais pas pour le siècle de cette qpmplaisance que d'ailleurs on pourrait blâmer , jetrav.aillerais. moins efficacement à l'avancement du règne de Dieu dan» mafamille. — Mon Cher Frère, au nom du DieU| trois, fois saint 9ttt vit et qui vous voU^ à qui appartient-il- de le* faire, ce bien? dé l'avancer, ce rèj^e? de la sanctifier, cette famille? — X qui appartient-il adç donner aux ames< )v stériles,, comme à Sara^ la vertu de concevoir (1)? Ah ! » nul ne vient au Fib si le Père ne l'attire (2) ; et si l'Éter- » nel n'édifie la maison , ceux qui s'en occupent y travail- » lent en vain (3): »

Le devoir , toujours le devoir, rien que le devoir, et tout ira bien! car Celui qui a fait les promesses est fidèle (4)*,

(1) Hébr. XI, ir. (2) Jean Vî, 44. (3) Ps. CXXVII. (4) Hébr. X,93.

3i0 ABRAHAM

i^ i^e vous demande qu*une «seule cbose , e^est d-entrer dan» i0 cabinet de la prièrei , c'est d'^n fermer la porte aut penséeg du monde ; c'est de vous y mettre à genoux devant Celui qui vU et qui tous voit / c'est de vous demaadeif alors , dans la solennité de sa présence : Ai je regarde ju$qu*ie^d Celui qui vH et qui me voit?

EnBn , n'y a-t-*il point ici dé Sara , contristée dans ses affections les plus chères, soumise à de secrètes et poignantes douleurs, blessée au coeur par ceu:(-Ià menées de quf peut-: ^tre elle avait trop attendu ^ et qui se voyant abreuvée d'amertumes dans ce même tabernacle où le bonheur lui avait ^té promis, passe de longs |0urs à lutter contre ses peines, et de longues nuits à'ies pleurer? — • O servante du Seigneur ^ femme chrétienne , comment les avez-vous prises ces douleurs, ces humiliations, ces injustices inattendues?— Ne vous êtes-vous point aigrie? y avez-vous reconnu la main de Dieu? Ne vous étes-vous pas arrêtée aux causes secondes? Avez-vous su comprendre que Celui qui tit ei qui vous voit y ps^rce qu'il ne voulait pas que vous adorassiez la terre, ni que vous prissiez les tentes de Hs^mi^é pour des demeures permapeptes, a jugé bon que votre orgueil fût froissé, vos projets humains confondus, votre^'moi crucifié? Ah I vous aussi, rentrez dans le cabinet de la prière, et yous y mettant à genoux devant ce Dieu de toute igrftce , demandez^vous en sa présence : a Airje su içegarder d Celu^ qui vU et qui me voit % »

Vous tous, enfin , Mes Ghers Frères, pasteurs et troupeau , en nous retirant de ce temple, en rentrant dans nos demeures , recueillons-nous tous dans cette grave pensée ; « 4ii^ regardé d Celui qui vit et qui me voH? »

EXÏ'LICATION

Page 1