PRIÈRE
Et maintenant, mes Frères, élevons nos âmes vers Dieu et prions pour ceux qui ont arrosé ce sol de leur sang afin de le conserver à la patrie.
Eternel Dieu de bonté et d'amour, nous te prions non-seulement pour nos coreligionnaires qui sont tombés au champ d'honneur et qui, en combattant pour la défense de nos foyers, pour l'indépendance du pays, ont glorifié le nom d'Israël, ont montré que les descendants des Machabées n'ont pas oublié les vertus guerrières de leurs ancêtres , que les Israélites français n'ont pas perdu le souvenir des bienfaits dont ils sont redevables à la contrée qui, la première a fait cesser l'humiliation qui pesait sur nos pères et a reconnu leurs droits ; nous te. prions aussi pour nos frères des autres cultes qui, accourus de divers points de la France pour repousser l'invasion étrangère, sont morts glorieusement ici victimes de leur dévouement à la patrie.
Accorde, Seigneur, à ces âmes généreuses la
récompense qu'elles ont méritée, les délices ineffables que tu réserves à ceux qui, ici bas, effacent leur volonté devant la tienne et sacrifient leurs intérêts et leur vie à l'idée du devoir.
Que ta miséricorde s'étende aussi , ô Eternel , sur ceux que la terrible lutte engagée sous ces murs a frappés dans leurs affections. Console les parents désolés qui déplorent la perte des fils chéris, soutiens les veuves éplorées qui gémissent parce que la guerre les a privées de ceux auxquelles elles avaient engagé leur foi; prends soin des enfants qui ne reverront plus leurs pères !
Inspire-nous à tous le désir de suivre le magnifique exemple que nous ont légué ceux en l'honneur desquels nous célébrons aujourd'hui cette funèbre cérémonie; et permets que nous devenions comme eux les digues enfants de la France, les serviteurs tidèles et dévoués de la patrie!
Ministre d'une religion de. paix, mis en présence aujourd'hui des maux qu'engendre la guerre, je dois prier pour que la paix se maintienne toujours parmi les hommes. Et pourtant puis-je oublier que si la paix restait telle qu'elle a été faite après nos désastres , TÂlsace et la Lorraine nous seraient ravies pour jamais, elles seraient à jamais soumises à la domination étrangère.
Oh ! sans doute nous avons horreur de ces luttes fratricides, par lesquelles les nations se déciment sans profit pour aucune d'elles, mais le mépris du droit, l'abus de la force ne nous inspirent pas
moins d'horreur. Et, si la guerre est un mal, est-ce que l'oppression des consciences, la violation du droit, la négation de cette vérité : que les peuples ne sont pas un vil bétail dont un conquérant heureux peut disposer à son gré, qu'ils doivent décider eux-mêmes de leur sort, est-ce que tout cela n'est pas un mal aussi?
Mais toi Seigneur, toi qui dirige les événements à ton gré, tu peux faire cesser un.de ces maux, sans amener l'autre. Oh? que ce soit là ton désir. Hâte la venue des temps bénis, où la justice régnera d'un bout de l'univers à l'autre , où une nation ne voudra plus dominer sur l'autre, où tout joug sera rompu, où toute chaîne sera brisée, selon l'expression d'un de tes prophètes, où les peuples reconnaissant qu'ils sont frères , ne rivaliseront plus que dans les luttes pacifiques de l'art et de l'industrie , ne chercheront plus à se surpasser qu'en moralité et en instruction, où sera accomplie cette prophétie d'un de tes serviteurs. « Et les nations transformeront leurs épées en boyaux, et de leurs hallebardes elles feront des serpettes. Un peuple ne lèvera plus le glaive contre l'autre et l'on ne s'exercera plus à la guerre (1). »
Oh ! puisse cette époque heureuse arriver bientôt; que telle soit ta volonté. Eternel, notre père, et père de l'humanité tout entière! Amen!
(1) Isaïe, ch. 2, v. 4.